*J WT* rs n, A£ a c MË/ wjAps /^N /"Y O ' vn P - H pi p ■' o/25 K HT U"« ,0 ^ t *VA'f^& L'HORTICULTEUR PRATICIEN. Bruielles. — T*p. de F. PARENT, Honlagoe de Sion. i: i/noiiTii;iLTi;iiî t > PRATICIEN, uiua-y^ia DE L'HORTICULTURE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE publia c a ht \f ciiiiciMirv DVS IMATBURS, DES HORTICULTEURS BT DBS PRÉSIDENTS DR SOCIÉTÉS D HORTICUL'f URB LES PLUS CONNUS BN PRANCB BT A L'ÉTRANGER; NOUS M DI8KCTI0S I» r. iî). (6alcotti, i»n\ii:o*i*iï:T7ix du jAnnisi ii<»ta^ii«»tic i>iî; imt'.VKi.i.KH. I» REMI ÈRE ANNÉE. U< , ■■ L Ua OM » \lt«\M : A PARIS, A BRUXELLES, «lie* Auguste Goln, éditeur, Cues F. Paient, éditeur, Quai des GrantU-Augustins, 41. Ilonlagne de Sion, 17. 1857. • / OA L'HORTICULTEUR PRATICIEN. UN MOT AU LECTEUR. Un nouveau journal d'horticulture! allez-vous dire, ami lecteur; oui, en effet, c'est un nouveau journal que nous vous offrons; — car la mission que nous avons entreprise est nouvelle : nous voulons vulga- riser les bonnes pratiques, combattre les mauvaises; nous voulons dé- velopper le goût de la culture des plantes utiles en même temps que nous nous occuperons des plantes d'agrément; nous voulons aussi intro- duire dans la pratique la connaissance de ces grands principes que l'étude de la nature a dévoilés a la science, et sans lesquels, même l'homme de meilleure volonté ne peut suivre avec quelque chance de succès, cette prodigieuse voie que le progrès s'est ouverte depuis peu d'années à travers les ténèbres de la routine et de l'ignorance; d'une autre part, nous voulons être utile à tous, impartial envers tous, jamais exclusif. Nous ne promettons rien que nous ne voulions exécuter conscien- cieusement; nous promettrons même peu avec l'intention de tenir da- vantage. Dès aujourd'hui cependant, nous pouvons annoncera nos lec- teurs que ï Horticulteur praticien donnera une analyse des principales publications botanico-horticoles qui pourraient les intéresser; que des dessins sur bois seront ajoutés au texte chaque fois que l'intérêt du sujet le réclamera ; enfin, que les procédés les plus récents et ceux sanctionnés par l'expérience sur la culture des plantes potagères, des arbres frui- * tiers, et des plantes d'agrément feront l'objet de notre vive sollicitude. Pour traiter ces différentes questions, nous nous sommes assuré 10 « à 8 francs et peut-être moins. RENTE DES PLAMES RARES ET NOUVELLES SERRE CHAUDE. odontogiossnm pimirciiopsis (Reich. fils), figuré dans {'Illustration horticole, pi. 109. — Famille des Orchidées. — Gynandrie Mo- nandrie. A voir l'exiguïté générale de la plante, on ne croirait pas qu'elle pût donner naissance à des fleurs d'environ cinq centimètres de diamètre, bien étoffées; ces fleurs, d'une élégance peu commune, sont blanches à labelle blanc orné d'une ample macule festonnée, pourpre rosé ou lilas, et de deux lâches orangées situées près du disque ou de la crête. Ce labelle est fort grand et d'une forme particulière : les deux lobes latéraux sont larges et enveloppent orbiculaircmcnt le gynostème; ils sont rayés de pourpre; la crête, peu prononcée et d'un jaune pâle, présente des tubercules et des lames disposés en lignes compliquées. Les pseudo-bulbes sont faibles, ovoïdes-allongés; les feuilles sont assez longues, étroites, lancéolées, d'un verl jaunâtre; le scape sort de la base du pseudo-bulbe et porte généralement deux fleurs très-odorantes dont la couleur d'un blanc pur et la forme plane rappellent assez bien les (leurs du l'hit lœnopsis amahilis. On doit 1'inlroduclion de celte jolie et parc Orebidéi i M. Linden, de Bruxelles, qui l'a reçue de la Nouvelle-Grenade. D'après ce que nous avons |>u voir, celte espèce nous paraît de floraison facile. Hlanlngla Yonnsjana (MarNOCK.), figuré dans le Bot. Mag , pi 4954 — S \ h. : Sinningia violacea (des jardins), Gloxinia violacea (Popi | Famille des Gcsnériacées. — Didynamic Angiospermie. En décrivant ce joli hybride, sir W. Ilooker fait remarquer avec beau coup de justesse la difficulté d'application (nous dirions le ridicule) de la nomenclature scientifique proposée par le docteur Klotzsch et adoptée par plusieurs botanistes du continent, à savoir la réunion en une phrasi des noms génériques et spécifiques du père et de la mère de l'hybride ; ce qui revient à imiter la manie de certaines gens d'accrocher au nom patronymique une demi-douzaine de noms d'alliance ou de baptême; ainsi, dans le cas du Sinningia actuel, celui-ci devrait, suivant l'incom- mode système du botaniste allemand, se nommer Sinningia Ligeria velutina speciosq, et ce pour vous apprendre que vous avez affaire à un hybride ayant pour mère le Sinningia velutina et pour père le Ligeria speciosa, Decaisne (Gloxinia speciosa de Loddiges). Ne \ous semblerait-il pas, ami lecteur, en voyant une étiquette aussi richement dotée de noms, que l'on veuille restaurer cette ancienne nomenclature fastidieuse dont le génie de Linné fil si bonne justice? Le système de .M. Klotzsch est même incomplet dans sa longueur, car il devrait, outre les noms de père et de mère, comprendre un nom dislinclif pour ren- iant, car enfin il se pourrait — et le cas n'est pas rare - qu'il naquît du mariage un certain nombre d'enfants dissemblables : les uns rouges, les autres bleuâtres; ceux-ci à feuilles oblongues, ceux-là à feuilles al- longées, etc.; et comment alors différencier ces produits les uns des autres, sinon en leur appliquant un cinquième nom, le véritable révé- lateur du mystère? Or, si ce dernier nom est admis comme étant né- cessaire pour éviter lu confusion de progéniture, on admettra aussi que la suppression des autres noms (sauf le premier qui serait tiré du nom générique delà mère) serait chose raisonnable et un grand soulage- ment pour les mémoires paresseuses. Mais revenons a notre Sinningia Youngiana; il a été obtenu, il y a quelques années, par M. Marnock, et dédié par cet amateur à M. le docteur Young, administrateur du Jardin botanique de Sheffield. Toute la plante est pubescente; le rhizome est lubéreux cl acquiert de larges dimensions ; les tiges sont herbacées, érigées, violacées, hautes de 50 à 40 centimètres; elles sont garnies de feuilles opposées, oblongues ou ovées, crénelées, vertes cl luisantes, pâles el presque blanches en dessous. Les fleurs sont axillaires ou terminales, solitaires. Le calice est à cinq ailes; le tube de la eorolh — 8 — est campanule ; le limbe présente cinq lobes arrondis, presque égaux, d'un violet plus ou moins foncé ou lilacé ; le lune est blanc-jaunâtre à la base et maculé à la gorge. C'est en somme une assez jolie plante ; elle offre également de l'intérêt pour le botaniste en ce qu'elle est le ré- sultat du mariage entre les deux espèces types de deux genres diffé- rents : elle présente du Sinningia le calice à cinq ailes et du Ligeria l'épais rhizome tubéreux et le tube corollaire. SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. Pelargonlum Eiidiichcriauum (Fenzl), figuré dans le Bot. Magazine, pi. 4946. On a cru pendant longtemps que les Pclargonium avaient pour seule patrie la région tempérée de la colonie du cap de Bonne-Espé- rance; mais depuis ces dernières années l'Australie méridionale, et les îles de la mer du Sud ont apporté un contingent de quelques espèces, et voici qu'assez récemment le Taurus occidental (chaîne de montagnes de l'Asie Mineure), nous fournit la fort jolie espèce dédiée par M. Fenzl, au célèbre botaniste viennois Endlicbcr. Sans pouvoir soutenir de comparaison avec les belles variétés hybrides que les hor- ticulteurs produisent de nos jours, le Pelargonlum Endik lier ianum occupera cependant une des premières places parmi les espèces à grandes et belles Heurs du Cap; c'est plus qu'une plante de collection. Les tiges sont dressées, simples, arrondies, herbacées, revêtues d'un duvet fin et soyeux, ainsi que toutes les différentes parties de la plante, à l'exception des pétales. Les feuilles sont peu nombreuses; les radi- cales portées sur de longs pétioles ; celles de la tige plus courtement pétiolées; les unes et les autres cordées, plissées, à cinq lobes peu apparents, doublement crénelés. Stipules presque triangulaires, brunes, membraneuses. Pédoncules allongés, terminaux, gros. Om- belle terminale se composant de plusieurs grandes fleurs d'un rose foncé, deux des cinq pétales qui constituent la corolle d un Pelargo- nlum sont très-grands, dressés, ondulés, rose foncé cl marqués de cinq nervures ramifiées de couleur pourpre intense ; tandis que les trois autres pétales (les trois inférieurs) sont extrêmement petits; ce qui nuit nécessairement à la beauté de l'ombelle; on croirait, en effet, voir des fleurs incomplètes ou auxquelles on aurait arraché les pétales inférieurs. Culture des Pclargonium du Cap. c - 9 Hoi littmllu RaiiilMiill (Wr.BB.), figuré dans le Bot May., pi. \ l )'tï . — Syn. : Brassica moricandioides (Boissier). — Famille des Cruci- fères. — Tétradynamie siliqueuse do Linné. Malgré l'épilhèle de jolie que veut bien aecorder M. W. Booker à ectio plante, nous ne saurions recommander ce Moricandia qui n'esl qu'un Chou vivace (Brassica) à fleurs violettes découvert dans les montagnes do Grenade, en Espagne, par MM. Webb et Rambur el par M. Boissier. La lige s'élève de 50 à 00 centimètres de hauteur el se ramifie. Les fouilles sont grandes et d'un vert glauque. Des racèmes portant un grand nombre de Heurs \iolelles terminent les branches. Agave strlata (ZUCCAMNI ), figuré dans le Bol. May., pi. iOLiO. — Famille des Amaryllidées. — IIcxandric-Monogynie. Celle belle plante est très-voisine de Y Agave geminiflora (Doua partea juncea) ', elle provient des environs de Real-del-Monte : région montagneuse, située au nord de Mexico. Sir W. Booker dit que celle espèce esl garnie d'un grand nombre de feuilles, longues de GO à 80 centimètres, élargies à la base; elles sont linéaires, allongées, roides et s'amincissent graduellement vers l'extrémilé, laquelle est terminée par une pointe brune cornée et exlrémement aiguë. La nature de la feuille esl épaisse; une coupe transversale donne une (îgurc rhomboï- dale comprimée, spongieuse intérieurement, mais remplie de libres; la surface externe est d'un vert glauque marqué de lignes parallèles assez rapprochées les unes des autres; le bord esl rude et muni d'une étroite arête cartilagineuse très-finement dentée. Les jeunes feuilles et celles du centre sont dressées, les inférieures sont recourbées, enfin les feuilles intermédiaires se dirigent presque horizontalement avec une légère courbure. Le scape s'élève du centre des feuilles; il est assez gros et s'élance de 1 mètre 25 centimètres à "2 mètres de bailleur; un long épi de fleurs serrées compactes le termine ; cet épi, s'allongeant au fur el à mesure de l'épanouissement des fleurs, finit par faire acquérir à la hampe une élévation totale de 10 à 12 pieds. Les fleurs, disposées deux par deux, sont sessiles, vertes à l'extérieur, d'un vert- jaunâtre à l'intérieur. Filets staminaux presque trois fois aussi longs que la corolle. Anthères grandes, linéaires, d'un violet foncé. Nous croyons que plusieurs plantes provenant du Mexique et appar- tenant à VA gave striata ont été confondues dans nos serres sous le nom d'Agave geminiflora (lequel doit offrir des feuilles comparative- ment molles, dépourvues de stries parallèles et de bords munis d'aspé- rités). - 10 Paehyphytnni bractconum (KLOTZSCH), ligure clans le Bol. Muif., |)l. 4951. — Famille des Crassulacées. — Décandric Penlagynie. Celle plante porte bien le nom de végétal épais que les botanistes lui ont assigné dans le mol grec composé Pachyphytum ; en effet les feuilles sont d'une épaisseur insolite, surtout dans le jeune âge où elles sont presque sphériques. Le tronc est assez court, charnu, très-glauque. <'t porte vers son extrémité supérieure les feuilles disposées en rosette, obovées, d'un glauque presque blanc qui se ternit au loucher. Les pé- doncules naissent latéralement d'entre les feuilles et s'élèvent jusqu'à •~>0 ou 40 centimètres de hauteur; ils sont accompagnés de feuilles brac- léales, charnues, oblongues ou en forme de langue, souvent teintées de rouge; leur base se prolonge de chaque côté en éperon. Épi long de 10 à Kl centimètres, dressé ou plus généralement penché lorsqu'il est en fleur. Les Heurs sont disposées d'un seul côté et sous-tendues par de grandes bradées, imbriquées, cordiformes, munies d'éperons et opposées aux fleurs; le calice de celles-ci est ample, long de 2 centimètres environ, campanule, profondément découpé en cinq segments ovés-oblongs, glauques, charnus, inégaux. Les pétales, au nombre de cinq, sont érigés- i talés, limbe d'un beau rouge. Des dix élamiues, cinq sont libres et alternent avec les pétales, les cinq autres sont plus petites et adnées aux pétales. Le Pachyphytum est originaire du Mexique, et a été introduit il y a quel- quesannéesen France elenBelgiquepar M. Cels de Paris, qui l'avait reçu, croyons-nous, de Berlin. Ce n'est donc pas une plante nouvelle, mais une plante peu répandue malgré son originalité; on la cultivera comme les Echeverria et autres plantes charnues de cette catégorie; elle se multiplie facilement en insérant peu profondément la base d'une feuille dans du sable presque sec ou, mieux, dans de la cendre de houille humectée; c'est ainsi que nous multiplions sans difficulté la majeure partie des plantes grasses, cl même certains arbrisseaux très-sensibles à l'humi- dilé. Il sullit même pour beaucoup d'Echeverria, Crussida, etc., et pour les Gloxinia, Didymocarpus, etc., de poser la feuille destinée à la mul- tiplication sur une couche de cendre de houille humide ; la radilicaliun et la production déjeunes plantes se feront sans qu'il soit, besoin d'a- voir recours à des cloches ni de donner d'autres soins que celui d'en- i retenir une humidité suffisante. H — CULTURE MARAICHERE SIMPLE CAUSERIE A PROPOS DE JARDINAGE. Oci n'est point une entrée brutale en matière; ce n'est qu'une cau- serie sans importance, une manière de se présenter pour la premier* lois, et de lier connaissance avec les gens de la maison. Aujourd'hui, nous préparons les affaires, demain nous les traiterons. Nous avions songé d'abord à l'aire tout de suite pour le jardinage ce que l'ont les calendriers, mais nous nous sommes arrêté à celle pensée que les ca- lendriers ont le tort de nous demander souvent plus que nous ne pou- vons leur donner. Voyez plutôt : dans la saison où nous sommes, (pic nous conseillent-ils? Ils nous conseillent de commencer ou de continuer les labours préparatoires et de conduire les fumiers sur les carrés du potager. Or, si c'est facile à dire, c'est souvent difficile à exécuter. Essayez donc de labourer la terre gelée, ou de semer vos engrais en temps de verglas! Il nous paraît plus raisonnable de dire à nos lec- teurs : faites ce qu'il vous sera possible de l'aire. Si la saison vous con- damne à rester au logis, ne vous plaignez pas trop ; quand les bras se reposent, la lèle peut travailler. Les hommes de la grande culture, tout en décriant les écrivains et les théoristes, les lisent encore volontiers pour abréger les longues soi- rées d'hiver ; les hommes du parterre et de la serre aiment à se tenir au courant des nouveautés; les cultivateurs d'arbres aussi; mais le maraîcher résiste encore, non pas seulement en Uelgique, mais un peu partout. Il a une tradition; il la continue et n'entend pas qu'on le dérange dans son œuvre de père en lils; il tourne une roue, toujours la même, s'enferme dans une spécialité, et n'en sort pas ou n'en sort guère. On dirait qu'il lient à constituer une race à pari parmi les tra- vailleurs du sol, à vivre d'une vie qui lui soit propre. Il a tort, car il a beaucoup à apprendre. Vous trouverez bien, ça et là, quelques maraî- chers de bon vouloir et d'initiative, s'intéressa nt aux choses de leur profession, et ne demandant pas mieux que d'élargir un peu leur hori- zon ; mais combien sont-ils? Vous les compteriez en Belgique comme nous les compterions en France. Les progrès que la culture potagère de pleine terre a réalisés ne reviennent pas de droit aux hommes du métier. Visitez les halles, les marchés de nos principaux centres de population ; vous y trouverez de beaux produits, sans doute, mais peu ou point de nouveautés. Nos ma- raîchers sont, nous l'avons dit, engagés dans les vieilles roule- et ne — 12 — veulenl poinl eo ouvrir de nouvelles; ils ont leur courant cl le suivent, leurs débouchés de vieille date et ne songent poinl à en créer d'autres. La clientèle, pensent-ils, se contente de ce que nous lui fabriquons de mémoire d homme, et n'exige rien de plus; donc, à quoi bon se casser la tète pour imaginer et introduire des denrées qu'elle ne demande pas. Mauvais raisonnement, très-mauvais; ce n'est point à la clientèle à faire le jardinier, c'est au jardinier à faire sa clientèle, à l'habituer peu à peu aux espèces ou aux races recommandées. Nous avons nos gour- mands pour les gros légumes , comme pour les primeurs et les pro- duits do hache. Multiplions ces gros légumes et les perfectionnons , d'abord à titre d'essai ; puis, offrons-les, faisons valoir leurs qualités, et nous trouverons des amateurs qui les achèteront el les payeront sans y regarder de trop près. Soyons justes et reconnaissons que les amateurs en question ont fait plus pour le potager que les jardiniers. Vous rencontrerez dans les jardins de châteaux et même dans des jardins beaucoup plus modestes, des légumes que vous chercheriez vainement à Saint-Gilles, aux envi- rons de Liège, de Malines, d'Anvers, de Gand ou d'Alost, chez les meilleurs maraîchers de ces différentes villes. Nous en avons la preuve. Quand il nous arrive de signaler ce fait, on nous répond : — C'est vrai, mais les amateurs ne sont pas tenus de compter aussi serré que les hommes du métier. — Nous répliquons qu'il n'en coûte pas plus de produire en pleine terre des légumes lins et délicats que des légumes communs, et qu'en débutant avec prudence, il y a tout à gagner, rien à perdre. Ainsi, par exemple, nous cultiverions déjà sur une grande échelle la rhubarbe comestible, le crambé ou chou-marin, le cardon d'Espagne, que nous ne serions guère en peine d'écouler nos produits. Voilà trois légumes qui réussissent à merveille sous le climat de la Bel- gique, auxquels bien certainement les consommateurs ne feraient poinl défaut, et qui pourtant ne ligurent pas dans les marais des jardiniers du pays, si ce n'est à titre de spécimens, d'échantillons, de chose rare, île curiosité. Dans nos excursions dans la Flandre occidentale, nous avons visité les potagers d'un village, dont le nom nous échappe, \illage éloigné de (rois ou quatre kilomètres seulement de la station de Pas- schendael, et qui esl désigné sous l'appellation significative de Jardin tiOstende Nous nous disions : — Pour sûr, nous y trouverons la fine Heur des légumes, nous y trouverons tout ce que recherchent les Anglais, la rhubarbe, le crambé, le cardon. Eh bien, nous avons été promptement désillusionné. Le cardon n'y élail pas, le crambé non plus; nous n'avons découvert que trois ou quatre planches de rhubarbe, à pétioles verts, maigres et plats, perdues, étouffées sous de grands arbres de verger. Là, assurément, ce ne sont pas les débouchés qui manquent aux produits; ce sont, au contraire, les produits qui man- - 13 - quent aux débouchés. Et cela est ->i vrai, que les jardiniers il<' I endroit sont forcés d'en convenir. L'un d'eux, jeune homme Irès-inleiligent , nous disait à ce propos : (Test un malheur, monsieur, que nous m sachions pas faire ici de ces longues cotes de rhubarbe, de lu grosseur du bras, comme on en l'ait en Angleterre. Nous ne serions pas en peine de les vendre à Oslendc. Il est évident que ce jardinier comprenait ses intérêts; mais il est évident aussi qu'il n'avait pas précisément les connaissances indispen- sables à sa profession, qu'il n'avait jamais eu de renseignements sur les bonnes variétés et les bons procédés de culture. Au lieu de cultiver à l'ombre une rhubarbe commune et de serrer les pieds les tins contre les autres, afin de perdre le moins possible de terrain, il aurait pu, tout aussi bien que les jardiniers anglais, s'attacher aux espèces ou variétés ondulées, prince Albert, rouge bàlive, groseille, du Népaul,etc, les espacer à 1 mètre ;>0 centimètres , leur donner de l'air cl de la lu- mière, et obtenir ainsi de magnifiques produits. Quand les rhubarbes du château de Mirwarl, par exemple, presque au cœur de l'Ardenne, délient celles de Londres, il n'y a pas à douter qu'on peut les produire avec succès dans tous les potagers de la Belgique; et quand même le marché d'Ostende n'en assurerait pas la vente, est-ce qu'il ne serait pas facile de créer des débouchés à ce produit dans l'intérieur, de le sub- siiluer aux groseilles vertes qui ne le valent point pour la préparation des tartes? certainement non. Ce que nous disons ici d'une plante, nous pourrions le dire de plu- sieurs autres. Que les jardiniers se donnent la peine de les introduire dans leurs potagers, — et ils le peuvent, —et qu'après s'être donné celle peine, ils les produisent sur les principaux marchés, à des con- ditions raisonnables, les acheteurs ne se feront pas attendre. Et notez bien qu'il ne s'agit pas en ce moment de nouveautés; nous ne parlons que de légumes d'introduction ancienne, qui datent, les uns de plusieurs siècles, les autres d'une centaine d'années au moins, et qui n'en sont pas mieux connus pour cela. Si nous voulions aborder le chapitre des nouveautés proprement dites, nous vous entretiendrions de l'igname batate, du cerfeuil bulbeux, par exemple; toutefois, nous insisterions moins, nous nous bornerions à conseiller aux jardiniers de les cultiver comme plantes d'essai el d'en offrir les produits au même litre aux amateurs. De celte manière, ils se tiendraient à la hau- teur des progrès horticoles, sans s'exposer le moins du monde à des chances de perte et pourraient deviser sur loules choses, par expé- rience, tandis qu'à cette heure, un maraîcher de profession est pour ainsi dire condamné à rester bouche close dans un entretien sur le jardinage. C'esl lui qui devrait tenir le haut du pavé, ci il ne lient que le bas; c'esl lui qui devrai! donner le mouvement, cl il le reçoit ; c'esl - 14 — lui qui devrait jeter les races nouvelles dons la circulation, tandis qu'il est souvent le dernier à les recevoir; en un mot, il devrait être le re- morqueur, tandis que nous sommes forcé de le remorquer. Voilà de dures et tristes vérités, mais enfin ce sont des vérités, et il est bon qu'elles se produisent. Est-ce à dire que les maraîchers, en général, sont rebelles à toute innovation? Non, nous en connaissons, même parmi les anciens, qui accueillent assez volontiers les observations qu'on leur adresse et ne demanderaient peut-être pas mieux que de marcher avec leur époque. Mais où donc leur a-l-on jalonné la route à suivre? En Belgique vous avez ouvert des écoles aux fils des cultivateurs; vous avez ouvert des conférences aux instituteurs primaires; vous avez donné rendez-vous aux jardiniers pour leur enseigner la taille des arbres; vous n'avez rien négligé pour propager l'étude et le goût des plantes d'ornement; mais vous avez oublié le maraîcher. Nous nous trompons, vous ne l'avez pas oublié tout à fait; vous l'avez enrôlé dans quelqe.es sociétés horticoles et invité «à prendre pari aux expositions. C'est bien, malheu- reusement ce n'est point assez. Là, sans doute, ils peuvent voir et voient en effet des produits qu'ils ne connaissent pas. Si ces produits sont convenablement étiquetés, ce qui n'arrive pas toujours, ils peu- vent se renseigner et s'instruire dans certaines limites. C'est bien encore, c'est un premier pas, mais l'étiquette ne mentionne point les qualités des légumes; elle ne dit pas pourquoi ceux-ci sont préférables à ceux-là, quels terrains leur conviennent, quels terrains leur sont contraires. Une étiquette n'est point une démonstration; elle est trop laconique. Ceci nous rappelle la dernière exposition horticole de Namur. Il y avait là, sur une grande table, au milieu de légumes divers, deux ou trois échantillons du pâtisson jaune et quelques tiges de la létragonie étalée. — Une jardinière , qui passait, s'arrêta court devant les pâtis- sons et s'écria avec une sorte de joie : — Tiens, voilà des artichauts de Jérusalem, une excellente chose, ma foi, et qui se vendait bien ; nous les avons cultivés autrefois, il y a une dizaine d'années, mais depuis lors, nous avons perdu la graine Où pourrait-on s'en procurer? — Une pareille question est presque incroyable. Parce que, peut-être, il n'y a point de graines de pâtisson à Namur, on ne suppose point qu'il puisse y en avoir ailleurs, soit à Bruxelles, soit à Liège. La même personne fait quelques pas en avant et demande : — Quel es! donc ce légume qui a des feuilles comme les épinards? — C'est la létra- gonie. — Comment la cullive-l-on? Ça demande-t-il autant d'eau et ça craint-il autant les grandes sécheresses que l'épinard? La graine est- elle chère? le produit est-il fort? Enfin, c'était des questions à n'en pas finir, et l'étiquette ne pouvait que répondre : Tétragonie étalée. - 15 - Belle réponse en vérité ! la jardinière n'étail pas plus avancée en sortant qu'en entrant. Ou va nous dire : Il y a des livres qui traitent de toutes ers choses; que les Rens qui ont le désir do s'instruire les ouvrent oi lisent. En ont-ils toujours le temps? Quand l'aube se lève, ils sont debout ; quand la nuil tombe, ils sont encore au potager, et Dieu sait ensuite s'ils ont besoin d'une lecture pour s'endormir. L'hiver seulement leur crée quelques loisirs qu'ils pourraient employer utilement, mais le praticien se défie des écrits qui traitent de sa profession, et d'ailleurs, il ne les connaît pas tous et ne saurait l'aire un choix. Nous ne connaissons, nous, qu'un moyen de le saisir et de l'amener par la suite à lire les publications spéciales : c'est d'ouvrir dos coule- ronces à son intention. Il faut s'adresser ;ï ses oreilles avant de s'adresser à ses yeux; il écoule plus volontiers qu'il ne lit. Los horticulteurs de Liège, i\v lluy. de Verviers, ont eu recours à ce moyen et paraissent s'en trouver bien. Nous souhaitons qu'on procède de mémo par toute la Belgique. Dites aux jardiniers que tel jour, à telle heure, on traitera de la culture maraîchère, qu'on leur mettra sous les yeux dos produits nouveaux ou des produits peu connus, qu'on leur en détaillera la cul- ture et les avantages, et ils se dérangeront pour courir à l'appel, les uns avec le désir d'apprendre, les autres par simple curiosité et un peu dans l'espoir (\c se moquer. C'est, à vous de ne point prêter le flanc à la moquerie et de prouver tout de suite qu'il y a beaucoup à gagner dans de semblables réunions. Après lotit, rien n'est plus facile, car quelle que soit la spécialité d'un jardinier, vous pouvez lui présenter des espèces ou variétés qu'il ne connaît pas, et qui, nécessairement, l'intéresseront. Si, le plus sou- vent, il s'obstine à ramener de vieilles races plus ou moins communes à la mémo place, c'est que, peut-être, il n'a pas eu l'occasion d'en voir d'autres. Dans un livre, vous ne lui donnez que dos noms; dans une conférence, vous pouvez lui montrer les choses. La conférence est au livre ce que la locomotive est ou tombereau, la vapeur à un attelage do bœufs. Voulez-vous amener le jardinier à lire, amenez-le d'abord à écouler; frappez de suite son attention. D'après ce qui précède, on voit qu'en abordant les questions de cul- lure potagère, nous ne comptons point sur la conversion immédiate des jardiniers d'ancienne souche. Il nous parait plus facile de créer que de refondre. Aussi, nous nous adressons principalement à ces jeunes hommes qui éprouvent le besoin de sortir des sentiers battus, et à ces amateurs intelligents qui , en matière de jardinage d<> pleine terre, comme en matière de grande culture, se tiennent à l'avanl-gardc des populations travailleuses, payent de leur- personnes et donnent de bons exemples autour d'eux. P. Joigneaux. It; — POMOLOGIE SUR L'ENGRAISSEMENT DES ARBRES FRUITIERS. Le sujet de l'engraissemenl , cet objet si important pour la produc- tion, a été peu débattu encore dans la presse horticole, quoiqu'il puisse paraître extraordinaire que les arbres fruitiers, dont nous attendons une abondance de fruits, eussent moins besoin d'engrais que les autres plantes cultivées. Le sujet qui nous occupe peut être considéré sous un triple point de vue; savoir : 1° Quelles espèces de fruits supportent l'engraissement? "2° A quelle époque de l'année peut-on et doit-on engraisser? 5° Quels sont les engrais qui conviennent pour l'engraissement des nbres fruitiers et comment y doit-on procéder ? Examinons successivement chacun de ces points : 1° Quels arbres fruitiers supportent l'engraissement'.' Relativement à cette question il n'y a guère d'exception négative qu'à l'égard du Cerisier à fruits doux (griottier), car cet arbre, non-seule- ment exige fort peu d'engrais, mais on a fait la remarque qu'une abon- dance de fumier en abrège la vie, parce qu'il y détermine l'écoulement de la gomme. Si ces arbres croissent dans un jardin potager, il n'est pas nécessaire de les engraisser; dans les vergers on se contente de bêcher la terre autour du pied de l'arbre, tous les trois ou quatre ans, et d'y mettre un panier ou deux de compost suivant la force de l'arbre, et encore cette opération n'est considérée comme urgente que dans le cas où les fruits resteraient petits et de mauvaise qualité. Les Merisiers se trouvent, au contraire, très-bien d'une fumure mo- dérée, et récompensent par une ample récolte la dépense. Les Cerisiers à fruits acides (Merisiers) ne veulent pas être plantés trop profondément, car dans celle position ils ne vivent pas longtemps ; et, dans les terrains à sous-sol très-humide, nous conseillons de les greffer sur Mahaleb.qui résiste mieux à l'humidité croupissante que le Merisier franc. Les Pruniers aiment une fumure réitérée tous les ans; cela s'entend surtout pour la Reine-Claude , les Mirabelles, les prunes dactyloïdes et les prunes américaines. Contrairement à l'opinion géuérale, nous conseillons l'engraissement des arbres à fruits à pépins, lesquels, étant en même temps taillés d'après les règles de l'art, portent alors abondamment, quelle que soit d'ailleurs la forme qu'on leur donne. — 17 - Les Groseilliers, les Fraisiers, les Framboisiers ccssenl de donner de beaux et de bons fruits si on ne les engraisse pas; plus la fumure est abondante, ptusgrand sera le rapport en fruils (I). 2. A quelle, époque de Vannée convient-il d'engraisser les arbres fruitiers'.'' La réponse à cetle question a été fixée par une foule d'expériences : à savoir, que le meilleur moment d'engraisser les arbres fruitiers est le printemps (2), avant le commencement de la végétation; les ma- tières volatiles de l'engrais n'ont pas le temps de se dissiper dans l'air et sont promptement absorbées par les racines sous l'influence de la chaleur et de l'humidité. Si, du reste, certaines considérations exigent que le terrain soit en- graissé en automne, il faut s'y prendre de manière à ce que l'engrais soif enterré immédiatement et ne point le laissera la surface. Outre l'engraissement du printemps, on engraisse les arbres qui sont plantés dans le jardin à l'anière-saison, vers la lin de juillet ou d'août, ce qui produit un excellent effet sur les fruits qui pendent aux arbres. Lorsqu'un arbre fruitier doit produire à la fois dos fruits et du bois à fruits pour l'année suivante, il est évident qu'il faut lui amener autant de sucs que possible. L'omission de cetle opération est la cause pour laquelle, dans tous les jardins, les arbres fruitiers ont besoin d'une année de repos après une année de fructification abon- dante, afin d'accumuler de nouveaux sucs à fruils. Ce n'est cependant pas à dire qu'une fumure réitérée soit absolument nécessaire pour obtenir tous les ans une récolte, nous pensons au contraire qu'une bonne fumure, une fois donnée, est suffisante. 5. Quelles sont les substances qui peuvent être appliquées ai 'engrais- sement des arbres fruitiers et comment doit-on procéder à l'engraisse- ment? Les meilleurs engrais pour les arbres sont les vidanges des latrines; le guano exige dans son application trop de précautions pour que l'on se (1) D'après mes expériences, de tous les arbres fruitiers, c'est la Vigne qui sup- porte la plus grande quantité d'engrais. Si on l'arrose de temps à autre avec du purin de vache, les grappes non-seulement mûrissent plus lût, mais elles con- tractent un goût plus sucré et plus aromatisé. (2) La théorie indique au contraire la fumure d'automne comme la plus ralion- nelle; en voici les raisons : tous les arbres fruitiers poussent leurs nouvelles racines, c'est-à-dire celles qui absorbent la nourriture, déjà en février et même plus lot lorsque le temps est doux. Si alors elles rencontrent de la nourriture elles l'absorbent avec avidité, au plus grand avantage de l'arbre. On se trompe généra- lement lorsqu'on pense que le fumier qu'on met en terre est immédiatement absorbé par les racines ; il doit d'abord être converti en sels ; mais comme cela n'a pas lieu de suite et qu'il faut au contraire du temps pour que celle transformation s'opère, il est rationnel d'enfouir l'engrafs en automne 9 — 18 — permette de le recommander d'âne manière absolue. Les eaux des ramiers sont Irès-efficaces, mais leurs effets sont d'une courte durée. Les os en poudre ainsi que les rognures de corne doivent être enfouis en automne. Quant à l'application dos engrais, nous ferons remarquer qu'il serait dangereux pour la vie de l'arbre de placer en contact immédiat avec les racines des excréments d'animaux frais ou non décomposés. Lorsqu'on est à même d'employer des engrais liquides, il faut faire bêcher la terre dans tout le périmètre aérien de l'arbre jusqu'à l'extré- mité des brandies, car c'est vers ce point correspondant dans le sol que se trouvent aussi les jeunes racines. L'emploi des engrais à l'état liquide est toujours préférable; les os en poudre, les rognures de corne, le sang, le guano et d'autres com- posts doivent être délayés dans de l'eau ou dans du purin avant qu'on s'en serve. Comme les vidanges constituent un engrais que tout le monde est à même de se procurer et qu'il est en même temps le plus efficace, nous nous y arrêterons un peu plus longtemps. Cet engrais a, comme on sait, une très-forte odeur qui est surtout désagréable au moment où l'on s'en sert. Cette odeur provient principalement de la grande quantité d'ammoniaque unie au soufre qui s'en exhale. On peut anéantir cette odeur instantanément en y ajoutant quelques livres de vitriol vert (sulfate de fer), ou du plâtre en poudre. Ces deux substances sont douées de la faculté de neutraliser l'ammoniaque, qui de celte manière est réservée pour la végétation des arbres. L'engraissement avec des vidanges mélangées de sulfate de fer pré- sente encore le grand avantage de détruire une infinité de ces petits insectes, qui sont doués de l'instinct de piquer les meilleurs fruits, et dont les ebrysalides bivernent dans le sol autour de l'arbre. Scu. SUR LA CONSERVATION DES FRUITS. Cette question est devenue de nos jours d'une grande importance, depuis que le commerce des fruits verse dans le pays des sommes con- sidérables. Si la recolle a été peu abondante, le prix des fruits est naturelle- ment fort élevé; mais celle circonstance ne profile guère au produc- teur, parce qu'il n'a rien ou peu à vendre. Si, au contraire, la récolle a été abondante, les prix baissent en raison de la quantité et de l'en- combrement des marebés. Dans ces cas d'abondance, il est du plus haut intérêt pour le cultivateur de conserver une partie de ses pommes — 19 — ou poires jusqu'au printemps, saison où il pourra les vendre à des prix bien plus élevés qu'immédiatement après la recolle. La conservation des fruits dans les caves n'est pas possible ou ren- contre beaucoup d'obstacles à la campagne, où généralement elles ne sont pas assez spacieuses, pas assez sèches et pas assez aérées pour y conserver longtemps des fruits en bon état, et exempts de celle odeur inoisie qu'ils contractent dans ces sortes de réduits. La conservation dans des caisses, dans des tonneaux ou sur des rayons, ne peut être appliquée en grand. Toutes ces considérations ont engage plusieurs personnes â conserver leurs pommes, etc., dans des silos construits expiés à cet effet, et, après en avoir fait d'abord l'essai en petit. (>-> silos doivent être creusés dans un terrain un peu élevé, où l'eau n'at- teigne pas aux fruits, et être assez profonds pour qu'on puisse les cou- vrir avec deux pieds de terre pendant la rude saison. Quelques-uns les doublent en paille, d'autres, en planches; on peut aussi les faire con- struire en maçonnerie, en guise de hache à l'abri de l'humidité. Quand le silo est ainsi apprêté, on y dépose par couches les fruits qu'on a pris soin de cueillir à la main, cl de façon que les sortes les plus tardives se trouvent au fond, et séparées des autres par une couche de paille sèche cl sans odeur. Quand le silo est plein, on le couvre d'une couche de paille cl ensuite de planches. Le tout est recouvert de deux pieds de (erre. On peut, être sur que les fruits ainsi déposés dans des silos se con- serveront jusqu'au printemps suivant. Il va sans dire que chaque pomme on poire, avant de les déposer dans le silo, doit être examinée pour voir si elle n'a pas reçu d'atteinte pendant la cueillette, car de pareils fruits se gâteraient et communiqueraient la pourriture à leurs voisins. S. MISCELLANEES. DIOSCOREA BATATAS. —IGNAME DE LA CHINE. (Premier article.) Depui.-» plusieurs années, le monde horticole s'est beaucoup occupe d'une plante de la (mine introduite de nouveau par M. deMonligny, con- sul de France à Shang-Haï ; je dis introduite de nouveau, car les jour- naux en avaient déjà parlé, il y a au moins cinq ans ; mais la culture n'en ayant [tas alors été continuée, elle a été perdue de vue 5 aussi sa nouvelle apparition est-elle, à juste litre, considérée comme la seule — 20 — profitable. Nous pouvons aujourd'hui en parler utilement et avec une assez grande connaissance de cause, car des expériences nombreuses ont été faites ; nous pouvons donc la juger et la faire connaître sous ses bons comme sous ses mauvais rapports. Nous disons sous ses bons et mauvais rapports, car la culture de celle plante présente des avantages qu'il serait déraisonnable de mé- connaître; mais aussi elle a des inconvénients qui doivent èlre signalés dans l'intérêt de la vérité, afin (pie les personnes qui s'y livreront n'é- prouvent pas de déception dans leurs espérances. Cette plante, Dioscorea batatas, a du rapport avec la nombreuse famille des Convolvulus. Cette famille, dont le type se trouve dans nos haies, Convolvulus sepium, renferme des espèces dont les tubercules ou, pour mieux dire, les liges souterraines sont édules, c'est-à-dire inaiitjeables; telles que les nombreuses variétés de Convolvulus batatas ou bâtâtes, vulgairement nommées patates, qui sont cultivées facile- ment, dans nos climats, mais dont les produits ne peuvent se conserver pendant l'hiver, malgré toutes les précautions que l'on peut prendre pour y réussir. Le faciès du Dioscorea batatas a le port des Convolvulus, les liges sarmenteuses, volubiles, s'élevant à deux et trois mètres de hauteur, si elles sont ramées, et courant par terre si elles ne le sont pas; les feuilles, en cœur, sont opposées. La piaule est dioïque, c'est-à-dire que les fleurs mâles se trouvent sur un individu et les fleurs femelles sur un autre; de sorte qu'il faut nécessairement le rapprochement des deux plantes de sexe différent pour opérer la fécondation et obtenir des graines fertiles ; c'est ce qui nous manque encore jusqu'à présent, car nous ne possédons en France que la plante mâle, de sorle que nous n'a- vons pu jusqu'ici obtenir des semences fertiles. On nous a donné l'as- surance qu'un pied femelle existait au Jardin botanique d'Alger, dirigé par M, Hardy fils; faisons des vœux pour que la fécondation nous ap- porte des graines fertiles au moyen desquelles nous pourrons obtenir des variétesqui remédierontaux inconvénients que présente le Dioscorea batatas actuel, car dans son état présent, la culture n'est pas encoura- geante pour certaines localités, ainsi qu'on le verra ci-après : Les fleurs du Dioscorea batatas sont très-petites en grappes; elles viennent aux aisselles des feuilles; la forme de la graine ne m'est pas connue. Par les motifs que j'ai énumérés ci-dessus, elle doit être nom- breuse vu la quantité des fleurs. La culture de la plante est simple et facile. La plantation s'opère de plusieurs manières : 1° Les liges produisent des bulbilles aux aisselles des feuilles comme en fournit, par exemple, le Lis bulbifère. Ces bulbilles servent à la re- production ; — 21 — 2° Les tubercules y servent également; un les coupe par rondelles de 5 à 4 centimètres d'épaisseur, en ayant l'attention de veiller à ce qu'elles soient munies de plusieurs yeux; ces yeux, en se dévelop- pant, donnent autant de liges. On plante ces bulbillcs ou rondelles dans de petits pots de 10 à 15* centimèlres d'ouverture remplis de terre légère ou de terreau. On les place sur couche cl sous châssis, si la plantation se fait lorsque les gelées sont encore à craindre, car les feuilles et les jeunes liges de celte plante y sont très-sensibles. Quand les froids ne sont plus à redouter, la mise eu terre s'opère en renversant les petits pots dans la main et en mettant en place les jeunes plantes; chaque pied doit être planté de 20 à 2U centimètres environ d'écarlemenl l'un de l'autre. Le terrain qui convientâ celle plante doit cire léger, sableux, doux et très-profond; la plante ne produisant qu'une longue racine en massue, n'a pas besoin d'un grand écartement. Les tiges couvrent le sol. La plantation peut aussi se faire de suite, en ligne, en pleine terre, en suivant la raie que. trace la charrue et aux mêmes dislances. Celle plantation est alors recouverte par la raie suivante; on emploie de même, pour cette plantation, des bulbilles ou des rondelles qui n'ont pas été mises préalablement en fermentation sur couche ou sous châssis. Mais alors, la récolte de ce genre, de plantation est plus tar- dive que celle faite avec des plantes mises préalablement en état de végétation. Ce dernier mode conviendrait aux travaux agricoles, c'est-à- dire ù la grande culture. La culture d'entretien ne demande presque aucun soin : de la pro- preté, des sarclages et quelques binages, lels sonl les travaux que celle plante exige. J'ai dit que le Dioscoreu batatas demandait une terre douce, légère et profonde; cependant la plante vient aussi dans les terrains durs, argileux et calcaires, mais les produits en sonl bien moins productifs et moins beaux, et la récolle à faire est bien plus difficile, ainsi que je l'expliquerai plus tard. D'après les expériences qui ont été faites, il vaut mieux laisser courir les liges sur terre que les ramer. Si elles s'allongent trop au delà du terrain qui leur est assigné, on peut les raccourcir sans inconvénient; les animaux en sont très-friands; elles peuvent servir à la nourriture des vaches ou des autres animaux. Dans de prochains articles., je ferai connaître l'époque de la récolle, comment elle se fait, les produits qui oui été obtenus à Rouen cl dans les communes i\^^ Aulhieux, du Grand et du Pelit-Quevilly, de Sotte- ville, etc., ces récoltes résultant de la distribution des bulbilles et ion- _ 22 délies faile par la Société impériale et centrale d'Horticulture du département. Je donnerai également l'appréciation qu'on peut en l'aire sous le rap- port culinaire et sous celui de l'approvisionnement des marchés aux légumes. Toogard, Président de la Société impériale d Horticulture de Rouen. CULTURE ANGLAISE DES ROSES TREMIERES. Althœa rosea. Les Roses trémières demandent un bon sol de jardin cultivé depuis quelque temps, Lien mélangé au moyen d'un labour de deux pieds de profondeur d'une forte quantité de fumier consommé , celui que l'on relire d'une conclu! à melons par exemple, ou de vidange intimement mêlée à la terre, (les plantes poussent luxurieusement eu été dans un sous-sol humide; niais par contre les effets produits en hiver par cette humidité seront généralement désastreux aux vieux pieds que l'on aura laissés dans une pareille situation ; nous conseillons, pour obvier à ces graves inconvénients, d'enlever 1 à '2 pouces de terre autour du collet de la racine et de les remplacer par du sable blanc, jusqu'à (> pouces autour de la tige; on préserve ainsi les plantes de l'action destructive de l'humidité, et de la voracité des insectes cl des limaces; ennemis redou- tables des Roses trémières, lesquelles souvent périssent sous leurs at- taques multipliées. Le meilleur système pour obtenir de belles fleurs consiste à planter chaque année de jeunes pieds, comme cela se pratique pour les Dahlias. On propage les Roses trémières soit au moyen de boutures faites au printemps cl placées dans une couebe sourde, soit en enlevant de sim- ples yeux au mois de juillet ou en août. Les jeunes plantes obtenues de bouture se trouvent bien d'être rempotées dans de grands vases au mois d'octobre; on a remarqué qu'elles deviennent d'autant plus belles (pie les pots dans lesquels elles auront été mises seront plus grands; une terre légère mais riebe en principes fertilisants leur suffit. On place ces pots sous un châssis froid où ils passeront la saison rigoureuse jusqu'au mois d'avril (selon la température externe). A celle époque on les plantera à demeure en plein air, la lloraison de plantes ainsi traitées sera aussi belle et aussi hâtive que celle de pieds mis en place en octobre. L'espace des lignes ou rangées, entre elles, doil être d'au moins 4 pieds; on accordera 5 pieds de distance entre chaque plante d'une rangée. Trois pieds en tous sens suffisent pour séparer les plantes dis- posées en groupes ou en corbeilles. - 25 — Les Roses trémières croissent avec plaisir à l'ombre d'arbres un peu éloignés, mais elles craignent de se trouver en contael avec les ra- cines. Au mois de mai, lorsque les épis floraux auront atteint une longueur de I pied environ, on devra en retrancher un eertain nombre selon la l'orée de la plante; si le pied est très-vigoureux, on conservera quatre épis ; niais seulement deux ou trois s'il est faible. On ne laissera qu'une seule tige florale s'il s'agit d'une plante d'exposition. On doit avoir soin de bien attacher la tige i\i's Roses trémières à un fort tuteur, et ce avant que la piaule ne soit trop élevée ; sans celle pré- caution elle se déforme et est exposée à être brisée par le vent. Un lu- teur, haut de 4 pieds (au-dessus du sol), suffit pour les pieds les plus robustes. Lorsque la saison est sècbe , ce qui arrive souvent à celle époque de la formation des boulons à fleurs, il faudra recourir à îles arrosements de guano ou d'engrais liquides, en ayant soin de les distri- buer autour des racines, sans en verser trop près ni sur les liges. Les amateurs qui désirent avoir de belles fleurs doivent retrancher toutes les pousses latérales de la plante, éclairçir les boulons ;'i fleurs trop rapprochés les uns des autres et enlever l'extrémité supérieure de l'épi à la bailleur désirée, en se basant sur l'élévation habituelle de |,i plante ainsi que sur son port. Il ne faut pas cependant perdre de vue que si, par le retranchement du sommet de la tige, on obtient des (leurs plus grandes, on diminue la durée de la floraison ; et souvent aussi celle opération déligure le port des plantes. (Gardener's Chronicle, novembre 1856.) liIBLIOGRAPÏIIE. Les Expériences «fini amateur ou la Taille «1rs urines simplifiée . suivies de conseil* sur les pépinières, par F. LefèTre (1). Les fouilles sont tombées, voici le lemps des plantations. L'époque où l'on crée îles espaliers, où les amateurs de jardins et de vergers comblent les lacunes laissées dans leurs quinconces et regarnissent les espaces vides le long des treillages, esl arrivée avec les frimas et les jours courts. Bientôt, quand la ^.\i' se réveillera et commencera à circuler plus active, il faudra la diriger et surveiller dans leur croissance les bourgeons nouvellement épanouis. Un livre sur la taille des arbres et sur les pépinières ne pouvait donc paraître à un moment plus opportun , pour être lu pendant les longues soirées. Un livre sur la (aille des arbres! mais il y en a déjà tant , depuis les écrits du vieux la Quintinie, jusqu'aux traités si répandus de MM. (lalbret et Dubrcuil. Cependant le sujet esl loin d'être épuisé. Aux procédés traditionnels sont venues (l) 1 vol. in- 1 S avec planches. Prix : 2 fr., franco. A. Goin , éditeur . quai des Grands-Auguslinsf II. — 24 — s'ajouter des méthodes récentes, qu'il serait curieux «le comparer. Des esprits novateurs onl essayé d'autres moyens de conduire les arbres, et ont préconisé avec enthousiasme ces systèmes adoptés par les uns, repoussés par les autres. Autrefois, la formation d'un espalier exigeait de longues années : la serpette jouait un grand rôle et les branches subissaient des amputations répétées. Notre géné- ration pressée de jouir s'esl demandé si ces entraves, si celle lenteur étaient né- cessaires, et on a proclamé que, loin de s'opposer aux emportements de la sève et de faire impitoyablement la guerre aux rameaux exubérants, il fallait profiler de cel excès de vigueur et ménager ces gourmands indisciplinés, afin de donner en peu d'années à l'arbre l'étendue que l'ancienne méthode ne l'eût, laissé acquérir que peu à peu. Plus île serpette, plus d'amputations sévères: le pincement des rameaux dans leur première jeunesse (t), la cassure de quelques-uns d'entre eux furent proclamés désormais suffisants pour assurer à l'espalier une forme régu- lière, et pour rabattre la sève dans ses écarts les plus impardonnables. — L'élan était donné, et l'on a vu paraître les écrits et les systèmes particuliers de MM. La- chaume, Hardy, l'abbé Dupuy, Choppiu, Lepère. etc. Cependant, un amateur de notre département qui, depuis de longues années , dirige avec passion un espalier magnifique, M. Lefèvre, de Grand-Camp , près Bernay, se livrait de son côté à des observations suivies et contrôlait les théories exposées dans les livres de jardinage les plus accrédités. Après avoir longtemps appliqué les méthodes reçues, l'étude attentive des phénomènes de végétation l'ont amené à une méthode particulière que, depuis sept années, il pratique exclu- sivement. Si l'on juge de celte méthode par ses résultats, elle doit être excellente : car les espaliers de M. Lefèvre jouissent, à plusieurs lieues à la ronde, d'une véri- table célébrité, par leur végétation vigoureuse et par leurs fruits exlraordinaire- menl beaux et nombreux. Dans une préface fort spirituelle, l'auteur s'excuse d'avoir déposé la serpette pour la plume, et d'avoir ainsi cédé aux instances d'amateurs éclairés, qui, après avoir visité ses espaliers, l'ont pressé de livrer sa méthode au public. Il indique ensuite la division de son livre, qui traite : t° de la taille des arbres en espalier ; 2" de la conduite des pépinières. La méthode de l'auteur peut se résumer par ces mots que nous lisons à la fin de l'un de ses chapitres : « L'arbre qui sera le moins mutilé aura toujours la plus belle végétation. Heureux l'arbre qui ne tombe point sous la main de l'homme! » M. Lefèvre condamne l'ancienne disposition des arbres d'espalier en V : il préfère les palmelles à une seule tige verticale, et il en fait partir des branches toutes horizontales. Sur ces branches latérales, il ne laisse pousser de rameaux qu'en dessous : il s'oppose à la croissance de tous les bourgeons qui viennent en devant ou à la partie supérieure des branches. Il ne s'agit pas de couper les pousses trop vigoureuses; il s'agit, au contraire, de s'opposer à leur apparition. Pour cela, il aveugle les yeux qui. placés sur le côté supérieur des branches horizontales, don- neraient naissance à des rameaux difficiles à modérer : les bourgeons placés en dessous des branches, du côté de la terre, sont seuls conservés, parce que jamais ils ne poussent trop fort- Avec ce procédé, plus d'amputation, plus de pincement : la sève ne s'emporte jamais. Dans la méthode de M. Lefèvre, la taille et le pince- ment ne servent plus à faire disparaître les rameaux trop vigoureux; ils servent, au contraire, à fortifier les rameaux trop faibles. Les expériences que l'auteur a répétées sur les effets du pincement seront lues avec intérêt par les physiolo- gistes : elles jettent une lumière nouvelle sur la marche et la distribution de la sève dans l'organisation des végétaux. Mais si, par ce côté, le petit livre de M. Le- fèvre est de nature à être consulté par les botanistes, il s'adresse tout entier aux horticulteurs dont la curiosité sera assurément piquée par les données neuves et les aperçus originaux qui constituent celte mélhode. R. B. (1) L'opération dont il est ici question a été parfaitement traitée par M. Picol- Amelle. horticulteur, à Aincourt, près Magny (Seine-et-Oise), dans la deuxième édition d'un ouvrage qu'il a publié le 10 mai INoo, et qui a pour titre : Pratique raisonnee de l'A rboricullurc. [ Note de l'éditeur. ) •>TOfll /Vf//f /// YY//SVY . — 23 — rRICHOPILIA COCCINEA (Lindlev). (Planche III.) Le goure Trichopilia fait partie de la vaste et intéressante famille naturelle des Orchidées; il appartient à la (iynandrie Monandrie du système linnéen. Le savant orchidologue Lindley, fondateur de ce genre, lui a imposé un nom composé de deux mots grecs : Trix, trichos (cheveu, poil), et Pilion (bonnet, chapeau), par allusion aux appendices du Cli- nandre (on nomme ainsi l'espèce de fossette qui termine le gynostème à son sommet et dans laquelle l'anthère est placée), les caractères du genre sontde présenter des sépales et des pétales égaux, étalés, étroits ; un lahelle fort grand, pélaloïde, enroulé, parallèle au gynostème, trilobé; lobe inlermédiaire subbilobé à peu près plane, nu à l'intérieur. Colonne arrondie, en forme de clou. Clinandre en capuchon, trilobé, fimbrié- velti. Anthère uniloculaire , comprimée, convexe sur le devant. Masses polliniques au nombre de deux, sillonnées sur la face postérieure et adhérentes à une mince caudicule cunéiforme; glande ou rétinacle très- petite. Les Trichopilia sont munis de pseudo-bulbes charnus protégés par des squames ornées de macules ; une seule feuille termine le pseudo- bulbe; les fleurs sont solitaires et axillaires (elles naissent au pied du pseudo-bulbe). Le Trichopilia , sujet de notre article, est originaire de l'Amérique centrale, où il a été découvert par Warscewicz, qui l'envoya vers 1849 en Angleterre, sous le nom spécifique de coccinea, que le docteur Lind- ley conserva avec raison, bien que M. Henfrey eût antérieurement dé- crit ce même Trichopilia sous le nom de marginata. Nous sommes heureux de voir à ce propos que des dénominations, lorsqu'elles sont correctement imposées par les bolanistes-^/ecowfre«rs, sont parfois res- pectées par les botanistes de cabinet ; c'est une justice et un dédomma- gement auxquels les premiers qui risquent leur vie et leur santé dans l'intérêt de la science et de l'horticulture ont bien droit. Cette espèce offre des pseudo-bulbes rapprochés, allongés, oblongs ou étroits, comprimés, lisses, d'un vert foncé, revêtus à la base d'assez grandes squames brunâtres, appliquées contre le pseudo-bulbe, et sur- montés d'une seule feuille large lancéolée, coriace, devenant tout d'un coup acuminée et s'élargissant parfois vers la base, de manière à pa- raître presque auriculée. Pédoncule généralement à trois fleurs, mais souvent aussi ne portant qu'une seule fleur. Ces fleurs sont grandes, fort belles, tantôt entièrement d'un riche carmin foncé, tantôt car- minées en dedans et blanches à l'extérieur, et les sépales marginés de blanc; le lahelle est parfois d'un carmin pur, tandis que dans d'autres Février 1887. ô — 20 — cos, il est bordé d'un large liseré blanc; sous ces diil'éreiils aspects la fleur est également belle et recommandable. Les pétales et les sépales sont linéaires lancéolés et de même forme; les sépales sont légèrement tordus. Labelle enroulé à quatre larges lobes arrondis, ondulés. M. Lind- ley rapproche cette espèce du Trichopilia tortilis, dont elle se diffé- rencie surtout par ses fleurs plus grandes et carminées et par ses sé- pales à peine tordus. La floraison a lieu en avril. Le Trichopilia coccinea est une des plus jolies Orchidées américaines qui aient été introduites depuis longtemps et nous ne craignons pas de dire que cette seule plante suffirait pour justifier la faveur dont on en- toure généralement cette famille intéressante des Orchidées, dont fous les membres présentent à l'amateur comme au botaniste des formes et des nuances variant à l'infini. Celte espèce n'est pas de la dernière nouveauté, car elle se trouve déjà répandue dans plusieurs collections d'amateurs; mais sa beauté et sa facile culture nous ont engagé à en donner un fidèle dessin à nos abonnés orcbidopbiles, d'autant plus que le prix de trente francs au- quel elle est actuellement cotée est assez modéré pour les engager à l'accueillir dans leur collection. Les espèces dont se compose le genre Trichopilia sont : Trichopilia tortilis (Lindley), type du genre, jolie espèce très-florifère caractérisée par la singulière torsion de ses sépales; fleurs assez grandes, vertes ma- culées de pourpre; labelle blanchâtre. Cette Orchidée, introduite des environs de Xalapa au Mexique vers 1856, est actuellement fort ré- pandue dans les collections. Trichopilia coccinea (Lindley), que nous venons de décrire. Trichopilia Galeottiana (Ach. Richard), (Richard elGaleotli, Orchi- dographie mexicaine), espèce à fleurs moyennes, jaunes; de la pro- vince d'Oaxaca. Non introduite. Trichopilia saavis (Lindley), fleurs les plus grandes du genre, d'un blanc de crème; labelle énorme à bords ondulés, blanc jaunâtre maculé de taches irrégulières d'un violet plus ou moins foncé et orné au centre d'une large macule et de points jaune d'or. Odeur très-suave. Fleurit en avril. Introduit de l'Amérique tropicale. Assez rare encore. On cite encore le Trichopilia albida de Wendland. Nous ne con- naissons pas cette espèce. EREMURUS SPECTABILIS (Bieberstein). (Planche IV.) Le nom iVEremurus , donné à ce genre de plantes de la famille des Asphodélées et de l'Hexandrie monogynie, est composé de deux mots ^E f /y /// /// //■ 1 - j//s s /s//v //-y . — 27 — grecs signifiant queue du désert, par allusion aux longs épis floraux d< celte plante; véritable ornement des sites sauvages de sa patrie. Une seule espèce compose véritablement ce genre, c'est la SpectabilU de Bieberstein , celle que nous figurons; la description que nous en donnons plus loin indique suffisamment les caractères de cette plante et nous dispense d'en présenter la diagnose générique. En nous servant plus haut du mot véritablement, nous faisions allusion aux nombreuses synonymies auxquelles celle espèce variable, selon la nature du sol et la hauteur suprainarine des stations où elle végète, a donné lieu. C'est ainsi que le botaniste Steven , trompé par certaines apparences ducs aux circonstances précitées, a établi trois espèces sous les noms d'Ere- murus Altaicus, Caucasiens et Tauricus, désignalions purement géo- graphiques d'une seule et même espèce que les botanistes actuels, afin d'éviter une plus grande confusion, s'accordent à nommer spectabilis ; Pallas de même que Sievcrs en avaient fait un Asphodelus, le premier sous le nom de Asphodelus Altaicus, le second sous celui d' Asphodelus Sibiricas ; enfin, il semblerait que VEremurus Aucheriana, de M. Bois- sier ne serait qu'une forme ou variété de VEremurus spectabilis. — Tout aride que soit au lecteur une discussion synonymique, elle n'en est pas moins indispensable pour le préserver de l'ennui d'acheter plusieurs fois une même plante sous des désignations différentes. Description. — Plante à racines vivaces, fasciculées-fibreuses, char- nues, épaisses, descendantes. Feuilles toutes radicales de 15 à 50 cen- timètres de longueur, et de 1 et demi à o centimètres de largeur, linéaires-ligulées (en lanière) d'un vert glauque, canaliculées, obscuré- ment carénées, engainantes à la base. Scapes (racèmes compris) trois ou quatre fois aussi longs que les feuilles, dressés, arrondis, striés et pourvus de bractées. Racèmc allongé, subcylindrique, mulliflorc. Fleurs très-nombreuses, dresséesà l'état de boulons, étalées lorsqu'elles sont épanouies. Bractées du racème subulées, généralement plus courtes que les pédieelles; ceux-ci ont environ 2 à 3 centimètres de longueur. Périanlhe divisé jusqu'à sa base en six sépales ovés-ellipti- ques, étalés, de couleur jaune de soufre, légèrement teinté d'orange. Étamines au nombre de six, bypogynes ; fdcls plus longs que les sé- pales, imberbes, orange dans leur moitié inférieure; anthères bilocu- laires, oblongues, orange foncé. Ovaire libre, sessile, globuleux, frilo- culaire; style filiforme, aussi long que les étamines ; stigmate simple, petit, tronqué. Capsule membraneuse, subglobuleuse-clliptique, à six sillons, triloculaire. VEremurus spectabilis est une plante des plus remarquables de la Tauride, du Caucase, delà Sibérie allaïqucetdu Scinde; introduite dans les jardins anglais dès l'année 1800, elle avait été perdue ou oubliée dans les cultures; sa réapparition assez récente sera donc saluée avec — 28 — le même plaisir que si elle était tout à fait nouvelle; sa rusticité, son port élevé el ornemental, ses vigoureux et longs racèmes ehargés de (leurs jaunes qui se montrent en juin, la teinte glauque de son feuillage, la recommandent amplement pour l'embellissement de nos jardins (1). Une terre meuble et un peu forte, el une exposition chaude lui con- viennent particulièrement. KEM E DES PLANTES H ARES ET NOUVELLES SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. saivia Doiiviana (Van Houtte), figuré dans la Flore des Serres, pi. 1 148. — Famille des Labiées. — Diandrie monogynie. Cette espèce est vivacc, à tiges dressées, un peu rameuses, glabres, hautes d'environ 50 centimètres; les feuilles sont pétiolées, cordi- formes, un peu rugueuses, d'un vert gai. Les rameaux florifères sont chargés d'un duvet de poils glanduleux; ils se terminent par des grap- pes simples de fleurs assez denses, groupées au nombre de six à dix en faux verticilles et brièvement pédiccllécs. Le calice, couvert comme l'axe de la grappe et les pédicelles, d'une pubescence glanduleuse, pré- sente une teinte violette. La corolle, d'un rouge carmin, est remar- quable par l'extrême brièveté de sa lèvre supérieure el par l'ampleur du lobe médian de la lèvre inférieure. La Salvia Boliviana est très-propre à la décoration des jardins en été; elle végèle avec vigueur, produit une grande quantité de fleurs et forme de jolis massifs pendant la belle saison. On la rentrera en hiver «lans l'orangerie. Sa multiplication par boutures est prompte et facile. i.eperiza latifoiia (Heubert), figuré dans le Botuniccil Magazine, pi. 4952. — Syn. : Paner atium latifolium (Rnz et Payon); Chry- siphiala latifoiia (Lindley). — Famille des Amaryllidées. — Hexan- drie monogynie. Cette plante, d'un port ornemental, a fleuri récemment à Kew (sep- tembre 18b arrondies, dressées et situées au sommet du tube; les élamines sont placées entre ces dents. Filets dressés, dépassant le périanlhe. Style plus long que les élamines. Culture. — Le Leperiza latifulia, que l'on prendrait au premier abord pour un Phœdrunassa, est une belle plante, malheureusement encore fort rare (1); on la cultivera dans une terre riche et légère à la fois; un compost de terreau de feuilles bien consommées, de terre franche et de terreau de couche ou de gazon pourri, bien mêlé avec une certaine quantité de sable blanc lui serait très-favorable. De même que pour la majeure partie des plantes bulbeuses de serre froide, un peu de chaleur lui est nécessaire pendant sa période végétative. Castanca chrysophylla (DOUGLAS), figuré dans le Bot. Marj., pi. 4955. — Châtaignier à feuilles dorées. — Famille des Cupulifères. — Mo- nœcie Octandrie de Linné. « (le Châtaignier, dit sir W. Ilookcr, est peut-être la plus grande ra- reté qu'ollrc Y Arborelum (école d'arbres) du Jardin botanique de Kew. • (I) M. Linden nous fait savoir qu'il possède dans son établissement horticole, au Jardin zoologique de Bruxelles, un certain nombre d'exemplaires de Leperiza qui lui oui été envoyés directement du Pérou. — 50 — Le dessous de ses feuilles est revêtu d'une belle teiute dorée pâle, due à la présence d'innombrables petites écailles pellées colorées en jaune. Il a élé découvert en 1850, par M. David Douglas, dans l'Orégon et dans le nord-ouest de l'Amérique septentrionale, où il croît constamment sur les collines; il a été trouvé depuis en Californie par MM. Burke et Hartweg. Le seul exemplaire que possède le Jardin royal de Kew pro- vient de graines recueillies par Burke; et. quoique sa taille ne dépasse pas actuellement 5 pieds de hauteur, il a depuis quelque temps donné des épis de fleurs, et en 1850 quelques fruits qui tombèrent avant délie parvenus à maturité. Ce magnifique Châtaignier a supporté sans encombre en plein air les hivers les plus rigoureux. Espérons qu'un arbre aussi précieux ne restera pas a l'état d'unique à Kew, et que les horticulteurs trouveront le moyen de le répandre dans nos jardins, sinon il y aurait vraiment de quoi entreprendre une excursion en Ca- lifornie. Dans sa patrie, le Châtaignier à feuilles dorées atteint des dimen- sions assez grandes; sa hauteur varie entre 20 pieds et 70; et son port est magnifique. L'exemplaire de Kew est branchu presque jusqu'à la base; les jeunes branches sont dorées; les feuilles, les plus petites du genre, ont 2 à 5 pouces de longueur; elles sont courtement pétio- lées, ovées-oblongues, acuminées, coriaces, entières, glabres, d'un vert foncé luisant en dessus, revêtues en dessous d'écaillés petites, fa- rinacées, jaune d'or. Les épis floraux naissent des aisselles des feuilles supérieures ou terminales; les fleurs mâles nombreuses et rapprochées les unes des autres occupent la moitié supérieure de l'épi; les fleurs femelles, au nombre de une, trois ou cinq, sont écartées, disséminées à la base, sessiles; ovaire très-hispide, se partageant en trois styles gla- bres. Ces ovaires sont restés sur la plante pendant tout l'hiver de 1855- 1856, se transformèrent en été en un fruit trilobé et hérissé comme celui du Caslanea vesca, qui tomba sans être mûr avant l'automne. Nous recommandons vivement cet arbre ornemental à l'attention des horticulteurs et des botanistes voyageurs. Les communications avec la haute Californie et l'Orégon sont maintenant assez actives et assez ra- pides pour que l'on puisse faire venir quelques caisses de châtaignes stratifiées dans de la terre légèrement humide. On pourrait indiquer cet arbre aux correspondants sous le nom anglais de Golden-leaved Chesnut. Tricyrtis piiosa (Wallich) , figuré dans le Bot. Mag., pi. 4955. — Syn. : Uvidaria hirta? (Thuinberg.) — Famille des Uvulariées; des Liliacées et Tulipacées de plusieurs auteurs. — Hexandrie trigynic. Celte plante, par son port grêle et mesquin, offre peu d'attraits ; mais ses fleurs, d'une conformation particulière et d'un coloris distingué, — 51 — pourront la l'aire admettre dans nos serres; c'est, en somme, une espèce bien supérieure en mérite ornemental à ['Uvularia chinensis, que l'on cultive dans les jardins. Elle croîl abondamment dans le Sikkim-IIima- laya d'où elle a été introduite de graines recueillies pur MM. Hookcr et Thomson, et si la synonymie d'Uvuluria hiria est exacte, son aire géo- graphique s'étendrait jusqu'au Japon. Le Trieyrtis pilosa offre une petite racine tubéreuse, de forme irré- gulière; les tiges sont herbacées, hautes de 50 à 40 centimètres et plus, branebues, arrondies, pubescentes de même que toute la plante, à poils glanduleux. Feuilles alternes, distantes, cordées-ovées, entières, douces au loucher, semi-amplexicaules à la base où elles forment une gaine très-courte. Pédoncules par paires, terminant les branches et la lige. Fleurs solitaires, dressées, à six sépales d'abord dressés et for- mant un périanlhe campanule, s'étalant ensuite horizontalement ; les trois sépales externes présentent un large sac ou poche bossue à la base, les trois internes sont simplement cucullés (en forme de capuchon); la couleur générale de la (leur est un blanc verdàtrc, maculé et pointillé à l'intérieur de carmin ou de pourpre, ce qui égayé beaucoup l'aspect des Heurs. Style simple à la base, se partageant ensuite en trois branches, étalées devenant elles-mêmes bifides, tachetées de pourpre et chargées de poils glanduleux. Anthères violettes. Toutes ces différentes nuances composent un ensemble gracieux. Les Uvularia sont des plantes d'une culture très-facile; elles fleuris- sent bien à l'air libre; V Uvularia chinensis requiert un peu de litière pendant la saison des froids; il en sera de même pour le Trieyrtis pilosa. ueiiiKtoma dciiticuiutuiii (Labillardière) , figuré dans le Bot. Mag. f pi. 4957. — Famille des Mélaslomacées. — Décandrie monogynie. Cette belle plante a été découverte dans la Nouvelle-Calédonie par Labillardière, botaniste attaché à l'expédition envoyée par le gouverne- ment français à la recherche de l'infortuné la Pérouse. Récemment le botaniste anglais ÎMilne en envoya des graines au jardin de Kew; et les plantes provenues de ces semences fleurissent facilement en juillet et en août. Le Melasloma denticulatum constitue un arbrisseau de faille moyenne, très-branchu; les rameaux et les pétioles sont rougeàtres, rudes au toucher et munis de soies couchées. Les feuilles sont grandes eu égard à la taille de la plante, d'un beau port, largement ovées, presque coriaces, acuminées, entières, à cinq nervures principales réunies par des veines transversales, d'un vert foncé en dessus, plus pâle en dessous, et garnies sur les deux faces, surtout sur l'inférieure, — 32 — de soies subulées, couchées. Corymbes terminaux composés de quatre à six fleurs assez grandes; bradées et pédicelles rougeâtres. Calice à tube urcéolé, revêtu d'écaillés couchées, petites et imbriquées; limbe à cinq ou six lobes frangés ou ciliés. Pétales presque blancs ou légère- ment lavés de rose vers les bords. Culture. — La plupart des jardiniers se figurent que le nom de Mclusloma ou de Mélastomacée implique l'obligation d'une culture de serre chaude; cette fâcheuse impression provient en général du peu de cas qu'ils font des notes géographiques, dont les descriptions dans les recueils modernes sont généralement accompagnées; l'altitude au- dessus du niveau de la mer devrait surtout leur servir de guide. Un exemple suffit pour démontrer la justesse de nos observations : le Lysimackia Leschenaultii est originaire du Malabar, contrée éminem- ment chaude, et cependant cette plante fleurit et végète fort bien à l'air libre chez nous; cultivée en serre chaude (comme on l'aurait fait si les botanistes n'eussent pas indiqué qu'elle croissait à plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer, sur les monts Niljherries), elle aurait langui et aurait été rejetée parmi ces mille inutilités qui nous proviennent des régions tropicales. Les Mélastomacées sont en partie dans ce cas; si la majeure partie d'entre elles croissent dans les parties chaudes et humides du globe, bon nombre aussi se plaisent sous une tem- pérature beaucoup moins élevée ; les montagnes de l'Amérique (Mexique, Colombie, Brésil) recèlent une quantité prodigieuse d'espèces et, fait digne de remarque, généralement plus belles que celles des régions plus basses. Comment reconnaître les espèces qui exigent la serre chaude de celles pour lesquelles la protection d'une serre froide suffit? Nous avons remarqué que les Mélastomacées à bois sec, à pousses courtes, pouvaient se cultiver en serre froide, et que les espèces à bois mou cl cassant facilement exigeaient la serre chaude. Les premières, et notre Melastoma denticulatum appartient à cette série, demandent un bon drainage et un sol assez léger : terre de bruyère, terreau de feuilles, sable blanc; elles demandent aussi une exposition claire, un local aéré, des arrosements fréquents mais peu copieux, en un mot un traite- ment assez analogue à celui des Erica; on les taillera après la floraison, lorsque le bois sera aoûté; au printemps on pourra, afin d'activer le développement des pousses, les soumettre pendant quelques semaines aune chaleur modérée (15 à 20 degrés centigrades), leur donner ensuite de l'air pour les durcir et les transporter ensuite, soit sur la tablette de devant de la serre froide, soit dans des bâches froides, soit enfin à l'air libre en les préservant de la forte ardeur du soleil. Ce que ces plantes si belles et si peu connues encore demandent, c'est de l'air, de la lumière et des arrosements bien réglés, conditions essentielles à la bonne culture des plantes alpines. — 00 — De celle manière vous obtiendrez de beaux résultats a?ee les Chœto- gastra, les Calyptraria, les Marceltia, \cs Iihexia, etc. Les Mélastomacées de serre chaude sont généralement tenues trop sèches en été; une atmosphère humide leur est nécessaire; elle les pré- servera en même temps de la cochenille et des acares; en hiver soyez très-parcimonieux dans vos arrosements, respectez leur repos. Au com- post indiqué pour les espèces de serre froide, nous conseillerons d'a- jouter un quart de terre franche, cela nourrit leurs racines et empêche les liges de s'allonger outre mesure. De même que pour les espèces de serre froide, la (aille rend touffues celles de serre chaude; un jardinier ne doit pas craindre de faire travailler sa serpette sur ces plantes ; c'est ainsi que Ton obtient de charmants buissons de Centradenia. CULTURE MAKAICHÈKt: LES ENGRAIS DU POTAGER. LES LABOURS PRK PARA TOIRES. — LE ROULEAU-RAYONNEUR. — QUELQUES LÉGUMES A INTRODUIRE. En hiver, la besogne n'est pas pressante, à ce qu'on assure; les ma- raîchers, qui ne font pas de cultures forcées, peuvent se croiser les bras par moments, car il leur suftil de quelques semaines pour remettre les outils en état et faire les paillassons ou les abris mobiles. Voilà ce qu'on pense généralement, et on le pense, parce que les choses se pas- sent, en effet, de cette manière. Nous croyons, nous, qu'il ne serait pas diflicilc aux maraîchers d'utiliser les heures perdues de la mauvaise saison. S'ils ne veulent ni lire ni s'ajsembler entre eux pour parler de leurs affaires, qu'ils s'occupent au moins de fabriquer des engrais. Pour cela, il n'y a pas de saison qui tienne; rien ne les empêche de ramasser de la suie, des cendres de bois et de houille, des chiffons de laine, des plumes de volaille, des os qu'ils feront brûler dans leur foyer, pour en avoir les cendres, des urines, etc. Rien ne les empêche de mêler toutes ces substances à leurs fumiers, d'y ajouter de la terre quand il ne gèle pas, des légumes pourris, tout ce qui peut faire nombre et volume, cl d'arroser avec les eaux de savon, de lessive el de récurage, alors surtout que ces eaux sont encore chaudes et capables par conséquent d'entretenir ou de ranimer la fermentation. Il importe (pie la pourriture complète se fasse à court terme, car on ne doit — 54 — admettre au potager que des engrais réduits, parfaitement décomposés. Ne nous parlez pas des fumiers longs ; ils ne conviennent que dans la culture des pommes de terre, ou pour pailler les repiquages en temps de sécheresse. La culture maraîchère est une sorte de course au clo- cher; c'est à qui fera le mieux galoper la végétation de ses légumes et arrivera le premier sur le marché avec les plus beaux produits. Eh bien, vous arriverez le premier avec l'engrais liquide étendu d'eau ordinaire; vous arriverez le second avec du fumier bien pourri ; vous arriverez le dernier avec du fumier long. Nous allons, en peu de mots, vous dire pourquoi : L'engrais liquide ou purin, ou bouillon des jardiniers, comme l'on dit encore, est de la sève toute faite. Il arrive aux racines, passe et monte, et donne tout de suite son effet. Seulement, gardez-vous bien de l'employer trop fort, c'est-à-dire trop chargé de sels, car il ne monte- rait pas; affaiblissez-le, allongez-le avec quatre ou cinq fois son volume d'eau. Le fumier très-pourri vient tout de suite après. Les sels qui s'y trouvent n'ont besoin que d'eau pour se dissoudre, descendre aux ra- cines et aller de là dans les tiges, les rameaux et les feuilles. Donc, dès qu'il pleut ou dès que vous arrosez, l'effet de l'engrais se fait sentir; mais aussi, quand le temps est au sec et que vous n'arrosez pas, les sels ne fondant point, la végétation ne saurait aller vite. L'eau, ne l'oubliez pas, est la charrette aux engrais. C'est elle qui prend leurs sels et les emmène où ils doivent aller. Voilà pourquoi l'on vous dit : N'employez les engrais du commerce, le guano, par exemple, que par un temps pluvieux. On a raison, parce que s'il ne recevait pas d'eau, pour se dis- soudre, il resterait sans effet. Le fumier long est le moins avantageux de tous. Si les végétaux vivent jusqu'à un certain point de paille pourrie, ils ne vivent pas de paille fraîche ou à peu près fraîche. La litière n'abandonne ses sels à l'eau que lorsqu'elle est tout à fait décomposée; autrement, elle les garde. Le fumier long se fait sentir pendant deux ans, nous dit-on, tandis que le fumier court est usé au bout de la première année. C'est vrai; la litière qui n'était pas assez pourrie d'abord ne devient engrais qu'après sa décomposition dans le sol; mais ceci ne fait point le compte du jardinier. Comme ses légumes ont, pour la plupart, la vie courte, il convient que la nourriture leur arrive promptement et en abondance; ils n'ont pas le temps d'attendre que cette nourriture se fasse en terre ; il la leur faut toute faite, bonne à être mangée sur l'heure. Il en est des plantes comme des animaux; si vous les laissez pâlir dans leur jeunesse, elles s'en ressentiront plus ou moins toute leur vie. Or, pour qu'il n'en soit pas ainsi avec nos légumes, ne nous servons que d'en- grais liquide et d'engrais bien pourri. D'ailleurs, outre que les fumiers <);> — longs sont moins nourrissants que les autres, ils ont l'inconvénient de soulever trop la terre, ce qui est nuisible au plus grand nombre de nos récoltes. Pour notre compte, nous ne les employons que dans la cul- ture des pommes de terre, parce que cette plante émet, sous le nom de tubercules, des bourgeons souterrains, qui ont besoin d'air pour se développer, et qui, par conséquent, gagnent à pousser dans un sol remué ou soulevé. Nous employons encore les fumiers longs pour cou- vrir nos planches, après les repiquages, quand, bien entendu, nous avons affaire à un terrain sec et à des légumes qui aiment la fraîcheur. Les planches, paillées ainsi, entretiennent l'humidité sur le sol. En dernier lieu, et pour en finir avec les engrais du potager, nous ferons observer à nos lecteurs que plus les fumiers ou les composts renferment de substances différentes, mieux ils valent. Plus le service est complet, plus il est facile aux légumes de prendre ce qui leur con- vient particulièrement, et plus aussi ils profitent. Nous ferons observer, en outre, qu'on se trouvera toujours bien de répandre le fumier ou le compost en hiver. De cette manière, les taupes ont la partie belle et peuvent, sans nuire, dévorer les vers qui s'y trouvent en nombre con- sidérable. En ne répandant l'engrais qu'au printemps, au moment de semer, on s'expose à voir bouleverser les planches par les taupes en question. Ce sont là de menus détails auxquels on ne songe guère, mais qui pourlanl ont une grande imporlance. Sans aucun doute, les vers appellent les taupes; or, il vaut mieux les appeler en hiver qu'en toute autre saison. El puis, notez bien que l'épandage des fumiers en hiver n'est pas seulement avantageux au point de vue de la destruction des vers, il l'est encore en ce sens que la terre forme éponge et s'im- prègne complètement du jus de fumier. Il n'y a pas une particule du sol qui ne soit fumée au printemps sur une profondeur de fer de bêche ou plus, et le jardinier se trouve, par cela même, dans d'excellentes conditions pour produire. Écoulez nos maîtres en jardinage; ils nous recommandent toutes les fumures d'automne pour les semis de prin- temps, et, en ceci, ils ont raison. Les copieuses fumures, appliquées à propos, ne dispensent pas le jardinier des labours préparatoires. On doit commencer ces labours à partir de la seconde quinzaine d'octobre, et les continuer en novembre, décembre et même janvier, si les neiges et les gelées le permettent. Dans ce cas, il faut bêcher à toute profondeur de fer, de façon à rame- ner à la surface un peu de terre neuve que le fumier en couverture améliorera. Mais s'il y avait eu négligence ou surprise par l'hiver, comme celte année, et par suite impossibilité d'exéculer le labour pré- paratoire, on devrait étendre le fumier, de même que si le sol eut clé remué, attendre la fin de février ou le commencement de mars pour la- bourer, et s'en tenir à cet unique labour. Deux opérations de cette — M> — sorle, faites pour ainsi dire coup sur coup, à quinze jouis ou (rois se- maines de distance, ne valent rien. Il faut au moins deux mois d'inter- valle entre les labours, et quand celui d'automne ou du cœur de l'hiver a été empêché par une cause quelconque, on fera bien de s'en tenir à un seul, à celui qui précédera d'une quinzaine l'opération des pre- miers semis; seulement, au lieu d'aller à toute profondeur de fer, on n'ira qu'aux deux tiers ou aux trois quarts de la lame, afin de ne ra- mener en haut que de l'excellente terre. Les graines ne se plaisent point dans un sol très-ameubli; tous les cultivateurs le savent et vous diront qu'il vaut mieux semer sur labour reposé que sur labour frais. Ce n'est pas une raison pour soutenir qu'il vaut mieux ne donner qu'une seule façon à la terre que d'en don- ner plusieurs. C'est une erreur d'appréciation assez répandue. S'il est vrai que plusieurs labours exécutés précipitamment, l'un sur l'autre, ne conviennent pas, il n'en est pas moins vrai que plusieurs labours bien distancés ont d'excellents résultats. Ils ont pour but la division extrême du sol; ils mettent toutes ses particules en contact avec l'air atmosphérique, les améliorent toutes par conséquent. Quand ce but est atteint, il s'agit de consolider le terrain avant de lui confier les graines. Or, il se consolide de lui-même par le tassement, au bout de dix à. quinze jours, dans les sols riches ou consistants, au bout, d'un mois environ dans les sols légers. Si la besogne presse, on n'attend point que le tas- sement naturel s'effectue, on procède à un tassement artificiel, soit en damant la terre avec une batte, soit en la foulant aux pieds, soit en employant le rouleau. A cet effet, nous proposons un nouveau rouleau; nous disons nou- veau, parce que nous l'avons imaginé dans ces derniers temps et que nous ne l'avons vu décrit nulle part. Notre instrument, pour lequel, on le pense bien, nous n'avons pris ni ne prendrons de brevet d'invention, a pour but non-seulement de tasser la surface entière des planches, mais de rayonner ces planches en vue des cultures en lignes, les seules avantageuses par le temps qui court, les seules qui puissent nous épar- gner des frais considérables de main-d'œuvre. Les Anglais ont, pour la grande culture, un rouleau compresseur qui se compose de plusieurs roues engagées dans un essieu et écartées selon les besoins. Cet outil rend de grands services dans les terres légères, mais il nous paraît coû- teux, compliqué et difficile à régler quant à la profondeur des rigoles qu'il ouvre. Pour ces diverses raisons, il ne nous est pas venu à l'esprit de l'appliquer au jardinage. L'instrument que nous proposons est plus simple, moins coûteux et ne rayonnera qu'à une profondeur de 1 «à 2 centimètres. Le corps du rouleau est en chêne, de la largeur d'une planche ordinaire de jardin et d'un diamètre indéterminé; à ce corps de rouleau sont fixés, à Ifi centimètres l'un de l'autre, des cerceaux de — 37 — fer ou de fonle de 1 ;'i 2 centimètres en relief, ri destinés à ouvrir 1rs rayons. Deux branches saisissent le rouleau aux deux extrémités de sou axe et viennent se fixer à un manche en l>ois, terminé par une traverse également en bois. Deux personnes, placées dans les sentiers, de chaque côté de la planche du potager, saisissent la traverse et manient l'instru- ment avec la plus grande facilité. Afin d'éviter les surfaces unies que formerait le rouleau et qui ont l'inconvénient de se durcir outre me- sure, sous les pluies ballantes, il suffit d'enfoncer, dans les intervalles des cerceaux, des clous à forte tète. Les rigoles obtenues au moyen de ce roulcau-rayonneur, ne dépas- sent jamais la profondeur voulue, el la terre s'y trouve parfàilemenl lassée au fond et sur les côtés, c'est-à-dire dans les conditions les plus favorables à la végétation. On ne peut réunir ces conditions avec noire mode habituel de rayonner qui, loin de consolider la terre, l'ameublit en ouvrant les lignes. De là, l'insuccès de nos semis en terre légère. Avec le rouleau-rayonneur à cerceaux fixes, nous ouvrons des lignes très-rapproebées, à 16 centimètres l'une de l'autre. Qu'est-ce que cela fait? Nous ne sommes pas tenus de les ensemencer foutes. Si nous avons affaire à des légumes qui exigent des intervalles de 32 centimè- tres, nous laissons une rigole vide; nous en passons deux au besoin pour obtenir un écartement de 18 pouces. Si, au contraire, nous avons affaire à de petits légumes qui prennent très-peu de développement en largeur, nous utilisons toutes nos rigoles. Aussitôt la levée des plantes, et même avant la levée de celles qui mettent beaucoup de temps à sortir de terre, pourvu que nous ayons marqué les lignes avec quelques graines de colza ou de laitue, nous pouvons procéder aux sarclages avec les ratissoires à pousser. Maintenant que nous avons mis les cultivateurs maraîchers en posi- tion d'exécuter une besogne irréprochable, au triple point de vue de l'engrais, des labours préparatoires et du rayonnage pour la culture en lignes, nous allons les prier de rendre un service d'ami aux consom- mateurs, de varier un peu leurs légumes. Après tout, on se lasse à la (in des meilleures choses, et, ne changeàt-on que la couleur de ces ehoses, on ferait quelquefois plaisir aux gens. Nous avons beau vieillir, nous retrouvons toujours au marché les mêmes légumes dans les mêmes paniers; les nouveautés ne se rencontrent que chez les indi- vidus qui ne font point commerce de jardinage. Les hommes de l'art se laissent, déborder. C'est fâcheux. S'il y avait de l'inconvénient pour les maraîchers à se mettre au niveau des amateurs en matière d'horticulture, nous ne les pousserions pas ainsi la plume aux reins; mais, en conscience, qu'ont-ils donc à perdre à remplacer une racine de telle forme el de telle couleur par une racine de (elle autre forme et de telle autre couleur? à substituer — 38 — par moments une variélé de chou à une autre variété, un légume fin à un légume grossier? Qu'ils produisent petit à petit des nouveautés, et nos ménagères ne les leur laisseront pas pour compte. Pourquoi ne pas introduire, par exemple, sur les marchés, les rhubarbes comestibles, les cardons, la bette poirée, le haricot d'Alger, le suisse rouge, la picridie, les carottes d'Altringham et d'Achicourl, le chou conique de Poméranie, la télragonie étalée, le scolyme d'Espagne, le chou chinois ou Pe-tsaï, la laitue turque, le pâtisson jaune, le navet des vertus, le navet balle de neige, la boule-d'or, le noir sucré d'Alsace? Pourquoi ne pas y introduire aussi, à titre de spécimens, l'igname-balateetle cerfeuil bulbeux? P. JoiGNEAUX. MISCELLANEES. DES EFFETS DU FUMIER ANIMAL LIQUIDE (PURIN) SUR LES PLANTES CULTIVÉES EN POTS, PAR M. GORNER. ( Traduit de l'allemand. ) La manière dont ce fumier (purin) a été employé jusqu'ici a fait douter souvent de sa valeur réelle. Toutes les espèces d'engrais solides ont besoin de se décomposer dans la terre et de se transformer préala- blement en sels solubles, avant de pouvoir être absorbés par les ra- cines ; tandis que les déjections liquides des animaux le sont, au con- traire, immédiatement. C'est ce qui constitue précisément la grande valeur des engrais liquides dans les cultures. Que l'urine fraîche tue souvent les plantes est un fait reconnu et qui n'a pas besoin d'être répété; mais pourquoi leur est-elle fatale? La chimie pourrait nous l'apprendre! L'urine pure, sans mélange d'eau, ressemble à une nourriture trop forte qui produit un mauvais effet dans l'organisme; non-seulement les animaux, mais aussi les plantes, dépérissent par l'usage d'une nourriture trop concentrée. Les végétaux dont les racines se tiennent près de la surface du sol, profilent plus promptemenl des engrais liquides que celles dont les racines pénètrent plus profondément dans la terre, pour des raisons que l'espace ne nous permet pas de développer ici. Un motif qui devrait nous engager à nous servir plus souvent des engrais liquides, c'est que parfois il nous est difficile de nous procurer - 3«.) — la quantité de compost ou de terreau dont nous avons besoin. Une d'amateurs se trouvent dans ce cas ! J'avais employé en 1854 le guano liquide pour arroser mes plantes, mais l'effet n'avait pas répondu à mon attente : mes plantes présen- taient un aspect de débilité qui m'inquiétait. Que l'urine dût être fa- vorable aux plantes grasses, je n'en avais jamais douté ; mais ses bons effets sur les Éricacées et d'autres plantes délicates me surprenaient beaucoup. Au premier essai, j'employai un mélange de quatre parties d'eau et d'une partie d'urine de vacbe qui avait fermenté pendant huit jours. Tous les pots furent arrosés avec ce mélange; il s'y trouvait des Orangers, des Myrtes, des plantes de la Nouvelle-Hollande, des Erica, des Azalées, des Camellias, des Rosiers, des plantes grasses, des Fuch- sia, etc. L'arrosemcnt fut réitéré tous les huit ou quinze jours. Les premiers effets de l'arrosement furent d'abord visibles chez les Erica, soit parce que la végétation de ces plantes est très-rapide, soit que leur état antérieur était tel qu'un changement dans leur aspect était plus frappant; en effet, ces plantes étaient réellement languis- santes, à la suite d'une longue exposition au soleil du midi. L'effet de l'emploi de l'urine fut tel qu'au bout de quatorze jours leur feuillage présentait une verdure aussi fraîche et aussi belle qu'on pouvait le désirer, et une végétation aussi vigoureuse que possible. Après les Erica ce furent les Myrlacées, les Acacias et d'autres plantes de cette catégorie qui se montrèrent le plus accessibles à l'action bienfaisante de l'engrais liquide. Un beau vert gai auquel succédait une nouvelle végétation luxueuse, faisait distinguer mes plantes de loin ; un Melalenca alba, qui avait été oublié dans la distribution de l'engrais liquide, se faisait remarquer dans le groupe par sa nuance jaunâtre, que l'on n'avait par reconnue auparavant. C'était à la mi-juillet. Nous tâchâmes de réparer les fâcheux effets de notre oubli, et la plante fut arrosée avec du purin comme les autres. En peu de temps elle n'était plus reconnaissable ; elle commença à pousser de nouveaux jets ; les pousses printanières s'al- longèrent au delà du double, et les feuilles eurent bientôt un tiers de plus de leur longueur ordinaire, et cela même aux extrémités des rameaux, où elles sont ordinairement plus petites. Plus tard on remarqua aussi les bons effets du purin chez les Myrtes des Indes, les Orangers, les Lau- riers, les Citronniers et d'autres plantes. Je n'avais jamais vu auparavant un vert aussi saturé, des jets aussi vigoureux, quoique mes plantes eus- sent été rempotées à différentes reprises dans une terre fraîche. Mes autres essais eurent ensuite pour objet de fixer la proportion de l'urine que devait contenir le mélange, et à cet effet, je me décidai à sacrifier quel- ques Erica que je fis arroser en partie avec de l'urine de vache pure, et en partie avec de l'urine étendue de la moitié d'eau. A ma grande — 40 — surprise, aucun dos Erica ne mourut à la dose pure, quoique les Mousses qui végétaient à la surface des pots, et quelques Bruyères sau- vages qui avaient poussé dans le terreau, eussent succombé à Faction du purin. Afin de ne pas entrer dans trop de détails, je dirai, pour conclusion, que je crois être parvenu au résultat suivant : qu'un mélange où se trouve vingt pour cent de purin , peut être considéré comme le plus convenable et comme moyen général d'arrosement pour toutes sortes de plantes cultivées en pots. Ces expériences, dont nous recommandons à nos lecteurs de faire l'essai, sont de M. Gôrner, horticulteur à Luckau, qui les a publiées dans les Annales de l'Association pour l'avancement de l'horticulture, à Berlin. Nous disons de faire un essai, car il y a dans l'article que nous venons de reproduire, plusieurs choses qui nous empêchent d'a- voir une confiance entière en ce que nous affirme M. Gôrner. D'abord, il est difficile de comprendre comment le purin aurait fait périr la Bruyère commune, sans nuire à la Bruyère du Cap qui croissait dans le même pot; ensuite M. Gôrner dit lui-même que ses cultures étaient dans un mauvais état, et que toutes ses plantes présentaient une teinte jaunâtre, ce qui ne permet pas d'augurer très-favorablement de son savoir-faire comme praticien. Sch. CULTURE DES PLANTES ALPINES DANS LES JARDINS DE VILLE. La lecture de l'intéressant article sur la culture des plantes des hautes montagnes, et des pays très-avancés vers le Nord, par M. E, Regel, directeur du Jardin botanique de Saint-Pétersbourg, et des expériences faites par ce savant sur la culture des plantes alpines, au Jardin bota- nique de Zurich, m'a engagé à indiquer sommairement les essais que j'ai tentés dans mon jardin sur la culture de ces mêmes plantes; je crois que ce compte rendu sera lu avec quelque intérêt par les personnes qui habitent les grandes villes et qui ne craindront pas de se donner quelque peine pour voir prospérer ces charmantes plantes de mon- tagnes. Le climat de la France et de la Belgique, la qualité du sol, l'air chargé de gaz délétères des usines, l'absence de ces bienfaisantes rosées si favorables à la végétation, et surtout la réverbération des murs qui enlourent les jardins de villes, sont autant d'obstacles à cette culture. Voici cependant comment je suis parvenu à faire prospérer quelques — 41 — espèces dont les exemplaires étaient infiniment divisés (opération sou- vent mortelle), et tels qu'on les trouve dans nos établissements d'hor- culture, ainsi que divers pieds arrivés directement de la Suisse. J'ai formé au milieu de mon jardin, situé dans une partie populeuse de la ville, à l'endroit le plus aéré, et. en plein soleil, un monticule de 50 centimètres de hauteur; j'y ai établi des carrés de forme irrégu- lière, en pierres calcaires brûles (I), enfoncées verticalement à une assez giande profondeur dans la terre, et d'une hauteur de 20 à 30 cen- timètres au-dessus du sol. Par ce système, les plantes se trouveront en quelque sorte exposées comme dans leurs stations naturelles; l'été, elles seront préservées contre les rayons du soleil, et à l'abri des vents; le sol conservera longtemps son humidité; en hiver, c'est un rempart contre le froid. La terre employée a été extraite des fossés qui longent les chemins d'Anderlecht, près de Bruxelles; elle est d'alluvion, mêlée d'une cer- taine quantité de sable provenant des routes, et de détritus d'animaux et de végétaux entraînés des champs voisins par les eaux pluviales : celte terre me sert pour établir le fond de ma culture; je recouvre celle première couche dune deuxième de terreau de feuilles, de 2 à 5 centimètres d'épaisseur, selon la force de la racine des plantes que l'on y place. Ce procédé empêche la terre d'alluvion de devenir trop compacte par les arrosemenls. Par le système ordinaire de culture, je perdais tous les ans les Gen- tiana alpina, bavarica, brachyphylla, ciliata, vema, et beaucoup d'autres plantes; aujourd'hui elles ont gagné en force, et ont bien fleuri. Les Fougères délicates des montagnes onl également bien pro- spéré dans celte position. Vers la lin de novembre, je répands sur ma butte des feuilles sèches, et je garantis les plantes les plus délicates de l'humidité en les cou- vrant d'un pot à fleur ébréché, en ayant soin de tourner l'ouverture du côté où la pluie et le vent s'engouffrent le moins. Les vapeurs d'eau émanant du sol peuvent s'échapper par l'ouverture, et la plante reste sèche tout l'hiver. L'abaissement de la température sur les hautes montagnes conserve pendant tout l'hiver une épaisse couche de neige : litière naturelle contre les grands froids, tandis que l'inconstance de notre climat fail fondre à chaque instant les neiges, puis survient le froid, qui trouve les plantes, dans une mare d'eau et de glace et les détruit en une nuit. Vers le mois de septembre dernier, mes plantes alpines furent cruellement tourmentées par les vers de terre; j'eus recours à un bon (I) Toute autre pierre schisteuse, graniteuse, siliceuse, etc., remplirait le même office. — 42 - arrose ment d'urine de vache; les vers furent en partie détruits, et mes plantes ne souffrirent aucunement de cet engrais ammoniacal. A droite et à gauche du monticule, je creuse, à une profondeur de 10 ou I!) centimètres plus bas que les sentiers, et j'y plante les espèces qui demandent le plus d'humidité. Bruxelles, 14 décembre 1856. J. MllU.ER, Administrateur de la Société royale do Flore de Bruxelles. DES ABRIS TRES-SIMPLES POUR LES VEGETAUX, Par M. A. Massé, membre de l'Académie. Ce n'est pas toujours dans les grands centres horticoles qu'il faut aller pour trouver des procédés de culture très-avantageux et souvent fort simples, ou bien des moyens efficaces de destruction contre plu- sieurs insectes des plus nuisibles au jardinage. Toutes les campagnes ont leur horticulture particulière, et, bien qu'elle ne soit pas à la hau- teur de celle des grandes villes, elle est cependant rationnelle dans sa pratique, utile dans son application et avantageuse pour celui qui s'y livre avec assiduité. Du reste, les habitants des campagnes, restés avec de simples mœurs au milieu de leurs pénibles travaux, ne connaissent rien au delà de ce qui est simple et naturel, et l'horticulture, réduite chez eux à la pure utilité, ne laisse pas d'avoir de l'intérêt pour le vrai praticien, sincère à la recherche de tout ce qui peut convenir aux besoins de la société. Ce qu'on va lire dans la notice suivante, relative ;'i de simples abris pour la préservation de végétaux précieux et à des moyens sûrs de destruction d'insectes des plus nuisibles à l'agriculture et ;i l'horticulture, fera aisément comprendre que nos campagnes con- naissent et pratiquent souvent des procédés ingénieux que nous re- cherchons pendant longtemps sans même pouvoir les découvrir. Chaque année, au mois de mars, je vais voir un de mes amis, habi- tant d'une campagne distante de quelques lieues de notre ville. J'ai eu plusieurs fois occasion de voir tous les carrés de laitue d'hiver entourés de rames disposées dans les sentiers des planches par rangées distantes entre elles de 1"',30 à l m ,50 au plus. Toutes les laitues étaient dans un parfait état de végétation ; aucune n'avait été détruite par les gelées ou par l'humidité, tandis que celles cultivées chez nous dans les plates- bandes ou au pied des murs situés au midi ou à l'est, étaient presque détruites et le surplus rachilique. Sur les plantations que j'avais re- marquées, nous étions fort en retard, malgré les précautions prises pour assurer la végétation p ri n tanière des laitues. Il arrive donc très — 45 - souvent que celle plante potagère gèle ou bien se détruil par une trop grande humidité dans tout le nord el l'ouest de l'Europe. Je m'imaginai d'abord que ces rames avaient été ainsi placées pour empêcher les volailles , très-nombreuses dans ce village, de pénétrer au pied des plantes qu'elles n'auraient pas manqué de ravager. Mais après un examen sérieux, je reconnus bientôt qu'elles avaient un autre but qui me sembla d'une très-grande utilité pour le jardinage. Dès lors je résolus de l'appliquer à mes cultures, et, dans la suite, j'eus lieu d'en être satisfait. On sait que les gelées, en hiver et surtout au printemps, quand elles sont suivies d'un soleil brillant, sont très-nuisibles aux vé- gétaux; qu'elles les déparent le plus souvent de leurs feuilles quand elles ne les font pas périr entièrement. Si les végétaux étaient toujours dans un état de congélation el qu'ils dégèleraient ensuite doucement, comme cela arrive pour ceux situés au nord el au couchant, ils ne souffriraient nullement; mais tous ne pouvant être placés au nord, il faut obvier à l'inconvénient causé par le soleil ; c'est ce que l'on l'ait en plaçant une rangée de rames au-devant, afin d'en paralyser autant que possible les rayons el briser les courants d'air trop forts qui ne sont pas rares en hiver. Les fleurs des arbres fruitiers sont très-souvent détruites par les gelées prinlanières, si on pouvait les en préserver, on serait certain d'obtenir une récolte abondante, et presque jamais elle ne ferait dé- faut, surtout quand la conduite des arbres est faite avec discernement. Le moyen de les préserver des contre-temps consiste donc, au moment de leur floraison, à placer au-devant une rangée de rames, distantes entre elles dc() m ,08 à O m ,IO, en ayant soin de les incliner vers le som- met du mur. Si on cultive des plantes délicates dans les plates-banles, elles se trouvent bien de ce simple abri. Quand les fruits sont assurés et qu'il n'y a plus de gelées, ni de mauvais temps à craindre, on enlève les rames. Il est bon de le faire, sans que ce soit pour cela exigible, par un temps pluvieux ou couvert, afin d'habitUer tout doucement les arbres et les fruits au grand air. Par ce moyen, j'ai préservé de la cloque et du blanc des pêchers, abricotiers et pruniers qui auparavant étaient chaque printemps fortement endommagés de ces maladies attribuées aux changements trop brusques de la température. C'est surtout, après une pluie du soir qui vient à se congeler dans le courant de la nuit, que les fleurs des arbres fruitiers sont détruites; car, passant tout à coup d'une température tiède à une très-froide, leurs organes sexuels, très-sensibles, sont altérés dans un instant, et de là toute récolle est perdue; tandis que l'abri de simples rames paralyse les rayons so- laires, de sorte que ces derniers n'arrivent que brisés sur ces fleurs qui dégèlent tout doucement. Elles peuvent alors accomplir, sans inci- dent, l'acte générateur qui leur a été assigné par la nature et pour — 44 — lequel on les cultive* On a vu du reste, par expérience pratique, ou consigné dans divers écrits, un végétal ou un insecte abrité par un simple fragment d'écorce, une molécule de pierre ou de terre, traverser librement les rigueurs d'un hiver. La neige elle-même devient un abri certain pour tous les végétaux, parce qu'elle empêche les rayons solaires de les pénétrer, les tenant ainsi dans un engourdissement très- propre à leur santé; c'est pour eux un repos nécessaire avant de re- commencer la période annuelle de la végétation. Les bois les plus dura- bles pour rames sont les tiges du noisetier commun, de l'orme, du chêne, surtout quand son écorce a été enlevée au mois de mai ou de juin pour faire du tan. Elles peuvent durer trois ou quatre années quand on a soin de les rentrer sous des hangars ou autres abris pour les préserver de l'humidité. J'ai à faire ici une observation relativement aux paillassons dont on se sert pour abriter des arbres fruitiers, en les plaçant sur des perches inclinées au-devant des murs à l'angle de 60 degrés. La surface tapissée empêche l'air extérieur; mais les deux extrémités, c'est-à-dire les deux bouts, laissent un courant d'air très-froid qui, en parcourant rapide- ment l'espace vide, dessèche tout sur son passage. Mieux vaudrait alors laisser les fleurs à l'air libre que les exposer à être détruites par ces courants que tout bon praticien cherche à éviter. Les abris que je con- seille sont fort simples, peu coûteux et faciles à placer. Il est donc utile de les appliquer à toutes cultures bien entendues. (Académie d'horticulture de Gand.) DIOSCOREA BATATAS. — IGNAME DE LA CHINE. (Deuxième article.) Dans l'article précédent, j'ai fait connaître l'origine et le mode de culture qui devait être suivi pour obtenir la tige souterraine ou racine du Dioscorea batatas. Je dis tige souterraine, car ce ne sont pas des tubercules ayant la forme des pommes de terre ou des topinambours, mais bien une longue racine charnue en forme de massue, dont le gros bout est en bas. Elle acquiert quelquefois une grosseur de 8 à 10 centi- mètres de diamètre et une longueur de près d'un mètre, toujours en diminuant vers le sommet, c'est-à-dire vers le collet de la plante. Dans les terrains légers, sableux, profonds, aisés à défoncer, l'arra- chage peut se faire facilement, quoi qu'il présente encore un assez long travail, puisqu'il faut aller chercher après d'un mètre cette racine, et - 45 — ce n'est pas sans dilliculté, car elle esl très-cassante et il fout encore avoir le soin de creuser lout autour pour l'obtenir entière. Dans les terrains compactes et argileux, c'est un travail considérable et qui demande beaucoup de soins et de temps. La piaule se trouvant moins bien dans les terres toiles, offre de moins grosses racines; c< - racines dépassent rarement un diamètre de 4 à 5 centimètres et une longueur de 40 à &S centimètres. Si la plante rencontre un obstacle en s'enfonçant dans le sol, abus elle se divise et se bifurque au travers de l'objet de la résistance. Par exemple, chez M. Scblumberger, au château des Autbicux-sur-le-Port- Saint-Ouen, la lige souterraine, qui était arrivée à une profondeur d'environ GO centimètres, a rencontré le sous-sol composé de sable et de galet; alors, par sa vigueur, elle s'est divisée en racines informes et a broché à travers le galet, laissant au-dessus une niasse tuberculeuse et assez grosse. De ce fait, plusieurs personnes ont pensé que si l'on pavait le fond du terrain où l'on plante les Dioscorea, on pourrait obtenir de plus gros tubercules et moins longs, et enterrés moins pro- fondément. Mais ce pavage augmenterait le travail, puis la plante s'en accommoderait-elle ? La plantation se faisant en mars ou avril, la récolte s'opère en no- vembre et même plus tard. On avait d'abord pensé qu'il fallait laisser en terre cette plante pendant deux années pour obtenir des racines plus grosses, mais l'expérience a prouvé le contraire, la récolte doit s'en faire tous les ans. J'en ai laissé en terre pendant deux années, et en les arracbant en novembre dernier, j'ai trouvé les racines de l'année précédente entièrement pourries et annulées. La racine du Dioscorea est très-friable, laiteuse, et le moindre eboe la casse; il faut prendre les plus grandes précautions pour la déplanter. J'ai dit que les feuilles et les jeunes liges étaient très-sensibles aux gelées; mais les racines ne le sont pas; celles que j'ai laissées en (erre, pendant l'hiver de 1855 à 185b, ont éprouvé jusqu'à dix degrés de con- gélation sans aucune couverture, et elles y ont parfaitement résisté; ainsi le produit de cette plante est rustique et ne craint pas les gelées. La récolte une Ibis opérée, cette racine se conserve très-bien dans les caves ou dans les celliers. De lout ce qui précède, comme on le voit, la plus grande dilliculté esl l'arrachage, c'est-à-dire l'opération de la récolte, car, lorsqu'il faut fouiller un terrain jusqu'à près d'un mètre de profondeur pour avoir une racine entière, cela offre d'assez grandes difficultés; elles sont moindres, à la vérité, dans les sols légers, sableux et profonds; mais très-grandes dans les terrains compactes, lourds et peu faciles à creu- ser. Aussi, n'hésitons-nous pas à dire que nous n'en conseillons pas la culture dans les lerrains de celle dernière catégorie. — 4G — Pour opérer cet arrachage dans tous les lorrains, il convient de creuser un fossé de 80 centimètres à 1 mètre de profondeur au com- mencement de la planche, d'en jeter la terre en dehors, et de conti- nuer ainsi la déplantation jusqu'à la lin de la planche; de cette ma- nière, on récoltera les racines entières. Chaque pied ne produit qu'une seule racine, alors on conçoit que les plantes peuvent être rapprochées sans inconvénient. Dans les grandes chaleurs, j'ai donné quelques arrosements, mais très-rarement, la racine de la plante s'enfonçant très-profondément dans le sol, n'en a pas besoin. Pour ne pas diviser le sujet qui concerne chaque phase de la cul- ture, j'exposerai dans un article subséquent quels ont été les divers produits dans plusieurs localités aux environs de Rouen. Tocgard. DRAINAGE DES JARDINS POTAGERS. Par leur disposition et surtout à cause des plantations qui s'y trou- vent, le drainage des jardins potagers présente parfois des diilicultés. On ne peut pas généralement se préoccuper des pentes du sol et on doit de préférence faire suivre aux drains une direction parallèle aux allées qui sont bordées d'arbres fruitiers. La distance entre les lignes de drains ne peut non plus être régulière, puisqu'elle est commandée par les plantations. En général, on doit faire aboutir toutes les lignes de pe- tits drains dans un drain principal qui débouche dans un puisard et l'eau provenant du drainage sert à i'arrosement du potager; on doit, aulant que possible, pousser la profondeur des tranchées à 4 m ,50. Lorsque à cette profondeur on rencontre encore un fond de bonne terre, il est prudent de couvrir les tuyaux sur environ 10 centimètres de hauteur avec de petites pierres; mais lorsque à moins d'un mètre de la surface du sol, on rencontre un sous-sol dans lequel les racines ne pénètrent pas, on peut se dispenser de mettre des pierres; alors on doit avoir soin de couvrir les tuyaux avec de mauvaises terres, dans les- quelles les racines n'ont pas tendance à pénétrer. Ed. Vian.ne, directeur du journal le Draineur. GYNERIUM ARGENTEUM. Un amateur anglais acheta en décembre 1854 un petit exemplaire de celte intéressante Graminée; planté dans un pot de 8 pouces de dia- mètre et dans un compost de terre de bruyère sableuse et de terre argi- — 47 — leuse ramée, ce pied pnssa l'hiver dans la serre froide. An mois de fé- vrier le pot étant tapissé de racines, fut remplacé par un vase un peu plus grand. Au mois de mars nouveau rempotage, suivi en avril d'un troisième rempotage dans un vase de 14 pouces de diamètre. La piaule resta en serre jusqu'à la mi-mai. In grand Irou fut ouvert dans le jardin et rempli de deux ou trois brouettées d'un bon mélange de fumier con- sommé, de terre à froment et de terre de bruyère; le Gynerium y fui planté à demeure et acquit bientôt une grande vigueur, de telle sorte qu'au mois de novembre 18;j:> apparut une paniculc de fleurs à l'extré- mité d'une tige de !• pieds de hauteur. L'hiver de 1855-1850 ne causa aucun mal au Gynerium et maintenant (novembre 1856) il a formé une touffe admirable portant 18 panicules sur des tiges hautes de plus de ( .) pieds. Quoi de plus élégant et de plus agréable à l'œil qu'une pareille piaule en une pareille saison. L'exemplaire de notre amateur est planté sur le versant d'une pe- louse, près d'une pièce d'eau. Le bas prix du Gynerium argenteum doit engager ceux qui possè- dent un grand jardin ou un parc à cultiver une piaule aussi ornemen- tale. (Garde>ier\<; Chronicle, novembre 185G.) PENTSTEMONS NOUVEAUX. M. V. Lemoine, de Nancy (Meurlhe), nous adresse son calalogue de janvier 1 857, dans lequel nous remarquons l'annonce de cinq nou- veaux Pentstemum, obtenus par ce zélé horticulteur, d'un semis du Pentstemum Hartwegii. Voici la description de ces variétés : 1 . Cardinalis (Lemoine) ; feuillage ample, tenant du Pentstemum Hartwegii et du Pentstemum pcrfoUatus ; fleurs très-grandes et bien ouvertes; coloris riche, rouge vif velouté, à centre blanc: variété florifère et naine. 2. Elegans ; (leurs de grosseur moyenne, longues; corolle à lèvres bien étalées, tube violet, les divisions du limbe de même couleur, laissant à découvert un grand centre blanc (la gorge du tube). 3. fnsignis; fleurs grandes, deux fois aussi grosses que celles du Pentstemum atro- cœruleus ; violet à centre bien blanc, quelques stries à l'intérieur; (liante vigou- reuse et s'élevant peu. 4. Lemoinei; les fleurs mesurent 5 centimètres de longueur sur 3 et demi de dia- mètre à l'orifice; tube très-gros, s'ouvrant bien, rose carmin; intérieur blanc, strié de quelques lignes pourpres. o. Ornatus; plante basse, hybride du Pentstemum Hartwegii et du Pentstemum pcr- foUatus: (leurs courtes . de moyenne grosseur, un peu aplaties, rose purpurin à l'extérieur, blanc teinté de saumon, bien veiné île pourpre à l'intérieur; les fleurs sont agglomérées sur la litre. — 48 — La variole Cardinalis, par l'ampleur des fouilles, la dimension inu- sitée des fleurs, est, ainsi que la variété Lemoinei, une précieuse addi- tion à un genre de plantes justement apprécié par les amateurs de jar- dins. Le mémo horticulteur annonce les différentes nouveautés suivantes : Veronica splendida (Richalet) ; variélé supérieure à la Veronica variegata (la plus jolie cependant îles Véroniques connues) ; épis nombreux . longs et compactes ; fleurs bien ouvertes, deux fois grandes comme celles de la Veronica variegata, rouge cerise vif à centre blanc; feuillage petit; tiges serrées; plante multiflore, nuance très-constante. Héliotrope, variélé mulliflorum (Lemoine); plante naine; ombelles très-larges; fleurs abondantes et compactes, blanc et lilas verdàtre; sera bonne en pleine terre et en pots. Héliotrope, variété Jean Mesmer (Lemoine) ; blanc et violet bleu ; port érigé ; tiges courtes, fermes; ombelles très-larges; convenable pour la culture sous cbàssis. Pelargonium zonale , variété Éclair (Lemoine) ; rose de Chine nuancé de feu , à grand centre blanc; coloris nouveau. Pelargonium zonale, variété Foudroyant (Lemoine); écarlate pourpre velouté, à grand centre blanc, forme parfaite; variété de premier ordre. Pelargonium zonale variété Pygmée (Lemoine); plante naine, ramifiée; floraison abondante, rouge garance foncé, grand centre blanc; nouvelle nuance. VERVEINES NOUVELLES. Amphitrite, Clémence-Robert, Comte de Cavour, Éclipse, M me Bastien, M. Flandre, Psyché, Sire de Franc-Boisy, Socrate , Verlumne, toutes fort belles variétés, particulièrement la suivante : Minotaure; ombelles énormes; fleurs parfaites de forme, cramoisi-foncé mêlé de violet velouté, grand centre blanc; extra. CHRYSANTHÈMES DITS PRÉCOCES. Pierre Coindre (Aymé) ; fleurs moyennes, blanches ; variélé très-florifère; au prin- temps et à l'automne. Comte de Lambertye (Lemoine); fleurs moyennes, régulières, pleines, à pétales plans, orangé mordoré vif; pointes jaunâtres; très-belle variété fleurissant dès le mois de septembre. PETUNIA. Pétunia la Pintade (Ingelrelsl); fleurs moyennes d'un beau carmin veiné et réticulé de violet foncé. On le voit, le contingent de nouveautés fourni par M. Lemoine est brillant; il sera bien reçu par les amateurs, car il se compose des genres les plus aimés, les plus propres ta la décoration des jardins. f // f ■/'//'/// ///// ///-y////'///// Vaudn ciaue , Serre / ' //////// s// // ///-// s/ // s/ 49 SINXINCIA YOUNCIANA (Mahnock). (Planche V.) Ayant reçu depuis la publication de notre article sur le Sinningia Youngiana (page 7) un dessin fidèle de celle plante, nous sommes revenu de l'opinion que nous avions exprimée à son égard, cl nous l'avons trouvée assez méritante pour en donner aujourd'hui la figure. C'est vraiment un bel hybride au porl dressé, compacte, au feuillage propre, luisant, ornemental, aux Heurs grandes et d'un coloris violet fort beau; il ne peut manquer avec de telles qualités d'être le bienvenu auprès des amateurs. MONOCHOETUM ENSIFERUM (X.uuin). (Planche VI.) Le genre Monochœtum appartient à la famille des Mélastomacées. Intercalé d'abord par de Candolle dans le genre Arlhrostemma, il en a été définitivement séparé par les auteurs modernes qui ont ainsi con- firmé le doute que de Candolle élevait sur la fusion générique des Mo- nochœtum dans les Arlhrostemma. Les Monochœtum présentent un calice à quatre divisions, quatre pé- tales; des anthères à conneclif en forme d'éperon simple ou de soie. Ce sont de jolies plantes, bien feuillées, très-florifères et de culture fa- cile; elles se trouvent dans les terrains montueux des régions interlro- picales; le Mexique en offre plusieurs espèces, entre autres, la jolie espèce que nous représentons d'après des exemplaires vivants que M. Linden a bien voulu nous communiquer cl nous permettre de faire figurer dans notre recueil. Description. — Le Monochœtum ensiferum est un petit arbuste ou arbrisseau à branches plus ou moins divariquées; ses feuilles briève- ment, péliolées; pétiole de 2 à S millimètres de longueur, d'un beau rouge comme les parties herbacées des rameaux, sont linéaires-lancéo- lées, longues de 1 à 2 centimètres, larges de 5 à 5 millimètres, presque obtuses, très-entières, glabres ou légèrement soyeuses en dessus, velues en dessous: les trois nervures sont peu apparentes. Fleurs grandes, solitaires, roses, situées à l'extrémité de^ rameaux. Calice muni de soies et de dents roses persistâmes aussi longues que le tube: pédicelle court, long d'environ 1 centimètre. Pétales largement obovés, hauts de 3 centimètres, rose vif. Anthères des plus grandes Mars I8:i7. 5 — yo - élnmines allongées, subulées, rouges; appendice cullriforme étendu horizon talemenl jaune; anthères des petites étamines, jaunes, à appen- dice (queue) ascendant. Celle charmante plante a été découverte par M. A. Ghiesbreght, dans la province d'Oaxaca au Mexique et introduite par lui dans le riche établissement horticole de M. J. Linden de Bruxelles, d'où elle sera ré- pandue dans le commerce dans peu de temps. Elle fleurit de bonne heure au printemps. Sa culture n'offre pas plus de difficultés que celle de la Centradenia rosea, et elle s'accommode beaucoup mieux de la serre froide que cette dernière Mélaslomacée. Se laissant facilement forcer, elle deviendra une plante favorite pour orner pendant l'hiver non-seulement les tablettes des serres, mais aussi les salons et les bou- doirs où l'on recherche des arbrisseaux élégants, de petite taille et à fleurs nombreuses et apparentes. REVUE DES PLANTES RARES OU NOUVELLES. SERRE CHAUDE. paftginorn tinifoiia (Jussieu), figuré dans le Bot. Maçf., pi. 4958. — Fleur de la Passion ou Grenadille à feuilles de Laurier-lin. — Fa- mille des Passiflorées. — Monadelphie penlandrie. • Cette rare et jolie espèce, plante aux fleurs bariolées de blanc et de violet, fait partie du groupe ou section Granadilla, dans lequel de Can- dolle a réuni les Passiflores, ayant sous la fleur un involucre triphylle à folioles entières ou dentelées, mais non laciniées; un calice à dix lobes; des pédicelles uniflores et émettant des cirrhes simples des mêmes aisselles où naissent les fleurs. Ce groupe intéressant renferme les espèces à fruits comestibles et à fleurs les plus ornementales (les Passi/lora alata, quadrangularis , racemosa, cœrideo-racemosa, edu- lis, cœrulea, eoccinea , maliformis, etc.). On ne connaissait la Passi- flora tinifoiia que d'après des échantillons secs de l'herbier de Ri- chard, récollés dans la Guyane française, lorsqu'un amateur anglais, M. Charles Parker de Liverpool, en envoya en juillet 1856 des exem- plaires vivants à sir W. Hooker; c'est sur ces exemplaires, originaires de la Guyane anglaise, que ce botaniste a rédigé la description ei- après. Tige grimpante; branches arrondies, glabres, teintées de pourpre d'un côté. Feuilles longues de 10 centimètres environ, alternes, dis- la n tes, ob longues ou subcllipliques, très-entières, un peu coriaces, .1 base obtuse et à somniel courtemenl acuminé; penniveinées ; de fines veinules établissent la communication cuire les grandes veines. Pétiole court, muni immédiatement au-dessous de situ extrémité supérieure de deux glandes proéminentes. Deux stipules linéaires subulées, herba- cées, sont placées à la base du pétiole. Pédoncule long de 2 à 3 centi- mètres, solitaire, axillaire, unillore, garni à son sommet et un peu en dessous de la fleur de trois larges folioles ou bractées, dressées, ovales, membraneuses, vertes, crénelées-dentées au sommet : dents peu nom- breuses, distantes et portant chacune une glande apparente; ces trois folioles constituent un involucre moitié moins grand que la fleur; les sépales de celle-ci sont étroites-oblongues, d'un blanc-vcrdâlre au de- hors, rouges en dedans. Couronne à double rayon ; l'extérieur se com- pose de filaments moitié moins longs que ceux du rayon intérieur, violets, barrés de blanc à la base, blancs au sommet; la rangée inté- rieure ofl're un grand nombre de filets égaux, épais, mais aplatis, barrés de blanc et de rouge; à la base, de blanc-violet, et de blanc sur la moitié supérieure; le sommet est dilaté et dentelé ; enfin, on remarque (ont à fait à l'intérieur un circle tubercule que l'on pourrait considérer comme une troisième rangée. La Passiflora tinifolia produit des fruits que l'on décrit comme globuleux, jaunes, du volume d'un abricot, et probablement aussi suc- culents et d'une senteur aussi agréable que les fruits des autres espèces comestibles de la Passiflora laurifolia, par exemple, son alliée la plus proche, qui se distingue néanmoins de notre plante par ses feuilles plus en cœur à la base et plus courtes, mais surtout par les amples folioles ovales et plus crénelées de l'involucre, aussi longues que le ca- lice ; les segments de celui-ci ne dépassent pas en longueur les filaments les plus longs de la couronne. C'est une plante de culture très-facile dans une serre chaude et hu- mide. Une serre à Ananas lui convient également bien ; on la cultive alors en pot que l'on enfonce dans la tannée, et on la tient attachée près du verre à un treillis en fil de fer. Elle prospère dans une terre riche, franche et. légère; il faudra, pendant, son époque de végétation active, de mars en octobre, l'arroser copieusement et seringuer fré- quemment le feuillage pour en écarter la vermine. On pourrait, sans doute, en obtenir des fruits au moyen de la fécondation artificielle, ainsi que cela se pratique avec succès sur les Passiflora cditlis, lauri- folia et autres Grcnadilles comestibles. - :i2 — Adhatoda Cydaatefella (Nbes), figuré dans le Bot. Mac/., pi. 4!)(>2. — Adhatoda à feuilles de coignassier. — Famille des Acanlhacées. — Diandrie monogynîe. Les Acanlhacées comprennenl un nombre fort considérable de plantes parmi lesquelles les Aphelandra, les Eranthemum, les Thun- bergia, les Hexacentris el les Justicia, etc., jouissent à juste titre d'une cerlaine laveur auprès des amateurs. Le genre Adhatoda , démembré du grand genre lînnéen Justicia, renferme actuellement une centaine d'espèces dont celle que nous allons décrire est une des plus belles; ses grandes et nombreuses fleurs blanches et violettes la recommandent à l'attention. V Adhatoda Cydoniœfolia est un arbuste dressé, de taille plus ou moins élevée, à brandies obtusément tétragones , renflées vers les joints, duveteuses. Feuilles opposées, courlement pétiolées, elliptiques, ovales, assez obtuses, entières, pubescent.es, velues. Pédoncules courts, axillaires, solitaires, biflores. Fleurs érigées, très-grandes, fort élégantes. C dice duveteux, profondément découpé en cinq segments presque égaux, érigés, oblongs , et muni à la base de plusieurs bractées étroites ovées, beaucoup plus courtes que le calice. Corolle à tube blanc un peu plus long que le calice; lèvre supérieure grande, ovée, érigée, émarginée au sommet, blanche et bordée de violet; lèvre infé- rieure très-ample, pendante, largement obovée, cunéiforme, trilobée au sommet, d'un beau violet foncé, orné d'une bandelette blanche par- tageant le limbe de la lèvre en deux parties égales (ce contraste de couleurs est d'un effet charmant). Deux étamines insérées dans la con- cavité de la lèvre supérieure ; on remarque le rudiment d'une troisième ètamîne consistant en un long filet subulé, à base dilatée et velue. Ovaire enfoncé dans une profonde glande ou coupe ebarnue; style velu. On doit l'introduction de cette belle Acanthacée à MM. Veitch el fils, horticulteurs anglais, qui l'ont reçue du Brésil. Elle fleurit en automne. Culture. — Les Adhatoda, de même que les Justifia, Gendarussa, Beluperone , Graptophyllum , etc., se cultivent avec la plus grande facilité dans une serre médiocrement chaude; leur multiplication n'offre également aucune difficulté. La plupart des espèces demandent à être pincées et taillées, afin de les empêcher de filer ; une terre de bruyère sableuse mélangée avec de la terre franche suffit à leur nour- riture. En été on aura recours à de fréquents seringuages afin de main- tenir les plantes propres. On les tient généralement trop sèches et il s'ensuit que des myriades de cocbenilles les envahissent rapidement en se logeant entre les aisselles des feuilles et dans le calice des fleurs qu'elles font souvent avorter. La cochenille affectionne particulièrement les Acanlhacées. et c'est surtout à sa présence obslinée que l'on peut .JO nllribuer le discrédil dans lequel ces plantes sonl tombées auprès de beaucoup d'amateurs. On dit aussi que leurs fleurs sont de courte (hure, mais elles rachètent ce défaut par leur succession pendanl un long espace de temps. Scheerl» l*n««« ( H ANSTEIN ) , figuré dans le Bot. May., pi. 4963. — Famille des Gesnériacées. Sous le nom de Scheeria lanata, M. B. Seemann nous offre, dans le Botanical Magazine, le dessin et la description (\n Mandirola lanata de Planchon el Linden, espèce déjà fort répandue dans les collections. C'est M. Hanstein qui dans la Linnœa (vol. "27. page 515) a transféré le Mandirola lanata au genre Scheeria. Nous ferons remarquer que la planche anglaise ne donne qu'une faible idée de la gentillesse de cette jolie Gesnériacée; la figure qu'en a donnée l'Illustration horticole (pi. 80) est beaucoup plus exacte et rend mieux le duvet laineux blanc el épais qui tapisse le dessous des feuilles. M. Seemann rapporte à cette espèce les exemplaires d'une Gesnériacée (n° 191:2 de notre her- bier du Mexique) que nous avons recueillis en 1839 dans les montagnes gneissiques de Yolotepeque, dans la Cordillère occidentale de l'État d'Oaxaca près de l'Océan Pacifique. Nous avons réuni celte Gesnériacée (dans les bulletins de l'Académie royale des sciences de Bruxelles) au genre Gloxinia sous le nom spécifique de Micranlha ; sa taille n'excède pas à 7 centimètres de hauteur et ses fleurs sont infiniment plus petites que celles de la Scheeria lanata. La culture aurait-elle double, triplé le volume de notre chélif Gloxinia, ainsi que le semble croire le botaniste anglais ou devrait-on plutôt considérer le Scheeria lanata comme une variété à dimensions supérieures? Les exemplaires envoyés par M. Ghiesbreght, il y a quelques années, et par M. Tonel de Mexico, ont de suite donné naissance à des plantes telles que nous les voyons actuellement, il n'y a donc pas eu de progrès sensible à constater entre les pieds mères et leur progéniture. Dans tous les cas le mérite de l'introduction ne saurait nous revenir; nous ne pouvons prétendre qu'à l'honneur de l'avoir découverte et recueillie il y a près de vingt années. Scarorthla eleganH (R. BltOWN), figuré dans le Bot. M« pieds, de forme arrondie, d'un vert vif et gai , lequel lorsqu'il est couvert de ses gracieuses ombelles, d'une délicatesse de teinte incomparable, surpasse vraiment en beauté ses congénères les plus brillants. Les fleurs exilaient une agréable odeur de miel, tandis que les glandes slipilées des pétioles, les pédicelles, le calice et les cap- sules émettent un arôme résineux fort doux. Les feuilles, porlées sui- de minces pétioles, longs de trois quarts de pouce, sont coriaces sans cire épaisses; elles mesurent de 2 à 2 pouces et demi en longueur, et environ 2 pouces en largeur; cordées à la base, elles sont arrondies et mucronées à leur extrémité; sans leur pubescence glandulaire qui dis- paraît souvent el leurs bourgeons sphériques, on ne saurait les distin- guer des feuilles du Rhododendrum Thomsoni. Fleurs horizontales et inclinées. Corolle font ù fait campanulee, de texture délicate, jaune soufre immaculé, large d'environ 2 pouces; lobes finement veinés. Le Rhododendrum Cumpijlocurj>um est coté actuellement a très-bas prix. — ïiti — CULTURE MARAÎCHÈRE. GRALNES ET PORTE-GRAINES. Si les conseils que nous allons donner arrivent un peu lard pour d'aucuns, ils arriveront du moins encore à temps pour la plupart de nos cultivateurs de potagers. La première huitaine de mars est toujours du domaine de l'hiver; ne soyons pas dupes de quelques beaux jours de soleil qui promettent plus qu'ils ne tiennent. Ils ne nous sauvent ni des gelées tardives ni des giboulées. Ainsi, ne nous pressons pas trop pour les travaux de pleine terre; ne faisons point comme ces abeilles qui sortent de la ruche avant l'heure, se laissent surprendre par le froid et restent en route. En horticulture, il ne suffit pas de prendre les devants pour arriver de très-bonne heure, il faut encore ne point s'arrêter. Eh bien, en vous hâtant de semer, vous n'êtes jamais sûr de la levée rapide de vos graines, jamais sûr d'une végétation sou- tenue. Vos légumes partent par un temps superbe, alors que l'alouette chante aux champs et le rossignol au jardin ; puis, tout à coup, quand vous vous y attendez le moins, le thermomètre baisse, le vent se lève au nord, la gelée dessine aux fenêtres les broderies que vous savez, et la végétation s'arrête. Les plantes les plus délicates en meurent, les plus robustes en reviennent, mais elles n'en souffrent pas moins et s'en ressentent plus qu'on ne se l'imagine. Les légumes qui ont durement pâli dans leur jeunesse, le font bien voir à la récolte. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple en passant, nous dirons à nos lecteurs que des pois nains, plantés chez nous dans la première huitaine d'avril, n'ont eu que trois jours d'avance sur des pois de la même variété, plantés vers la fin de mai, et n'ont pas rendu en gousses le demi-quart de ceux-ci. Pourquoi ? Parce qu'il y avait eu arrêt de vé- gétation, parce que les premiers avaient eu toutes sortes de misères à endurer, du froid, de la neige, du grésil, de la pluie glacée, tandis que les autres avaient eu, pour ainsi dire, toutes leurs aises. Aujourd'hui donc, nous ne nous pressons plus et nous en trouvons bien. Nous at- tendons que la terre soit bonne, que le temps soit à peu près sûr, puis nous semons, avec l'espoir que nos légumes parcourront leur roule d'un trait et sans obstacle sérieux. Mais notez, pour votre gou- verne, que nous sommes en retard de trois ou quatre semaines sur le Brahant. Question de climat. Là-bas, les couches du jardinier sont faites, tantôt sous bons châssis, tantôt sous de vieilles fenêtres à petits carreaux, tantôt à ciel ouvert, dans quelque trou abrité, que l'on cache la nuit avec un épais couvercle de paille. Ici, c'est à peine si nous son- — .>/ — geons à faire les nôtres pour y mettre de la laitue, des radis et surtout des légumes à repiquer. Nous ne nous occupons en ce moment que de nos graines et de nos porte-graines, et tenons à vous en dire deux mots. En général, les jardiniers ne se soucient point d'acheter de la se- mence et font autant que possible celle dont ils ont besoin. Aussi, il est, rare de rencontrer chez eux des races Lien pures, bien caractéri- sées; les croisements ont tout gâté. Il ne saurait en être autrement : quelque spacieux que soit le jardin d'un maraîcher, quelque soin qu'il mette à éloigner l'un de l'autre les semenceaux de la même famille, du même genre et de la même espèce, il aura de la peine à maintenir rigoureusement les caractères de ses légumes. Pour en venir à bout, il faudrait qu'il y eût de l'entente, de l'accord entre les cultivateurs des diverses localités, que chacun eût sa spécialité, et qu'il y eût ensuite échange des produits obtenus. Il faudrait aussi que l'on donnai aux porte-graines des soins, des attentions que l'on ne soupçonne guère et qui nous paraissent de toute rigueur. Tant que les maraîchers ne s'af- franchiront pas de leur routine sur ces points importants, nous ne verrons chez eux que des légumes hybrides ou abâtardis ci des graines douteuses, pour la plupart, qui viennent jeter la confusion dans nos cultures, avec d'autant plus de succès qu'on les colporte de village en village, de maison en maison et qu'on les offre à des prix faciles. Il nous semble que les marchands grainiers qui ont souci de leur intérêt bien entendu, devraient se concerter avec les meilleurs jardiniers du pays et organiser la production des semences, par spécialités. Ils y ga- gneraient et nous aussi. C'est dans l'espoir que cette amélioration sera réalisée tôt ou tard, que nous croyons devoir appeler l'attention de nos lecteurs sur la cul- ture des porte-graines. Généralement, elle est mal faite, parce qu'elle n'est raisonnée nulle part. On ne remarque pas assez que nos légumes, forcés par la culture, s'éloignent beaucoup par la forme et les qualités des types ou plantes sauvages qui nous les ont fournis. Nous n'avons plus guère dans nos potagers que des races artificielles , produites à force de soins, de petits moyens et d'engrais; or, il en est de ces races végétales perfectionnées comme des races d'animaux perfectionnés par les éleveurs. Il est plus facile de les fabriquer que de les maintenir. Pour peu que vous les abandonniez à elles-mêmes, que vous les négli- giez, elles cherchent à retourner à l'état de nature. Il faut avoir con- stamment l'œil sur elles, les surveiller de très-près, les tourmenter, contrarier leurs tendances par divers moyens. A produits forcés, cul- tures forcées; à produits artificiels, procédés artificiels aussi. Si nous laissions aller nos légumes à leur guise, comme vont les plantes des champs et des bois, nous ne les reconnaîtrions plus au bout de quelques générations; il y aurait, à notre point de vue, dégénérescence rapide. — i>8 — En voulez-vous une prouve outre mille? La voici : conservez en place «.les pieds de choux de Bruxelles (spruyl); ne les déplantez pas, ne les fumez pas après l'hiver. Ils vous donneront de la graine. Semez celte graine, et vous aurez de suite un légume dégénéré. Quelques plants reproduiront, il est vrai, fidèlement la race, mais le plus grand nombre ne la reproduiront pas et ressembleront à des choux-navets ou à des savoyards ordinaires. Plus un légume s'écarte du type, plus il exige d'attention. Règle générale, les plantes de la même famille, du même genre, de la même espèce, de la même variété, doivent être aussi éloignées que possible l'une de l'autre; autrement il devient difficile, souvent même impossible, d'éviter les croisements. Or, comme il n'est pas donné à un seul cultivateur de remplir celte condition essentielle, il serait à désirer que chaque jardinier s'en tînt à quelques spécialités. Partout où l'on s'adonne à la culture des porle-graines, sujets aux croisements, il importe de ne pas élever d'abeilles, car autant, ces in- sectes sont utiles dans les vergers pour la fécondation artificielle des Heurs des arbres fruitiers, autant ils sont nuisibles dans les potagers. Dans ce dernier cas comme dans le premier, ils contribuent à la fécon- dation, mais ils abâtardissent les espèces et variétés. Il en est de même pour les arbres, mais comme on les multiplie rarement de graines, I inconvénient est moins sensible que sur les graines de légumes. On aura soin de donner aux porte-graines des places découvertes où l'influence de l'air et de la lumière se produiront librement. Tous les légumes annuels, c'est-à-dire qui mûrissent leur semence Tannée même du semis, gagneront à être transplantés à titre de porte- graines. On aura soin, en outre, de ne pas touchera leurs feuilles pour les besoins de la consommation et d'en pincer, au besoin, certaines par- lies, afin de favoriser les parties voisines. Fort souvent, par exemple, on ne prend point la peine de transplanter les laitues, les arroches, les épinards. En ceci, l'on a tort, car les graines venues ainsi dans des con- ditions presque naturelles, donnent des produits chez lesquels les feuilles vont, chaque année, en s'amoindrissanl. Quant aux légumes bisannuels ou qui donnent leur graine la seconde année, tels que choux, navels, rutabagas, betteraves, carottes, panais, céleris, etc., nous allons donner des conseils qui, s'ils ne sont pas nou- veaux pour tout le monde, le seront assurément pour la plupart des praticiens. Ordinairement, ceux qui l'ont de la graine de choux pommés, conser- vent les sujets les plus beaux, le pied en terre, soit dans la cave, soit dans le potager, et sous abri, ce qui vaut mieux, les transplantent à la sortie de l'hiver el fendent les pommes pour faciliter la sortie de la lige florale. Nous ne condamnons pas ce procédé, mais nous ne croyons pas - 59 — (pie la conservation des pommes soil absolument nécessaire. En les supprimant, on provoque l'émission de rameaux très-vigoureux qui, en lin de compte, portent une excellente semence. Avec les pommes, on est exposé aux inconvénients de la pourriture et à la perle des su- jets réservés; avec les pieds sans pomme, les grandes précautions sont inutiles. Pas n'est besoin de les arracher et de les mettre en cave, où, dès le mois de janvier, ils s'épuisent à pousser des jets étiolés. Il \aut mieux les laisser en place, les eucapuclionner avec de la paille pour les soustraire aux fortes gelées, leur donner de l'air de temps en Lemps par les journées douces et les transplanter à la sortie de l'hiver. Tou- tefois, il y aurait peut-être une exception à faire à l'égard du chou-rave ou colrave, dont les tiges renflées en l'orme de pomme et au-dessus de terre, sont très-délicates avant leur entier développement. Nous ne saurions affirmer, faute d'expérience sur ce point, si ces pieds de choux, naturellement tendres, passeraient bien l'hiver sous un capuchon de paille et en place. Mettons donc les choses au pis et admettons qu'on doive encaver les porte-graines. Dans ce cas, il serait à craindre que, sous l'influence d'une température douce et humide, les porte-graines en question émissent des bourgeons étiolés dès le mois de janvier. Pour éviter cet inconvénient, on devrait les transporter dans une pièce un peu froide et éclairée par une ou plusieurs fenêtres, afin de prévenir une végétation anticipée. Pour ce qui concerne les racines de toutes sortes, mettez de côté dans le sable, sans qu'elles se touchent, celles d'un volume moyen, d'une forme irréprochable et à peau fine et claire. Empêchez le plus possible une végétation anticipée, et, pour cela, changez-les de place de temps à autre ou enlevez-les de la cave, au besoin, pour les mettre dans une pièce d'appartement qui ne soil ni chaude ni froide. Vous pouvez en- core, ce qui nous parait plus commode et plus simple, placer vos ra- cines en silos, dans le jardin même, s'il n'est pas trop humide. De celte manière, il n'y aura pas de végétation anticipée à redouter. C'est là ce qu'il faut évitera tout prix, car ces jeunes tiges blanches, jaunâtres, délicates à l'extrême, venues avant terme, dans l'ombre et comme en serre chaude, ne se forment qu'aux dépens de la substance des racines mères, les épuisent par conséquent en pure perle et ont rarement la force de résister à la transplantation en plein air. Si quelques-unes verdissent et se fortifient peu à peu au contael de l'air libre el de la lu- mière, beaucoup succombent sous les alternatives des gelées tardives et du dégel, et c'est a peine si les racines malades ont encore, après cela, la force de produire des tiges nouvelles qui ne sont, en définitive, que des tiges secondaires et de mince valeur. Les cultivateurs n'y son- gent pas assez et nous donnent la preuve de leur insouciance à l'époque de la plantation des pommes de terre. La plupart des tubercules, qu'ils — GO — emploient à cet effel sont germes. Quand les germes sont trop longs, ils les rompent purement cl simplement, sans s'imaginer qu'ils détrui- sent ainsi les rameaux de premier ordre et qu'ils n'auront plus à compter que sur des bourgeons secondaires ou faux rameaux. Les germes, qu'ils ne détruisent pas, pourrissent nécessairement en terre, par suite d'une trop brusque transition, car il y a loin de la température d'une ca\e à celle du sol, à la sortie de l'hiver. Donc, celte fois encore ce sont les faux bourgeons qui remplacent les bourgeons principaux; d'où il suit que la vigueur de la plante doit s'en ressentir. Aussi, les jardiniers habiles ne permettent jamais ni aux racines ni aux tubercules de pousser avant l'heure. Aussitôt que la terre du potager est bonne à labourer et que le mo- ment de piauler les mères racines est venu, on ouvre des fosses que l'on remplit d'un mélange de bonne terre et de vieux fumier, on incise les racines sur plusieurs points avec le bec delà serpette, pour former des plaies qui s'ouvrent et émettent du chevelu sur leurs bords, en même temps qu'elles se cicatrisent. Les Chinois, qui se connaissent en jardinage, fendent les racines en quatre par le petit bout, jusqu'aux deux tiers environ de la longueur, les plongent dans l'engrais et les plan- tent ensuite, en rapprochant les parties fendues. Ce procédé peut être bon, mais nous n'osons le cautionner, parce que nous ne l'avons pas soumis à l'épreuve. Dans notre pratique, nous ne faisons qu'inciser avec la serpette et plonger les racines dans un mélange de bouse de vache et de purin, avant de les mettre en terre. Quand une race nous paraît précieuse et difficile à maintenir, il est prudent de ne pas se borner à une seule transplantation. Il convient de transplanter le porte-graines une seconde fois, au bout de quelques jours de végétation, et, même une troisième fois, un peu après la se- conde reprise, afin de provoquer l'émission d'une quantité considérable de petiles racines. Il ne reste plus ensuite qu'a sarcler, biner et ar- roser en temps de sécheresse, comme pour l'enlrelien des semenceaux de toules sortes. Si nous avons affaire à des porte-graines dont les liges soient fragiles, soutenons-les à l'aide de tuteurs et donnons-leur une direction plus ou moins oblique au moment où les boutons commencent à se former, afin de modérer la circulation de la sève et de la dépenser en graines plutôt qu'en feuilles. On pourrait également ralentir à propos la marche de la sève en serrant un peu le haut des liges contre les tuteurs, au moyen des ligatures. Nous conseillons ce procédé avec les betteraves et la bette poirée, dont la végétation s'arrête difficilement sous les climats hu- mides, et s'il ne suffisait pas, on ferait bien de pincer ou de tordre les extrémités, après la formation des graines, dans le but de hâter la ma- turité. — 01 — Oubli, pas plus qu'erreur, ne fait coinple. Or, en parlant des porte- graines des légumes annuels, nous avons oublié les pois, lès haricots el les fèves. Cependant, il est à remarquer que certaines variétés dans le nombre se maintiennent mal. C'est noire faute; soumettons-les à la loi commune; au lieu de recoller la semence, un peu à l'aventure, faisons nos porte-graines à pari, plantons sur couche ou sur bon terreau, puis repiquons et pinçons convenablement. Les graines recollées sont bien rarement l'objet des soins qu'elles exigent pour ne pas s'altérer; aussi beaucoup perdent leurs faculté» germinatives au bout de deux ou trois ans quand elles pourraient les conserver cinq, six ans cl plus. Autant que possible, récoltez par un temps sec, ne sortez pas les graines de leurs enveloppes, quand elles en ont; renfermez-les dans de la toile ou dans des sacs de papier, percés d outre en outre par quelques coups d'aiguille, afin de permettre la sireulalion de l'air; placez-les en lieu sec, ni trop ebaud ni trop froid, et vous n'aurez plus lieu de vous plaindre. Quand des graines vous paraissent douteuses et que leurs facultés germinatives sont pour ainsi dire endormies, excitez-les en les faisant. tremper dans de l'eau tiède ou en les plaçant pendant quarante-huit heures entre deux gazons frais et tondus; ou bien encore, si les graines sont dures, comme, par exemple, celles de la télragonie, du crambé, de l'artichaut, du cardon, de l'épinard, etc., il y a de l'avantage à les mettre dans une terrine et à verser dessus de l'eau presque bouillante. On les relire au bout de quelques heures el on les ressuie délicatement avec un linge avant de les confier à la terre. P. JOIGNEAUX. POMOLOGIE. DE LA PLANTATION ET DE L'ENTRETIEN DES ARBRES FRUITIERS, PAR M. L. GAUCHER. Bien des personnes s'occupent de la plantation des arbres fruitiers, cl peu sont au courant de ce qu'elle exige pour réussir. De nombreux inconvénients résultent d'une mauvaise plantation ou d'un mauvais entretien. Les observations suivantes pourront, à ce sujet, être consul- tées utilement : Les arbres à fruits à pépins exigent des soins et des travaux plus nombreux que ceux à noyau. Ceux-là exigent, pour prospérer, une - 62 — terre profonde et substantielle, tandis que ceux-ci se contentent d'une terre plus légère, calcaire ou siliceuse. Il faut toujours sonder la terre où l'on veut planter à une profondeur d'environ 80 à 90 centimètres, surtout pour les arbres à fruits grrilï's sur franc : les poiriers greffés sur coignassior se contentent de 00 à 70 centimètres de terre végétale. Les arbres à noyau et les pommiers sur doucin ou paradis n'exigent pas une terre aussi profonde; 40 à 50 centimètres sont suffisants. Le meilleur sous-sol est, celui qui laisse aisément les eaux s'infiltrer, tandis qu'un terrain tuffeux ou argileux fait dépérir les arbres par son humidité stagnante, qui altère et cor- rompt les racines, dénature la qualité des fruits et détruit bientôt entièrement le sujet. Il convient dans ce dernier cas de changer la ferre, surtout si c'est au moment de la plantation des arbres, en y substituant relie du milieu des carrés ou d'autres bonnes terres végétales. Ce qui offre le plus d'avantages dans une nouvelle plantation, c'est d'ouvrir une tranchée dans toute la longueur de la ligne d'arbres à planter; si ce travail est dispendieux, on en est amplement récompensé dans la suite; autrement on se contente de faire un trou de I mètre 50 à 2 mètres de superficie sur GO à 80 centimètres de profondeur avec piochage au fond ; on dépose les couches supérieures, qui sont les meil- leures, d'un côté, celles du milieu de l'autre et celles du fond plus loin, pour être ou mélangées, ou remplacées. Si les tranchées ou trous sont faits six semaines ou deux mois d'avance, les terres se bonifient par les influences atmosphériques. La couche supérieure réservée sert, au moment de la plantation, à bien entourer foutes les racines, sans que le fumier touche à* aucune; ensuite on mélange les deux autres couches de terre avec un quart d'engrais bien consommé ou terreau. Le meilleur de tous les fumiers pour les terrains légers est celui de vache; pour les terrains froids ou humides, celui de cheval et de mouton. Les fumiers de poule ou ba- layures de basse-cour servent surtout à détruire ou prévenir les cham- pignons que les grands fumiers peuvent, produire. Deux tiers de bonne ferre à blé et un tiers de terre de poirier bien mélangées forment, ordi- nairement un sol excellent pour les arbres fruitiers. Les boues prove- nant du curage des étangs, des fossés et des talus de haie, et les gazons amoncelés en tas sont les aliments ordinaires des plantations d'arbres dans tous les sols. Quant aux terrains froids, les balayures de rues, consommées et mé- langées à des terres meubles, les rendent propices à la culture des arbres. Le sous-sol graveleux, tuffeux ou argileux ne doit jamais être entamé : les horticulteurs qui conservent encore cefte vieille routine voient leurs arbres bien végéter pendant plusieurs années, et ensuite éprouvent le désagrément do !<•> \<>ir languir et périr, attendu que les racines encaissées ne peuvent ni s'étendre, ni trouver une nouvelle nourriture. Quand un sous-sol de celle nature se présente, il convient de le couvrir de 10 à iv> centimètres de bonne terre, avant d'y mettre les arbres, do. planlor dans le sol végétal , ne fût-ce qu'à 2 : i ou 50 centimètres, et amonceler des terres alentour sur une superficie de trois à quatre mètres. Lorsque le sol est trop froid, il est bon d'ajouter une quantité de marne calcaire ou de chaux proportionnée au degré d'humidité qu'il contient, pour réchauffer et activer la végétation des arbres. Dans une plantation bien entendue, la distance moyenne dos pyra- mides entre elles est i\r ,~> à i mètres; elles doivent en outre être éloi- gnées du bord dos allées de 90 centimètres à 1 mètre 20 centimètres. Pour les palmettes en espalier, 4 à li mètres sont nécessaires. La lati- tude laissée pour chacune de ces distances doit être subordonnée, non-seulenicnl à la qualité du sol, mais encore à la vigueur des espèces et à colle du sujet sur lequel l'arbre est greffé; car sur franc les poiriers doivent être plus espacés que sur coignassier, quelle que soit leur forme. La première chose à faire, au moment, de planter, c'est de garnir le trou jusqu'au point où doivent être assises les racines, on les met- tant à la hauteur voulue sans être obligé de les retirer (ce qui occasion- nerait des inconvénients, surtout dans les terrains humides); ce lit doit être composé de bonne terre bien meuble et engraissée, autant que possible. Quand celle condition est remplie, on habille la racine do l'arbre, c'est-à-dire qu'on en rafraîchit l'extrémité avec la serpette ; on fait la coupe en dessous, on supprime seulement les parties qui sont avariées ou écrasées (moins on raccourcira les racines saines, mieux l'opération sera faite, car la prospérité el l'avenir d'un arbre dépendent surtout de la longueur et de la quantité de ses racines ). Ensuite on met l'arbre à la place qu'il doit occuper, en étendant ses racines aussi hori- zontalement que possible et les espaçant entre elles, sur la terre jetée d'avance dans le trou; on le tient verticalement el on jette sur les ra- cines la meilleure terre qu'on a dû réserver et qui doit être bien meuble, bien émiellée pour pénétrer plus facilement entre toutes les racines sans laisser aucun vide. Dans le cas où les terres seraient fortes, on pourrait y mêler du ter- reau ou de bonne terre légère, et. dans les lerres sableuses ou trop lé- gères, on pourrait ajouter de la lerre forte, ce qui ferait un bien meilleur effet. Quand on a introduit assez de lerre pour que l'arbre se tienne debout, on le prend à deux mains vers la base de sa lige avec beaucoup de précaution, et par de légers mouvements de va-et-vient imprimés de bas en haut, on achève de faire couler la lerre fine entre les racines, après quoi on remplit le trou, en ayant soin de ne pas enterrer la greffe. - 64 - Lorsqu'on plante après février, il est utile de fouler très-légèrement, quelle que soif la nature du terrain ; à l'achèvement de la plantation, le rollet doit se trouvera 4 à 5 centimètres au-dessus du sol, quand In terre est forte et mouillée, tondis que dons un sol léger les plus hautes racines doivent être recouvertes de 10 à 12 centimètres de terre. Il est très-important, dans les terrains froids cl humides, et même dans une terre franche ou d'alluvion, que l'arbre soit très-peu enterré; plus les racines sont près de la surface du sol, plus les arhres sont fertiles, mieux ils se portent, et plus encore les fruits sont savoureux. Il est tou- jours utile d'arroser de temps en temps les arbres nouvellement plantés, surtout si les plantations sont tardives, et. après avoir étendu un bon paillis d'environ 1 mètre autour de l'arbre, ou même sur toute la plate- bande, quand les arbres sont forts. Pour les plantations de pyramides ou espaliers, les meilleurs sujets sont ceux de deux ans de greffe qu'on nomme trente mois ; on peut les déplanter depuis cet âge jusqu'à trente ans, en leur donnant les soins nécessaires. Lorsqu'un arbre est vieux, on doit, mettre sur le tronc, la première année de la plantation, une bonne couche de terre grasse, mêlée de bouse de vache; dans les temps secs, on mouillera le pied de l'arbre, et même l'arbre tout entier trois à quatre heures après le lever du soleil, si la température n'est pas trop froide, ce qui facilitera l'as- cension de la sève et le développement du sujet. Les arbres fruitiers à pépins ne sont pas les seuls estimés, ceux à noyau ont leurs qualités et leur mérite particuliers. Le Pêcher tient un des premiers rangs, ainsi que le Prunier, l'Abricotier, etc. Le Pêcher dirigé en espalier exige un espace de 8 à 9 mètres entre chaque arbre; le collet de l'arbre doit être à une distance de 12 à 15 cen- timètres du mur vers lequel on incline l'arbre, en ayant soin de l'y faire adhérer et de tourner la cicatrice de la greffe vers le mur. Les meilleurs sujets pour Pêcher sont les scions appelés dix-huit mois; ceux dits trente mois ou quarante-deux mois sont tout à fait in- férieurs. Il est utile de bien les connaître, car beaucoup de personnes ne savent pas faire la distinction des (rois sujets réunis ensemble, et une connaissance particulière est nécessaire pour les distinguer. Pour la fructification et la préservation des maladies, des auvents en paille ou en planches sont nécessaires de 0,50 centimètres de large sur la longueur du sujet, et. 0,50 centimètres au-dessus du sommet; on les placera depuis le commencement de février jusqu'à la fin, suivant la température, et on les retirera à la fin de mai ou dans le courant de juin. Il en est de même pour le Poirier en espalier ; on place les auvents au moment où se montrent les boutons à fleur, et on les relire à la fin de mai ou dans le courant de juin. Le Pêcher greffé sur Prunier ne con- vient bien que dans les terres humides, tandis que sur Amandier il est — ci de I8;j(>, sans couverture pendant l'hiver de is."».*i. Au mois de novembre 18'iG, je les ai l'ail déplanter, les racines produites en I85G étaienl pnfoncées dans le sol à près de 70 centimètres ; celles produites en I8."i:i étaienl entièrement pourries cl détruites. La totalité de la récolle n'a été que de 8 kilogrammes pour les r>2 pieds. Les racines étaient petites, minces et allongées ; les plus belles pesaient à peine 4 hectogrammes oO grammes. Il résulte donc de tous les détails que nous avons ènumérés ci-dessus, que le Dioscorea Batatax (Igname de la Chine) peut être facilement cul- tivé, et avec avantage, dans les terrains légers, sableux et profonds; qu'il ne demande aucun soin ni entretien pendant sa végétation , cl qu'un délai de huit mois suffit pour obtenir sa production; Qu'on doit s'abstenir de le cultiver dans les terrains durs, lourds el peu profonds; Qiw le seul inconvénient réel que présente celle culture est renfonce- ment des racines dans le sol, difficulté, à la vérité, plus facilement vaincue dans les terrains légers, mais d'un assez grand travail dans les sols durs, argileux ou calcaires. Quant à la qualité nutritive de celte plante, elle est fort bonne, agréable au goût et très-saine; elle peut rivaliser avec la pomme de terre; elle est moins farineuse; mais la difficulté de sa récolte laissera encore longtemps la pomme de terre maîtresse du terrain. Que les personnes qui cultivent la pomme de terre suivent les con- seils que nous leur avons donnés antérieurement, qu'elles plantent à l'automne profondément la pomme de terre (25 centimètres), el suc- cessivement les produits de la même culture précédente, et elles verront peu à peu s'améliorer leur récolte et disparaître entièrement la ma- ladie : l'expérience de six années prouve cette vérité. TOL'GARD. OBSERVATIONS SIR LA CULTURE DES TOMATES ET SUR L'APPLICATION DU GUANO ET DU BIP1IOSPHATE DE CHAUX. Un amateur anglais adresse l'intéressante noie suivante au rédac- teur du Gardener's Chronicle : « En février 18S6, je semai quelques graines de Tomate dans un pot que je plongeai dans une couche chaude. Le jeune plant ayant développé deux ou trois feuilles, fui re- piqué, chaque pied isolément, dans un pot el transporté dans la serre froide. Ces plantes, vers la mi-mai, étaient devenues très-vigoureuses et étaient chargées de boutons à fleur; je choisis, pour tenter mes ex- 68 — péricnces, trois piaules; je les ôtai de leurs pots sans déranger les racines, sauf l'extrémité du pivot, que je raccourcis, et les plantai dans une plaie-bande de mon jardin, contre un treillage exposé en plein midi et à la dislance d'environ 2 mètres et demi l'une de l'autre. On les arrosa copieusement avec de l'engrais liquide léger, obtenu de fumier de vache frais détrempé depuis un mois ou deux dans un ton- neau d'eau. Je lis alors ajouter à celle eau de fumier une petite quan- tité de guano péruvien et de biphosphale de chaux, provenant de ra- clures d'os. Deux jours après, la matière épaisse étant allée au fond, la masse du liquide était claire el propre à être employée. » L'auteur de ces noies ajoute que les bons effels de ce liquide sur tous les végétaux de potager ainsi que sur les plantes du jardin d'agré- ment, sont encore peu connus des jardiniers. Son emploi exige quelques précautions; on doit l'étendre de beaucoup d'eau, sinon son énergique action causerait la mort des piaules. Ceux qui désireraient faire de pa- reils essais, doivent s'assurer de la bonne qualité du guano et du bi- phosphale de chaux, et s'adresser pour cela à des maisons respectables; on vend beaucoup d'engrais de biphosphale de chaux dans lequel ce sel ne figure que de nom. « Les pieds de Tomate plantes comme nous avons dit, à bonne expo- sition, furent ombrés pendant quelques jours et de nouveau arrosés à de certains intervalles avec le liquide fertilisant ci-dessus indiqué, for- tement étendu d'eau. Leur végétation devint des plus vigoureuses, leur floraison des plus abondantes. Il fallut alors pincer et retrancher tous les jeis inutiles ou trop rapprochés, dont le nombre empêchait la cir- culation de l'air et les rayons solaires d'arriver sur les rameaux des- tinés à porter fruit ; les longs rameaux furent assujettis au treillage au moyen de bandelettes de toile goudronnée, clouées de dislance en distance, et de manière à représenter une forme en éventail. Une bonne partie des fruits fut. enlevée, car il eût élé impossible que leur grand nombre n'eût pas nui à la prospérité de la plante el à leur propre dé- veloppement. L'extrémité des liges fut pincée lorsqu'elles eurent atteint le haut du treillage (2 mètres d'élévation); les fruits acquièrent par là un plus gros volume. » Notre amateur obtint, dit-il, sur un pied 75 fruits, 63 sur le se- cond, el G8 sur le troisième, 20(5 en (oui, donnant un poids total de 42 livres environ ; produit fort satisfaisant pour Irois plantes. » J'attribue en grande partie, ajoule-l-il, l'étonnante vigueur et la grande fertilité de mes pieds de Tomate, à l'emploi de solutions de guano et de biphosphale de chaux; je fonde mon opinion sur ce qu'ayant planté, à titre d'essai comparatif, deux pieds contre le treillis el les avoir fail arroser de la même manière et aux mêmes heures, l'un avec de l'eau de fumier de vache, et l'autre pied avec de l'eau pure; — 00 - j'eus pour résulta I que le premier pied parvint a la taille des pieds irai lés au guano, mais Bvec beaucoup moins de fruits pI d'un volume inférieur; le second pied ne put atteindre le sommet du treillage, pi peu de ses fruits parvinrent â maturité. La récolle sur mes trois plantes commença en septembre et dura jusqu'à la fin d'octobre. •> Gardener's Chronicle, 24 janvier !S,*i7.) CULTURE DU LISIANTHUS RUSSELLfANUS. La culture et l'éducation de celle splendide plante, introduite du Texas depuis plusieurs années, offrent pour beaucoup d'amateurs des difficultés assez glandes pour leur l'aire croire que c'esl peine inutile de s'occuper dorénavant d'une piaule jugée intraitable par la plupart des jardiniers. Nos voisins d'outre-Manche, loin de se décourager, ont mul- tiplié leurs essais de culture, et les magnifiques exemplaires «pie l'on \oil fort souvent figurer aux expositions horticoles prouvent assez que l'on s'est exagéré le caractère rebelle du Lisianlhus Rus&ellianus. lu amateur qui a beaucoup étudié les mœurs capricieuses de celle plante, csi parvenu à trouver le défaut de la cuirasse, à vaincre celle nature sauvage; voici son système d'éducation : La graine doit élre semée vers la mi-mars; elle esl très-fine et exige par conséquent certaines précau- tions pour la répandre sur le sol ; celui-ci doit consister en un mélange de moitié terreau de feuilles et moitié de terre franche douce, auquel on ajoute une petite quantité de sable blanc; on prend un pot de 5 à 7 cen- li mètres ou plus de diamètre, on le draine fortement avec des tessons, on le remplît presque jusqu'au bord du compost indiqué que l'on foule avec force pour le rendre compacte; on achève ensuite de remplir le pol avec une couche de sable blanc d'un demi-pouce d'épaisseur (1 cen- timèlre un quart); on bassine pour (pie le lotit soit bien trempé d'eau el l'on sème assez clair; on saupoudre ensuite avec un peu de sable sec; l'opération achevée, on recouvre le pol d'un morceau de carreau en verre, el on h; porte dans un lieu chaud où la température marque 20 à 2o degrés au thermomètre centigrade; on se servira, pour rem- placer les bassinages à la surlace qui sont nuisibles aux graines fines en général, de soucoupes constamment remplies d'eau dans lesquelles les pois seront placés. Le semis lè\e au bout de Dois semaines environ, quatre semaines après le jeune plant devra élre repiqué, chaque indi- vidu isolément dans un petit godel bien draine el dans le même compost indiqué plus haut, lue température élevée el une exposition prés des vitres de la serre sont essentielles à la bonne venue des jeunes piaules; ces deux conditions remplies, de copieux arrosemenls el de fréquents — 70 — seringungcs sur le feuillage vous procureront vers l'automne do jolis petits individus que l'on devin pincer à tous les joints pour les rendre touffus. Au mois de septembre on rempote dans des vases un peu plus grands; le-; bassinages sur le feuillage doivent cesser après celle opé- ration; l'eau des soucoupes suffit pour entretenir les racines humides. On pourrait, à la rigueur, conserver les plantes dans une bonne serre tempérée, mais elles seront toujours plus belles et plus vigoureuses, après un hivernage dans une bonne couche de fumier chaud d'environ 10 à 12 degrés centigrades, où l'aérage est établi de manière à prévenir une humidité concentrée. La distribution d'eau au moyen de soucoupes ne pouvant se faire lorsque les pots sont plongés dans la couche, on devra arroser alors une fois tous les quinze jours, lorsque l'air ambiant est sec, et seulement une fois par mois si l'atmosphère est humide; ces ar- rosements ne doivent au surplus se faire que pour empêcher la plante de flétrir; les vapeurs que dégagent la couebe suffisent le plus souvent pour entretenir un degré d'humidité convenable autour des racines. On augmentera la température pour la porter vers la fin de février à 20 ou 25 degrés centigrades ; on rempotera dès qu'on s'apercevra que les plantes commencent à pousser, en se servant de grands pots ( 10, 15, 20 centimètres de diamètre ); la beauté des exemplaires dépend un peu de la grandeur des vases dans lesquels on les place définitivement. Ou ne saurait, à mesure que le printemps avance, leur donner trop de cha- leur, trop d'humidité, on ne doit pas craindre de tomber dans l'excès, pourvu que ces deux éléments marchent d'accord. La floraison aura lieu en juillet et continuera pendant deux ou trois mois de suite. Des plantes ainsi traitées peuvent se couvrir de 4 à 500 fleurs. D'après les observations de M. Forckel, directeur des serres chaudes de Sa Majesté le Roi des Belges, au château de Laeken, le Lisianthus Russellianus n'aime pas à être changé de place ou transporté dans une autre serre, surtout lorsqu'il est en boutons, car alors il jaunit de suite. Cette belle Genlianée n'aime pas à être tourmentée, aussi ne doit-on pas s'effrayer du tapis de mousse dont la surface de la terre du pot pourrait se charger; on respectera cette mousse dont, l'effet est de préserver le collet, de la racine des influences de l'air ambiant. Nous avons toujours remarqué que les Lisianthus au Mexique croissaient entre les herbes touffues des prairies, et que leur floraison était d'autant plus luxuriante que le bas des plantes se trouvait plus caché à la lumière. 71 — [NOTE SUR LES MWn.l'S. F. es Mîmulus devraient cire plus cultives qu'ils ne le sont; ces curieuses corolles ;uix couleurs si gaies, si attrayantes, ornent l'oit bien les tablettes d'une serre froide et forment de charmantes corbeilles dans les jardins durant In belle saison. Leurs (leurs se succèdent pendant fort longtemps, et si l'on a soin d'enlever les jets et de bouturer dès que l'occasion s'en présente, on peut jouir d'une floraison non inter- rompue depuis le commencement du printemps jusque vers In lin de l'automne. On doit, pour avoir de fortes plantes et de grandes fleurs, plonger les pots vers la fin de février dans une bonne couche chaude ou à défaut les porter dans une serre chaude ; on enlève, lorsque la plante est entrée en végétation, les jets ou coulants enracinés ainsi que les branches les plus vigoureuses pour la multiplication. Ces boutures s'in- sèrent chacune dans un petit pot et dans un riche compost mélangé de sable do rivière; on a recours à la couche chaude pour hâter la radifi- calion, laquelle se fait, du reste fort rapidement dans ces circonstances. Les Mimulus étant des plantes presque aquatiques, aiment beaucoup l'eau; les jeunes piaules doivent être arrosées avec soin ; car une fois sèches, elles se remettent difficilement, fleurissent pauvrement, en un mot, elles ne valent plus la peine d'être soignées. Les pots étant bien remplis de racines, seront remplacés par des vases plus grands, le double de diamètre même, afin (pie ces plantes assez voraces puissent trouver une nourriture abondante. Soumises à ce régime bienfaisant, les plantes se développeront avec rapidité; des rameaux se produiront de toutes parts et nécessiteront l'attention du cultivateur; il devra les soutenir avec de petites baguettes, sous peine de les voir s'affaisser et se briser sous leur propre poids ou sous le souffle des vents. Le compost qui leur convient le mieux consiste en bonne terre franche vierge, à laquelle on ajoute du fumier bien consommé et une forte partie de gros sable de rivière. De nouveaux rempotages seront exécutés à trois semaines d'intervalle l'un de l'autre; le dernier se fera pour les plus forts exemplaires dans des pots d'un pied de diamètre et pour les autres dans des vases un peu moins larges. Arrivés à celle période de dévelop- pement, les Mimulus ne seront plus tenus dans une atmosphère chaude, on les transportera dans un lieu frais et ombragé et bien aéré de la serre froide; ils y fleuriront pendant, fort longtemps. Si l'on préfère les planter en pleine terre, on devra préalablement à leur sortie de la serre chaude, les abriter pendant quelques jours dans une bâche et leur donner de l'air progressivement. La nature aquatique des Mimulus permet de les planter dans des endroits humides, là où bien peu d'au- tres végétaux pourraient croître; mais alors, il faut veiller aux incur- — 11 - sions des limaces très-friandes dos liges herbacées de ces plantes; un peu de suie ou de cliaux disséminée autour des touffes écartera ces redoutables mangeurs, rue bordure de Mimulus encadrant une pièce d'eau est quelque chose de fort coquet. I H grand nombre de jolies varioles, issues surtout du Mimulus cardi- naiis, ont été gagnées de semis depuis quelques années en France, en Angleterre et en Belgique; toutes sont répandues dans le commerce à un prix Irès-inodique. DAHLIAS A PETITES FLEURS, DITS LILLIPUTIENS. Une nouvelle race de Dahlias de taille peu élevée et à fleurs sem- blables à des Renoncules, commence à s'enrichir d'un certain nom- bre de fort jolies variétés. C'est surtout aux semeurs allemands (Sieek- man , Sioik, Decgen) que l'on est redevable du perfectionnement de cette race, si précieuse pour l'ornementation des petits jardins et pour la confection des bouquets. On cite parmi les meilleures variétés nou- velles : le Deutscher Goldfinck (S.), jaune d'or pointillé d'écarlate vif; le Liliput perle (S.), pourpre violacé, forme admirable; Souvenir de Belcombe, jaune canari pointé de blanc; Zelmira (S.), blanc d'argent nuancé de lilas rose tendre; Fraulein Marx (Stork), écarlate vif nuancé de feu; Ranunkel (S.), écarlate vermillon. Toutes ces variétés font partie de la riche collection de M. Adolphe Weick, horticulteur à Strasbourg. Le même horticulteur annonce trois nouvelles variétés de Fuchsia, obtenues de semis par M. Koch de Russelsheim en Allemagne ; ce sont Gloire de Russelsheim, Louis Weinrich cl Madame Ad. Koch. Toutes les trois à grandes fleurs blanches, la dernière surtout est fort belle, à corolle semi-double, d'un blanc pur rubanné de rouge vif, comme un OEillet flamand. M. Bernieau , horticulteur à Orléans , an- nonce de son côté quatre Fuchsia gagnés par ses soins; ce sont : les Fuchsia Comtesse de Linier s (Bernieau), variété à gros tube blanc, légèrement lavé de rose; sépales à pointes verdàtres, réfléchies ; corolle rose vermillonnée. magnifique. Comtesse de Tuder (Bernieau), fleur moyenne, tube rose clair, ronflé vers le milieu ; sépales infléchis rose foncé; corolle rose brillante à larges pétales, jolie variété de forme glo- buleuse. Duc de Malakoff ( Bernieau), tube rouge violacé; sépales à pointes blanchâtres; corolle rouge cramoisi foncé, et Pirouette (Ber- nieau), variété originale à grandes fleurs; tube mince; sépales longs de (i centimètres, d'un beau rose carminé; corolle très-ample, bien cam- panulée, du plus beau bleu violacé. — 17, — POMME REINETTE DL L'OHIO, GRBEN OHIO'S PIPPIN DES POHOLOGUES AMÉRICAINS. (Planche VII.) Cotte pomme est à notre sens l'une des plus estimables conquêtes de la pomologie anglo-américaine. Nous n'hésitons pas à la considérer comme une Reinette de premier ordre. L'arbre, vigoureux et fertile, digne d'èlre admis même dans un jardin peu spacieux, peut y remplacer avec avantage plusieurs variétés an- ciennes, délicates, peu productives et plus ou moins frappées d'une sorte de décrépitude. Ajoutons (pie sa vigueur lui assigne aussi, ce nous semble, une place d'élite dans les vergers. Nous ne la trouvons pas mentionnée dans les divers recueils ou traités pomologiques publiés aux Etats-Unis, que nous avons pu consulter, il esl donc permis de supposer qu'elle est de date toute récente. Sa forme est arrondie, déprimée, régulière. Son volume peut, dans de bonnes conditions, être très-considérable; en moyenne, la hauteur est de 7 centimètres, le diamètre de 8 et demi. Le pédoncule est assez long; l'entonnoir où il s'implante est profond et trèsévasé; le calice demi-clos; les sépales ou divisions vert-grisâtre, persistantes. L'épicarpe (peau), constellé de rares mouchetures grises, d'un vert prononcé d'abord, se nuance de jaune lors de la maturité et se revêt de tavelures rosées analogues à celles de la Reinette d'Angleterre, mais moins intenses. La chair, d'un blanc un peu jaunâtre, est ferme, juteuse, des plus fines, d'un goût sucré acidulé superfin de Reinette. Les loges sont, relativement étroites et contiennent quelques pépins ovales allongés, brun clair. La Reinette de l'Ohio (s'il nous est permis de traduire ainsi son ap- pellation originaire) mûrit vers la lin de décembre, a toute sa perfec- tion en février et n'est pas sujette à se colonner ni à se rider. Les rameaux sont d'un brun-rougeâlre lisse, peu foncé et parsemés de lenlicelles grisâtres très-apparentes. Les supports sont gros, longs de 5 centimètres. Les fleurs sont d'un blanc légèrement rosé, panachées en dessous de rouge cerise; les divisions calicinales sont remarquablement allongées. Les feuilles sont amples, ovales, ou plus généralement ovales-acu mi- nées, profondément et irrégulièrement dentelées, d'un vert foncé en dessus, gris vert clair en dessous et a7, p. 84. — Famille des Orchidées. Celle espèce a le port d'un Gomcza el n'offre, dit M. Lindley, que peu d'intérêt horlicullural; les fleurs, d'un jaune pur, assez petites el peu nombreuses, sont disposées en un racème beaucoup plus court que les feuilles; celles-ci ressemblent aux feuilles de YOncidium flexuosum el mesurent de 2;i à 30 centimètres de longueur; elles sont en forme de lanière, canaliculées à la base el surmontent par deux des pseudobulbes ovales el ancipités. Le Libelle panduriforme offre un étranglement fort remarquable. M. Loddiges, dans l'établissemenl duquel cet Oncidium a Henri, dit lavoir reçu du Mexique. Drosklnnera spectabllls (Li.xdlev), Gardener's Chronicle, janvier 18j7. — Famille des Scrophularinées ? On doit l'introduction de cette magnifique plante à M. Ire Skinner, négociant anglais à Guatemala, qui depuis longtemps l'ail des envois d'Orchidées et d'autres plantes à Londres, dans un but principalement mercantile, et qui de celle manière a l'ait connaître quelques unes des richesses végétales que recèlent ces belles régions montagneuses situées entre le Mexique cl l'isthme de Panama. La dédicace de ce nouveau genre est un hommage rendu par M. Lindley à ce zélé collecteur. VUroskinnera speelabilis est une plante herbacée ayant le faciès d'un Gesneria et les caractères floraux d'un Pentstemon; elle est vigou- reuse, érigée, douce au toucher; le coloris gris qui la distingue pro- vient des poils dont elle est chargée. Ses feuilles sont oblongues. den- telées, péliolées et longues de *2 à 4 pouces. Ses fleurs, de couleur — 78 — violette, sont disposées en épis terminaux, sessiles, très- rapprochés et longs de ^ pouces, et sous-tendus chacun par une bractée filiforme velue. Le calice est petit, en forme de coupe, poilu, à quatre dents; corolle d'un Pentstemon à tube d'un pâle violet, lisse, long d'un pouce et demi, terminé par un limbe bilabié à cinq lobes obtus, presque égaux. Les étamines comme celles des Pentstemon; une stérile linéaire spa- thulée, duveteuse et un peu plus courte que les plus courtes étamines fertiles. Le fruit est une capsule ovée, enveloppée, excepté au sommet qui est nu, par le calice poilu et ses quatre lobes filiformes; déliis- cence loculicide, c'est-à-dire que l'ouverture se fait par la face dorsale des loges. Ce genre est très-voisin des Pentstemon dont il diffère par son calice quadridenté en forme de coupe adhérent à la capsule, et par la débis- cence loculicide de celle-ci et non septicide comme dans les capsules des Pentstemon, enfin par son port et son aspect général. C'est une fort belle plante de serre, de nature un peu charnue et paraissant disposée à fleurir pendant une bonne partie de l'année, elle est encore trop rare et trop peu étudiée pour que nous puissions en indiquer la culture. M. Lindley dit avoir rédigé sa description d'après un faible exemplaire que possède la Société d'horticulture de Londres (cette description est en effet incomplète); il parait que Y Uroskinnera spectabilis se trouve également entre les mains de MM. Veitch, horticulteurs à Londres; de l'établissement desquels il ne tardera pas à se répandre sur le conti- nent. SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. Lottcifa Texensis (Rafinesque), figuré dans le Bot. Mag., pi. 4904. — Famille des Lobéliacées. — Pentandrie monogynie. Cette Lobélie, originaire du Texas, doit être rangée au nombre des plantes les plus attrayantes qui ornent actuellement les parterres de nos jardins; de sa racine vivace s'élève une tige herbacée, érigée, haute de 2 à ô pieds, simple, robuste, anguleuse, fouillée. Feuilles inférieures, longues de 6 pouces environ, les supérieures graduellement plus petites et passant aux bractées ; les unes et les autres sessiles, largement ovées- lancéolées, très-acuminées, et souvent récurves, assez obscurément den- telées en scie. Racème long de (5 à 10 pouces, multiflore, presque pyrami- dal et muni de nombreuses bractées; celles-ci diminuent graduellement en grandeur vers le sommet du racème; elles sont aussi longues ou plus longues que les fleurs, étalées ou récurves, carénées et à bord denti- culé. Fleurs érigées-étalées. Calice vert à tube très-court, hémisphé- rique; à cinq angles; le limbe présente cinq longs lobes suhulés. — 71) — érigés, presque spiniformes , écartés les uns des autres. Corolle d'un riche écarlate; tube étroit, droit, long d'un pouce et plus; limbe bi- labié : lèvre supérieure composée de deux segments linéaires-lancéolés ; lèvre inférieure de trois segments un peu plus grands que les supé- rieurs. Anthères couleur de plomb. Style aussi long que les étamines, mais caché entre ces dernières. L;i Lobclia Texensis, assez voisine de la Lobelia cardinalis, en dif- fère par son port plus élevé et plus robuste, par son feuillage plus ample et surtout par son grand et vigoureux racème chargé de (leurs et de longues bradées (ce qui nuit un peu à l'effet de l'inflorescence). Elle fleurit en été cl se cultive comme la Lobelia cardinalis, c'est-à- dire quelle requiert en hiver l'abri de la serre froide, ou d'une bâche, ou un peu de litière si on la conserve en pleine (erre. Le même journal figure sous le n° 41)60, une fort belle variété de la Lobelia splendens Willd, c'est la variété ignea ou rouge de (en, qui se distingue du type par des fleurs du plus beau rouge écarlate et par des feuilles colorées en rouge sang foncé, semblable à celui qui dislingue les feuilles de certaines variétés de betteraves. Les fleurs, grandes et nombreuses, forment un long racème ou grappe terminale de toute beauté. Celte magnifique variété, originaire du Mexique, doit être rentrée dans l'orangerie durant l'hiver ; sa culture est la même que celle du type. Des corbeilles plantées de cette Lobélie doivent produire un effet extraordinaire et d'un éclat incomparable. Dodecatheou Integrlfoltum (MlCH.UJX), Garlenjlora, pi. 175. — Famille des Primulacées. Tout le monde connaît le Dodecatheou meadia ou Gyroselle : celle charmante petite plante vivace qui, au printemps, dresse une hampe au sommet de laquelle sont comme suspendues une douzaine de petites fleurs d'un rose purpurin à pétales redressés, auxquelles nos pères, par allusion poétique, imposèrent le nom prétentieux de douze-dieux. L'espèce de 31. Michaux est tout aussi jolie et ne diffère de sa charmante sœur que par son feuillage entier, ainsi que l'indique son nom spéci- ûque ^integrifoliunt ; l'une et l'autre espèce sont originaires des prai- ries tourbeuses de la Virginie aux États-Unis; l'espèce à feuilles entières est encore peu répandue dans les jardins. On recommande de planter ces jolies espèces en pleine terre dans un mélange d'une partie de terre jaune ou franche, de deux parties de terre tourbeuse et d'une demi-partie de sable; le sol doit être profond, bien drainé et à mi-ombre. On les couvre, pour passer l'hiver, avec de la mousse et des branches de sapin. Elles se multiplient de graines - 80 qu'elles produisent en abondance ou par la division des pieds; celle opération doit se faire lard en automne, dans une bâche à l'abri de la gelée. Farfugium grande (Li.nim.ey), Gardeners Chroniele, janvier I8o7. — Famille des Composées. Sous le nom de Farfugium grande, M. Lindley décrit une plante res- semblant fort à notre Tussilago Farfara, que M. Glendinning avait exposée à une réunion de la Société d'horticulture de Londres en la dé- signant comme un Tussilago à feuilles panachées ou maculées. L'aspect général permettait ce rapprochement, mais la floraison assez récente de cette belle plante a démontré une fois de plus combien il est peu prudent de se fier à ces sortes de rapprochements. Le genre Farfu- gium occupera une place fort distincte parmi les Composées labialiflorcs et près des Chaptalia et des Anandria; M. Lindley dit que le nom de Farfugium était anciennement appliqué au Tussilago farfara, à notre Pas-d'àne. Les feuilles de cette nouvelle plante sont très-grandes, tou- jours vertes, arrondies-angulaires et c rdiformes; elles ont parfois jus- qu'à 2 pieds de circonférence; leur couleur, d'un vert émeraude bril- lant, est copieusement maculée de taches d'un jaune clair. Les pétioles qui supportent ces feuilles sont laineux et longs de 12 à 13 pouces. Les fleurs sont insignifiantes; elles forment des capitules rassemblés au sommet d'un scape laineux, jaunes à centre d'un violet sale. L'ensemble du Farfugium grande est fort ornemental : « C'est une touffe d'une beauté incomparable, dit le célèbre botaniste anglais, et si les feuilles sont vraiment persistantes en hiver, comme on le croit, ce sera un objet pour les jardins sans rival pendant cette triste saison. » 31. Glendinning, propriétaire de cette belle nouveauté, dit l'avoir reçue de M. Fortune; ce serait donc une plante des régions froides de la Chine et par conséquent rustique chez nous. Espérons que nos voi- sins d'outre-mer nous mettront à même de saluer bientôt la bienvenue de l'intéressante chinoise dans nos parterres; elle y sera admise avec le même empressement que sa belle devancière la Diehjtra spectabilis. Kl CULTl'ltE MAKAICIIKKK. LES COUCHES DU MARAICHER. LEUR PRINCIPALE DESTINATION. — LES POMMES DE TERRE HATIVES, ETC. Nous comprenons que l'on fasse des primeurs sous bâche, nous ne comprenons pas que l'on en fasse sur nos petites couches du potager. Il nous est arrivé, comme à beaucoup d'autres, d'y semer de la laitue, des radis, des carottes et des oignons; les produits ne valent pas le fumier qu'on y dépense et la peine qu'on se donne. Réservons nos cou- ches pour faire lever des plants à repiquer; le profil est là, non ail- leurs. Le cultivateur de légumes de pleine terre doit nécessairement avoir des couches à sa disposition; cependant, nous en connaissons qui vivent du jardinage, même dans le voisinage des grandes villes, et qui n'ont pas de couches vitrées. Ceux-ci font un irou dans le jardin, à bonne exposition, foulent quelques brouettées de fumier dans ce trou, mcttenl quelques doigts de terre par-dessus, sèment leurs graines, et recou- vrent toutes les nuils avec un paillasson plus ou moins épais. Ce pro- cédé serait admissible dans un potager de ferme; chez des jardiniers de profession, nous ne l'admettons point. Il est économique, sans doute; ilestexpéditif. maisil présente toutes sortes d'inconvénients. Les taupes, les campagnols, les souris, les limaces peuvent s'y introduire et s'y introduisent souvent. El puis, la chaleur ne dure guère. Il peut arriver que des couches soient occupées, que l'on ait besoin d'opérer des levées rapides et de recourir pour cela à des expédients, à des fosses ouvertes à la hâte, à de simples huiles de fumier chargées de terreau ; mais ces expédients ne peuvent pas, ne doivent pas dispenser des cou- ches bien construites, soit au-dessus de terre avec coffre et châssis, soil au-dessous de terre avec murs à la chaux et châssis également. Les jardiniers, en général, savent comment l'on doil s'y prendre pour les établir; mais la plupart ne savent point qu'il y a de l'avantagea les drainer, en couvrant le fond de cailloux jetés pêle-mêle ou de morceaux de pots. Nous allons dire en quoi consiste cet avantage. Tant que le fumier n'est ni complètement lassé, ni complètement pourri, l'aération se l'ail bien dans les couches et l'eau des bassinages ne séjourne pas en excès dans le voisinage des racines; mais quand nous avons enlevé une première récolte de plants à repiquer, nous pouvons encore de- mander une récolle nouvelle à la couche refroidie, récolte quelle nous donne à temps pour les transplantations tardives, comme, par exemple, — 82 — lorsqu'il s'agil de choux à jets, de choux d'hiver , de rutabagas , de choux-navets, d'endives, de pelsaï, etc. Alors le fumier se trouve con- sommé et hissé ;'i tel point que l'air n'y court p:is facilement et que l'eau des arrosages y dort. Dans les aimées pluvieuses, il n'est pas rare de voir des semis échouer complètement ou même des plantes, bien levées, fondre ou périr avant d'achever leur développement, parce que ces plantes souffrent et que certaines larves, celles des élatérides sur- tout, les attaquent dans cet état de souffrance, tandis qu'elles les eus- sent épargnées en bonne santé. Nous avons appris cela deux années de suite à nos dépens. Depuis lors, nous avons eu soin de mettre au fond de nos couches un lit de grosses pierres, jetées au hasard, et nous ne manquons plus aucun semis. La végétation se fait mieux et plus rapide- ment qu'autrefois, comme elle se fait mieux dans un pot sans vernis et (roué au fond que dans un pot vernissé et sans trou. Pas d'air, pas de vie. En même temps que nous appelons l'attention des jardiniers sur le drainage des couches, auquel on n'a pas encore songé, que nous sachions, nous leur recommandons de fouler le fumier avec plus de soin que d'habitude et défouler également la terre destinée à recevoir la semence. C'est une œuvre de patience, nous le reconnaissons, mais il faut s'y soumettre. Il serait hien à désirer que le fumier long, que nous em- ployons, dans la circonstance, fût divisé par un moyen mécanique quelconque, car le tassement deviendrait plus facile et la chaleur déve- loppée par la fermentation serait plus douce, plus régulière et de plus longue durée. Nous recommandons enfin aux jardiniers d'adopter les semis en lignes sur couches et d'ouvrir les rayons au moyen d'une baguette que l'on presse avec la main ou avec la balle. On est sur ainsi que la graine portera sur de la terre foulée et consolidée, et c'est là, nous le savons, une condition de succès. Nous disons plus : — Quand les jardiniers au- ront à mettre sur couche et en lignes de la semence un peu grosse, ils feront bien de la déposer une à une dans le rayon, au lieu de la laisser tomber. En la déposani, et sans même le remarquer, ils exerceront sur la terre, avec le bout des doigts, une pression favorable. C'est précisé- ment celte pression qui donne de l'avance à toutes les graines, plantées ainsi, sur celles que l'on sème. Demandez plutôt aux hommes de pratique qui ont l'habitude et l'intelligence du jardinage, et ils vous diront qu'à placer les graines en terre, isolément, avec l'extrémité des doigts, on avance le plant de huit à dix jours. Nous insistons tout particulière- ment sur ce point, afin de démontrer jusqu'à l'évidence le mérite d'un sol raffermi, notamment quand nous avons à opérer sur des terres légères. Sans les couches vitrées, où en serions-nous? Personnellement, nous S3 — sommes peut-être mieux qu'aucun autre en position d'en apprécier l'importance; sans elles, nous n'arriverions pour ainsi dire jamais à l'heure. Si nous nous contentions de gros choux rouges de Frise ou de Gand, de savoyards ou de milans précoces, de cabbages, de choux- pain hâtifs, il nous suffirait de les semer chaque année au mois d'août sur une plate-bande bien riche, de les repiquer en pépinière à la fin de septembre, de les laisser passer l'hiver en pleine terre, sous la neige ou autrement, de les ombrager d'une manière quelconque en lévrier ou en mars, afin de les sauver des effets désastreux du soleil, à la suite des gelées tardives, et de les transplanter ensuite à demeure, aussitôt que le temps le permettrait. Mais nous ne saurions nous con- tenter de ces variétés; il nous Faut, en outre, des plants de choux-fleurs hâtifs, de choux-raves ou d'Arabie, de trapu de Brunswick, de chou conique de Poméranie, deFumel, de chou Joannet, qui passeraient difficilement l'hiver ou seraient trop sujets à s'emporter, s'ils le pas- saient. Nous avons besoin, par conséquent, d'une couche pour les faire en toute hâte au printemps. Ce n'est pas tout. Nous avons également besoin d'une couche pour faire nos plants de laitues, de lèves de marais, de betteraves de table, de belte-poirée, de céleri, tétragonie, quinoa, morelle noire ou brède, rhubarbe, tomate, cerfeuil bulbeux et igname-batale. Nous en avons besoin pour faire nos plants de pommes de terre de graine, nos plants de piment ou poivre long; enfin, pour faire lever en pots nos courges et nos concombres. Encore une fois, sans couche chaude ou tiède, il nous serait impossible d'obtenir des levées satisfaisantes et d'arriver à temps pour la culture de la plupart des plantes que nous venons de citer. 11 n'y a que la couche pour déterminer la germinal ion des se- mences difficiles et douteuses; et ce qui est vrai pour celle province, l'est à peu près pour le reste de la Belgique. Un jardinier sans couche est un cavalier démonté, un traînard qui tombe en roule ou qui arrive quand on ne l'attend plus. Les gens de cette sorte sont rares heureu- sement, mais enfin il y en a, et, en toute sincérité de conscience, nous leur devions, en passant, le petit coup de fouet qui réveille. Quittons maintenant les couches et arrivons aux plantations et semis à demeure. Nous n'avons que l'embarras du choix. Il nous serait très- agréable de suivre chaque culture à part el dans tous ses développe- ments, mais nous sommes encore condamné aux généralités pour le moment; nous n'aurons de loisirs que lorsque toutes nos espèces et variétés seront en pleine végétation. A celte heure, il s'agit de planter el de semer. Les jardiniers peuvent continuer en avril ce qui a été com- mencé en mars. Les plantations de pommes de terre précoces ne sont pas achevées sur les différents points du pays. Files devraient l'être depuis un mois - 84 — La variété que préfèrenl les jardiniers, et avec raison, comme étant la plus hâtive, est la marjolin. Ils attendent que les germes se soienl bien développés en cave, après quoi ils mettent les plants en terre, à bonne exposition, près d'un mur, presque à fleur du sol, les recou- vrent (Tune forte couche de paille ou de fumier long pour la nuit, les découvrent durant les journées chaudes, et arrivent ainsi, à force de petits soins, à gagner une avance de quinze jours sur les cultures non soignées. Nous nous permettrons, à ce propos, de conseiller aux jardi- niers remploi de marjolins germées dans une chambre chaude, bien éclairée, attendu que les pousses vertes sont plus robustes et valent mieux, sous tous les rapports, que les pousses étiolées, blanches ou jaunâtres, obtenues dans l'obscurité des caves. S'ils suivent ce pre- mier conseil, nous leur en donnerons un second, celui de planter les tubercules sur du fumier long et sec, qu'ils recouvriront de bon ter- reau. Il va sans dire qu'ils s'attacheront, comme dans le premier cas, à préserver le plant des gelées, à lui donner des paillassons la nuit et du soleil le jour. Une fois le plant sauvé des mauvais quarts d'heure et les tiges arrivées aux deux tiers environ de leur développement com- plet, ils feront bien de biner deux fois par semaine, afin de tenir la terre toujours meuble et soulevée, jusqu'à la récolte. Ils feront bien aussi de coucher les tiges du même côté et de butter en dessus pour les empêcher de se relever. Le huilage autour des fanes, comme on le pratique généralement, ne convient qu'aux pays chauds, où il est nécessaire d'entretenir un peu de fraîcheur au pied de la plante; en Belgique, il favorise la feuille et. retarde la formation et le développe- ment des tubercules. Avec les tiges couchées et la butte en dessus, nous ralentissons la marche de la sève, nous la concentrons vers les parties basses et l'obligeons à déborder souterrainement pour former des tubercules ou rameaux cachés. Il se passe ici ce qui se passe avec- un rameau d'arbre que nous courbons : les bourgeons rudimentaires qui n'eussent point bougé, sans cela, ne tardent pas à partir au-dessous du coude. Le procédé que nous indiquons est nouveau; nous l'avons proposé pour la première fois, il y a deux ans, nous l'avons mis à l'essai et pouvons en garantir les avantages. Le temps des repiquages de choux n'est pas encore passé ; nous devons donc en dire un mot. L'année dernière, avec de la graine de chou rouge de Frise ordinaire, nous avons obtenu des tiges et des têtes monstrueuses qui ont fait croire a une race nouvelle. Ce n'était qu'une anomalie. Voici comment nous avons obtenu ces produits superbes : nos plants qui avaient passé l'hiver en pépinière ont été repiqués à demeure dans des fosses où nous avions mis une pelletée de vieille terre découche. Avant le repiquage, les racines de chaque plant avaient élé — 85 — trempées dans une bouillie claire de bouse de vache el il» 1 purin ; après le repiquage el pendant les sécheresses, les choux en question avaient reçu quatre arrosages avec de l'urine de vache étendue de deux à trois rois son volume d'eau ordinaire. Voilà tout le secret de leur végétation extraordinaire; nous le livrons avecempressemenl aux amateurs el aux jardiniers de profession, en les prévenant, s'ils veulent en user, qu'ils auront à inciser plusieurs fois les liges avec la serpette pour modérer la fougue de la sève, et à butter solidement leurs choux pour les sou- tenir contre les rafales. Nous avons remarqué, et il nous a été dit souvent qu'en Belgique la saison des pois verts était trop courte. C'est la faute des jardiniers qui devraient échelonner la plantation de ce légume de mois en mois, delà seconde quinzaine de mars jusqu'à la seconde quinzaine de juin. Parmi les variétés hâtives, le pois Michaux et le Prince Albert méritent tou- jours la préférence; le Daniel OWourcke et le Rival de Danecrofï arri- vent liuil jours plus tôt, il est vrai, mais ils rendent beaucoup moins. Parmi les variétés ordinaires ou tardives, attachons-nous, plus que jamais, au pois d'Auvergne ou Serpette et au Ridé de Knight. Et puis. au lieu de rapprocher nos lignes, écartons-les, afin d'avoir des fleurs et. des gousses des deux côtés. L'espace nous manque aujourd'hui pour tout dire; tenons-nous-en. pour finir, à quelques recommandations aussi sèches que rapides; enga- geons les jardiniers à accorder plus de place aux carottes d'Allringham et d'Achicourt, à la betterave rouge plate de Bassano pour salade, à la laitue turque, aux cardons, au cramhé maritime, à la rhubarbe comes- tihle el à la télragonie. Engageons les, en outre, à ne pas négliger les semis el repiquages de pommes de terre; une honne variété nouvelle les indemnisera tôt ou tard de leurs peines. P. JOIGNEAUX. MISCELLANEES. CULTURE FORCER DES CONCOMBRES par l'emploi du fumier et du thermosipuon réunis. — a chaltra1t (Marne). Monsieur, Je ne demande pas mieux que de rédiger pour votre nom eau journal, l'Horticulteur praticien, un article sur la culture forcée des concombres, telle qu'elle est pratiquée à Chaltrail. Je n'en suis pas à mon coup — 80 - d'essai. Voilà bien des années que je réussis. — Mais écrivant pour la première fois sur celte matière, je liens à adresser des remercîmenls publies à M. Gontier, notre premier primeurisle, pour tous les excel- lents renseignements qu'il m'a fournis avec une parfaite obligeance à une époque ou j'abordais celte branche de la culture. Hien des fois j'ai eu d'assez longs entretiens avec cet homme capable, el je ne l'ai jamais quille sans me trouver plus instruit. — Les livres bien fails apprennent beaucoup; mais si l'on y joint la conversation des bons jardiniers marchands, — quand ils veulent causer, ce qui n'arrive pas toujours, — on apprend davantage. Qu'il me soit permis de donner en passant un conseil aux proprié- taires qui ont le goût des jardins, quoi qu'il puisse paraître hors de sa place dans ce moment. C'est d'éludier un peu plus qu'ils ne le font généralement, c'est d'acquérir des notions exactes, solides d'organo- graphie et de physiologie végétales, de physique et de chimie horticoles, d'en arriver ainsi à généraliser, à se rendre compte de la plupart des phénomènes de la vie des plantes, et à en savoir au moins autant que leurs jardiniers, ce qui me paraît nécessaire. On verra alors un plus grand nombre de jardins d'amateurs gouvernés avec cette perfection qu'on admire chez les horticulteurs spécialistes de Paris. On m'ob- jeclcra, peut-être, que ces habiles travailleurs n'ont la plupart étudié ni la physiologie, ni le reste, qu'ils ont à peine le temps de lire : à cela je répondrai qu'ils passent leur vie entière avec les plantes qu'ils aiment, el qu'ils finissent par deviner, à force d'observations, les lois qui les régissent. J'en arrive à la culture des concombres. Bâche à semis et repiquage. Je ne sème pas dans un coffre chauffé en dessous par le fumier, selon les maraîchers, ni dans un coffre avec l'emploi du fumier et du Ihermo- siphon réunis, selon les primeuristes, j'ai voulu être sûr d'avoir à une dalc fixe une chaleur fixe, et voici comment j'y suis parvenu : j'ai ima- giné une petite bâche maçonnée seulement clans la terre, longue de 2 m ,G0, large de l m ,66, recouverte d'un plancher de chêne rez-terre du jardin. — Un tuyau gouttière placé sous ce plancher parcourt l'étendue de la bâche, il aboutit à une chaudière. — Sur les murs existe un coffre en bois d'une pente de 20 centimètres; il reçoit deux châssis. Un tuyau rond d'un diamètre de 8 centimètres règne contre les parois de ce coffre; il correspond à une seconde chaudière. Les deux chaudières sont établies dans un fourneau en briques. — Les feux sont indépendants On met sur le plancher 20 centimèlres de terreau passé à un crible moyen. Les gouttières échauffent la lerre, les tuyaux fermés, l'air cou- — 87 - fenu enlre la lerre el le vitrage. La veille ùu jour où l'on \eiit semer, on fait du l'eu sous la chaudière des gouttières el l'on oblienl en peu d'heures 28" centigrades, chaleur convenable pour la germination des graines de concombres. Semis, repiquage et taille de luxe primaire {tiyc). On sème eu plein terreau le 20 novembre les deux variétés : blanc hâtif el vert Gladiator, qui me paraît préférable au vert long ùv* ma- raîchers. La graine est levée en quatre jours, alors on donne de l'air peu ou plus, selon le temps, mais autant que possible tous les jours, ne serait-ce qu'une heure. Quand les cotylédons oui acquis tout leur déve- loppement, qu'ils sont verts el étalés horizontalement, on repiquechaque petit plant jusque prés des cotylédons dans un godet enfoncé d'avance dans le terreau de la bâche. On mouille légèrement si le terreau esi trop sec. On prive complètement d'air jusqu'à la reprise. On l'ail monter le thermomètre piqué en lerre à 50-3a" centigrades, cl celui en l'air à 20-2. f i. On ombre un peu s'il fait du soleil. Au bout de trois à quatre jours les concombres sont repris. On redonne de l'air el on ne chauffe plus la terri' qu'à 28°. Vingt-cinq jours à partir de l'époque du semis, chaque lige ou axe primaire est muni de trois feuilles dévelop- pées suffisamment, outre les cotylédons. On supprime la (été au-dessus cl prés de la deuxième feuille. Les yeux placés à l'aisselle de chaque feuille laissée, ne lardent point à pointer. C'est le moment de mettre en place. Une couche à la température de 2;i° devra cire prête. Confection de la couche. A Chaltrait, le fumier ne pourrait suffire à la confection des couches de primeurs variées qui se montent à peu de jours d'intervalle, mais les feuilles de chêne sont communes. Alors on mêle un tiers de fumier di 1 cheval Irès-pailleux avec deux tiers de feuilles. Inutile d'expliquer la façon de monter ces couches. Je renvoie ceux qui l'ignoreraient au Traité de culture maraîchère de Moreau et Davcrne (un livre que lous les jardiniers légumistes de la province devraient connaître comme leur Pater). On leur donne de GO à 70 centimètres d'épaisseur étant bien piétinées, en sorle qu'il n'y ait plus que la place pour mettre dans le coffre l(ï centimètres de terreau pas trop énergique, avec un intervalle de 10 centimètres entre la surface du terreau et le verre de châssis. Je préviens les personnes qui n'auraient pas l'habitude d'employer des feuilles, qu'elles niellent trois fois plus de temps à entrer en fermen- tation (pie le fumier pur. Quand une couche est ainsi faite, bonne à étouffer, il faut qu'il s'écoule quinze à vingt jours avant de pouvoir la planter. Si on est longtemps à l'attendre, elle offre ce grand avantage — 88 — de m 1 [tas jeter son feu comme celle en fumier seul, cl par conséquent elle produit une chaleur plus régulière, plus soutenue. Il s'agit de la commencera propos, afin qu'elle soit bonne à piauler l — SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. Ilhododendrunt ulbuni (dit. hort. BUITENZORG j DE CaNDOI.I.e), figuré dans le Bot. Mag., pi. 4972). — Syn. Vireya alba (Bldme). Les botanistes et les horticulteurs se permettent dans l'appréciation des couleurs des licences auxquelles le lion public ne comprend rien, et dont il a parfois bien raison de rire; ne vaut-il pas mieux nommer les couleurs par leur véritable teinte comme les choses par leur nom, que d'employer des désignations inexactes sous le prétexte qu'elles ne sont que comparatives entre elles? C'est ainsi que la teinte claire du rouge \it' ou foncé devient du blanc, que certains tons ardoisés ou gris se transforment en bleu aux yeux de ces jardiniers qui révent le Dahlia bleu, la rose bleue, le Camellia bleu; et le public, de se moquer en appelant ces teintes incertaines et fausses, blanc de jardinier, bleu de jardinier, etc. Notre Rhododendrum album n'est pas blanc, ses Heurs sont d'un jaune pâle, et l'auteur en les nommant blanches faisait une allusion comparative entre leurs teintes claires et ces tons chauds, rouges et oranges, qui ornent les corolles des autres espèces javanaises. C'est néanmoins une espèce fort distinguée, et de taille peu élevée, à feuillage ferrugineux en dessous et de floraison facile; c'est un petit arbrisseau probablement peu élevé, fleurissant, ayant moins d'un pied de hauteur; feuilles assez nombreuses, longues de 5 à 4 pouces, oblon- gues lancéolées aiguës, glabres, d'un vert foncé en dessus; chargées en dessous de très-petites écailles ferrugineuses, qui donnent à cette face de la feuille une riche couleur de rouille; pétioles courts écailleux. Corymbes en ombelle, terminaux, plus courts que les feuilles. Pédi- celles longs d'un pouce à un pouce et demi, écailleux. Fleurs petites (pour le genre), à calice peu apparent, à corolle campanulée, couleur de crème ou jaune pale; les cinq lobes presque égaux, arrondis et obtus. Dix étamines dépassant à peine la partie plane de la corolle; lilets légèrement velus à la base et armés parfois d'une ou deux dents en forme d'épine. Ovaire rouge très-écailleux, elliptique, à cinq loges et assis sur un large disque charnu et lobé. L'exemplaire de ce joli Rosage javanais, d'après lequel a été faite la planche du Iiotanical Magazine, a fleuri au mois de novembre der- nier dans l'établissement de MM. Rollisson à Tooting, où il était tenu en serre chaude. L'introduction en est due à M. llenshall, collecteur de la maison Rollisson. M. Blume l'avait trouvé sur le mont Salak. Le Rhododendrum album, par son port et même un peu par son coloris, ressemble au Rhododendrum eitrinum, espèce également javanaise, mais dont les corolles plus tubuleuses. plus jaunes, le calice plus — 106 — ample , les feuilles plus larges et dépourvues d écailles comme tout le reste de la plante, enfin l'androcée consistant seulement en cinq éta- mines ronges, sont autant de caractères différentiels qui séparent ce dernier Rosagede celui à fleurs blanches. Nous rangeons le Bhododendrum album sous la rubrique des plantes deserre tempérée, bien que MM. Rollisson le cultivent actuellement en serre chaude, parce qu'il est probable qu'on pourra le conserver dans une température moyenne de 10 à 14 degrés centigrades. Symphorlrnrpiift mlcroptayllns (Hl'MBOLDT, IÎONP. et Kl'NTIl), figuré dans le But. mag., 4!)75. — Syn. Sympkoricarpus montanus (H., B., K.), Symphoricarpus glaucescens (II., B., K.), Anisanlhus mtcrophylla (Willi). in Roem. et Schult.) — Famille des Caprifoliacées. — Pen- tandrie Monogynie. Tout le monde connaît le joli Symphoricarpus racemosus (Symph. leucocarpus H. Paris) ou Symphoria racemosa, dont les petites fleurs rouges donnent naissance à de grosses baies d'un blanc pur, disposées en grappes et persistant jusqu'aux fortes gelées; charmant arbrisseau originaire du Canada que l'on cultive dans presque tous les jardins. L'espèce à petites feuilles croît sur les hautes montagnes du Mexique et mérite aussi bien que sa devancière d'être cultivée dans nos bosquets; ses baies sont plus petites, il est vrai, mais leur jolie couleur rosée compense amplement ce défaut; ses fleurs sont d'un rose pâle et fort nombreuses. La taille peu élevée et la disposition buissonnante de cette espèce la recommandent particulièrement pour nos petits jardins, car elle est tout à fait rustique et fleurit pendant tout l'été. Le Symphoricarpus microphyllus est un arbrisseau très-bran chu, touffu et irès-feuillé. Les feuilles sont opposées, petites, à pétioles très- courts, généralement ovées-aiguës, glauques en dessous, entières. Fleurs axillaires, solitaires, un peu plus longues que les feuilles, diri- gées vers le bas, de manière à être en partie cachées par le feuillage. Deux bractées, petites, ovées, sont situées à la base de l'ovaire. Limbe calicinal en forme de coupe, à cinq dents. Corolle tubuleuse-infundibu- li forme, teintée de rose; limbe plus ou moins étalé à cinq segments larges et ovés; tube corollaire velu intérieurement. Filets courts, insérés un peu en dessous des sinus des lobes de la corolle. Anthères oblongues à peine exsertes. Style moitié plus court que la corolle, renflé à la base. Stigmate capilé, bilobé, duveteux. Baies globuleuses de la grosseur d'une groseille, rose carné. Culture du Symphoricarpus racemosus , c'est-à-dire à mi-ombre et même entièrement à l'ombre ; planlédans un endroit frais et rocailleux, telle espèce produit. i un fort joli effet. 107 CULTURE MARAÎCHÈRE LES RAVAGES DES CAMPAGNOLS. LES HARICOTS, LES C0LHGES ET LE CIUMBÉ OL CHOU MARIN. Nous écrivons ces lignes à la date du 14 avril, par un tciîips affreux qui rappelle et dépasse même les plus mauvais jours de l'hiver. Ici, le vent d'ouest hurle et fait tremhler les maisons, la terre est littérale- ment couverte de neige, et nous avons heau chercher de l'œil nos jeunes plantes du potager, qui avaient si bonne mine la semaine dernière : plus rien, absolument rien; tout cela est caché sous le manteau d her- mine des poètes. Que le soleil l'emporte, et bien vite ! et puis, Dieu veuille que la lune rousse ne vienne pas renchérir sur celle queue de l'hiver ! Nous avions assez de misère déjà avec les campagnols. En avez-vous là-bas, sous le climat du Brabanl ? Et si vous en avez, comme nous dans le Luxembourg, par centaines et par milliers, que vont de- venir nos pois et nos lèves de marais. Pour notre compte, nous sommes presque découragé. Il y a deux ans, nous ne connaissions encore les campagnols que de vue, et n'avions pas à nous en plaindre; l'année dernière, ils ont commencé à nous donner de la tablature; mainte- nant, ils semblent disposés à l'aire ravage complet. Au fur el à mesure que les pois et les fèves sortent de terre, par le clair de lune ou la nuit noire, peu importe, ils font la \isile des planches, flairent le légume, grattent, coupent les tiges et mangent les graines. Il y a bien un moyen de préserver ces graines de leur voracité, moyen qui consiste à les tenir plongées pendant six ou sept heures dans une forte dissolution d'aloès, et à les saupoudrer ensuite de fleur de soufre avant de les planter, mais les campagnols n'en persistent pas moins à grignoter les jeunes tiges, en sorte que, tout en sauvant le grain, nous ne sommes pas plus avancés après qu'avant. Il y a moyen encore de les empêcher d'arriver directement sur les lignes ou les touffes des légumes, c'est de verser sur ces lignes ou ces touffes un mélange d'eau d'aloès, de suie el de chaux; mais ils parviennent, maigre cela, à les atteindre de loin en loin par des galeries ouvertes sur le coté. Au lieu donc de chercher à les re- buter, on ferait mieux de les détruire. Morte la bête, morte la dent. Oui, sans doute, mais nous avons employé les souricières, les pots en- fouis et à moitié remplis d'eau; rien n'y fait. Nous avons eu recours ensuite à la pâte phosphorée, aux graines de pois trempées dans l'ar- senic el la noix vomique. et éparpillées sur les planches du potager. Ces - 108 — deux moyens in extremis nous onl, il ost vrai, délivré dos visites des campagnols, mais ils ont trop d'inconvénients et ne sauraient èlre re- commandés. Nous en sommes donc à nous demander en ce moment si les petits moulins à vent, que l'on place au jardin, dans certaines loca- lités, en vue de produire un bruit continuel et d'éloigner ainsi les taupes, ne pourraient pas aussi éloigner les campagnols. C'est à voir. Laissons les bêtes de côté, si vous le permettez, et parlons un peu des légumes, dont nous aurons à nous occuper dans le courant de mai. A tout seigneur, tout honneur ! Commençons par les haricots. 11 arrive souvent d'en piauler vers la fin d'avril, même dans I'Ardenne belge, cl de réussir, mais c'est jouer si gros jeu, sans chance de grand profit, qu'il vaut mieux reculer la plantation de quinze jours ou trois semaines. Un refroidissement de l'atmosphère peut surprendre la jeune plante, au moment de la levée, et alors les feuilles jaunissent, souffrent et ont de la peine à se rétablir. Or, encore une fois, ne nous parlez point des légumes qui languissent au début de la végétation, et vivent ceux qui partent résolument et vont à leur fin sans s'arrêter ! Il y a trois manières de planter les haricots. Tantôt on les dispose en touffes serrées, tantôt en touffes ouvertes, tantôt en lignes et graine par graine. La première méthode ne convient qu'aux pays chauds; les liges rapprochées entretiennent la fraîcheur du sol cl favorisent le dé- veloppement du légume; la seconde, qui consiste à ouvrir une fosse circulaire et à placer quelques graines à la circonférence, est très-usitée en Belgique et nous paraît excellente, en ce sens qu'elle maintient un écartemenl convenable entre les tiges, et qu'en fixanl la rame au centre du cercle, on n'ébranle point les racines; la troisième est la meilleure à suivre dans les contrées humides où les sécheresses extrêmes sont rarement à craindre. Le haricot vient pour ainsi dire partout; cependant les terrains secs el légers sont ceux qu'il préfère. Non-seulement, il est sujet à pourrir dans les terrains frais, avant de lever, el surtout quand une pluie sur- vient après la plantation, mais il est encore, plus qu'ailleurs, exposé aux ravages des limaces, dans le cours de sa végétation. La culture de ce légume esl si répandue, et si connue par conséquent, que nous nous garderons bien de l'aborder dans tous ses détails. Nous nous bornerons à dire : « Faites tremper vos graines dans de l'eau tiède, pendant une demi-heure, roulez-les dans de la cendre de bois, laissez-les en- suite se ressuyer convenablement au soleil, plantez presque à fleur de terre, répandez au-dessus de chaque touffe recouverte une bonne poi- gnée de poussier de charbon, el la levée se fera plus vite qu'autrement. Si, après la levée, vous avez à souffrir des ravages des limaces grises, entourez les pieds de haricots d'un mélange de cendres de bois el de suie. Si, après la floraison, vous tenez à hâter le développement des — 109 — gousses, bine/, faiblement, puis revenez à l'emploi du poussier de charbon de bois ou de bouille, autour de chaque loufl'e, et sur une épaisseur d'un travers de doigt. Ne donnez pas de rames très-élevées à ceux de vos haricots qui en exigent; les tiges retomberont, la sève circulera moins vite et les gousses ne s'en développeront que mieux. Enfin, ne craignez pas de ramener vos haricots plusieurs années de suite ;ï la même place; car la seconde et la troisième année, vous ob- tiendrez une récolte plus abondante que la première. Quant au choix des variétés à cultiver, nous maintenons, en pre- mière ligne, parmi celles ;'i rames, le sabre à larges cosses, le haricot princesse Friolet et le haricot (V Alger ou beurre à grains noirs, trois excellents mange-toul qui donnent un produit considérable. Malheureu- sement, le haricot d'Alger n'est pas de vente facile, parce qu'il est moins appétissant sur le plat que sur pied, et qu'étant fort gros et de couleur jaune, on ne l'accepte pas dans les restaurants, sous le nom de petit haricot vert. Le haricot d'Alger que, pour notre compte, nous estimons beaucoup, a cependant un double inconvénient que nous voulons si- gnaler. Ses gousses pourrissent assez souvent par la pointe, et, comme si ce n'était point une variété bien fixe, ces mêmes gousses ont parfois de la tendance à se marbrer de rose. — Parmi les variétés naines, nous recommandons tout particulièrement le Nain de Soissons, que l'on nomme encore gros pied, deux à la touffe et basset. Il est tout à la fois précoce et très-productif. Nous recommandons également, et au même titre, les Suisses gris de Baguolet, ventre de biche et rouge. En Belgique, on consomme le plus ordinairement les haricots en gousses vertes et en grains secs; on n'y fait pas assez de cas, selon nous, des grains verts, désignés en France sous l'appellation élastique de haricots blancs. Pour ce mode de consommation, nous ne connais- sons pas de variété supérieure au flageolet de Laon. Toutefois, sous les climats rudes, tels que celui de l'Ardenne, il n'y a pas lieu d'y songer; nous en sommes réduit au grand haricot d'Espagne à fleurs blanches, qui n'est qu'une variété de celui à fleurs rouges, cultivé dans les par- terres de village. Son grain est gros, farineux, sa\oureux, mais il a la peau épaisse. Que voulez-vous ? Faute de grives, on mange des merles. On pourrait, ee nous semble, en tirer un excellent parti pour la pré- paration des purées. Les meilleurs haricots, pour le grain sec, sont toujours le soissons à rames, le prédome, le blanc commun et le rouge d'Orléans. Si nous mettons le soissons en tète de colonne, c'est uniquement pour nous conformer à l'opinion générale ; si nous ne consultions que notre goût particulier, nous lui ferions un mauvais parti. Il est beau, soit, mais nous le trouvons fade et savonneux. Des haricots , permettez-nous de passer aux courges ou potirons. — 110 — Ce n'est pas un légume très-recherché dans ce pays; cependant il a ses amateurs, et nous l'avons rencontré aux expositions des provinces tic Liège et de Naraur. Nous avons successivement cultivé le potiron jaune de Paris, la citrouille de Touraine, le potiron vert, la courge longue de Barbarie, celle d'Italie, de Naples, de Valparaiso, la moelle végétale des Anglais, legiraunion turban, les pâtissons variés ou arti- chauts de Jérusalem; nous avons cultivé toutes ces espèces et variétés avec un succès qui nous a étonné, à cause du climat; nous avons mangé des unes et des autres, et savons par conséquent à quoi nous en tenir sur chacune d'elles. Les pâtissons sont petits, mais ils ont la chair serrée et tiennent plus qu'ils ne promettent. Nous les plaçons, sans hésiter, hien au-dessus de toutes les Cucurbitacées que nous venons d'énumérer. Ils ont, en outre, l'avantage de ne point courir, comme la plupart des autres. T.e Giraumon turban occupe le second rang, quant à la qualité; du moins, les jardiniers et les connaisseurs émérites le veulent ainsi. Pour notre part, au risque de commettre une hérésie, nous déclarons tout net que nous lui préférons la moelle végétale, la courge d'Italie et la longue de Barbarie. La citrouille de Touraine n'est pas à dédaigner, sans doute; mais ce n'est point ce qu'on peut appeler une courge fine. Celle-ci a surtout le mérite du volume; nous avons pu la pousser jusqu'à 35 kilogr. environ, résultat très-salisfaisant, ce nous semble, pour le pays. Nous ne conseillerons à personne de planter les courges à demeure, même dans de l'excellent terreau, car pour quelques graines qui réussissent, beaucoup pourrissent ou sont exposées à la dent des cam- pagnols et des souris. Il vaut mieux placer quelques doigts de bonne terre sur un tas de fumier, et y planter la semence de courge dans la seconde quinzaine de mai, par un temps tiède. En moins d'une se- maine, pour peu que la température du fumier soit élevée, la semence lève, et au bout de sept à huit jours on peut enlever les plantes, avec ou sans la motte, et les mettre à demeure dans un terrain bien fumé. C'est une opération que l'on doit exécuter dans la soirée, alors que le soleil n'a plus guère de force; puis l'on arrose. Les courges repren- nent avec une facilité extraordinaire; elles reprennent même de bou- ture, et pour ainsi dire aussi bien que des rameaux d'osier. On peut encore faire lever les courges en pots, sur couche tiède et sous châssis ; de cette manière, la germination est encore plus sûre et plus prompte que sur le fumier. Les limaces sont très-avides des jeunes feuilles de courges; vous ne les perdrez donc pas de vue et ne les transplanterez pas trop près des haies, qui sont, avec les murs dégradés, le refuge habituel de ces animaux. Quelquefois, et en Belgique notamment, on cultive des courges au — m — mur; on les fait grimper à un treillage, puis, quand les fruits sont formés, l'on s'arrange de façon à leur donner un support. Celte mé- lliode n'est point la nôtre; nous la réservons aux eourges pèlerines qui n'atteignent pas un gros volume, et se soutiennent très-bien à des tuteurs. Nous laissons ramper les autres espèces et variété. Quand on veut avoir de très-gros fruits, on n'en laisse porter qu'un seul, deux au plus à chaque pied; on rogne, on taille les rameaux, deux nœuds au-dessus de la courge ou des courges réservées, afin de refouler la sève sur elles. Nous procédons ainsi parfois, mais le plus souvent nous ne taillons pas. Lorsque le fruit est formé, nous incisons le dessous du rameau, à deux nœuds de distance du fruit en question, puis nous enterrons la partie incisée dans une petite rigole et la re- couvrons. La partie de rameau prend racine et emprunte au sol assez de sève pour nourrir d'autres fruils. Les courges demandent beaucoup d'eau au pied, beaucoup de cha- leur à la télé, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Toutefois, on aura soin de ne pas supprimer les feuilles qui ombragent les fruits, parce qu'une chaleur sèche en durcirait la peau et les empêcherait de grossir. Par cela même que l'on doit arroser souvent les courges, en terrain sec s'entend, il faut leur fournir beaucoup d'engrais, attendu que l'eau lessive et épuise. Eh bien, l'engrais par excellence, pour cette plante, est la colombine du pigeon ou de la poule. On la prendra sèche, on l'écrasera, et tous les quinze jours on en jettera deux ou trois poignées dans l'arrosoir, avec de l'eau mêlée d'urine de vache ou de jus de fumier. Nous laissons porter à chaque pied de courge coureuse quatre ou cinq fruits ordinairement, sept ou huit au plus, quand nous avons affaire à la moelle végétale. Nous supprimons le surplus et les em- ployons pour l'usage de la cuisine, en guise de concombre. Sous chaque fruit conservé, nous plaçons une ardoise ou une pierre plate quel- conque. A l'approche des premières gelées, par un temps sec, nous faisons notre récolte et mettons nos courges sur les étagères de la cuisine. Dans la cave, elles pourriraient; au grenier, elles gèleraient. Dans la cuisine, elles se conservent très-bien jusqu'en avril. A l'heure où nous écrivons ces lignes, il nous reste encore deux ou trois courges en bon état. Nous aurions encore à vous parler du crambé, des endives et du scolyme, mais la place nous manque; ce sera pour le prochain nu- méro. Toutefois, vous nous permettrez quelques mots à la hâte en ce qui concerne le crambé. On ne le cultive guère plus en Belgique qu'en France, et l'on a tort. A qui la faute? Aux livres spéciaux qui s'éver- tuent à créer des difficultés, même dans les opérations les plus sim- ples. La culture du crambé n'est pas plus difficile (pie celle de l'oseille; — 112 — il n'y a donc pas lion de reculer, mais on nous dit qu'il faut de grands cylindres en terre cuile avec couvercle, ou des ruches habilement faites pour étioler les jeunes pousses de ce légume. C'est plus qu'il n'en faut pour rebuter les plus entreprenants. Pour notre part, nous avons employé, ;ï cet effet, les pots et les caisses en bois, et n'avons réussi qu'à faire pourrir une partie de nos plantes. Cette année, vers la fin de mars, alors que les bourgeons commençaient à marquer et par un temps sec, nous avons pris le parti de butter chaque pied avec de la ferre, et nous en trouvons bien. Le moyen est économique, expéditif, à la portée de tout le monde, très-employé même par certains jardi- niers. Recommandons-le, et ceux qui reculaient devant la culture du crambé ou chou marin, ne reculeront plus, et nous réussirons peut- être à faire adopter ce légume qui, bien blanchi à l'eau bouillante et à diverses reprises, puis préparé à la manière des asperges en petits pois, sera tôt ou tard très-recherché. P. Joigne.ux. MISCELLANEES. CULTURE DES APHELEXIS. Les Âpkelexis forment le plus joli groupe des plantes dites immor- telles, tant à cause de la beauté et de la profusion de leurs fleurs que par leur port touffu et ferme. Les quelques espèces qui composent le genre Âpkelexis de Don, sont originaires du Cap de Ronne-Espérance. Plusieurs auteurs les réunissent aux ffelichrysum et aux Heliplerum ; nous indiquerons à la fin de cet article la synonymie des espèces cul- tivées. Ces plantes sont très-eslimées en Angleterre, où on les cultive avec succès; nous espérons que le système assez simple d'éducation que nous présentons ici, d'après un habile cultivateur anglais, engagera nos amateurs à s'occuper sérieusement de ces splendides Immortelles. On choisira pour la multiplication les jeunes pousses sans disposi- tions à fleurir, et dont le bas est déjà ferme; on les retranche du pied mère au moyen d'un canif bien aiguisé, afin que la coupe soit nette, et on enlève les écailles ou feuilles jusqu'à 2 à 5 centimètres de la base. Cette opération se fait vers la fin d'avril ou dans les premiers jours de mai. On insère ces boutures dans des godets, au fond desquels on place plusieurs petits tessons pour assurer un bon drainage; sur ces fessons une couche de terre de bruyère fibreuse, et l'on remplit avec du sable blanc bien humecté. On se trouvera fort bien de mettre le — 113 — godet dans un second pot plus large, de remplir le vide laissé entre k> deux avec du sable, el de recouvrir le tout d'une cloche s'appuyanl à la paroi intérieure du grand pot. Il faudra ombrer lorsque le soleil donnera sur la serre, el avoir le soin, quand on aura arrosé, ce qui «loi t se faire avec beaucoup de précautions, de ne remettre l.i cloche que quand le sable sera sec à la surface. Une couche modérément cliaude snflit pour stimuler l'émission des racines des boutures. On doit, quelques jours après l'insertion des boutures, soulever la clocbe vers le soir, afin de leur donner un peu d'air et prévenir les funestes effets de l'humidité ; on supprimera tout à fait l'emploi des cloches dès que quelques racines auront traversé la couche de lerre, et on rem- potera dans de petits pots lorsqu'elles auront tapissé le fond des go- dets. Les jeunes plantes seront alors placées dans une bâche froide, sous châssis, et y passeront l'été, sans autres soins que de leur donner de l'air et de les garantir des ardeurs du soleil. Si ces diverses opéra- tions vous semblent trop minutieuses, procurez-vous alors de jeunes plantes, trapues et robustes, cultivées dans des petits pots. Rempotez- les immédiatement , en ayant soin de dégager préalablement les ra- cines enchevêtrées ou trop serrées. Le meilleur compost à leur don- ner consiste en trois parties de lerre de bruyère fibreuse, deux parties de sable blanc ou de tout autre sable pur, rude au toucher et angu- leux, el d'une partie de terre argileuse (en très-petite quantité) el de fragments de tessons et de charbon de bois. Les jeunes plantes avan- ceront rapidement dans ce compost, et nécessiteront, lorsque les vases seront remplis de radicelles, des pots plus grands. Deux rempotages suffisent la première année; on pince les pousses, et pour obtenir des plantes buissonnantes, et pour empêcher la floraison, qui sera d'autant plus belle et plus abondante l'année suivante. On retranche, lorsque les plantes ont achevé leur floraison, les longs jets fleuris et on rempote. En hiver, on ne donnera que fort peu d'eau ; le sol ne doit pas ce- pendant devenir tout à l'ait sec. Au printemps, les arrosements devien- dront réguliers, sans être trop abondants. On pourra avoir recours, deux fois par semaine, dès que les plantes commenceront à montrer des boutons à fleur, à de très-légères solutions d'eau de fumier; enfin, de fréquents seringages sur la tête des plantes contribueront beaucoup à leur santé et à leur vigueur. Les Aphelexis exigent, au printemps, une température moyenne de 8 à 10 degrés centigrades, avec, une libre circulation de l'air; les cou- rants d'air froid doivent leur être évités avec soin ; les pots doivent être, â mesure que la chaleur extérieure augmente, garantis des rayons trop ardents du soleil. Au commencement de l'automne, on les placera en plein soleil, dans une bâche ordinaire, que l'on panneautera seulement lors de fortes pluies ou lorsque les nuits seront froides; vers h» mi- Jhi I8."i7. JO — 114 — octobre, on les disposera sur les tablettes de la serre froide, et la tem- pérature pendant l'hiver ne devrait jamais descendre beaucoup plus bas que 8 à 10 degrés centigrades. Les magnifiques capitules tf Aphelexis se conservent pendant plu- sieurs années, si l'on a soin de les préserver de la poussière et de l'hu- midité; associés aux fleurs de Gnaphalium, Helychrysum, à quelques Graminées, telles que Briza maxima, Stipa permuta, et aux capsules rouges séchées du joli Phy salis Alkekengi , ils forment de charmants bouquets d'hiver. La liste suivante comprend les plus beaux Aphelexis cultivés acluel- lemenl : iphelexis humilis, var. grandiflora ou macranlha (Helipterum humile). d'un riche rose violacé: capitules larges de 6 à 8 centimètres. — rosea, variété naine, d'un beau rose. — macrantlia purpurea; la meilleure variété naine, ;'i grandes fleurs vio- lettes. — proliféra, var. Barnesi. Très-belle, fleurs violettes. Barnesi, fleurs d'un rose vif. Variété considérée comme la plus belle el la plus grande. rupestris grandiflora, rose cramoisi. — speciosissima, d'un rose violacé de toute beauté. venusla, variété tout à fait distincte. Fleurs petites, en touffes. On cultive également les : Aphelexis sesamoides Don (Helichrysum sesamoides, Xeranlhemum sesamoides el Heliplerum), à fleurs violettes. — heterophylla Don (Helipterum heterophyllum) , à fleurs blanclies et rouges. — fasciculala Don el ses variétés lutescens, versicolor et rubra, à fleurs couleur de paille, pourpres et blanches el écarlales. filiformis Don (Helichrysum ericoides, Helipterum filiforme), à fleurs rosées. Enfin \' Aphelexis incana Don (Helichrysum incanum, Helipterum incanum), : d fleurs blanches el violettes. Cette espèce est originaire de la serre de Van Diémen. Toutes ces espèces et variélés peuvent s'obtenir chez nos grands hor- ticulteurs, en petites plantes, à des prix fort bas. M. A. Van Geert . de Gand, les cultive avec succès dans des serres froides peu élevées et I rès-aérées. — 115 - MÉTHODE POI II CULTIVER AVEC SUCCÈS LE FRAISIER BLACK-PR1NCE. Celle variété, gagnée il y a quelques années par M. Cuthill, horticul- teur anglais, se recommande parsa précocité, sa fertilité, la longue durée de son produit et la couleur foncée de son fruit (de là sou nom anglais de Prince noir), qui est de grosseur moyenne à chair juteuse, acidulée, d'un goût agréable. Enfin c'est une variété très-utile pour la culture forcée. Mais la culture ordinaire des fraisiers ne suffit pas pour faire produire à cette variété toute spéciale des fruits de bonne qualité; c'est faute d'avoir étudié la manière d'être de ce fraisier, que beaucoup de personnes l'ont rejeté en l'accusant de ne donner que des fruits petits, durs, en un mot sans valeur. M. Nicholson écrit au journal le Gardener's Chronicle, (pie le fraisier Black Prince est une sorte toute particulière qui exige une culture spéciale; plusieurs années de succès dans cette culture l'engagent à rendre sa méthode publique, et les personnes, dit-il, qui suivront ses conseils sont à peu près certaines d'effectuer , la première saison après la plantation, une abondante récolte de belles fraises bien colorées, et dune excellente saveur. Faites bêcher, dit-il, au commencement de juillet une plate-bande comme s'il s'agissait de faire une couche, saupoudrez la surface de quelques poi- gnées de suie et égalisez avec le râteau. Ouvrez ensuite avec la bêche des tranchées peu profondes, dans lesquelles vous planterez les cou- lants, auxquels on aura laissé un talon d'environ un pouce; le jeune plant se lient mieux en terre, grâce à ce support, et les vers ne peuvent facilement l'arracher hors du sol. L'espace entre les tranchées sera d'environ 20 centimètres, et les jeunes plantes seront écartées l'une de l'autre d'environ 10 centimètres; mettez un peu de terreau ou de fumier consommé autour des racines, et remplissez le creux de la tranchée en foulant le sol sans enterrer la couronne de la plante; donnez un bon bassinage. Les rayons solaires étant dans celte saison d'une grande puissance, il faudrait garantir pendant quelques jours le jeune plant de leur action au moyen de branchages, ou mieux en liebant de distance en distance des baguettes fourchues élevées de 50 à 40 centimètres au-dessus du sol ; on croise des lattes sur ces four- ches, el au-dessus on jette des nattes qui abritent parfaitement le plant el n'empêchent pas la circulation de l'air; on arrose quand le besoin s'en fait sentir, et l'on coupe les coulanls aussitôt qu'ils se pré- sentent. Vous aurez de cette manière au mois d'août ou de septembre, une bonne provision de jeunes fraisiers vigoureux el bien développés pour la plantation définitive. Les lignes seront maintenant espacées de '('i à 50 centimètres el exhaussées de o à 8 centimètres au-dessus de la — MO — surface, el chaque pied de fraisier sera planté à une dislance de 30 à ôo centimètres; on donne une bonne mouillure et on paille immédia- tement avec de la litière, opération que l'on renouvelle au printemps suivant. L'auteur ajoute qu'un saupoudrage de suie exécuté en même temps produira un excellent effet. Au printemps, on donne un léger labour, on terrcaule ; les soins ultérieurs se bornent aux binages, sar- clages el aux arrosements. La récolte a lieu de mai jusqu'en juillet. La plantation devra être renouvelée au bout d'un an de rapport ou tout au moins de deux années; le fraisier Black Prince cultivé plus longtemps dégénère et prend le blanc, ce qui a fait dire à bien des personnes qu'il ne valait rien; on sait cependant que beaucoup de fraisiers ne pro- duisent que dos fruits inférieurs après la deuxième année de rapport. M. Nicholson indique pour les petits cultivateurs la rotation suivante dans la culture du potager : après la récolte de pommes de terre bàlives, labourez la pièce de terre et plantez-y les fraisiers comme il a été indiqué plus haut. Au mois de juillet suivant, après la récolte des fraises, bêcbez les planches et remplissez-les de choux, de brocolis ou d'épinards, qui seront consommés vers l'époque de la plantation des pommes de terre hâtives ; celles-ci de nouveau feront place aux frai- siers et ainsi de suite. Deux pièces de terre ainsi cultivées alternative- ment, peuvent produire sur un espace restreint une succession de plantes potagères fort recherchées et donner un beau bénéfice. Un autre cultivateur de fraisiers, M. Brown, écrit au journal le Gar- deners Chronicle, qu'il a été aussi heureux que M. Nicholson d;ins la culture de cette utile variété (le fraisier Black Prince). « Ma serre à pêchers, ajoute-t-il, a 40 pieds de longueur et 8 de largeur, les tuyaux de chaleur sont, adossés au mur de derrière. J'ai fait placer trois tablettes près des vitraux, suspendues aux membrures du toit, pour faire un essai comparatif des fraisiers Black Prince, Keen's Seedliny et Sir Harry. Le M février dernier, je recueillis d'excellents fruits très savoureux sur le Black Prince pesant une demi-once, quelques fraises dépassaient ce poids. Le fraisier Sir Harry, plus tardif, com- mençait à se colorer et présente une fort belle apparence. Le Keen's Seedliny en est au même point, mais donnera une récolte beaucoup plus abondante ; j'estime à cinq pour cent les fruits qui n'ont pas noué. Dans Sir Harry , cette proportion est très-forte : elle s'élève au tiers; enfin dans le Black Prince tous les fruits ont noué. J'infère de ces expériences qu'il n'existe aucun fraisier plus profitable que ce dernier, soit pour la culture forcée, soit pour la culture en plein air. Cette variété devrait figurer dans tout potager. Je ne pense pas non plus qu'il soit absolument nécessaire de lui accorder un traitement différent des autres fraisiers; mais j'ai remarqué qu'elle ne doit pas être cul- tivée pendant plus de deux années à la même place. — 117 — GREFFAGE DES ARBRES A FEUILLES PERSISTANTES SUR LES ARBRES A FEUILLES CADUQI I - En réponse;! une invitation adressée par M. liaumann, président de l'Académie d'horticulture de Gand, aux horticulteurs, de lui faire parvenir des noies relatives aux expériences qu'ils auraient pu faire sur le greffage des arbres à feuilles persistantes, sur des espèces à feuilles caduques, MM. Ballet frères ont adressé à ce sujet, à M. Bau- niann, l'intéressante note que voici : •< Monsieur le président, » Dans le dernier numéro des Annales de l'Académie d'horticulture de Gand, vous demandez quelles sont les expériences dont les résul- tais auraient été satisfaisants dans le greffage des arbusles à feuillage persistant sur ceux à feuilles caduques. » Nous avons l'honneur de vous rendre compte de celles qui nous ont toujours réussi et qui, probablement, ont obtenu les mêmes succès cbez nos confrères : » Le Photinia glabra, vulgairement connu sous le nom de Cratœgus glabra (Alisier glabre), et sa sous-variété, le Photinia serruluta den- lata, vivent parfaitement, greffés sur le coignassier commun, et plus vigoureusement sur le coignassier d'Angers. Nous préférons l'écusson à la greffe en fente, et nous n'employons jamais de trop gros sujets, dans la crainte du décollement de la pousse de la première année. Nous avons ainsi obtenu dans nos pépinières des Cratœgus glabra à haute tige, de 2 mètres de haut, n'ayant que deux ans de greffe. Il est à remarquer (pie cet alisier ne vient pas aussi bien sur épine blanche, comme les autres alisiers. — Il y a quatre ou cinq ans, à la suite d'un désastreux hiver, qui a tué tant d'arbrisseaux toujours verts, les Cratœgus des jardins bourgeois (les fortes touffes qu'on n'avait pu cou- vrir) étaient complètement gelés jusqu'au bourrelet de la greffe, tandis que le tronc du coignassier était resté intact. » UEriobotrya japonica, Bibacier ou Néflier du Japon, réus>it également bien sur coignassier, mais greffe en l'ente ou en placage. Comme le précédent, l'épine blanche convient moins que le coignassier. » Le Cotoneaster buxifolius, greffé en tète sur tige d'Aubépine, forme d'agréables parasols ; les rameaux, légèrement pendants, sont duve- teux, les feuilles luisantes et le fruit couleur corail; tandis que le Coto- neuster microphyllus s'élève en une pyramide élégante, dont les fruits nombreux, rouge poudré, contrastant avec le feuillage sombre, en font un des plus jolis arbustes d'hiver. -- L'un et l'autre se cultivent encore — 118 - francs de pied; le premier pour les terrains en penle, les talus; le second connue arbuste de groupe ou pour orner un appartement. » Depuis longtemps nous multiplions le Laurier-Amande [Prunus laurocerasus), — outre le marcottage en pied, ■- écussonné sur meri- sier commun, à fruits ronges (Cerasus aviwn), cl sur merisier à grappes [Cerasus padus) à haute tige et demi-tige. Par ce moyen le sujet est très-robuste contre le froid dans les terrains ordinaires. » Toutes lesJUahonias peuvent être soudées sur épine-vinette [Berberis vulgaris). Celle du Népal donne des liges assez fortes pour permettre de lui rapporter des greffons de Mahonia à une certaine hauteur. » Le coignassier et l'aubépine sont encore les sujets les plus conve- nables pour recevoir le buisson ardent [Mespilus pyracantha) à fruit écarlate et à fruit blanc-jaunâtre. » Le Cerasus caroliniana vivra plusieurs années sur le merisier à grappes et le Cerasus ilicifolia (cerisier à feuilles de houx) se greffe sur Sainte-Lucie, Mahaieb; et à cause de la finesse de son épidémie, on pourra l'y introduire de la même façon que les rosiers greffés en serre. » Les clématites toujours vertes reprennent sur la clématite ordinaire; la ténuité des rameaux exige quelques précautions dans l'opération. » Il y a bien encore le Malus sempervirens, qui se greffe par écusson comme les autres pommiers, mais son feuillage est très-peu persistant. » La facilité de bouturer, marcotter ou semer les fusains du Japon (Evonymus japonicus), Alaterne (Rhcumius Alalernus), viorne Awa- fuski et de Chine [Viburnum awafuski et Viburnum sinense), troëne du Japon et du Népal (Ligustrum japonicum et népalaise), etc., etc., nous ont empêché d'en essayer la greffe sur fusain d'Europe, nerprun, \iorne, troène, lilas, etc. » Le mariage des greffes précitées s'établit généralement bien, en intro- duisant sous l'écorce des petits rameaux, munis de deux ou trois yeux et taillés en biseau, tel qu'on pratique la greffe de boutons à fruits, surtout depuis qu'on l'a appliquée à regarnir les arbres dénudés, dont I écorce trop vieille s'opposerait à la pose de Técusson. » Tous ces détails vous sont sans doute très-familiers, à vous, mon- sieur le président, qui savez multiplier avec tant de succès les rosages et les autres beaux genres qui enrichissent votre établissement renommé. Notre but a été de répondre à votre appel, et de corroborer des faits qui vous seront signalés par des hommes beaucoup plus expé- rimentés que nous. » Veuillez agréer, monsieur le président, et faire agréer aux mem- bres de l'Académie borticole de la capitale des fleurs, les salutations respectueuses et dévouées de vos obéissants serviteurs, » C. BALTET FRENES, Horticulteurs, faubourg de Groncels, i t. à Troyes. > — 1l!> — Les faits que relatent M.M. Ballet, sont du plus li. ml intérêt pour l'horticulture, et les lecteurs du journal de l'Académie en jugeront aussi probablement comme moi. Maintenant j'appellerai l'attention de ces habiles confrères, ainsi que de tous ceux à qui cela importe, sur la question de savoir jusqu'à quel point réussit l'opération contraire, c'est-à-dire le greffage des arbres à feuilles caduques sur arbres à feuilles persistantes; et je verrais avec plaisir une réponse à ma question, si en effet le Viburnum macrocephalum a réussi en France, comme on l'a dit, sur le Viburnum linus? .1. B. SUR LE PENTAS CARNEA. Le Pentax carnea et sa variété rose sont de charmantes plantes que tout amateur devrait posséder, et que tout horticulteur devrait cultiver en grand, car elles donnent beaucoup de fleurs fort utiles pour la con- fection des bouquets. Nous les voyons fréquemment figurer aux exposi- tions et dans les boutiques des marchands-fleuristes, mais en général ce sont des exemplaires médiocres et ne donnant qu'une faible idée de la beauté que peuvent acquérir ces jolies plantes lorsqu'elles sont con- venablement traitées. Toute plante, quelque peu exigeante qu'elle soit, témoigne presque toujours sa reconnaissance envers celui qui lui ac- cordera certains soins en se présentant plus vigoureuse, plus feuillée, et en se couronnant de fleurs plus grandes, plus colorées et plus aptes à porter des graines. C'est souvent à l'aspect des plantes vulgaires ou de culture facile que l'on peut juger du goùl et de l'aptitude d'un jardi- nier; s'il a en lui le feu sacré il ne dédaignera pas d'accorder son at- tention aux plantes ordinaires, il les fera valoir el paraître sous un jour tout différent de celui sous lequel l'insouciance ou le dédain ont cou- tume de nous les présenter. Les remarques que nous livrons aux ama- teurs sont plus importantes qu'on ne le croit, el se seront souvent pré- sentées à leur esprit; elles pourraient, croyons-nous, recevoir une utile application pour apprécier les qualités d'un employé jardinier. Le sol le plus propre à la culture des Pentas consiste en un mélange par parties égales de terre de bruyère, de terre franche non tamisées mais brisées en petits morceaux, et de fumier de vache bien consomme et passé au tamis; on ajoute quelques fragments de charbon de bois et une certaine quantité de sable pour rendre le tout bien perméable. Le commencement du printemps (avril niai) est la meilleure époque pour le bouturage; les boutures qui devront avoir de 5 à (» centimètres de longueur et être munies d'un talon, seront insérées dans des godets ou pots bien drainés et remplis de terre légère sableuse et ensuite placées — hiO — dans une bonne couche ou bâche chaude en observant les règles ordi- naires de bassinage et d'ombrage. Les boutures seront bien enracinées au bout de quelques semaines et devront être rempotées dans des vases de 5 à 7 centimètres d'ouverture avec le compost indiqué ci-dessus, mais plus sableux, et de nouveau plongées dans la couche et aussi rap- prochées que possible du vitrage. Une température très-élevée n'est pas nécessaire, 15 à 18 degrés centigrades suflisent pour assurer leur bonne venue. On donnera de l'air pendant la journée, on ombrera lé- gèrement et vers le soir on seringuera sur la tète des plantes. Les pousses vont se développer rapidement, et il sera nécessaire de pincer les principaux jets et de rempoter, opérations qui devront se faire presque simultanément dès que les racines ont entièrement tapissé les parois des pots; quatre ou cinq jours d'intervalle entre la (aille et le rempotage seront observés, afin de ne pas provoquer à la fois un temps d'arrêt dans le développement des racines et dans celui des pousses. Les boutures, enracinées de bonne heure au printemps, doivent former, si elles ont été convenablement traitées suivant nos instructions, de belles plantes compactes etbuissonnantesdans des pois de î) à 10 pouces de diamètre; et on peut, si on les juge suffisamment fortes, les laisser porter fleurs, ce que l'on obtient en supprimant le système des pince- ments. Les soins ultérieurs se bornent à aoûter les exemplaires dans une serre froide sèche, et de les arroser très-modérément pendant l'hiver : juste assez pour conserver leur feuillage en bon état; on les transfère au mois de février ou de mars, ou plus tôt si on le désire, dans la serre chaude, après les avoir taillés en forme compacte. Ces plantes, sous l'influence de la chaleur, seront bientôt en végétation active; il faudra alors examiner leurs racines et rempoter au besoin. Les pousses seront fréquemment pincées, et ce jusqu'au moment où, satisfait de la forme et de la force de la tète de l'arbrisseau, on arrêtera les pince- ments pour permettre aux fleurs de se former; six ou sept semaines à partir du dernier pincement suffisent pour amener une abondante et riche floraison. En taillant de nouveau après la floraison, on obtient une seconde et même une troisième floraison avant l'automne. Ces exemplaires auront fait leur temps; il vaudra mieux les mettre au rebut, et les remplacer par de jeunes plantes. s s/// sS/S S/s'/ s" s/ys/s '///s/y/ ///' , .\,,.. 1-21 ADHATODA CYDONLSFOLIA (Nf.f.s von EsenBF.CK). ADHATODA A FEUILLES DE COIGNASSIER. (Planche XI.) La beauté, la facile culture cl l'abondante floraison de celle Acan- thacée, nous oui engagé à en offrir un dessin û nos lecteurs; ils irouveronl une description détaillée des caractères qui la distinguent de ses congénères dans le n° 3 (page ;>2) du présent recueil. GEUM HYBRIDES VARIES. (Planche XII.) Le genre Geum de Linné (Benoîte en français) (■!), appartient à la grande famille naturelle des Rosacées, tribu des Dryadées , et à Tlcosandrie Polygynie de Linné; il se compose d'herbes à feuilles diversement découpées et présente un tube calicinal renflé et terminé en limbe quinquéfide, cinq bractées extérieures et. alternes aux divi- sions du calice, cinq pétales, des étamines nombreuses, des carpelles secs et disposés en tête, un style articulé et appendiculé, ou barbu après la floraison, une semence ascendante et un gynopbore plus ou moins développé. On en connaît un assez grand nombre d'espèces : sept habitent, la France; ce sont : le Geum vrbanum (L.),à fleurs jaunes assez petites; elle porte vulgairement les noms Benoîte commune, Cabote ou Récise ; sa racine séchée est préconisée comme ayant des pro- priétés astringentes ; on l'emploie pour arrêter les crachements de sang ; les feuilles broyées guérissent quelquefois les fièvres intermittentes; — le Geum rivale (L.), à fleurs jaune rosé; ces deux espèces se retrou- venten Belgique; — le Geum Pyrenaicum (Ramond),à fleurs jaunes; — le Geum sylvaticum (Pourr), qui habile les bois près de Narbonne ; — le Geum Thomasianum (Seringe), des Pyrénées; — le Geum reptans, à fleurs jaunes des Alpes, — et le Geum montanvm (L.), à fleurs jaunes, très- grandes; espèce cultivée dans les jardins. — Le Geum eoreineum (I) Geum du grec Geun, agréable au goût. Los racines du Geum vrbanum ont une saveur légèrement aslringente aromatique, rappelant un peu celle des clous de girofle, de là le nom de Caryoplii/llata que lui avaient appliqué les anciens holanistes. Les racines recueillies dans des endroits bien exposés sont plus aroma- tiques que celles croissant dans des lieux humides. On prélpnd que ces racines, jetées fraîches au printemps dans la bière, lui donnent un bon goût el l'empêchent d'aigrir. Jun 1887. Il — m — (Sibth), de l'Orient, et le Geum Chiloense (Balbi), du Chili (espèce plus rare et plus belle que le coccineum avec lequel elle est généralement confondue), sont des plantes recherchées et dignes de figurer dans tous les jardins. Les Geum se plaisent dans un terrain frais, un peu humide ; toute- fois, les Geum coccineum et Chiloen se exigent une exposition chaude. M. Reyckaerls, jardinier- fleuriste à Stalle, près de Bruxelles, cherche depuis plusieurs années à perfectionner les Geum au moyen de la fécondation artificielle; les trois jolies variétés que représente notre planche XII nous semblent assez méritantes pour être recom- mandées aux amateurs de plantes rustiques; on doit aussi stimuler et encourager ces sortes d'essais souvent si longs et si peu fructueux pour l'oblenteur. Voici les notes qui nous ont été communiquées par M. Reyckaerls, sur les variétés de Geum obtenues par lui : N° 1. Geum Reyckaertii est une variété à grandes et belles fleurs de couleur mordorée, ressemblant aux fleurs de la Potentilla Antver- piensis. Elle est issue d'une seconde génération de semis du Geum montanum et donne, comme ce dernier, une grosse racine pivotante. Sa floraison commence en mars et se prolonge jusqu'aux gelées. Celle variété donne fort rarement de bonnes graines et se multiplie diffici- lement, car elle produit peu de jets latéraux. N° 2. Geum Mulleri. — Jolie variété dédiée par M. Reyckaerls à M. Muller, amateur distingué de plantes de pleine terre; elle fleurit presque aussi abondamment que le Geum Reyckaertii, de mars en sep- tembre. Elle est issue, selon l'obtenteur, du Geum Reyckaertii, fécondé par le Geum coccineum. Ses feuilles sont plus longues que celles de la première variété; elle est également pourvue d'une forte racine pivotante; elle a le mérite de fructifier plus facilement. N° 5. Geum Gloire de Stalle (Reyckaerls), variété (rès-florifère, fort distinguée par son superbe coloris d'acajou poli. Panicule portant jusqu'à vingt et trente fleurs a la fois. L'époque de la floraison est limi- tée au mois de juin, en même temps que le Geum coccineum. Celle variété donne souvent à la première floraison des fleurs semi-doubles comme la Potentilla Antverpiensis. Origine non constatée. M. Reyckaerts a coté ces trois variétés à des prix modérés; le même horticulteur possède une importante collection de plantes vivaces de pleine terre et de Yucca. , ièk SS/Yr S/.J S/S — 123 — REVUE DES PLANTES RARES OU NOUVELLES. SERRE CHAUDE. Clrrhopetalum Medusae (LlNDLEY), Gguré dans le Iiot. Mai/., pi. 4977. — Famille des Orchidées. Il csl peu d'Orchidées tropicales, quelque étrange que soit la forme de leurs fleurs, qui présentent un aspect plus original et plus remar- quable que le Clrrhopetalum Medusœ. Ses fleurs, quoique petites, sont très-nombreuses et réunies en un épi court el dense, figurant assez hien, par rallongement extraordinaire des deux sépales latéraux (\v^ fleurs, une tète échevelée ou une de ces curieuses actinies aux longs bras déliés que l'on observe dans nos Aquaria d'eau de mer; le nom à'Orchis à tête de Méduse, appliqué par M. Lindley à cette sin- gulière plante, est heureusement trouvé. Le Clrrhopetalum Medusœ est originaire des environs de Singapore, d'où il a été introduit, depuis plusieurs années, par MM. Loddiges ; il fleurit en hiver. Les pseudobulbes sont ovés, comprimés et subtétragones, d'un brun foncé, munis a la base d'une ou plusieurs larges écailles brunes ; ils s'élèvent d'un rhizome mince et rampant. Feuille solitaire terminale, longue de 25 à 50 centimètres, ligulée, obtuse, charnue et subcoriace. Scape naissant à la base du pseudobulbe, haut de 15 à 20 centimètres, érigé ou incliné, entièrement revêtu de longues bractées membra- neuses, concaves, engainantes et d'un vert pâle ; il est terminé par un épi court, arrondi, niulliflore, formant tète, muni de bractées linéaires- lancéolées acuminées. Fleurs sessiles, petites, blanches ou couleur de crème, légèrement maculées de jaune fauve. Sépales à base assez large, ovée-lancéoléc, diminuant dans le sépale supérieur en une pointe comparativement courte, et, dans les deux sépales latéraux, en filets pendants longs de 10 à 12 centimètres. Pétales petits, à base large, plus longs que le gynostème. Labelle plus court que les pétales , ap- pliqué contre In base de la colonne; celle-ci présente deux pointes éri- gées, subulées, à peu près de la longueur des pétales. Cette Orchidée est encore peu répandue dans les collections. odontosiossum inceps (C. Lem.mre), figuré dans Y Illustration horticole, pi. 128. — Famille des Orchidées. Cette nouvelle espèce est, ainsi que le dit M. C. Lemaire, très-voi- sine des Odontoglossum maculatum (La Llave), et cordatum (Lindley). — m — Elle en diffère suffisamment pour qu'on l'admette comme espèce dis- lincte. Elle s'éloigne de VOdontoglossum mactdatum par son scape dressé, ancipilé, flexueux, pauciflore el non pendant, cylindrique, pluriflore, et par son labelle à peine onguiculé, cucullé et cuspidé ; de VOdtàttoglossum cordatum par sa feuille solitaire, son labelle cuspidé (el non Irés-acuminé) et à bords irrégulièrement dentés-lacérés (et non très-entiers). Elle appartient à la section des Xanthoglossum. C'est une espèce fort jolie, originaire du Mexique, d'où elle a été introduite dans l'établissement Verschaffell, par MM. Tonel frères. Elle doit provenir, croyons-nous, des forèls de chênes des régions tempérées, du Michoacan el des environs de Cuernavaca, el peut èlre même, si nos souvenirs sont exacts, de la Cordillère d'Oaxaca, à 8,000 el !>,000 pieds d'altitude supra-marine. Les pseudo-bulbes o\és, comprimés-ancipilés, supportent une seule feuille lancéolée, oblongue, six fois plus longue que le pseudo-bulbe; la nervure centrale du dessous de la feuille est en carène aiguë; le scape ancipilé, flexueux, érigé, porte de trois à cinq fleurs; il est muni de squames membraneuses, à dos ailé, moitié plus courtes que les pédi- celles, et à base subamplexicaule. Les fleurs sont grandes; leurs trois segments extérieurs (sépales) sont étroitement lancéolés et longuement acumînés, verts en dessous et carénés, d'un beau brun uniforme en dedans, très-finement et horizontalement striés de jaune à la base; les deux segments internes (pétales) plus larges, presque rhomboïdes, sont, ainsi que le labelle, d'un beau jaune, richement maculé de rouge- brun de la base au milieu. Labelle à peine onguiculé, presque sessile, dilaté-cordé à la base, cucullé, cuspidé, à bords dentés lacérés; appen- dice petit, en forme de selle ; au milieu se trouve une ligne élevée, qui se prolonge en avant en deux petites dents divariquées. Gynoslème dé- pourvu d'ailes à peine pubescentes. VOdontoglossum anceps fleurit en février. L'établissement Verschaf- fell en possède un certain nombre d'exemplaires, el les cote à un prix modéré. Hoppieiia *a>geiioide.<* (Lemaire) , figuré dans Y Illustration horticole, pi. 129. — Gesneria egregiu (Hortul.). Vffeppiella Nœgelioides est une fort jolie hybride, née dans réta- blissement de M. A. Verschaffell, de Gand, de graines obtenues par une fécondation artificielle de la Nœgelia (Gesneria) zebrina, à feuilles panachées, fécondée par Vffeppiella atrosanguinea (Regel). De ce ma- riage est résulté une hybride offrant le feuillage de ses parents el les formes florales de Vffeppiella atrosanguinea Ses feuilles sont amples, belles, d'un vert sombre, velouté en dessus, d'un rouge foncé en des- sous; les fleurs, grandes et nombreuses, sont axillaires et terminales — 125 — en particule étalée, cl portées sur de longs pédoncules rouges el velus; le tube esl écarlate ; le limbe, d'un rouge pâle avec un large ocelle carné à l'orifice. Les tiges, les pétioles, les pédoncules et leurs divisions, ainsi que le calice, sont couverts de petits poils glandiilifères comme ceux que l'on remarque sur les sommités de YHvppiella atrosanguinea. Celte jolie hybride se cultive aussi facilement que les Achimènes. Comparera* mlcata (PûEPplG et EndUCHBR), figuré dans le Bot. Mag., pi. 41)80. — Famille des Orchidées. — Comparettia à feuilles en faux. Le genre Compureltia a été fondé sur la présente espèce par MM. Pœppig et Endlicher, et dédié à André Comparetti, savant phy- siologiste et botaniste de Padoue. Ce genre est très-remarquable en ce que ses fleurs offrent deux éperons. Le docteur Lindley fait observer à cet égard que le labelle ou les sépales de beaucoup d'Orchidées pro- duisent un éperon, mais qu'il est fort rare qu'un même organe soit muni de deux éperons. On ne citait que les genres Satyrium el Diplo- centron, comme offrant ce cas particulier. Le labelle, dans les Compa- rettia, est muni de deux éperons, lesquels sont cachés et, enfermés dans un éperon, formé à la suite de la réunion des sépales latéraux. Singulière structure que l'on retrouve parmi les Uenonculacées dans les Aconits. Le Comparettia falcata offre des pseudo-bulbes lisses, oblongs, réu- nis en groupes, plus ou moins recouverts par des squames engainantes. Feuille solitaire terminale lancéolée, à peine arquée en faux, tordue obliquement, aiguë au sommet. Scape latéral long de 10 à 15 centimè- tres, filiforme, rouge, pendant, muni de dislance en dislance de petites écailles brunes, apprimées et un peu engainantes. Ce scape porte un racème de quatre à six fleurs distantes les unes des autres, et d'un ma- gnifique rouge pourpré presque cramoisi. Sépale intermédiaire et pé- tales libres, concaves; les deux sépales latéraux combinés en un seul, lequel est situé sous le labelle et forme un éperon. Labelle libre, large- ment obeordé, présentant une élévation sur l'onglet et muni à sa hase de deux éperons subulés logés dans l'éperon des sépales. Colonne libre. Celte fort jolie Orchidée, d'abord trouvée au Pérou où elle croit sur les arbres, a été ensuite découverte près de Merida en Colombie, par M. .1. Linden qui en fit parvenir des exemplaires vivants en Europe. On la cultivera de préférence sur un bloc de bois suspendu dans la serre. Elle fleurit en décembre. — 126 — Aerldes eyllndrlcum (LlNDLBY), figuré dans le Bot. Bfag., pi. 4982. — Aeridesà feuilles cylindriques. — Famille des Orchidées. La lige de celte Orchidée, longue de 30 à 40 centimètres, esl ronde, flexueuse, probablement pendante, revêtue des bases engainantes, striées et d'un brun violacé des feuilles; celles-ci sont distantes, longues de 10 à 15 centimètres, rondes, subulées et soudainement rétrécies- acuminées vers le sommet comme si la moitié supérieure eût été coupée et enlevée en longueur; un mince sillon court le long de la l'ace supé- rieure de la feuille depuis la base du rétrécissement jusqu'à la gaine. Texture rude et rigide. Fleurs latérales, solitaires, blanches, assez grandes, à sépales obovés-cunéiformes, ondulés, à pétales étalés, sem- blables aux sépales, mais plus amples. Lobe très-curieusement con- formé, blanc immaculé. Ses lobes latéraux sont grands, apparents, dressés à base large, bifides; lobe intermédiaire défléchi, largement obeordé, onguiculé, bipartit; le disque porte à sa base deux laines ou protubérances légèrement velues; le dessous du labelle se prolonge à sa base en un éperon subulé, arrondi, verdàtre vers le haut et rouge au sommet. Colonne courte, non ailée, verdâlre teinté de rose. Cette espèce, encore fort rare, provient des grandes Indes; elle a fleuri pour la première fois en février dernier, dans la serre de M. Parker, à Hornsey. Sans être brillante ni dune floraison riche, c'est cependant une Orchidée digne d'être recommandée. Bégonia Griffithii (\V. Hooker) , figuré dans le Bot. Mag., pi. 4984. — Bégonia picta (Hortul.). — Famille des Bégoniacées. — Moncecie Polyandrie. Ce nouveau Bégonia esl peut-être le plus beau de la série des espèces acaules, dont la plupart sont cependant très-remarquables par un feuil- lage ample et à coloris chatoyant métallique ou velouté. On le suppose originaire du Hootan, de celle terre indienne si fertile en plantes ha- billées de riches couleurs; son apparition dans le monde horticole européen est de date toute récente. MM. Henderson, horticulteurs à Londres, ont propagé cette espèce sous le nom de Bégonia picta, déno- mination qui ne pouvait subsister, parce qu'il existe un autre Bégonia picta décrit par M. Smith, et figuré il y a fort longtemps dans le Bot. Mag. (pi. 2902). Le Bégonia Griffithii est acaule. Les feuilles s'élèvent directement du rhizome souterrain ; elles sont grandes eu égard à la taille de la plante, épaisses, obliquement cordées, brièvement acuminées; le sinus profond de la base à sinus forme deux lobes arrondis se recouvrant; bord sinué crénelé, poilu; les poils sont courts et s'élèvent d'un petit tubercule pellucide, ce qui donne une apparence granulée à la surface; la couleur — 127 — du feuillage est un beau vert admirablement panaché : à quelque dis- tance du bord cilié se trouve une large bande courant parallèlement au bord d'un vert pâle; le bord lui-même est d'un pourpre foncé; le des sous de la feuille est d'un vert pâle, à centre et bord couleur de sang. Pétioles â peu près aussi longs que les feuilles, assez épais, rouges à la base, glanduleusemenl velus; scapes semblables aux pétioles, mais plus longs que ceux-ci. Cyme pauciflore à bractées caduques. Fleurs grandes, blanches intérieurement; les mâles offrent quatre sépales; les femelles cinq Capsule obliquement ovale, presque arrondie, hispide et tant soit peu luberculée, pourvue de deux ailes étroites et d'une grande aile à bord crénelé se projetant de la base. Celte charmante et ornementale espèce exige une certaine somme de chaleur et d'humidité, et d'être tenue à l'ombre; elle est cotée dans les catalogues marchands de 1857 à un prix modéré. Bégonia heraclelfolla ; var. .Vigricans, figuré dans le Bot. May., pi. 4983. — Syn. : Gireoudia keracleifolia, var. punctata (Klotzsch.) — Bégonia punctata (L. et Otto). — Bégonia nigricans (Hort. Berlin). — Bégonia nigrescens (Hortul.). Celte belle variété du Bégonia keracleifolia est originaire des ré- gions tempérées du Mexique, d'où elle a élé introduite vers 18H par l'explorateur, M. Melchior Verheyen, actuellement horticulteur à Bruxelles, et par nous; elle est généralement connue sous le nom de Bégonia nigrescens , quoique nous l'ayons signalée depuis longtemps comme une simple variété du Bégonia keracleifolia de Schlechl et Chamisso. Les feuilles sont vertes, à bords ombrés d'une large teinte d'un vert foncé presque noir; les pétioles, scapes et pédicelles sont rougeàtres ; les bractées, d'un vert pâle; les pétales sont presque blancs; enfin la large aile de la capsule est rose. Cette belle variété, encore peu répandue, fleurit en hiver. SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. Befarla Mathewsll (FlELDING et GARDNER), figuré dans le Bot. Mag., pi. 41)81. — Syn : Befaria pkillgreœfolia, (Bentham). — Famille des Éricacées. — Déeandrie Monogynie. On doit l'introduction de cette plante à M. Lobb qui la rencontra dans les montagnes du Pérou et en envoya des graines à MM. Veitch dans l'établissement desquels elle vient de fleurir (mars 1857). be Befaria Malhetcsii est un arbuste à rameaux arrondis, très- li- gneux, ferrugineux ou rougeàtres. Feuilles assez abondantes, étalées ou subérigées, de longueur variable (2 à 7 centimètres), courtemenl pé- tiolées, oblongues-ellipliqucs, aiguës, glabres, d'un vert foncé en dessus, — 128 — glauques en dessous e! souvent un peu tomenteuses. Fleurs en racème ou plutôt en corymbe, portées sur des pédoncules terminaux écailleux. Calice court, en forme de coupe, duveteux à la base, présentant cinq a. sept lobes érigés ovés et aigus. Corolle de cinq à sept pétales oblongs- spalulés, d'un jaune de soufl're pâle. Étamines au nombre de dix, rare- ment de douze, beaucoup plus longues que les pétales, courbées vers le haut; filets subulés, velus vers le bas; anthères ovées, à deux loges, souvrant au sommet par deux pores. Ovaire déprimé-globuleux de cinq à sept lobes et de cinq à sept loges. Style allongé, courbé vers le sommet. Stigmate dilaté, à disque petit, quinquélobé. Les Befaria sont de beaux arbrisseaux ayant assez d'analogie avec les Azalées de l'Inde; et qui sont destinés à jouer un rôle important dans l'ornementation des serres froides lorsqu'on en connaîtra mieux la manière de végéter ; on les traite actuellement comme les Azalées de l'Inde. Leur multiplication par le bouturage est assez facile, quoique leur bois soit dur et sec; la voie du couchage serait le moyen le plus certain pour obtenir rapidement de belles multiplications. La Colombie et le Mexique offrent un certain nombre de belles espèces de Bejaria ou Befaria à fleurs coccinées, roses et blanches, dont la beauté et l'élé- gance peuvent rivaliser avec les meilleures Azalées actuellement dans le commerce; quelques-unes de ces espèces ont cependant le grave dé- faut de ne pas bien épanouir leurs corolles à cause d'une espèce de gomme-résine qui suinte des pédicelles et du calice, englue ces différents organes et empêche la corolle de bien étaler ses lobes, et le corymbe ou panicule de se développer librement. Prunus triioba (Lindley), Gardener's Chronicle, 18 avril 1857. Le Prunus triioba est une de ces nombreuses et importantes trou- vailles faites en Chine par M. Fortune et qui ont rendu le nom de cet heureux voyageur familier à tous les amis de Flore. Celle introduction est fort intéressante eu ce qu'elle dolera nos jardins d'un nouvel arbre rustique fort ornemental. Un exemplaire a fleuri récemment dans réta- blissement de M. Glendinning à Chiswick près de Londres; les fleurs semi-doubles, d'un coloris rosé fort délicat, mesuraient environ 5 cen- timètres et demi de diamètre (1 pouce et demi). Les feuilles, poilues, doublement dentées, sont généralement en forme de coin et trilobées, ce qui est fort remarquable dans le genre Prunus. Les rameaux sont légèrement pubescents; le calice à tube campanule glabre présente des dispositions à se colorer en rose et à acquérir la texture des pétales; l'ovaire est velu comme celui du pécher. M. Lindley ne nous dit pas si ce prunier, au mérite d'être ornemental, joint celui non moins grand de produire des fruits de bonne qualité. - 129 — CULTURE MARAÎCHÈRE SCOLYME. — ENDIVES. — PE-TSAI. — NAVETS. V r oici quatre sortes de légumes qui demandent à être semés tardive- ment. Dès que l'on cherche à les sortir de leur saison et à gagner l'avance, ils s'emportent et se mettent à fleur. Vous les contrariez; donc ils souffrent et ont hàlc de se reproduire tant bien que mal. Cette tendance à monter est d'autant plus marquée que le climat est plus dé- favorable à la plante. Ainsi, nous avons toutes les peines du monde à dominer le scolyme, légume des pays chauds. Notre soleil n'est pas le sien, il ne s'acclimate qu'à regret, et quoi que nous fassions, beaucoup de tiges florales se développent la première année. La racine y perd eu délicatesse, sans doute; elle durcit un peu; quelquefois même le cœur devient tout à fait ligneux, mais en fin de compte, et malgré cet incon- vénient, que les livres ont exagéré, nous trouvons la culture du sco- lyme avantageuse. La racine de celte plante est bien autrement grosse et longue que celle de la scorsonère et du salsifis. C'est le volume qui constitue son principal avantage. Sa saveur particulière est agréable; sa chair est un peu pâteuse. Nous semons nos scolymes vers la fin de mai ou dans le courant de juin, sur vieux fumier et terre parfaitement tassée, soit en rigoles, soit à la volée. Sur une terre fraîchement remuée, les racines fourcheraient à l'infini. Au bout d'une quinzaine de jours ou de trois semaines en- viron, la plante lève à la manière des artichauts ou cardons; puis, pour peu que la température soit douce et moite, la végétation marche auc- une grande rapidité. Nous l'activons de notre mieux par des sarclages et (les binages répétés, et, en même temps, nous éclaircissons, de manière à laisser des intervalles de 25 à 50 centimètres entre les pieds. Ce que nous perdons en vides, nous le gagnons en développement de feuilles et de racines. Il ne nous reste plus qu'à surveiller les planches et à supprimer les tiges florales, à mesure qu'elles se montrent. L'année dernière, un cultivateur de nos amis s'imagina de repiquer le scolyme pour l'empêcher de monter. 11 réussit à souhait; les plantes repiquées ne bougèrent point, mais les racines se divisèrent et s'en- chevêtrèrent. Reste à savoir maintenant si la transplantation a eu lieu selon les règles, dans un terrain reposé et ne contenant point de fumier long. C'est un essai à renouveler. On peut arracher les racines de scolyme à l'approche des gelées et les mettre en cave, dans du sable, à litre de provision d'hiver; on peut — 130 — également les laisser en terre jusqu'au printemps. Les jardiniers de- Paris nous disent qu'il est prudent alors de les couvrir de paille ou de Feuilles mortes; ici, sur un des points les plus élevés de la Belgique, nous n'usons pas de cette précaution; les neiges l'ont couverture et valent mieux que la paille et les feuilles. En raison de la longueur de ses racines, on n'arrache pas le scolymc aussi aisément que la scorsonère et le salsifis. Quelle que soit la divi- sion, la légèreté du sol, il est impossible d'atteindre, avec une fourche de fer, à la profondeur voulue; la fourche en question ne sert qu'à dé- chausser et ébranler la plante; il faut, après cela, saisir la racine à deux mains et la tirera soi verticalement, sans secousses. Les extré- mités se rompent presque toujours, mais la perte n'est pas considé- rable. Les racines de 50 à GO centimètres sont communes. On ne rencontre guère le scolymc que dans les potagers d'amateurs ; les jardiniers de profession ne l'ont point encore admis dans leurs cul- tures. Espérons que, tôt ou lard, cette lacune sera comblée. Parlons à présent de la chicorée-endive. Nous avons les endives fri- sées et les endives à larges feuilles ou scaroles. La première catégorie comprend la chicorée de Meaux, celle d'Italie, celle de Rouen et la chi- corée mousse; la seconde comprend les scaroles blondes et vertes. En Belgique, on s'attache surtout aux endives d'Italie. Pour bien réussir, ce légume exige une terre riche en humus et de quelque consistance par cela même. Il est sujet à monter, quand on le sème de bonne heure. Sous le climat des Flandres et du Brabanl, la seconde quinzaine de mai est l'époque la plus favorable pour le semis des endives; sous le climat du Luxembourg, nous devons attendre la seconde quinzaine de juin; toutes les fois que nous nous pressons trop, nous échouons im- manquablement. En Belgique et dans la Flandre française, on fait une consommation prodigieuse d'endives ; aussi la culture de celle plante y est-elle poussée jusqu'à la perfection. Sous ce rapport, le pays wallon ne saurait lutter contre le pays flamand. Il y a donc de nouveaux efforts à tenter pour établir le niveau; tentons-les. Quand vous aurez le terrain convenable, procurez-vous de la graine de deux ans, car celle de l'année donne des plants trop sujets à s'em- porter, semez la en temps voulu, bassinez le semis pour hâter la ger- mination, sarclez et éclaircissez bien la pépinière. Attendez, pour repi- quer, que les plants aient de 8 à 10 centimètres, faites le repiquage par un temps couvert ou le soir quand le soleil n'a plus de force, espacez à 30 centimètres au moins, pressez fortement la terre au collet, puis arrosez avec un mélange de purin, de colombine et même de matière fécale, mélange que vous affaiblirez avec de l'eau. Renouvelez cet airo- sement tous les huit jours; arrosez, en outre, en temps de sécheresse, — 131 — avec de l'eau ordinaire, et vos endives prendront un rapide dévelop- pement. Aussitôt que les feuilles de la base ne grandiront plus et que le cœur de l'endive se remplira, vous songerez à l'étiolement. Le plus souvent, on ne donne pas à cette opération tous les soins qu'elle demande. On se contente de ramasser les feuilles par le dessous, de les retrousser et de les lier par le haut. D'aucuns même poussent la précaution jusqu'à les coiffer avec des feuilles de chou, comme ils font à l'endroit de la laitue romaine ou chicon. C'est aller trop vile en besogne et arrêter le développement des feuilles du cœur. Chaque endive à étioler veut deux liens. Le premier s'applique à la hase et lient les principales feuilles redressées, laissant aux petites feuilles du cœur la facilité de se déve- lopper et de se masser. Dès que l'intérieur esl bien fourni, bien plein, on applique la seconde ligature au sommet de la plante. Au bout de quinze jours à trois semaines, les endives sont blanchies et bonnes à prendre. Si, lorsqu'elles viennent d'être liées, le temps se mettait au sec prolongé, on devrait arroser, mais avec le goulot de l'ar- rosoir, au pied seulement, et en prenant garde de mouiller les feuilles du cœur; autrement, la pourriture ne les épargnerait point. C'est pour éviter celte pourriture, que l'on recommande bien de ne jamais lier les endives en temps de pluie et pendant la rosée. Puisque nous en sommes sur le compte des légumes sujets à s'em- porter, nous devons dire quelques mots du pe-lsaï ou chou chinois, dé- licieuse plante trop peu connue et trop peu répandue. On lui reproche, il est vrai, de monter presque toujours à fleurs la première année, mais il nous semble qu'avec de la vieille graine semée sur couche tiède ou froide et deux repiquages, au lieu d'un seul, on réussirait à empêcher la montée. Admettons, à la rigueur, que ce soit chose impossible. Devrait-on, pour cela, renoncer définitivement à la culture du pe-tsaï ? Ce n'est pas notre avis. On pourrait le semer à demeure et assez dru, vers la fin de juin et au commencement de juillet. On le couperait dès qu'il ferait mine de vouloir monter et on le consommerait à la manière des feuilles de navets. Tant que les boulons ne sont pas ouverts, les feuilles et les tiges du chou chinois sont tendres, et admissibles poul- ies préparations culinaires. Nous l'avons cultivé et le cultiverons en- core, à titre de légume délicat. Nous n'avons pas de choux assurément qui vaillent le pe-tsaï. La culture de celte plante ne présente aucune difficulté. Quiconque a semé et repiqué des choux, sèmera et repiquera le pe-tsaï avec autant de succès que les plus habiles jardiniers. Seulement, nos lecteurs sau- ront que les allises raffolent du légume en question, et ils devront, en conséquence, essayer de les éloigner par les binages, les arrosages ou de meilleurs moyens, s'ils en connaissent. Pour notre compte, nous — 132 — avouons humblement noire impuissance à l'endroit de ces insectes. Chaux, cendres, eaux de savon, rien n'y l'ail. Cette année, les attises sont si nombreuses, iei du moins, que les jeunes semis ni; leur suffisent plus; elles n'épargnent pas même les choux d'automne repiqués et prêts à tourner. Vers la tin de ce mois, nous aurons à semer les navets de table. Pas n'est besoin d'entrer clans les détails de la culture de ce légume; toits vos lecteurs la connaissent; nous nous bornerons à leur signaler les variétés les plus délicates. Parmi les navets tendres, nous recomman- dons aux jardiniers celui des vertus; parmi les demi-durs, nous n'eu connaissons pas qui soit supérieur au noir sucré d'Alsace et qui réus- sisse mieux dans les terres légères de la Belgique; la variété boule d'or n'en approche point. Parmi les navets secs, le petit telteuu ou navet de Merlin est délicieux, mais il n'est pas d'un rapport, satisfaisant; la va- riété de malteau est préférable. Si nous ne préconisons pas le navet de San lieu , l'une de nos meilleures variétés françaises, c'est qu'ici nous avons échoué dans un premier essai de culture, avec de la graine de choix qui nous avait été adressée de Saulieu même par un de nos amis. Nous avons été plus heureux l'année dernière avec le navet d'Orret. C'est une variété lonuue, de la forme et de la couleur de la racine du salsifis blanc, variété très-renommée, et ajuste titre, dans le Châtillon- nais (Côte-d'Or). Elle n'est pas connue dans le commerce; vous ne la découvrirez sur aucun catalogue. Jusqu'ici, les cultivateurs d'Orret ont eu le monopole de sa culture et ont pris entre eux l'engagement de ne point livrer de graines aux personnes étrangères à leur localité. Ce n'est pas sans peine que nous avons pu nous en procurer l'année dernière. En nous en adressant un échantillon, on a eu soin de nous donnera entendre qu'on nous faisait une véritable faveur. Nous profiterons de cette faveur pour répandre le navet d'Orret, cette année même, dans toute la Belgique, certain qu'on nous saura gré de cette introduction et que la variété en question fera son chemin rapide- ment. P. JofGNEAUX. 155 - BIBLIOGRAPHIE. GUIDÉ PRATIQUE DU JARDINIER MULTIPLICATEUR, par M . ("aurikki:. — t vol. in-18 de 270 pages (1). Les végétaux sonl doués de deux grandes facultés, celle de produire des graines, ce qui constitue la fructification ou la reproduction proprement dite, et celle de se diviser ou d'être divisée en plusieurs parties, don! chacune peut vivre isolément, ce qui constitue la multiplication ou la reproduction par division. C'est ainsi que s'exprime Auguste Pyrame de Candolle, d'illustre mémoire, dans sa Physiologie végétale, t. II, p. 4(i.">. La graine multiplie l'espèce. Le bourgeon provenant soit de cou- chages, de boutures ou de greffes, propage l'individu. Il n'y a que ces quatre modes de multiplier les végétaux. M. Carrière consacre une partie de son livre à chacun de cca modes. Il traite d'abord des semis. Dans cette première division, il passe en revue le sol, la stratification, l'époque favorable et l'exécution des semis. — Semis en grand : — tous ceux qui se pratiquent sur une certaine étendue de terrain; semis en petit : — ceux qui se font en pots, ter- rines, sur couches, etc. ~ Les soins à donner aux plantes : — de l'éclaircissage, du repiquage, de rempotage, du pincement. — Appli- cations de ces opérations aux plantes de pleine terre annuelles, bisan- nuelles, vivaces, ligneuses, de serre. — Vient après le traité des cou- chages, avec ses procédés divers. — Puis celui des boutures : 1° Boutures dépourvues de feuilles avec un seul œil, avec talon, avec parties souterraines, avec écailles; 2° Boutures pourvues de feuilles, de feuilles sans rameaux, de ra- meaux herbacés, de rameaux aoûtés, de plantes vivipares. Il passe en- suite aux greffes, qu'il divise en végétaux ligneux et en végétaux her- bacés. Dans le premier groupe, il décrit celles qui se font par rameaux détachés comme la greffe en fente ordinaire, avec rameaux à fruits, en couronne, en placage, etc., et celles qui sonl dépourvues de rameaux (celles en écusson , en flûte, en sifflet). Dans le second groupe, c'est encore la greffe en fente, celle des Dahlias, des Roses trémières, des Clématites. Il complète ce travail par des considérations générales sur les greffes, sur les soins à leur donner, le temps le plus favorable pour les faire, sur le choix des rameaux, des outils nécessaires pour les (t) Prix, franco, H fr. 50 c. Auguste Gom, éditeur, quai des Grands Auguslins, il . ;'i l*.i ris . - Pare*t. Montagne de Sion. 17, à Bruxelles. — 134 — effectuer. Enfin, il termine parties observations sur les mères desti- nées à fournir des boutures, des rameaux pour les couchages, pour les greffes, pour les graines, sur les abris, le mode d'ombrager les serres. Ce sommaire donne déjà une idée favorable de la manière métho- dique de l'auteur. Je vais maintenant pénétrer dans le cœur de l'ou- vrage, et chercher à mettre en lumière les considérations les plus im- porta nies qu'il renferme. ne.** serais. Toutes les fois que l'on pourra entretenir la serre humide, il y aura toujours avantage à placer les graines le plus près possible de la surface du sol. — Page 13. Lorsque la faculté germinalive des graines est affaiblie, lorsque celle-ci sont vieilles, on peut les ranimer en les trempant dans une eau rendue légèrement alcaline au moyen de la chaux. L'opération du chantage, que l'on fait subir au blé avant de le semer, a pour but, dit-on, de le débarrasser des corps étrangers qui peuvent en occuper la surface. Si ce résultat est atteint, celui que nous signalons ne l'est pas moins, et cela sans avoir été remarqué. — Page 15. Epoque favorable au semis. — Pour les piaules annuelles, lors- qu'elles seront assez rustiques pour supporter l'hiver sans souffrir, il y aura toujours avantage à les semer à l'automne. On peut aussi les repiquer sous châssis froid. Quant aux plantes bisannuelles, elles doi- vent être semées vers le commencement de juin. — Page 10. Semis sur terre. — Les graines très-fines, celles des Spirées, Frai- siers, Orchidées, etc., doivent être semées sur le sol et bassinées sou- vent, afin d'être toujours humides; mais il faut en même temps les préserver des atteintes du soleil. L'auteur donne ici un excellent con- seil, qui devrait toujours être appliqué aux semis de Fraisiers, que beaucoup de jardiniers inexpérimentés compromettent faute de soins. Il engage à recouvrir les semis d'une couche de grande paille de seigle. La germination s'effectue bien. On éclaircit peu à peu cette paille, à mesure que le besoin s'en fait sentir, puis on la supprime entièrement. - Pages 41-42. Les chapitres sur les semis de plantes aquatiques et sur les moyens les plus prompts pour faire germer les graines sont pleins d'intérêt. A propos de l'emploi des châssis. — Les couches peuvent donner de bons résultats pendant toule l'année, mais à la condition que les plantes qui les occupent seront à l'air libre l'été et fréquemment bassinées; encore dans beaucoup de circonstances verra-t-on la grise s'en emparer, page 51), et j'ajouterai, surtout quand on replante melons sur melons, haricots sur haricots. Sur la faculté germinalive des graines. — L'absence à peu près — Hu — totale de l'air, surtout l'invariabilité absolve de la température, sem- blent être une cause importante de la conservation dv* graines, el l'au- teur s'appuie de terrains nouvellement mis à nu qui se sont couverts de plantes étrangères au pays. Ce fait qu'il avance ne peut être mis en doute; il est consigné dans plusieurs ouvrages de botanique. Il faut donc admettre la conservation des graines en terre ou leur développe- ment spontané. Hypothèse que M. Carrière repousse tout comme moi. el par une considération Irès-élevée : « Quelque chose ne peut venir de » rien : le néant ne donne pas la vie; lu vie ne naii que dr lu vie. Toute » autre idée est non-seulement ridicule el vide de sens, mais elle est >• en même temps un outrage envers le Créateur. » Page ;i7. Dans une même famille les graines de certains genres lèvent rapide- ment, tandis que celles d'autres genres, quoique très-voisines deman- dent plus de temps : celte différence se rencontre même entre les espèces, el parmi ces dernières, des graines récoltées sur le même individu, soumises aux mêmes milieux lèvent à des intervalles considérables... bes graines lèvent d'autant mieux qu'elles sont plus nouvelles. Une exception remarquable à celle règle, c'est le Linum grandiflorum, dont les graines nouvellement récollées ne lèvent pas. — Pages 38, ;>!). Les pépins de poire offrent celte singularité que, si on les sème sans leur avoir fait, subir de préparai ion, ils ne lèvent ordinairement que la deuxième année, si, au contraire, on les lave bien afin de les débarrasser d'une sorte de mucilage qui les entoure et forme une enveloppe imper- méable à l'air et à l'eau, alors ils lèvent très-bien dès la première année. — Page 01. Du repiquage. — Le mot est bien connu el la chose très-praliquée, à Paris surtout ; mais j'ai vu faire du jardinage en province et je puis as- surer qu'il est encore nombreuses contrées de France où cette pratique importante est complètement ignorée, aussi bien pour les plantes co- mestibles que pour les plantes décoratives. La réussite du repiquage, dit M. Carrière, dépend en grande partie de la quantité de racines dont les plants sont munis, et surtout de l'intervalle plus ou moins long qui se sera écoulé entre le moment de leur arrachage el celui de leur replantation, comme aussi du soin qu'on apporte cà leur enlèvement du sol. On doit éviter que les racines soient exposées au contact de l'air, car les spongioles étant très-tendres el gorgées de liquide, sont très- promplement détruites, et comme ce sont les principaux organes d'ab- sorption, la reprise est d'autant plus assurée que le nombre en est pins grand et la conservation plus parfaite. Il faut éviter de repiquer quand les hâles sonl très-grands, choisir un temps couvert, ne prendre le plant, qu'au fur el à mesure du besoin, — Page (»('». Du pincement. — Demandez à la plupart des jardiniers éloignés d'un certain rayon de Paris, quelles plantes doivent subir le pincement, ils - l.-fi — nous répondront, el ceux qui passent pour les plus habiles* qu'on pince le pécher, le poirier, je doute qu'ils citent l'abricotier, le cerisier, le prunier, le groseillier ; mais appliquer celle opération ;ï des plantes vi- vaces ou annuelles, ;ï de petits arbrisseaux de serre, ils n'en ont pas la moindre idée. Et cependant, c'est a l'aide du pincement que Ions nos fleuristes de Paris préparent ces ravissantes plantes faites au moule, chargées d'une multitude de fleurs et qu'ils exposent quotidiennement sur nos marchés à l'admiration du public. Le pincement demande à Hre fait avec discernement pour obtenir ce résultai. Il ne s'agit, pas de raccourcir un axe trop long, puis un autre une autre fois. Il faut que les axes appartenant ri la même génération soient pinces simultanément, ceux qui se développeront ensuile subiront le même sort. Il en résultera que la plante étant jugée suffisamment branchue, tous les axes florifères ayant le même âge, s'épanouiront au même moment. Telle est l'origine de ces plantes correctes, irréprochables de forme. Il est peu de pro- priétaires chez qui on en rencontre de pareilles. M. Carrière nous dit que cette opération peut s'appliquer au plus grand nombre de végétaux dicotylédones, excepté à ceux qui n'émet- tent pas ou très-difficilement de bourgeons axillaires. Pour les monoco- tylédonés au conlraire le pincement est presque toujours défavorable. Des plantes annuelles. —Tout êlre organisé tend à se reproduire; si vous lui en ôtez les moyens, vous pouvez prolonger sa durée dans une certaine mesure, surtout chez les végétaux. « Le terme de la vie des piaules annuelles paraît être marqué par » leur fructification. On pourra donc, dans quelques cas, prolonger leur » existence en les empêchant de produire des semences... La vie ne se » prolonge qu'à la condilion qu'on empêchera le rameau de fleurir. » — Page G8. Il me semble que parfois on peut prolonger la durée de la plante en la laissant fleurir; mais en ne la laissant pas fructifier, la Julienne de Mahon, que l'on tond après la fleur, nous en offre un exemple. Repiquage des plantes annuelles. — Ce travail se fait lorsque les plantes sont jeunes et lorsqu'elles ne sont pas encore durcies ni étio- lées par leur trop grand rapprochement. Dans aucun cas on ne doit retrancher leurs racines. L'auteur recommande le pincement pour les espèces annuelles dont on veut obtenir plus de rameaux et par suite plus de fleurs, ou rendre naines celles qui sont hautes. — Page 70-75. Pincement, des plantes vivaces. — Il se fait à l'époque où les liges sont déjà développées, mais toujours bien avant qu'elles fleurissent. Si on pince pour changer l'époque de la floraison, on attend plus lard. On applique le pincement avec avanlage aux phlox, aster, chrysan- thèmes. Il est nuisible sur les espèces qui n'émettent point de bourgeons axillaires. — Pages 70-80. - 137 - Les chapitres intéressants se succèdent. <>n trouve ;'■ citer à chaque page. Ceux sur la division des plantes vivaces et svr le repiquage des planta ligneux termineront code première partie (Je mon analyse. Ils ne son! pas les moins importants. Veuillez les méditer. Qui n'a pas en- tendu dire et lu partout qu'on multipliait les piaules dites vivaces par les racines, en les éclatant Ions les l rois ans, depuis l'automne jus- qu'au printemps, quand on réservai I les touffes trop Tories? Cette pra- tique erronée est encore fort en usage. Ah ! il faudra bien du temps- avant que le jardinage rationnel ait pénétré dans nos établissements d'horticulture, ce qui n'empêche pas d'avoir à loul propos le mot de progrès à la bouche. Ce n'est pas le moment du repos des plantes qu'il faut choisir, dit M. Carrière, c'est lorsqu'elles commencent à végéter. En agissant diffé- remment on fait fausse roule et on a un résultai souvent mauvais. Il cite deux espèces très-prinlanières de la famille des crucifères, lArabis alpîna et VAubrietia deltoïdes, d'un effet si gracieux dans les rocailles et en bordures. Si on les sépare aussitôt la floraison passée, quand elles entrent dans leur époque de repos, la plus grande partie péril. Règle générale, le printemps est l'époque la plus avantageuse à la division des piaules vivaces, sauf celles dont la floraison est Irès-printanière. — Pages 80-82. A quelle époque repiquer les plants ligneux à feuilles caduques ? — Si le sol est léger, à l'automne; s'il est argileux et humide, au prin- temps. A quelle époque, les plants ligneux à feuilles persistantes, y compris les conifères? — Au commencement de l'automne, non pas toujours et quand même, mais en prenant pour base la nature des plantes, la con- dition du sol. El. voici la raison physiologique qu'il en donne : la végé- tation des plantes de celte section étant pour ainsi dire continue, en- traîne comme conséquence l'action continuelle de tous leurs organes; car, comme c'est surtout par les feuilles que se fait 1 évaporalion , et que ces dernières sont ici persistantes, il faut nécessairement aussi que les perles occasionnées par celte évaporalion soient constamment répa- rées : c'est par l'absorption des liquides nourriciers que se fait cette réparation. — A l'automne, le temps est encore favorable à la végétation, l'air esl moins sec, le soleil moins brûlant, toutes circonstances avanta- geuses à la reprise. — Pages ii d'Évreux. Celte exposition a eu lieu «lu i au 7 mai, au Jardin des Piaules, dans une ba- raque que nous regrettons rie trouver d'une simplicité trop primitive. M. Hervieu, de Caen , a eu les honneurs rie la fête; ses Azalées, Rhododendrons et Pélargo- niums sont ries plus méritants. M. Gen-atalis l'a suivi rie près, avec une charmante collection de Bruyères et rie Rosiers. Les Azalées rie M. Hue n'étaient pas moins remarquables; mais le voisinage rie ses beaux Camellias leur faisait un peu de tort. Nous avons vu aussi avec intérêt les Calcéolaires rie M. Deshayes et les piaules grasses rie M. Lelellier. Quant aux Pivoines de M. Guérin-Modeste, il suflil de les nommer pour en faire l'éloge. Enfin, M ,nP veuve Quélel, rie Caen, avait exposé une riche collection d'Anémones coupées. Les légumes rie primeurs de M. Houdou oui été justement appréciés; ses Me- lons avaient une très-belle apparence. M. Plot a été mentionné honorablement pour ses légumes, ainsi que pour ses fruits conservés. Le jury n'a pas cru devoir accorder rie prix pour les Ignames; celle sévérité nous a surpris. Il y avait là cependant de bien beaux Rhizomes, exposés par MM. Auberl, Piélou et Pépin, notre habile chef des cultures du Jardin des Plantes de Paris. Les Ignames de ce dernier exposant, venues dans une terre du domaine d'Harcourl, à sous-sol dur, avaient Go centimètres de long et pesaient 500 grammes; quelques-unes montraient déjà une tendance à se bifurquer. En fait d'instruments, nous signalerons la tondeuse de M. Ganneron, qui, bien qu'opérant dans des conditions très-peu propices, a mérité une mention hono- rable. Nojus ne doutons pas que cet excellent instrument n'obtienne, dans les prochains concours horticoles , des récompenses plus élevées. Le métier à faire les paillassons, du même exposant, a aussi très-bien fonctionné. A. D. Exposition de Paris. Le Palais rie l'Industrie a ouvert ses portes, le 20 mai, aux nombreux amateurs de l'horticulture. La commission d organisation , présidée par M. Bernard, rie Bennes, a tiré un excellent parti du vaste local qui lui était accordé. Bernions justice à ses membres, el surtout à son infatigable secrétaire, M. Bouillarri. La commission a fait de la grande nef du palais un jardin paysager, composé surtout rie grandes pelouses vertes, entourées et coupées par rie larges allées. Des massifs de fleurs et des arbres isolés s'élèvent de distance en distance, et sont groupés d'une manière très-harmonieuse. Un rocher, disposé au milieu , laisse couler en cascades, l'eau d'une petite rivière qui a reçu des plantes aquatiques; un pont rustique, jeté vers le milieu de son cours, produit un heureux effet. Toul le jarriin est renfermé entre ries plantations d'arbres verts qui forment un cadre bien assorti au tableau. Les Azalées el les Rhododendrons dominent, comme cl habitude, dans celle exposition. Nous retrouvons là les noms bien connus de MM. Berlin, Paille!., Michel, Courtois. M. Linden a exposé de beaux groupes de plantes de serre, Fou- gères herbacées et arborescentes, Araliacées, Broméliacées, etc.; M. Lbomme , quelques Fougères de la belle collection du jardin rie l'École de médecine; M. Cbanlin, qui présente aussi des Fougères en arbre, s'est surtout distingué pour les Palmiers, Cycadées el végétaux analogues; on remarque encore, dans celle dernière calégorie, les lots du prince de Troubelzkoi, rie MM. Luddemann, Ron- gier-Chauvière. Parmi les plantés de serre chaude , il faut enfin noter les Orchi- — ir. — dées de MM. Lurideman , Tliibaul el Kéleleér, les Broméliacées do M. Luddemann el les Caclées de MM. Cliantin el Landry. M. Alphonse Dufoy soutien) su vieille répudiation pour les Pélargoniums el les Verveines. Des lois remarquables de Cinéraires . de Calcéolaires, sonl exposés par MM. Chevalier, Tabarel Duval. Les arbres el arbustes d'ornement de pleine terre nous offrent surtout les Coni- fères de MM. Croux ei Leroy, d'Angers; les Houx el Mahonia de mm. Mathieu el Portemer. On sait avec quels succès MM. Fontaine el Hippolyte Jamain cultivent les Rosiers. MM. Vilmorin, Tollard, Lierval , ont présenté d'intéressantes collections de piaules annuelles ou vivaces, en fleurs. Mentionnons encore les Pivoines de M. Guérin-Modeste, les Quarantaines de M. Chaté, les Péttinies de MM. Dufoy el Ta bar, les Anémones de M" ,c Tirard. les plantes des colonies françaises, exposées par MM. Aubry-Lecomle , Kelanger et Richard, et surtout les Amaryllis de M. Aimé-Turlure. Nous ne ferons que signaler les beaux produits dis cultures fruitières et ma- raîchères. Les objets d'industrie horticole, relégués dans l'aile du sud, ne sonl pas moins intéressants à voir et nous ont mis à même de constater de notables progrès. En résumé , celle exposition fait honneur à la Société impériale et cen- trale d'horticulture. A. I>. LE PALAIS DES FLEURS. Forcés de quitter leur établissement de la rue des Trois-Couronnes, devenu trop restreint par suite du développement de leurs cultures, MM. Lemichez l'ont transféré dans un vaste jardin de neuf hectares, situé à l'extrémilé de la rue de Villiers, aux Thèmes, non loin du bois de Boulogne et de l'ancien parc de Neuilly. Ce terrain, richement planté, mais d'un goût équivoque, a dû être modifié, en même temps que l'on s'occupait de la construction des serres. Au bout d'un an, le plan de MM. Lemichez était réalisé, et le plus riche établissement d'horticulture que possède la France était définitivement fondé. Voici une esquisse aussi rapide, que possible de celle admirable création; leurs auteurs l'ont appelée à juste litre le Palais des Fleurs, et le monde horlieole français et étranger en a consacré le baptême. Les frères Lemichez étaient des horticulteurs praticiens de première distinction; ils sont devenus des architectes de premier mérite. Ils ont eu le bon esprit de procéder par la règle du crescendo. Ainsi, une. grille modeste, mais de bon goût, entourée de treillages el d'ornementations propres à recevoir des plantes fleuries, donne entrée dans l'établissement, l'ne large allée, flanquée de magnifiques Magnolia el d'arbusles à feuilles persistantes, révèle déjù cependant la distinction des lieux. Ce parcours circulaire, qui n'a d'abord pour point de vue que des groupes de Uhododendrum et de Kalinia, change bienlôt d aspect en arrivant devant l'habilalion principale, vis-à-vis de laquelle d'immenses pelouses mouve- mentées avec art el ;'i perle de vue, offrent le plus ravissant ensemble. La vue se perd d'abord dans la profondeur du tableau ; l'œil est ébloui el provoqué par In multitude des détails. Les fulaies, les vallons, les corbeilles, les massifs, les accidents, tout est calculé avec un art et un goût qui font de ce grand travail un des plus beaux jardins paysagers connus. En continuant la gninde allée de cein- ture, on arrive ;'< une légère et élégante marquise, qui forme le premier vestibule du Palais. — 144 — Ce palais, construction de forme circulaire par les deux bonis, est un du f- d'œuvre de simplicité, d'élégance el de solidité tout à la fois. La nef centrale ou le dôme prolongé s'enfonce el finit au loin, relié à deux autres voûtes en contre- bas, qui vont se réunir et se fondre avec la première au fond de l'édifice, en emprun- tant la forme d'un sanctuaire. Il résulte de celle triple figure aérienne un vaste parcours au centre el deux galeries latérales de la plus parfaite élégance. Quant aux armatures, aux arceaux, ;mx colonnettes, à toutes les pièces inhérentes à celte admirable charpente de fer. tout est léger, gracieux, hardi, solide: et, à quelque poinl qu'on >e trouve placé, rien ne gêne la vue. tout est Iransparenl, connue si les trois nefs en dentelle de fer émaillé de crislal se trouvaient magnifiquement suspendues. Honneur à la maison Lefèvre qui a exécuté ce chef-d'œuvre, el à MM Lemichez qui en ont étudié el i\\é le dessin ! Donnons aussi des éloges aux appareils de chauffage, si habilement disposés parla maison Chevalier. Faut-il aborder maintenant la description des plantations si richement faites dans ce vasle et brillant conservatoire? Ce serait bien intéressant, mais ce serait trop long. Un des membres les plus distingués de la Société impériale d'horticul- ture a dit qu'en entrant on trouvait là un jardin paysager au fond duquel un rocher laissait échapper les eaux qui alimentent une prairie de Lyeopodium. Il aurait pu dire presque un jardin céleste. Les massifs y sont formés des plus riches individus qu'on puisse rencontrer parmi les Camellia, Bhododendrum, Azalea, Kalmia. Mimosa, etc. A traversées massifs, l'œil est délicieusement provoqué par les plus riches végétaux jetés çà el là isolément, avec un art el un goûl à désespérer les plus habiles architectes des jardins. Les Latania, les Cupressus funebris, les Yucca, les Chamœrops, les Dracœna, les Rhopala Corcovadensis. les Phyllocladus, \es Cvninghamia, les Dnmmara australis, les Araucaria Brasiliensis , imbricala excelsa, etc., n'y ont été admis qu'à l'étal de gigantesques exemplaires. Pour donner encore, et toujours d'une manière imparfaite, une légère idée de l'établissement, il faut dire que les frères Lemichez y ont concentré les cultures de lous les genres. Les serres principales jetées à la gauche du jardin d'hiver ont une étendue de 300 mètres environ, sans y comprendre toutes les petites serres dites hollandaises. On y trouve successivement la serre chaude des grands spécimens de plantes exotiques , — la serre d'exposition des Azalées et des Camellias lors de leur floraison, —la serre particulière aux Camellias. — la serre tempérée des Pélargoniums, — la haute serre chaude pour les Orchidées. — la serre chaude à multiplication, — la serre chaude à forcer, — la serre tempérée affectée à diverses spécialités. — la serre froide pour certains genres, — diverses autres serres de conservation. Toutes ces galeries de fer sont reliées entre elles ou à peu près : la visite en est très-facile, les plantes y sont distribuées et classées avec méthode et intelligence; la bonne pratique a passé par là et a tout dirigé. Les bornes d'une simple notice ne permettent point de plus longs détails, el c'est dommage, car on écrirait avec plaisir, et currente calamo, un volume tout entier sur les jardins, les serres et le Palaisdes Fleurs des frères Lemichez. Tout y est splendide el merveilleux, et rien en France n'avait jusqu'ici pu faire espérer une pareille créalinn particulière, car rien de semblable n'existait jusqu'ici, ni sous le rapport de la construction, ni sous celui de la plantation des jardins d hiver. Chéreai , Président honoraire de la Société impériale d'horticulture. \~ote rie l'Éditeur. — Nous apprenons qu'à la suite d'un rapport fait par M. Ché- reau, M. Lemichez aîné a été nommé membre honoraire de l'Institut des arts unis de' Londres 's.jyy y yyy /. / ) r Yyyy / thi V YYYY Y f'Y/Y/YYYYYYYVYYYY. /.,;u/ . ( 'kùxpas J/r.rù/ur. — 145 — GESNERIA (NiEGELIA) CINNÂBARINA (Linden). ( Planche XIII. ) Couronnée de la première palme du concours do la plante nouvelle fleurie, la plus remarquable, proclamée par tous comme le bijou le plus brillant de celle brillante exhibition quinquennale, de la Société royale d'agriculture et de botanique de Gand (mars 1857), la Gesneria cinnabarina que nous nous hasardons à figurer est parée de couleurs tellement vives, chatoyantes et veloutées, qu'elle défie le pinceau le plus habile à reproduire même imparfaitement ce Feuillage de velours vert, marbré de reflets ignés et métalliques, celle inflorescence du vermillon le plus éclatant. Nos prétentions se bornent, devant celte impuissance que nous constatons en toute humilité, à présenter une peinture imparfaite comme coloris , mais au moins fidèle comme esquisse générale du port et du mode d'inflorescence de la Gesneria cinnabarina. La première impression a l'aspect de cette plante vous reporte à la Gesneria zebrina avec laquelle notre nouvelle espèce présente cer- taines relations botaniques, mais dont elle se dislingue amplement par le mode d'inflorescence, la forme et le coloris des fleurs et enfin par le feuillage. Racine tubéreuse écaillcuse comme dans la Gesneria zebrina. Tige forte, dressée, érigée, ronde, rameuse, couverte de même que les feuilles cl les pédi celles de longs poils soyeux rouges. Feuilles amples, opposées, ovées-subaiTondies, un peu cordées à la base, un peu acu- mtnées, à bords crénelés-dentés, réticulées, veinées; nervure et veines proéminentes en dessous, d'un vert foncé velouté en dessus ; veines marquées de carmin ou de pourpre velouté; intervalles marbrés de reflets métalliques; en dessous d'un vert plus pale ombré et lavé de pourpre. Pétioles longs, robustes, rouge pointillé de jaune. Tige florale dressée érigée, feuillee jusque près du racème terminal, ramifiée; branches latérales dressées, opposées, axillaires, portant un long épi de fleurs el formant avec la lige principale, une énorme et splendide pyramide de 2 à 3 pieds de hauteur. Pédicelles assez minces, beaucoup plus courts que dans la Gesneria zebrina, ce qui contribue à la beauté de l'aspect des épis : denses el serrés el non lâches et divergents comme dans la Gesneria zebrina; une petite bractée se trouve à la base des pédicelles. Fleurs grandes, nombreuses, digilaliformes, rapprochées, pendantes, d'un rou;, v e vermillon vif, tigré à la jjorge du tube cor< I- laire de points plus foncés. Calice petit à divisions étroites, lancéolées, vertes. Corolle campanulée allongée (forme des Digitales), un peu Juillet 18:i7. 13 — I4G — ventrue en dessous, glandulcuse-pubescente ; limbe subbilabié; 1rs lobes supérieurs plus courts, arrondis, presque droits; les (rois lobes inférieurs plus grands, ovales arrondis, étalés, très-entiers. La Gesneria cinnabarina est d'introduction toute récente; elle date du mois de juin 1856, époque à laquelle notre excellent ami et émérile voyageur M. A. Ghiesbreght, en rapporta à M. Jules Linden des bul- billes de Chiapas, l'Etal le plus méridional et le moins exploré du Mexique. Quelques mois après, M. Linden avait le plaisir de la voir en fleurs, et de s'assurer que les éloges qu'en avait faits l'heureux introducteur étaient plutôt, en dessous de la vérité qu'exagérés! La floraison commence en novembre et se prolonge jusqu'en avril, c'est-à- dire (pie ses brillantes corolles égayeront la serre chaude pendant les cinq mois les plus tristes de l'année. M. Linden annonce dans son nouveau Catalogue que cette plante sera livrée à partir du 1 rr septembre prochain, au prix de 20 francs. h. <;. VARIETES HORTICOLES DE PYRETHRUM ROSEUM. (Planche XIV. ) Les Pyrethrum roscttm et carnenm de Rieberstein ont entre eux de si grandes affinités qu'il est fort difficile de les distinguer l'un de l'autre autrement que par la différence du coloris (1). Ces deux plantes proviennent de la Transcaucasie et sont cultivées depuis longtemps dans nos jardins, comme jolies plantes vivaces, rustiques, vivant dans toute espèce de terre. Plusieurs variétés ont été obtenues depuis quel- ques années, de l'une et de l'autre espèce, sans qu'il ait été constaté s'il y avait eu mariage entre les deux plantes ou si les variétés provenaient plutôt d'une espèce que de l'autre; l'affinité que nous avons signalée nous force à attacher peu d'importance à cette consta- tation. Néanmoins, comme les magnifiques variétés que nous représen- tons dans la planche de celte livraison sont parées de couleurs vives et prononcées, nous croyons devoir les reporter plus convenablement à un type foncé comme le Pyrethrum roseum qu'au Pyrethrum car- neum, dont les fleurs beaucoup plus pâles semblent nous promettre une race à coloris tendres, peut-être blancs. (1) M. M. Bieberslein fait observer que les feuilles du Pyrethrum roseum sont moins découpées que celles du Pyrethrum carneum , à divisions plus étroites, moins profondément laciniées, à dentelures rapprochées et non divergentes, et que les pédoncules, au lieu d'être solitaires, se développent souvent plusieurs à la base du pédoncule principal : particularité que présente la variété à fleurs doubles de M Bedinghaus et qui la rend si ornementale et mulliflore. ; ; - - - ■ : ';:-."-- / . . ... — 147 — Les trois variétés que nous figurons nous oui été tout réeemmenl communiquées, par M. II. J. Bedinghaus, horticulteur â Nfimy, près ni chenilles, ni fourmis, etc., sur les feuilles de ces Pyrèthres. » Nous publions avec plaisir cet intéressant fragment de la lettre de M. Bedinghaus ; elle est empreinte, selon nous, d'un cachet de modestie relevée par la conscience d'un travail persévérant; elle peut servir d'exemple à ceux qui s'occupent de semis et à les fortifier contre le découragement. II. G. - r. > REVUE DES PLANTES KAKES OU NOUVELLES SERRE CHAUDE. Gardeula elirlodora (\V. HoOKEK), ligure (Unis le Bot. Mutj., pi. 4987. — Famille des Rubiacées. - Penlandrie Monogynie. Ce joli arbrisseau est originaire de Natal (côte sud-est d'Afrique), d'où il a été importé dans les serres de MM. Rollison, de Tooting, près de Londres ; ses (leurs, petites en comparaison de celles des espèces que nous cultivons, sont blanches, nombreuses et réunies en groupes ou corymbes axillaires; elles exhaleni une délicieuse odeur de fleurs d'Oranger, fleurs dont elles affectent assez bien la forme et l'aspect. Le Gardénia citriodora constitue un éléganl arbuste peu élevé itiO à 80 centimètres de hauteur), toujours vert, à branches érigées-étalées, arrondies ou parfois oblusénient subqiiadraiigulaires. Feuilles oppo- sées, subcoriaces, elliptiques-lancéolées, plutôt aiguës qu'acuminées, étalées, portées sur des pétioles longs de 10 à \2 millimètres. Stipules larges et apparents, s'élevant d'une base large et charnue, étroitement subtiles, érigés, apprîmes, longs de "2 à 5 centimètres. Fleurs délicieuse- ment odorantes, agrégées aux aisselles des feuilles en corymbes alternes pluridores. Pédoncules et pédicelles très-courts. Calice à cinq lobes ovés-lancéolés, ciliés; on remarque trois petites glandes oblongues et sessiies placées intérieurement et un peu au-dessous de chaque sinus du limbe. Corolle bypocratériforme, blanche à tube jaunâtre; limbe à cinq lobes étalés, oblongs-obovés, blanc pointé de rose-carminé. Cinq étamines, petites et insérées près de la bouche de la corolle; anthères linéaires, oblongues, jaunes, saillantes. Style aussi long que le tube de la corolle; stigmate en forme de massue; surface sliginalique bilabiée, glanduleuse- tomenteuse. Si la culture de ce nouveau Gardénia est aussi facile que celle du Gardénia florida, ce que nous ne savons pas encore, il est certain alors que ce sera une précieuse acquisition pour les serres et surtout poul- ies jardiniers-bouque tiers. Bégonia Wagcncrlana (KLOTZSCII), ligure dans le Bot. Uag., pi. 41)88. — Mo&chkowitzia Wageneriana (Klotzsch). Ce Bégonia, natif de Venezuela, atteint un ou deux pieds de hauteur; il est glabre dans toutes ses parties et d'un vert-pâle; son port est peu gracieux. Les liges sont arrondies, succulentes, dressées, d'une consi- stance faible, à branches éparses. Feuilles cordées-ovées, acuminées, — 150 — avec un profond sinus à la hase, subpeltées; bord obscurément lobé et plus ou moins dénié en scie. Pétiole long d'un pouce et demi à deux pouces, légèrement teinté de rouge, de même que les veines du dessous de la feuille, et la face inférieure des jeunes feuilles; pédoncules axil- laires et terminaux, m ulti flores, formant des cymes distincts, et plu- sieurs fois dicholomes, dans chacun desquels dominent soit les fleurs mâles, soit les fleurs femelles. Fleurs mâles a deux sépales, cordés ou réniformes-orbiculaires, blancs, élalés. Fleurs femelles, à cinq sépales, petits, oblongs-spatulés, verts; bractées au nombre de deux oblon- gues, ciliées; capsule lui binée, triangulaire, présentant deux ailes étroites et une troisième fort grande, triquèlre; divisions du stigmate allongées et disposées en spirale. Ce Bégonia fleurit au printemps; sans avoir de grandes prétentions ornementales, il se recommande néamoins par l'abondance de ses fleurs et par ses cymes nettement composés soit de fleurs mâles d'un beau blanc relevé par un gros amas d'étamines dorées, soit de fleurs femelles très-nombreuses, vertes, et comme armées des longs lobes du style, curieusement enroulées en lire-bouchon. uegonia rosacea (Pitzeys), figuré dans la Flore des Serres et Jardins de l'Europe, pi. 1194. Celle gracieuse espèce de Bégonia appartient, dit M. Pulzeys, au même groupe que les Bégonia octopetala (lier.) et rubricaulis (llook.), et sur lesquels M. Ivlolzsch, dans sa révision des Bégoniacées, a établi le genre Huszia. Elle est originaire de la Nouvelle-Grenade, d'où elle a été récemment introduite par M. Triana, dans les serres de M. J. Linden. C'est une espèce acaule, à racine tubéreuse, émettant successivement plusieurs pédoncules de 25 à 50 centimètres de hauteur, d'un rouge vif, pubescenls, se subdivisant une ou deux fois, chaque division por- tant trois fleurs larges d'environ 50 millimètres, et présentant dans leur aspect quelque analogie avec certaines Potentilles. Ces fleurs, en s'épanouissanl , sont d'un blanc de crème; au bout de quelques jours, elles sont maculées de rouge et de vert, surtout sur les bords et extérieu- rement. Les fleurs mâles ont huit sépales; les externes arrondis, denli- culés sur les bords; les internes moitié moins larges, oblongs-cordés; étamiues très-nombreuses à filets libres. Les fleurs femelles n'ont que six sépales disposés et de même forme que ceux des fleurs mâles ; style persistant mulli partit, à divisions tordues en spirale; capsule pubescente, à trois ailes, dont la plus grande est ascendante et deux fois plus longue que les deux autres. Les feuilles, d'un vert foncé, sont brièvement cordées à côtés inégaux, profondément bilobées à la base, subacuminées, sinuées-den- — 151 — lées; nervures de l.i face inférieure velues; pétioles moitié plus longs que la feuille, eanaliculés en dessus, rouges et garnis de poils laineux blancs ou rougeâtres; stipules membraneuses, cordées, extérieurement velues. Le Bégonia rosacea (1), que nous considérons comme une char- mante addition d'un genre justement apprécié, fleurit pendant l'été et l'automne. Cypripedîum hlr«utl«ilmum (LlNDLEï) , figuré dans le liai. Mai/., pi. 4990. — Famille des Orchidées. — Gynandrie Diandrie. On ne connaît point au juste la pairie de celle nouvelle espèce de Cypripedîum, achetée par un amateur anglais, .M. Parker, de Hornscy, à une veule d'Orchidées de l'Inde; on la croit originaire de Java. C'est peut-être la plus belle espèce du groupe si distingué dc^ Cypripedia acaules ; elle est alliée aux Cypripedîum iiisi<)>i<', villosum, Lowii et barbatum, tout en étant parfaitement distincte de chacune de ces plantes. C'est ainsi que le Cypripedîum insigne est seulement tomen- teux et que ses pétales n'ont pas la forme spatulée, les longs poils et les bords fortement ondulés de notre nouvelle espèce; que le Cypripe- dîum villosum porte des (leurs plus allongées dépourvues d'ondula- lions et de cils aux pétales el que son élaminc stérile est tronquée au lieu d'être carrée ; que les longs pétales plais et nus du Cypripedîum Lowii l'en distinguent au premier coup d'ceil ; enfin le Cypripedîum barbatum présente l'élamine slérile circulaire, des feuilles courtes el maculées el est dépourvu de ces longs poils hérissés qui donnent un aspect tout pariiculier à noire nouveau Cypripedîum. Les feuilles mesurent souvent plus de 50 centimètres de long; elles sont linéaires-oblongues ou ligulées, aiguës ou bifides au sommet, distiches, carénées, canaliculées et équitantes à la base, coslées. mais obscurément striées, d'un vert uniforme et tout à fait glabres. Scape à peu près aussi long que les feuilles, arrondi, vert lavé de violet foncé, velu ou chargé, de même que les bractées, l'ovaire el le revers de la fleur, de longs poils étalés. Bradée largement ovée, engainante, uni- flore. Pédicelle court, à peu près inclus dans la bractée. Sépales ciliés ; le supérieur large, rhomboïdal-cordé, à bords réfléchis, d'un vert pourpré foncé, strié, tout à fait vert au bord; sépales latéraux verts, réunis en un seul, de forme ovée, slrié el plus court que le labelle. Pétales liés-larges, élalés horizontalement, largement spatules, ciliés, à lame violette et onglet vert, macules et pointillés de violet foncé; bords singulièrement lobés-ondulés. Labelle ample, vert foncé lavé de violet, bord cilié. Gynoslème court panaché de blanc et de vert el ma- culé de violet foncé. (1) M. Linden l'annonce dans son Catalogue de 185" au prix de 15 francs. — 152 — Le Cyprîpedium hirsutissimum a fleuri nu mois d'avril dernier. Il nous est revenu que quelques exemplaires de celle magnifique Orchidée ont élé acquis par M. J. Linden de Bruxelles; de telle sorte que M. Parker ne sera bientôt plus le seul à jouir de celte belle piaule. Trichopilia crispa (Lindley), Gardener's Chronicle, 1G mai 1857. — Famille des Orchidées. — (îynandrie Monandrie. Celte fort belle Orchidée a élé dernièrement exposée au salon de la Société d'horticulture de Londres, par M. Rucker; elle provient des collections recueillies dans l'Amérique tropicale par M. Warscewilz. — Son port et son feuillage sont ceux du Trichopilia coccinea (voir notre planche III); mais son pédoncule parait être constamment biflore; le bord du [abolie est irrégulièrement, mais très-foricment crispé, et son coloris d'un rouge de sang foncé rend ses fleurs plus attrayantes que celles du Trichopilia coccinea. M. Lindley ajoute que, malgré le nom qu'il a imposé à celle Orchidée en vue de venir en aide aux ama- teurs, il croit cependant qu'elle ne doit être considérée que comme une simple variété du Trichopilia coccinea, auquel elle se rapporte entiè- rement, sauf par les deux ou trois caractères indiqués ci-dessus. Aerides wigtatianuni (Lindley), Gardener's Chronicle, 23 mai 1857. — Syn. : Aerides testaceum (Lindl.), Gênera and spec. Orch., p. 258. — Vanda parviflora (Lixdl.), Bot. Regist., 1844. — Famille des Orchidées. — Gynandrie Monandrie. Par son aspect celle plante ressemble aux autres Aérides de nos serres, mais ses fleurs sont très-différentes. Elles forment un racème érigé, long de 5 à 6 pouces, situé à l'extrémité d'un pédoncule commun ; elles sont un peu moins grandes que les fleurs du Vanda Roxburghi, émettent une faible odeur de miel; leur coloris est abricot pur, à l'exception du labelle qui est violet au bout, cunéiforme et presque entier, et présente deux lignes élevées courant parallèlement au cenire du labelle. Les feuilles sonl en lanière, bilobées et plus courtes que le racème. C'est une fort jolie espèce native del'Hindoustan et de l'île de Ceylan ; introduite en 1843, dans les serres de MM. Loddiges, elle y fleurit l'année suivante, mais si mal que son identité avec V Aerides Wigh- tianum ne put élre reconnue alors. Un bel exemplaire appartenant à M. C. B. Warner a permis à M. Lindley d'en constater le mérite. I .') ~> SERRE FROIDE ET PLEINE TERRE. Eeheverrla canalleulata (\V. IlookKlt), figuré dans le Bot. Mag., pi. 4986. — Famille t\vs Crassulacées. Décandrie Penlagynie. Celle planle est originaire des enviions de Real del .Moule au Mexique, légion montagneuse et froide située au nord de Mexico, et élevée de 8 à l), OUI) pieds au-dessus du niveau de la mer; région alpine où croit un grand nombre de fort belles espèces de Mamillaria, d'Eckino- cactus, différents Pinus, des Chênes, des Pentstemon, des Bouvardia et plusieurs belles Éricacées. C'est une assez jolie espèce fleurissant facilement en longs racèmes portés sur des liges florales d'un pied ou deux de bailleur. Fleurs rouge de brique vif, orange à l'intérieur; assez grandes (un pouce de longueur) et nombreuses. Feuilles disposées en rosette, nombreuses, étalées, longues de 4 à (5 pouces, oblongues ou un peu en lanière, épaisses, charnues, s'amoindrissant vers le sommet en une pointe mince presque filiforme, profondément canaliculées en dessus, glauques et lavées de pourpre. La tige florale est. garnie de feuilles distantes passant graduellement en de petites bractées très- glauques oblongues-obtuses. VEcheverria canaliculata se rapproche beaucoup de VEcheverria Scheerii (LindI.), mais s'en dislingue par les feuilles oblongues et pro- fondément canaliculées de la rosette, largement spalulées dans celle de VEcheverria Scheerii. La floraison a lieu en avril. Les Echeverria se cultivent avec la plus grande facilité; exigent une certaine quantité d'eau pendant leur végétation active, beaucoup de lumière et une terre un peu forte. En été, on les expose en plein air; en hiver, on les conservera presque secs et en serre tempérée sèche. Aqullegla exlmla (PlANCHON, Ilort. Van IIoltte), figuré dans la flore des Serres, pi. 1 188. — Famille des Renonculacées. — Polyandrie Penlagynie. C'est parmi des graines importées de Californie par M. Roursier de la Rivière, et toutes acquises par rétablissement Van Houtte, que s'est trouvé YAquilegia eximia, charmante nouveauté voisine ôe.sÂquilegia Skinnerî et Canadensis, mais qu'elle surpasse et pour les dimensions et pour la grâce du poil, 'foute la planle, à l'exception des Heurs, est visqueuse-duveteuse; les feuilles sont bilernées à segments triparlils ou trilobés, incisés-dentés ; fleurs de couleur orange vif, longuement pêdonciilées, courbées, tout à fait renversées et imitant assez bien, dit M. Planchon, une couronne à dix pointes surmontée de cinq fleurons; ces fleurons seraient les petits renflements sphériques qui terminent chaque cornet el dont la face interne secrète une liqueur miellée ; — 154 — ^épules lancéolés, réfléchis; limbe des pétales Irès-courl, entier; éperon droit un peu plus long que les sépales: styles dépassant les étamines. UAquilegia eximia a fleuri pour la première fois à Gand, en 185G; c'est une plante tout à fait rustique et d'une élégance exquise. laiiucetiiiii elegans (Décaisse), figuré dans la Flore des Serres, pi. H9I. — Famille des Composées. — Sénecionidées. — Syngénésie Polygamie superflue. Quel est le jardin d'amateur où l'on ne rencontrera pas un pied de notre Tanaisie vulgaire, dont le feuillage, d'un beau vert l'once et élé- gamment découpé, et les nombreuses fleurs, d'un jaune d'or éclatant, sont d'un effet si pittoresque, surtout dans la variété à feuilles frisées? Un port touffu, la rusticité, l'aptitude à embellir les rocailles, l'odeur particulière même de cette plante, lui ont assuré depuis longtemps un coin du jardin; sa nouvelle congénère, la Tanaisie élégante, mérite un bon accueil, non parce qu'elle vient de fort loin, de la Californie, d'où ses graines ont été rapportées par 31. Boursier de la Rivière, mais parce que ses tiges, hautes de 50 à 40 centimètres, légèrement angu- leuses, velues et grisâtres, portent de grandes feuilles, auxquelles leurs profondes et fines découpures donnent, une élégance peu commune. Ses feuilles, doublement pennées, sont d'un blanc de neige avant leur entier développement, à lobes épais, dont les bords sont enroulés en dessous et parsemés de petites glandes odoriférantes; les capitules naissent à l'extrémité des rameaux, et forment une sorte de corymbe d'un beau jaune doré. La valeur décorative de cette plante est ici heu- reusement associée au mérite d'être vivace et rustique chez nous; aussi nous ne doutons pas que le Tanacelum eleguns ne trouve facilement son chemin dans tous les jardins. Datnra aibido-flava (C. I.emaire), figuré dans V Illustration horticole, pi. 151. — Famille des Solanacées. — Pentandrie Monogynie. Cette belle plante a été découverte en 1847, dans l'île Sainte-Cathe- rine au Brésil, par 31. F. Devos, collecteur de M. A. Verscbaffell de Gand. Sa première floraison eut lieu en mars 1855. M. Lemaire la regarde comme une espèce inédile, et qui se distingue par un bel et ample feuillage vernissé en dessus, violacé en dessous, de très-grandes fleurs campa ni formes et passant d'un vertd'émeraudeà un jaune verdâtre ou blanchâtre. C'est un arbrisseau vigoureux, bien ramifié, bien feuille, glabre. Ramilles très-courts, épais el d'un violet noirâtre, ainsi que les pétioles. Feuilles disposées surtout au sommet des rameaux, ovales- oblongues brièvement acuminées, très-grandes (longues de 14 à 55 cen- timètres, larges de 10 à F2 , d'un vert sombre vernissé en dessus, plus pâle ou violacé en dessoi^ ; nervures épaisses, arquées, distantes. — 155 — Fleurs terminales, solitaires ou géminées, très-grandes ( I '■> à 16 centi- mètres de long, 12 de diamètre); pédoncule irès-coort. Tube calicinal très-glabre, qninquangulaire-aigu. Corolle épaisse, Irès-glabre, lubulée- pentagone de la base au milieu, puis largement campanulée, multi- coslée, à cinq grandes dénis cuspidées-obtuses, tricostées, élroitemenl et brusquement révolutées dès l'anthèse. Cinq étamines exserles : anthères oblongues, dressées; style grêle, très-glabre; stigmate allongé bilamellé. Le Datura albido-flava peut, dit M. A. Verschaffell, tort bien se contenter de l'abri d'une bonne serre tempérée ; à son défaut, de la serre chaude ordinaire. Pendant la belle saison, il peut rester à l'air libre, en sera plus robuste et n'en fleurira que mieux. Terre forte et riche en humus. IJouturage facile et prompt par section de jeunes rameaux, dont on retranchera, avant de les planter, les feuilles infé- rieures et la moitié des suivantes ; placer sous cloche, avec chaleur modérée. Cette piaule, par le curieux coloris de ses Meurs, contraste fortement avec les blanches corolles du Datura suaveolens (Dalura arborea) ; malheureusement le contraste des odeurs entre ces deux espèces n'est pas aus>i agréable : autant celle du Datura suaveolens est agréable, autant les effluves émanées de V albido-flava sont nauséa- bondes. CULTURE MARAICHERE. PLANTATIONS ET SEMIS D'ARRIERE-SAISON. Nous ne déployons pas pour les cultures de l'arrière-saison la même activité que pour celles du printemps, et fort souvent nous laissons inoccupés des terrains qui, sans s'épuiser, pourraient nous donner des produits avantageux en récoltes dérobées. Jetez un coup d œil, en passant , par-dessus les murs ou les haies de nos potagers et vous verrez que la plupart des carrés ne portent rien d'octobre en mars. Le jardinage, à notre avis, ne devrait point chômer ; aussitôt une récolte enlevée, aussitôt la place envahie par une autre, à la con- dition, bien entendu, de ne point lui marchander l'engrais. Nous savons qu'en exigeant, toujours et sans cesse, nous allons contre les principes, que nous altérons plus ou moins la qualité des produits, mais nous savons aussi, malheureusement, que les vrais connaisseurs sont, rares et que la quantité nous sauve. Ainsi donc, pas de trêve au potager, pas de répit à la terre; aussitôt les cultures de printemps et d'été finies, il faut aviser à faire suer — 156 - encore au sol sa réserve de sève; morl ce légume, vive cet autre! arrière les débris, en avant les nouvelles graines et les nouveaux plants ! En Belgique et en France, nous vivons sur les vieilles pommes de lerre, par exemple, en attendant que la culture forcée jette sur le niarelié les variétés les plus précoces, comme la marjolin , la six- semaines de Lyon, le comice d'Amiens et les yeux bleus. En Angle- terre, on n'attend pas ainsi. A parlir des mois de mars et d'avril, les jardiniers offrent aux consommateurs une contrefaçon de pomme île lerre nouvelle qui a élé beaucoup vantée par les voyageurs, qui ligure sur les meilleures tables, trompe les plus habiles et mérite assu- rément une mention particulière. Nous avons opéré ici à la manière des Anglais et obtenu d'aussi bons résultats qu'eux. Nous allons, en quelques mots, vous donner les détails de celte opération : Arrangez-vous de façon à conserver jusqu'en juillet des tubercules de l'année précédente, et, pour cela, transportez-les dans une chambre fraîche et changez-les de place deux fois par semaine, à parlir du mois d'avril. Vers le 15 juillet, mettez vos plants en lerre à la profondeur ordinaire. A l'approche de l'hiver, quand les fanes seront mortes et que les gelées seront à craindre, vous butterez chaque touffe, afin de la préserver des rigueurs de la saison, et le printemps suivant, vous procéderez à l'arrachage, de bonne heure, avant que la terre ail eu le temps de se l'échauffer et de développer les germes des petits tuber- cules. Vous mettrez ces tubercules de primeur dans une chambre froide et les remuerez toutes les semaines pour les empêcher de fer- menter. Avec ces précautions, vous aurez jusqu'à la venue des pommes déterre nouvelles, un produit de transition qui, certes, n'est pas à dédaigner, produit dont la culture constitue une industrie très-impor- tante chez nos voisins les Anglais. Les pommes de terre, ainsi obtenues avant leur entier développe- ment, ne sont ni dures ni insipides comme celles entièrement déve- loppées qui restent en (erre après l'arrachage et que la bêche soulève après l'hiver, au moment, des labours. Elles sont fines, délicates et d'une saveur pareille à celle ôcs pommes de lerre nouvelles. C'est à s'y méprendre. Par la même méthode, les jardiniers savent se procurer des carottes et des panais qu'ils vendent dès le printemps, à titre de nouveautés, c'est-à-dire à u\i prix fort élevé. A cet effet, ils sèment ces deux légumes dans la première quinzaine d'août cl provoquent une levée rapide à l'aide d'arrosements. Quand vient l'hiver , les petites racines sont formées; il ne reste plus qu'à les proléger avec des feuilles sèches. Souvent même, celle précaution esl inutile; la neige les protège mieux que les feuilles. 137 — l.es ca roi les et les panais, que Ton obtient par cette méthode de < u II lire, ne valenl pas les primeurs de bon aloi, mais valent mieux que les racines de conserve. On peut encore obtenir des carottes et des panais huit ou quinze jours plus lot qu'avec les semis de printemps, en ayant soin de les semer vers la fin d'octobre ou en novembre. Cette méthode est des plus rationnelles et nous la pratiquons avec succès. Il se passe ici ce qui se passe avec le semis naturel. Vous avez dû remarquer que nos porte- graines de carottes, de panais, de persil, de cerfeuil, ele , perdent chaque année une partie de leur semence et que celle semence, épar- pillée sur le sol consolidé, lève très-bien au printemps et en quantité considérable; vous avez dû remarquer en même temps que les semis naturels ont toujours l'avance sur ceux faits à main d'homme. Voilà le maître, voilà la leçon ; au lien de mettre ses graines dans un sac, comme le jardinier, la nature les confie de suite à la terre et maintient mieux que nous leurs facultés germinatives. Imitons-la plus souvent cl plus généralement. Les cultivateurs de jardins savent parfaitement que l'on peul semer les carottes et les panais à la veille de l'hiver, mais ils se comportent à peu près comme s'ils ne le savaient pas et n'usent du procédé que par exception. Ils ont lorl, puisque le succès est certain et que par ce moyen les racines fourchent moins que celles de printemps. En voici la raison : — Toutes les fois que vous avez affaire à un terrain fraîche- ment remué el fumé avec du fumier frais, — ce qui arrive sans cesse avec les cultures de printemps, — les racines fourchent; toutes les lois, au contraire, que la terre a eu le temps de se rasseoir et le fumier de pourrir, les racines offrent de belles formes. Or, il est clair qu'une terre préparée en octobre ou novembre présente ces conditions au prin- temps, surtout si l'on a eu soin d'y enterrer de l'engrais parfaitement décomposé et de la piétiner avant el après le semis. C'est d'ailleurs ce qui doil être exécuté. Il va sans dire que celte opération préparatoire ne dispense pas le cultivateur de consolider de nouveau, à la sortie de l'hiver, les planches ensemencées, afin de combattre les efl'eis de la gelée qui soulève toujours le sol plus ou moins et de combler les con- duits des taupes et des campagnols. En prenant ces précautions, il y a un avantage incontestable à semer dès l'automne, en pleine terre, les racines dont il vient d'être parlé. Nous voudrions encore que l'on semât, au mois d'août, des salsifis et des scorsonères, sans préjudice des semis de mars et d'avril. On va nous répondre que ces racines n'entrent dans la consommation qu'à la sortie de l'hiver, qu'elles arrivent à point à l'époque du carême, alors (pie la plupart des provisions sont épuisées et qu'il n'est pas nécessaire d'en produire au marché avanl ou après celle époque. Nous ne sau- - 158 — rions, pour notre part, nous contenter de celte raison; en fait de cul- ture potagère, nous ne sommes ni ne devons être l'esclave des dates fixes. Quand un légume nous plaît, nous le désirons et le recherchons sans consulter d'abord le calendrier. Vous nous apportez des salsifis et des scorsonères pendant le carême; soit, soyez le bienvenu; mais y aurait-il de l'inconvénient à nous eu apporter en plein été? Nous ne le pen- sons pas. Ceux qui aifectionnent ces racines à la sortie de l'hiver n'en feraient point lî, sans doute, au mois de juillet ou d'août. On va nous dire qu'alors le potager est chargé de produits, que les amateurs ont le choix dans le nombre. — El puis après, qu'est-ce que cela prouve? De quel droit nous impose-t-on certaines espèces plutôt que d'autres. Pouvez-vous, oui ou non, livrer au marché, durant l'été, des racines de scorsonère et de salsifis? Vous le pouvez en semant dès le mois d'août; donc vous le devez. Ces deux plantes sont robustes; elles sont déjà fortes quand vient l'hiver et ne sont point en peine de lui résister, même sous le climat de l'Ardenne. Les jardiniers ne l'ignorent pas plus que nous, mais ils ont leur routine et il leur en coûte d'en démordre. Ils veulent à toute force imposer leurs lois aux consommateurs, quand, en bonne lactique, ils devraient se conformer de tous points aux désirs de ces derniers. Nous rappelons à ceux de nos lecteurs qui ne sont point jardiniers de profession, qu'il est de leur intérêt de faire des semis de choux vers le milieu du mois d'août, sur couche froide ou sur bon terreau. Ils sèmeront le savoyard hâtif, le cabbage, le gros chou-pain, le cabus d'Allemagne, le chou rouge de Frise et même le chou-fleur d'Angleterre ou de Bruxelles. Ils les repiqueront, en pépinière, vers la fin de sep- tembre ou au commencement d'octobre, les ombrageront d'une manière quelconque à la sortie de l'hiver, afin de prévenir les fâcheux effets du soleil après les gelées de la nuit, et les transplanteront à demeure dès la fin de février ou dans les premiers jours de mars. C'est le seul moyen d'obtenir de très-beaux produits et de les obtenir de bonne heure. Avec nos plants de couche de printemps, plants frêles et délicats, nous avons à souffrir horriblement des ravages des altises et ne pouvons compter sur rien. Celle année, nous en savons quelque chose, puisque nous avons dû renouveler quatre fois nos plants de choux et que nous ne désespérons pas de les renouveler une cinquième fois. Où en serions- nous sans nos choux semés au mois d'août de l'année dernière ? Les livres nous disent que les choux-fleurs passent difficilement l'hiver; ne les croyons pas sur parole; semons-les, comme les autres, repiquons-les de même, mettons-les à demeure en pleine terre, en février ou mars, si le temps le permet, et ils pommeront en juin. Si nous disposons de coffres mobiles à châssis vitrés, abritons-les et ils nommeront en mai. — 159 — Nous rappelons enfin à nos lecteurs qu'ils doivent se munir de graines d'oignons blancs, les semer vers le 4 S août, les repiquer A demeure en novembre, ou ne les semer qu'à la (in d'août pour les repi- quer au printemps de l'année suivante. P. Joigneaux. BIBLIOGRAPHIE. GUIDE PRATIQUE DU JARDINIER MULTIPLICATEUR, par M. Carrière. — \ vol. in-18 de -270 pages. ( Suite. - Voir le numéro de juin, p. 133.) DES COUCHAGES. Il est avantageux de donner aux rameaux à multiplier, lorsqu'ils sont couchés, une position à peu près horizontale. On ne doit pas les laisser dans une position verticale, comme plusieurs écrivains l'ont conseillé. En effet, dans celle dernière position, la sève n'éprouvant dans sa marche aucun obstacle, se porte vers l'extrémité des rameaux, et les racines ne se développent que très-difficilement; cette remarque vaut la peine qu'on en fasse son profit. — Page 107. Le déchaussage externe ou en botte, qui consiste à amonceler la terre autour de la mère, employé presque exclusivement pour multiplier les cognassiers, pourrait l'être pour un grand nombre de plantes qui émettent beaucoup de drageons. Le déchaussage interne ou creux, qui consiste au contraire à creuser le sol dans lequel se trouvent les plantes mères, et qui n'est guère em- ployé que pour obtenir des plants de rosier des quatre saisons, pour- rait, comme le premier procédé, être appliqué à d'autres végétaux. — Page 110-111. DES BOUTURES. Et d'abord, voyons la théorie que l'auteur nous donne des boutures. Toutes les parties des végétaux jeunes et viables contiennent tous les éléments d'une plante entière, et sont susceptibles, étant placées dans des milieux convenables, de faire des plantes pareilles à celles dont elles sont détachées. Dans chaque portion du végétal il y a une vie la- tente et dont nous pouvons exciter le développement. Quelles sont les conditions nécessaires à la reprise des boutures? Tout végétal absorbe et évapore. La vie ne peut donc persister qu'autant que ces fonctions sont dans un certain rapport. Dans les boutures, l'absorption se fait, mais avec moins d'énergie; et seulement par la capillarité et selon les lois de l'endosmose. Si une bouture donc ne recevait pas constamment — 100 — une certaine somme d'humidité, si l'absorption était moindre que l'é- vaporation, elle périrait. De là l'emploi des cloches pour atténuer les effels de Pévaporation esl d'autant plus nécessaire que les parties bou- turées sont plus herbacées, plus aqueuses. Nous considérons comme principe rigoureux, démontré au point de vue pratique, qu'il est indis- pensable, pour la nidification des boutures, que l'absorption soil plus considérable que Pévaporation. C'est ce qui se passe sous les clocbes. — Page 115-1 19. — On ne peut mieux raisonner, plus clairement, plus à la portée de chacun, et cela en faisant marcher parallèlement la théorie et la pratique s'éclairant l'une l'autre. M. Carrière considère comme identiques au point de vue de la mul- tiplication, toutes les parties souterraines des végétaux auxquelles les botanistes ont imposé des noms divers, qu'ils ont jugé être tantôt des racines, tantôt des rhizomes; il entre à ce sujet dans une discussion qu'il eût peut être mieux fait de laisser aux savants spéciaux. Quant à moi, j'ai une opinion faite, mais ce n'est pas le moment de l'émettre. - Il n'y a pas de famille, dit-il, et pour ainsi dire, de genres qui ne ren- ferment des espèces qui ne se prêtent à la multiplication, à l'aide des parties souterraines. Dans certaines familles toutes les espèces possè- dent celte propriété. Boutures avec écailles. — Employées pour multiplier les plantes dites bulbeuses, exemple : les lis. Elles doivent être placées dans le même sens que celui qu'elles occupaient lorsqu'elles étaient adhérentes au bulbe. Elles doivent être enterrées pour que leur moitié inférieure au moins soit cachée. Boutures de feuilles et fragments de feuilles. — Mode exceptionnel, on n'en fait guère usage que pour les plantes de serre chaude ; c'est dans la famille des Gesnériacées que les feuilles émettent particulière- ment des bourgeons. Soin eut une partie du limbe suffit. M. Carrière enregistre ici un fait physiologique très-curieux. Dans les boutures de feuilles, les racines se montrent d'abord, puis les bourgeons; mais ces derniers ne sortent pas immédiatement de la feuille, comme on pour- rail le croire; celle-ci peut être considérée comme leur aïeule, comme une mère nourrice qui donne naissance aux racines et les alimente; puis celles-ci à leur lour produisent des bourgeons. Aussi, en raison de ce double phénomène, cette transformation devient impossible dans un grand nombre de plantes. Chez le Hoya carnosa, il n'y a jamais d'autre production aérienne que la feuille-mère. Les racines peuvent garnir des vases très-grands, sans jamais produire un seul bourgeon. — Pages 147- 150. Il arrive parfois que les feuilles s'enracinent, sans pour cela pro- duire de bouigeons à leur base, et que ceux-ci apparaissent tout à coup sur la partie supérieure de la feuille, exemple : le Bégonia. Le pétiole — 161 — s'enracine et les bourgeons font éruption le long des grosses nervures, à l'angle qu'elles forment à leur insertion sur la nervure médiane. Ce sont ces gemmes, ou plantes composées de toute pièce, qu'on détache et qu'on fait enraciner comme s'il s'agissait de rameaux. — Page 152. Boutures avec rameaux herbacés. — L'auteur recommande le bou- turage des Pelargonium innuinuns et zonale en plein air et même au soleil. Ceci me rappelle que j'ai vu employer ce moyen chez M. I,e- michez, à Neuilly, au mois d'août 18;J0. Une plate-bande en plein carré en contenait plusieurs milliers. J'ai encore sa phrase dans la tête : Vous voyez, on simplifie toujours cette méthode si excellente. Je n'en perds pour ainsi dire pas. Sur le rempotage des boutures. — On trouve comme ailleurs d'excel- lents conseils. Il vaut mieux faire deux et même trois rempotages qu'un seul dans de trop grands vases, les plantes se porteront toujours mieux. Des arrosements. — Opération des plus importantes et cependant à laquelle on apporte en général le moins de soins. Ce sont les moins exercés auxquels on confie ce travail. Il faut avoir égard à la nature des plantes, si elles sont vigoureuses ou non, en repos ou en végéta- tion, couvertes de feuilles ou en portant à peine. Plusieurs substances mêlées à l'eau sont très-favorables à la végétation, telles que le guano, la poudrette, la colombine, le purin, la colle-forte; mais on ne doit faire usage de tous ces ingrédients qu'avec une très-grande réserve et tou- jours en commençant avec des proportions minimes. — Pages 164-165. M. Carrière donne le nom de bouturage-écusson à un nouveau mode qui paraîtrait avoir été découvert par M. Vilmorin et qui lui a réussi pour toutes les espèces qu'il y a soumises. C'est en effet un écusson qui sert de bouture, mais un écusson bordé, c'est-à-dire détaché avec une partie du bois qui adhère à son écorce. La feuille qui accompagne l'œil doit être conservée dans son entier si elle est petite, le limbe sera tronqué si elle est considérable. La plantation se fait dans de la terre de bruyère ou du sable. On enterre l'œil et la base du pétiole. On place ces boutures sous cloche. — Page 166. DE LA GREFFE. M. Carrière rappelle ici ce qui a été enseigné par tous les physiolo- gistes, que la soudure ne peut avoir lieu qu'entre des végétaux ayant une certaine analogie, et il rend hommage aux travaux des botanistes, en reconnaissant l'influence qu'ils exercent sur les opérations de la pratique. Cet éloge de la science dans la bouche d'un homme instruit, sans doute, mais horticulteur praticien avant tout, lui fait un honneur infini; aussi, pour l'édification de ses confrères qui pourraient encore l'aire fi de la science, dois-je citer textuellement ce passage si bien senti : « La botanique, cette science que la plupart des jardiniers trai- JtlLLET is:i7. u - 162 — » lenl avec mépris, csl pourtant celle qui leur sert de guide dans la » greffe, parce que c'est elle qui a établi certains groupes plus ou moins « naturels, il est vrai, en rapprochant l'une de l'autre les plantes dont « les caractères organiques sont ;ï peu près semblables Pour nous, » nous regardons celte science comme l'une des plus belles et des plus » précieuses pour l'horticulture.... Honneur aux Tournefort, aux » Linné, aux Jussieu, qui ont découvert, par une patiente élude de la » nature, ces lois dont la connaissance devait plus tard rendre de si » importants services! » Qu'il me soit permis de me citer à ce propos. A vingt ans j'habitais une campagne dans le centre de la France, sans conseils, sans points de comparaison, et où la culture est encore aujourd'hui très -arriérée. Ce qui détermina ma vocation pour le jardinage, ce ne fut pas le Bon Jar- dinier, ni aucun livre pratique, mais des ouvrages de botanique, ce furent VOrganographie et la Physiologie végétale de de Gandolle. Croire qu'on peut se passer de théorie est l'utopie d'un ignorant. La réussite des greffes sera d'autant plus certaine qu'on aura da- vantage tenu compte de la place qu'occupent relativement, dans hmé- thode naturelle, les deux végétaux qui concourent à l'opération. Toutes les greffes qui se font sur des genres différents portent le nom de greffes digênères; exemples : le poirier sur le coignassier, le chio- nanthe sur le frêne. On pourra greffer avec succès des arbres à feuilles persistantes sur des arbres à feuilles caduques; exemple : le Magnolia grandiflora sur le Magnolia pur pur ea. Mais on ne peut faire l'opération inverse, c'est- à-dire greffer des arbres à feuilles caduques sur des végétaux à feuilles persistantes sans entraîner la mort de ceux-ci. Ces faits s'expliquent facilement. Dans le premier cas, le sujet, qui ne cesse de végéter que par la chute de ses feuilles, se trouvant continuellement excité par la persistance de celles de la greffe, conserve toute sa vitalité. Dans le deuxième cas, il en est autrement : le sujet devait, par sa nature, être toujours en végétation, et il se trouve forcé de s'arrêter par suite de la chute des feuilles de la greffe. Cet arrêt subit et opposé à sa manière dêlre, détermine une réaction qui amène la mort. — Page 176. Le sujet joue relativement à la greffe le rôle attribué au sol relative- ment à la graine. C'est en réalité un sol d'une nature toute particulière, sur lequel on plante, au lieu d'une graine, un fragment d'un végétal tout développé. — Page 177. Les conditions nécessaires pour la réussite de la greffe ressortent des lois organiques et naturelles. C'est la similitude ou la parenté entre la greffe et son sujet à laquelle l'auteur donne le nom de loi similaire ou d'identité. En règle générale, les espèces d'un même genre auront plus de tendance à s'unir que des espèces appartenant à des genres voisins. — 1G3 — Cependant le pommier appartenant au genre Pyrus reprend, mais ne vit pas très-longtemps lorsqu'il est greffé sur ce dernier, tandis qu'il re- prend vite et très-bien sur le cognassier genre différent, mais qui louche le genre Parus. Il y a donc entre ces végétaux des différences organiques que la science n'est pas encore parvenue à découvrir. — Page 479. Il est une règle très-admise : pour que les greffes réussissent, il faut que leur écorce et celle des sujets coïncident parfaitement. L'auteur la juge fausse en principe et ordinairement vraie dans l'application. Elle pèche par le principe, puisque dans les plantes désignées sous le nom de plantes iprasses les greffes se placent au centre de la lige el la reprise s'opère pourtant très-bien. Elle est vraie en ce sens qu'en faisant coïncider les écorces à l'extérieur, les parties les plus jeunes, celles qui sont en voie de formation se trouvent en contact les unes avec les autres. L'auteur entre dans des détails très-précis, très-intéressants, sur les sortes de greffes les plus généralement pratiquées dans l'horticulture moderne : — Greffes en placage très-usitées pour les arbustes de serre froide à feuilles persistantes. — Greffe mixte (greffe Luizet), presque ex- clusivement employée pour mettre les arbres à fruit. — Greffe anglaise (en pied de biche), dont on ne fait usage que sur de petits individus ; greffes herbacées, de dahlia ; manière d'opérer selon qu'on désire ou non qu'elles s'affranchissent ; greffe centrale, uniquement pour les plantes grasses. Il termine ce chapitre important par de sages conseils sur l'époque de faire les greffes, sur le moment de les couper et sur le choix des rameaux. Il y a bien des manières de rendre compte d'un ouvrage. Celle que j'ai suivie ne sera peut-être pas du goût des éditeurs de ce recueil, car elle prend plus de place qu'on en accorde généralement aux articles bi- bliographiques; mais faisant mon apprentissage dans les Revues, je n'ai pas encore acquis l'habitude de renfermer mes pensées dans un cercle tracé d'avance, sous peine de ne pouvoir le franchir. Si je sais réunir de nombreuses variétés de plantes sur un petit espace, j'ai craint de ne pouvoir grouper assez d'idées dans une page. Voilà pourquoi il m'a fallu tant de papier ! M. Carrière ne m'en voudra pas, car cet écrit lui est consacré en entier; et si mes lecteurs, en y mettant un peu de bonne grâce, le parcourent d'un bout à l'autre, je suis persuadé que tous voudront faire plus ample connaissance avec le Guide du Multiplica- teur, pour le succès duquel je fais les vœux les plus sincères, autant dans l'intérêt du consciencieux auteur que dans celui des praticiens. Ce livre est destiné à apprendre beaucoup à ceux qui ignorent et même à ceux qui savent. Comte LÉONCE DE LAMBËRTYE. — 164 — MISCELLANÉES. MEUBLES ET ORNEMENTS RUSTIQUES. Le style rustique embrasse toutes les œuvres destinées à l'ameuble- ment des campagnes, et qui ont un caractère simple et naturel ; c'est l'art de grouper d'une manière gracieuse des matériaux grossiers, tels que les fournit la nature. En un mot, dit un auteur anglais dans VHortxcultural Magazine, un meuble rustique doit autant que pos- sible représenter les premiers efforts de l'homme, pour arriver à fabri- quer ce qui lui est nécessaire avec les matériaux les plus simples. Les premiers ponts, les premiers cottages, les premiers meubles étaient des constructions dénuées d'élégance, faites sans grand travail, d'une façon grossière et telles que le goût actuel ne saurait les accepter; et si l'art moderne s'est emparé de ce mode primitif de construction, il s'est servi de ces matériaux grossiers pour les grouper d'une manière gracieuse, et conforme à notre sentiment du beau et les approprier à nos besoins et à nos fantaisies. La construction des meubles et ornements rustiques n'exige point de connaissances de menuiserie, ni un attirail d'instruments; avec un peu de goût, on saisira facilement les diverses combinaisons auxquelles les élagages du verger et des arbres de la forêt peuvent donner lieu. Une scie, une tarière ou vrille, une hache, un fort ciseau, des tenailles, un marteau et des clous, composent toute la série des instruments nécessaires à ce travail. Les branches et le tronc d'un pommier rugueux, bossue, sont particulièrement propres à la construction des meubles rustiques ; le poirier, le prunier, le chêne, sont également fort utiles à cause de la fréquente courbure et des bifurcations variées qu'ils pré- sentent. Le bois doit être sec avant d'être employé; revêtu de son écorce, il offre un cachet de rusticité complet, mais qu'il ne conserve malheureusement pas très-longtemps : l'écorce se détache peu à peu et finit par tomber entièrement; une couche ou deux de peinture appli- quées tous les ans retardent jusqu'à un certain point la chute de l'écorce, mais ne sauraient toutefois l'empêcher; aussi il est préférable d'enlever l'écorce immédiatement et d'appliquer sur le meuble une couche de bon vernis. Les paysans de Boitsfort, près de Bruxelles, font de charmantes corbeilles et de fort jolies jardinières rustiques en bran- ches de chêne vernissé; de plus, l'écorce abrite toujours une certaine quantité d'insectes xylophages, qui détruisent rapidement les meubles les plus solides; tandis que la surface lisse du bois dénudé ne leur offre aucune retraite pour se cacher. Aussi la vermoulure y est bien inoins fréquente. — 165 — l'n peu d'habitude et ensuite le i;oùt vous amèneront bientôt à savoir tirer parti des différentes branches d'un arbre Ainsi une grosse souche, une grosse branche trifurquée, donnent de suite l'idée d'une table : il suflit de retourner la branche et d'asseoir ses trois bras en les sciant à longueur voulue. Une planche ronde ou carrée clouée sur la coupe horizontale de la branche ou du tronc forme le dessus de la table. De grosses branches arquées et bifurquées formeront naturel- lement des bancs; la partie servant de siège sera rendue plane à la hache ou recouverte d'une planche. Ces premiers essais de construc- tions, d'une extrême simplicité, vous conduiront ensuite à fabriquer des meubles d'une forme plus gracieuse; c'est ainsi que trois branches plus ou moins rameuses et bifurquées peuvent fournir les éléments d'une table par l'entrelacement de leurs bras; l'extrémité des branches sera fixée à la pièce de dessus soit par des clous, soit dans des trous forés dans cette pièce. Arrivons à des agencements plus compli- qués : la table que représente la fig. 1 est établie au moyen d'un Dmnaa Fig. 1. tronc droit fiché en terre; c'est, le support sur lequel repose la pièce plane de dessus; trois ou quatre branches courbes sont fixées par des clous au tronc et à la tablette, et servent à la consolider; cela suffirai! à la rigueur; mais deux ou trois branches noueuses et ramifiées s'ap- puyant d'un côté sur le sol, de L'autre au support, ajouteront de l'élé- gance et de la force à votre construction, et le support, grâce à cet appui, pourra être plus mince. La fabrication d'une chaise, d'un canapé, exige une certaine somme d'habileté pour établir le dossier; on choisi! à cet effet une branche — 1GG — présentant une courbure convenable, et on la scie perpendiculairement en deux parties égales, lesquelles formeront les deux côtés symétriques du dossier; la surface plane par derrière, la convexe par devant. Notre fig. 2 représente une cliaise ainsi fabriquée; les brandies accessoires sont clouées ou introduites comme chevilles dans le dossier. B'Mtmvi Fig 2. Fig. 3. La fuj. 5 offre une beureuse application du style rustique à la décoration des jardins; c'est une corbeille deslinée à recevoir une touffe d'Hortensia, de Géranium, de Pétunia, de Rosier buissonnant ou de toute autre plante à effet pouvant supporter le plein air pen- dant la belle saison ; on peut se servir pour vase intérieur d'un petit tonneau coupé par le milieu, ou d'une cuvelle faite exprès, que l'on revêt de branches fendues et entrelacées de noisetiers ou de chêne ; une branche ou deux de chêne et de gros lierre nouées par les deux bouts encerclent et terminent le haut de la corbeille. Le support peut être façonné de différentes manières, sur trois pieds, sur un tronc fourchu ou simple, sur des branches entrelacées, etc. Les accessoires, tels que cônes de sapin, clochettes, plaques de bois polis ou peints en couleurs variées, que quelques personnes font ajouter aux meubles rustiques détruisent l'harmonie du style, et vous font tomber dans le genre rococo et niais. Faisons remarquer que Ton ne doit pas réunir de grosses bûches ou des souches volumineuses à de faibles branches; on emploiera ces fortes pièces comme supports de tables ou de corbeilles; avec les petites on fait des dossiers de chaise ou de canapé, des tablettes, des corbeilles, des tabourets, et les - 167 — embellissements des grands meubles. Il faut en un mot, qu'une cer- taine harmonie, qu'une certaine proportion règne entre toutes les parties, sinon l'on tombe dans l'affectation et le ridicule. DES PERCE-OREILLES. M. Oberdieck, célèbre pomologue, recommande pour détruire sinon pour diminuer les perce-oreilles, si redoutables aux fruits et aux fleurs, de déposer de vieux paniers aux endroits où ils se cachent. On laisse ces paniers pendant deux ou trois jours tranquillement à leur place, puis on les saisit un beau malin et on les secoue avec force; les perce- oreilles, qui s'y rassemblent parfois par milliers, tombent sur la terre où on les écrase. Des chiffons de laine, des déchets provenant de la tonte des haies, des tiges de pavots, la paille de pois ou la paille ordi- naire, liée en bottes minces, rendent à peu près le même service. M. Oberdieck, en déposant dans son jardin, près des espaliers, plu- sieurs vieux paniers, est parvenu à détruire des milliers de perce- oreilles, et a ainsi réussi à restreindre les dégâts qu'ils occasionnaient dans ses meilleurs fruits. Dès qu'on est une fois parvenu à maîtriser la trop forte multiplication de cet insecte, il devient ensuite facile, avec un peu d'attention, de le tenir en bride. Les amateurs de Dahlias peuvent facilement attraper les perce- oreilles, en déposant au printemps, près des jeunes plantes, les vieilles tiges de l'année précédente, qui sont ouvertes à l'un des deux bouts et fermées à leur bout opposé, de manière que le bout ouvert soit dirige du côté de la plante. On trouve souvent, peu de jours après, dans chaque tige quelques centaines de jeunes perce-oreilles. Il paraît, que ces insectes affectionnent particulièrement l'odeur des tiges de Dahlias, car aussitôt qu'ils en trouvent, ils se disposent à \ déposer leurs œufs. Inutile de dire que les bouts des tiges doivent être conservés pen- dant I hiver dans un lieu sec. S. — Ki8 — EXPOSITION DE VALOGNES (Manche). Celte exposition a eu lieu du 5 au 9 juin, dans la belle salle que la ville a fait construire sur la place du Château : elle étail fort remarquable ; aussi de nombreux visiteurs sontvenus payer un juste tribut d'éloges aux horticulteurs de l'arrondisse- ment de Valognes. Les fleurs variées, les fruits et légumes, les meubles rustiques el les instruments de jardinage témoignaient par leur bon choix de l'heureuse ému- lation qui s'est établie entre les exposants, des progrès qui se font remarquera chaque exposition. S.E.Ie ministre de l'agriculture et des travaux publics avait bien voulu, sur les instances de l'honorable présidenl de la Société, M. le général Meslin, mettre deux médailles spéciales d'argent destinées l'une aux travaux de l'arbori- culture, l'autre à la culture maraîchère. Deux concurrents, MM. Paul Le Cappon et Louis Lepoiltevin, dans le concours d'arboriculture, se présenlaientavec un mérite égal; la médaille échut par voie du sort au premier de ces horticulteurs intelli- gents; un diplôme remis à chacun constate légalité de leur mérite. Le grand prix pour la culture maraîchère est décerné à M. Duclos, jardinier chez M. du Poerier «le Franqueville. Les beaux légumes de M. Picot, jardinier de M me du Picot, reçoivent le premier prix donné par la Société; les récompenses obtenues par Mil. Touroude, Typhaigne, Georges André, Olivier et Lemire, prouvent combien la culture maraîchère a fait de progrès dans l'arrondissement de Valognes et l'importance que la Société attache à cette spécialité. Un lot de pommes et poires parfaitement conservées atteste les soins de M. du Mesnildot, propriétaire à Anneville en Saire; une médaille d'argent lui est accordée. Les collections de Pélargoniums étaient nombreuses, bien choisies et bien cultivées; celle de M. Paul Le Cappon obtient le premier prix; les Fuchsia et les Azalées de ce même horticul- teur remportent également les premières palmes ; une charmante corbeille de roses coupées de M. Bitol, avoué à Valognes, reçoit le prix; le jury remarque dans ce contingent une jolie rose de semis qu'il nomme séance tenante Triomphe rie Valognes. M me veuve Quétel de Caen avait exposé une remarquable collection d'Anémones : une médaille spéciale lui est décernée. Les Pensées de M. Otbon , avocat à Valognes; les Anémones ou semi-doubles de M. Touroude; les meubles rustiques de M. Dagoury fils, de M. Lemire; les outils de jardinage de M. Debout; le sécateur à deux lames tranchantes de M. Goubaux : les Rhododendrons, Azalées, Pélargoniums el Pensées de M. Malherbe, de Bayeux, et les Verveines de M. Ourry, horticulteur à Cherbourg, sont vivement appréciés par le jury qui leur décerne à tous des premiers prix. ////// V/V//W /V////7/V7/V/ . /■ — h; et du 16 mai. Les fleurs du Rhododendrum Veitchianum ont , toutes grandes qu'elles soient, le faciès d'un Azalea et M. Lindley a eu raison de com- parer les lobes de leur corolle aux lobes crispés et ondulés de Y Azalea crispiflora, mais botaniquement la plus grande affinité de cette nouvelle espèce est avec le Rhododendrum formosum [Rhododendrum Gibsoni des horticulteurs), à côté duquel il devrait être systématiquement placé, bien qu'il en soit très-distinct cl par les fleurs et par le feuillage. C'est un arbuste de taille moyenne, dont les vieilles blanches sont revêtues d'une écorce rouge-brunâtre, glabre. Les feuilles, longues de 5 à 4 pouces (8 à 10 centimètres), sont exactement obovées, coriaces, aiguës el même mucronées à l'extrémité, se rétrécissant graduelle- ment vers le bas en un pétiole très-court ; elles sont glabres, et nues en dessus, glauques en dessous et revêtues d'écaillés résineuses dissémi- nées, orbiculaires, rouges ou ferrugineuses. Les fleurs naissent par trois ou quatre au sommet des branches; leurs pédicelles sont écail- leux, ainsi que la partie externe au calice; celui-ci est à cinq lobes courts et ovés, munis de quelques soies rudes marginales. Corolle fort grande, d'un blanc pur, infundibuliforme-campanulée à tube court; limbe Irès-élalé à cinq lobes, profonds, presque égaux, obovés, étalés, bords fortement ondulés et crispés. Étamines de douze à quatorze, s'éle? vant d'un disque hypogyne lobé et annulaire; anthères blanches, linéaires. Ovaire oblong-ové, trés-écailleux , de même que la ba.se du style. Stigmate dilaté, à cinq lobes. Le Rhododendrum Veitchianum a été importé directement de Moul- mein par MM. Veitch et fils, horticulteurs à Chelsea près Londres. KEVUE DES PLANTES KAKES OU NOUVELLES. SERRE CHAUDE. Beadroblum erepldatum (LlNDLEY), ligure dans le Bol. May., pi. 4993. — Famille des Orchidées. Le Dendrobiitm crepidatum ou à label le en forme de pantoufle, est une charmante espèce originaire de l'Inde (de l'Assam ou des colline? de Khasya, dans le Bengale oriental), d'où elle a été introduite il v a quelques années, mais sans doute en quelques exemplaires seulement, car elle ne se trouve pas indiquée sur les catalogues horticoles, el Ton — 172 — ne cite que M. Holford qui l'ail eu en fleurs en 1850. L'exemplaire décrit clans le Botanical Magazine a été communiqué en avril dernier au savant rédacteur de cel utile recueil par M. Parker, horticulteur à Hornsey. M. Lindley considère ce nouveau Dendrobium comme voisin du Dendrobium Pierardi et surtout du Dendrobium cretaceum, dont il diflere surtout par ses fleurs plus grandes et plus fortement teintées de carmin et de jaune orange et par ses ovaires et pédicelles plus allongés et colorés en rouge. Les tiges du Dendrobium crepidalum. ont de 25 à 55 centimètres de longueur; elles sont fermes, presque érigées, arrondies, striées, branchues seulement à la base, à joints assez rapprochés où l'on remarque les vestiges d'une écaille engainante. Feuilles rares et seule- ment sur les jeunes tiges non fleuries. Fleurs grandes, blanches, à extrémités roses, jaune orangé au centre du labelle; elles naissent généralement par deux aux joints des liges non fouillées. Pédicelles et ovaires minces assez longs, rouges. Sépales étalés, ohlongs, obtus. Pétales semblables aux sépales, mais plus larges et subarrondis, étalés. Labelle presque cordé, étranglé à la base, entier, très-légèrement trilobé, obtus ou relus au sommet, replié de chaque côté de la base, de manière à présenter une cavité calcéiforme (en pantoufle); surface interne pubescenle, à l'exception du disque qui est obscurément strié; la base du labelle se termine extérieurement en un éperon très-obtus. Colonne très-courte. çirrhopetaium Cumingfi ( Lindley ) , figuré dans le Bot. Mag. , pi. 4996. — Famille des Orchidées. On doit l'introduction de cette fort jolie Orchidée à M. Cuming qui la rapporta des îles Philippines vers 1840. Sa floraison facile, le riche colons de ses fleurs disposées très-régulièrement en ombelle déprimée, presque circulaire, assurent à cette espèce une place dans toute collection d'élite. Les pseudo-bulbes, petits, ovés ou oblongs, monophylles et munis dune large écaille membraneuse engainante, s'élèvent d'un caudex rampant ; quelques racines fibreuses se montrent sous les pseudo-bulbes. Feuille solitaire terminale, longue de 8 à 10 centimètres, oblongue ou elliptique, coriace, dépourvue de nervure et s'amincissanl vers le bas. Scapes solitaires naissant de la base du pseudo-bulbe, beaucoup plus longs que la feuille, minces, filiformes, rouges, portant deux petites écailles. Fleurs en ombelle rayonnante presque circulaire, d'un riche pourpre violacé. Pédicelles très-courts, de longueur égale, rouges de même que l'ovaire, et munis à la base de très-petites bractées vertes. Sépales très-inégaux : le supérieur petit, concave, ové, Irès-élioitement acumîné, frangé de longs poils glanduleux; sépales latéraux longs de — 173 — près de 5 centimètres, linéaires-oblongs, brièvemenl acuininés, se projetant en avant, et tordus à la base de manière que les bords extérieurs se touchent. Pétales de môme forme que le sépale supérieur, mais un peu moins grands et ('rangés comme lui. Labelle, petit en pro- portion de la dimension de la fleur, épais, charnu, en forme de langue, obtus; le disque présente deux proéminences ou plis élevés; la base s'articule avec le prolongement décurrent de la base de la colonne; celle-ci est épaisse et courte, ses côtés se projettent en l'orme d'ailes. Le Cirrhopetalum Cummingii fleurit au printemps; il croit fort bien sur un bloc de bois suspendu dans la serre; on le cultive également dansle sphagnum. Puya vlreseeng (\V. IIookF.it), iiguré dans le But. Mag., pi. 4991. Famille des Broméliacées. — Hexandrie Monogynie. M. W. Hooker dit avoir reçu cette plante des jardins belges sous le nom de Puya; il la suppose originaire de Venezuela ou de la Nouvelle- Grenade. Sa floraison a eu lieu en mars 18*J7. C'est une espèce orne- mentale, acaulc, de taille moyenne. Ses feuilles ont de 50 à 00 centi- mètres de longueur; elles sont inermes, linéaires-lancéolées, assez larges, se terminant brièvement en une pointe courte et fine; de cou- leur vert foncé terne; leur surface est striée par des lignes parallèles rapprochées. Scape haut de GO centimètres el plus ; les feuilles qui le garnissent intérieurement se transforment graduellement en bractées rapprochées et pour ainsi dire imbriquées, acuminées, subulées à hase large et engainante- Épi solitaire ohlong, long de 15 ■'» 20 centimètres, lâche, composé et muni de nombreuses bractées largement ovées , acuminées, vert jaunâtre lavé et strié de brun rouge. Fleurs presque sessiles, grandes, nombreuses, d'un blanc verdâlre ou jaunâtre Irès- pàle. Calice à trois sépales linéaires-oblongs, submembraneux, obtus, entiers, dressés, appliqués contre la base étroite de la corolle. Trois pétales amples, larges, spatules, à limbe étalé; les onglets fort longs adhèrent légèrement par les bords. Six é ta mines à filets plus courts que les pétales, attachés dans presque toute leur longueur à l'onglet; anthères suhsagittées. Style aussi long que les élamines, articule près de la base. Ovaire subpyramidal, ohlusément trigone. SERRE FROIDE ET PLEINE TEUUE. iioi'oiiioiem Bonrgœi (Schultz-Bipont), figuré dans le Bol. Mag., pi. 4994. — ■ Famille des Composées. — Syngénésie- Polygamie superflue. Cille fort jolie plante de serre froide a été découverte en l centimètres jusqu'à près d'un mètre do hauteur: il est branebu et généralement glabre. Les feuilles sont alternes, très-variables de forme; les inférieures longuement péliolées sont lyrées-pinnées ; à lobe terminal ample, profondément cordé, aigu, sinué-anguleux; lobes latéraux très-petits, distants, opposés, cordés-ovés; pétiole muni vers le bas de ebaque côté d'une largo oreillette; fouilles supérieures per- dant graduellement leurs lobes latéraux, petites et à pétiole entière- ment et largement ailé et presque amplexicaule; surface supérieure dos fouilles glabre; surface inférieure blanche et arachnoïde. Fleurs radiées, disposées en corymbes larges, composés el un pou feuilles; pédicelles munis de plusieurs bractées subulées. Involucre hémisphé- rique, glabre, dépourvu do bractéoles; corolles de la circonférence (demi fleurons) d'un violet pâle, à akène glabre et dépourvu de pap- pus; corolles du centre (fleurons) d'un violet foncé, à akènes poilus et à pappus presque aussi long que le fleuron tubulaire. Le Doronicum Bourgœi se multiplie de graines et do boutures; c'est une excellente acquisition pour la serre froide. Forsythia suspensa (Vahl.), figuré dans le Bot. Mug , pi. 4995. — Syn. : Syringa suspensa (Thunbf.rg). — Famille des Oléacèes. — Diandrie MonOgynie. Aussi rustique que le Forsythia viridissima Lindley, le Forsythia à rameaux pendants l'emporte sur celui-ci en beauté el en grâce; ses (leurs sont plus grandes, mieux faites, son port plus élégant. Il fleurit de même au commencement du printemps avant l'évolution dos fouilles. C'est sur cotte espèce : le Syrinqa suspensa de Thunberg, qu'a été créé le genre Forsythia ; il paraîtrait, qu'elle a été introduite du Japon en Hollande vers 4853, par M. Verkerk-Pistorius, c'est-à-dire bien longtemps avant l'envoi en Europe du Forsythia viridissima par Fortune. Il est assez étonnant qu'une pareille plante soit restée si longtemps dans l'oubli. M. Siebold dit que le Forsythia suspensa est seulement connu au Japon à l'état de culture, et qu'il semble y avoir été importé do la Chine. C'est un arbrisseau très-branchu à rameaux épars, revêtus d'une i (oko rouge, souvent exlraordinairement allongés et pondants. Feuilles de formes variables, simples ou trifoliées à folioles ovées ou subi boni- - Wi — boïdes, dentelées. Fleurs grandes, forl belles, jaunes, naissant de bourgeons écailleux opposés. Pédoncules allongés (ils sont courts dans le Forsythia riridissima), souvent pendants et munis de bractées. Calice profondément découpé en quatre lobes lancéolés, érigés-étalés, grands en proportion de la fleur. Corolle ample, d'un jaune brillant, rayé d'orange dans le tube qui est court, campanulée on roue; segments oblongs, plus larges et moins allongés quedans l'autre espèce Deux étamines aussi longues que le tube, et insérées à la base même de la corolle. Pistil petit, plus court que les lobes calicinaux. Ovaire globuleux. On multiplie aisément celle plante; en recouvrant de terre l'extré- mité des brandies pendantes; la radilication se fait en peu de temps. MM. Veitch et Gis, horticulteurs à Chelsea, près Londres, propriétaires de ce joli Forsythia, le mettront prochainement en vente. Seabloiia atropurpurea L., flore pleno ; ligure dans la Flore desserres et jardins de l Europe, pi. 1203. Famille des Dipsacées. — Tétrandrie Monogynie. M. Van lloullc a reçu cette fort jolie plante de M. Dôller, jardinier de M. le comte de Scbœnborn, à Vienne, qui l'avait trouvée parmi des semis. Les capitules d'un cramoisi velouté noir, reflété de feu, appa- raissent vers la fin de l'été et jusqu'en hiver. On doit, pour l'avoir plus belle, dit M. Van Houlte, la cultiver à la manière des Géraniums et la soumettre à une taille sévère. — On bouture au printemps. — File sera mise en vente au premier septem- bre prochain par l'établissement Van Iloutle. Nous ne savons pas si la duplicalure des fleurs provient de la trans- formation des étamines en organes pétaloïdes ou si elle doit être attri- buée à un dédoublement, de la corolle, comme dans les Daluras et les Campanules; l'inspection de la figure nous porte à croire que cette dernière supposition est plus proche de la vérité que la première. - 17IÎ CILTUHK MARAÎCHÈRE. TETRAGONIE ETALEE. INSERINE QUlNOA. — IGNAME BATATE. — CERFEUIL BULBEUX. — RACINES DE CHICORÉE. - ÉTAT DES POTAGERS. Nous avons on tant do misère celte année avec nos épinards d'été, que nous voulons prendre nos mesures pour l'année prochaîne et les remplacer avec avantage. A eet effet, nous songeons à la télragonie étalée, que d'aucuns appellent l'épinard do la mer du Sud et que nos marchands grainiers désignent, sur leurs catalogues, sous le nom peu scientifique de télragone cornue. Les qualités de cette plante, introduite on France et en Belgique vers 1810, sont parfaitement connues; malheureusement, la levée des graines est si capricieuse que, jusqu'à ce jour, les jardiniers et les amateurs n'ont point osé se livrer à une culture régulière de la plante en question. Voici ce qu'en dit le Bon Jardinier : — « L'expérience a pleinement constaté, en France et en Angleterre, le mérite de cette plante comme épinard d'été. Elle a, en effet, tellement la qualité de l'épinard, qu'on peut s'y méprendre. L'avantage particulier de la télragone, c'est que plus il fait chaud, plus elle produit, tandis que l'épinard monte si vite que l'on peut quelque- lois à peine obtenir une cueillette. Les semis en place au printemps sont souvent capricieux pour la levée; un semis fait à la fin d'octobre, et qui ne lève qu'au printemps, nous a quelquefois mieux réussi. » Ce quelquefois n'est pas consolant ; il est clair, d'après cela, que, selon le livre cité plus haut, on n'est pas précisément sûr de la le\ée dos graines, pas plus avant l'hiver qu'après. Parlant, on s'explique très-bien l'hésitation des jardiniers à entreprendre la culture de la télragonie. Nous allons, en deux mots, les sortir d'embarras. Voilà quatre ans que nous cultivons ce légume et que nous avons à nous plaindre des caprices de sa germination. Tout en y attachant une grande importance, nous étions presque résolu à l'écarter de notre potager. Sur ces entrefaites, le livre de Lindley nous tomba sous la main et nous lûmes avec un vif intérêt les passages qui traitent de l'échaudage des graines d'une germination difficile. Lecture faite, nous primes le parti d'user de ce procédé héroïque à l'endroit des semences de la télragonie. L'année dernière, alors que colles de ces semences enterrées sur couche s'obstinaient à y dormir, nous prîmes le parti de pratiquer un semis de pleine terre, après avoir opéré l'échaudage, mais timidement. Le résultat fut favorable: nous obtînmes une lovée — 177 - des plus satisfaisantes. Celle année, au printemps, nous semâmes de nouveau sur couches. Trois ou quatre graine-, germèrent; c'était à se dépiter et à y renoncer. Cependant, nous ne perdîmes pas courage, nous versâmes sur un certain nombre de graines restantes de l'eau tout à fait bouillante, et laissâmes nos graines dans celte eau pendant trois ou quatre jours. Celte opération avait lieu au commencement de juin. Les semences échaudées furent mises en pleine terre et la levée ne se fit guère attendre, à notre grande satisfaction, Aujourd'hui donc, nous pouvons dire en toule assurance aux amateurs et aux jardiniers : — Ne reculez plus devant la culture de la tétragonie; il vous suffira de passer ses graines à l'eau bouillante pour en déterminer la germination et assurer la levée, sinon de toutes les graines, au moins d'un assez grand nombre. L'anserine quinoa peut encore nous tenir lieu d'épinards d'été. Elle a sur la tétragonie l'avantage de bien mûrir ses graines sous le climat de la Belgique, et d'en produire une quantité prodigieuse. Elle a presque exactement la saveur de l'épinard, et nous connaissons des personnes qui lui donnent la préférence sur ce légume au point de vue de la délica- tesse. L'anserine quinoa est d'une culture très-facile et donne des pro- duits abondants toutes les fois qu'on prend la peine de la sarcler avec soin, et de l'éclaircir de bonne heure. Cette dernière opération nous paraît surtout essentielle. On peut semer le quinoa à demeure dans le courant d'avril, en lignes ou à la volée, de même que l'on peut le semer sur couches en mars et le repiquer dès que le plant a sept ou huit centimètres. Pour notre compte, nous préférons la première méthode à la seconde, parce que, l'année dernière, nous avons eu beaucoup à souffrir de la trans- plantation. Sur trois longues planches de sujets repiqués, nous n'avons pu sauver que trois ou qualre pieds. Les larves de certains insectes que l'on connaît sous le nom de taupins et vulgairement de marteaux, ont tout ravagé, malgré nos soins de tous les jours. Nous avons dû, on le pense bien, renoncer au repiquage et adopter la méthode du semis à demeure. Nous nous en trouvons â merveille et la recommandons à nos lecteurs. Permettez-nous, à présent, de vous dire un mol de l'igname batate. Au risque de faire acte d'hérésie horlicole, nous déclarons que ce légume nouveau ne tiendra pas les promesses qui ont été faites en son nom. Non-seulement sa venue est lente et exige deux années pleines pour le développement d'un produit de quelque valeur; non-seulement l'igname exige une profondeur de terre considérable et présente des difficultés pour l'arrachage, mais elle a déplus l'inconvénient de lever avec une grande irrégularité. Cet inconvénient n'a pas été constaté, el nous le regretlons, car il devait élre très-bien connu des personnes qui Aoot 1857. 16 - 178 — oui prôné ce légume avec tant d'ardeur dans ces derniers temps. Ainsi, vous planterez des tronçons d'igname dans un même terrain , à une même profondeur, le même jour, et vous en aurez qui auront un mètre de tige, alors que les autres ne commenceront qu'à pousser. Or, il est évident que ces derniers venus ne donneront jamais d'aussi belles racines que les premiers, et que celte irrégularité dans la levée ne satisfera jamais l'homme de la grande culture. Nous maintiendrons peut-être l'igname dans nos jardins à litre de curiosité et pour grossir le nombre de nos espèces, mais nous persistons à croire (pie nous n'en tirerons pas plus profit dans l'avenir (pie dans le présent. Voici un légume qui a fait un peu de bruit en même temps que le précédent. Nous voulons parler du cerfeuil bulbeux. Tout d'abord, nous nous plaignons d'une chose que voici. Les personnes qui ont, recommandé la culture de cette plante auraient dû, ce nous semble, en indiquer les détails. L'accomplissement, de ce simple devoir eût épargné des frais inutiles à bon nombre de personnes. Pour notre part, nous avons cru qu'on pouvait semer le cerfeuil bulbeux au printemps, et nous l'avons semé en pure perle, puisqu'il ne pousse qu'après avoir été semé à l'automne. Nous en savons qui ont procédé comme nous, qui se récrient contre les marchands de graines et. ont raison de se récrier. Quand il nous arrive d'aclieter quelques échantillons de graines de par- terre, nous sommes à peu près sûrs de trouver les opérations de cul- ture résumées sur l'étiquette du paquet. Pourquoi ne pas agir de même avec les graines de légumes, surtout lorsque ces légumes sont nouveaux ou peu connus. Il n'y a pas d'inconvénient à passer brusquement d'un sujet à un autre ; il n'y a pas nécessité de ménager les transitions. Donc, du cer- feuil bulbeux, nous arriverons d'un bond à quelque chose de très- commun, aux racines de la cbicorée. Les personnes qui habitent le Brabanf, la province d'Anvers et les Flandres, ne cultivent pas unique- ment la chicorée pour transplanter ses racines en cave pendant l'hiver et produire cette salade fine et étiolée, généralement connue sous le nom de barbe de capucin. Ils la cultivent encore pour tirer parti de ses racines pendant l'été. A ce titre, c'est un légume admis sur toutes les tables et recherché, malgré son amertume ou plutôt à cause d'elle, par un grand nombre de personnes. En France, et ici, dans le pays wallon, nous ignorons tout à fait cette préparation des racines de chi- corée. Elle peut être vieille comme le monde dans les Flandres; ici, nous la tenons pour nouvelle et originale. A ce propos, et dans le cas où certains de nos lecteurs tiendraient à en faire l'essai, il nous paraît utile de mettre le pied en passant sur le domaine de la cuisinière bour- geoise et de dire comment l'on doit tirer parti de la chose. — Dès que les racines de chicorée sont de la grosseur du doigt, ce qui arrive ordi- - 179 - nairement dans le courant de juillet , on les arrache , on les nettoie comme les carottes, puis on les jette dans l'eau bouillante avec du sel. Quand ces racines sont cuites, on les relire de l'eau bouillante pour les jeter dans l'eau froide. Après cela, on fait fondre du beurre dans une casserole, on y délaye une cuillerée à café de farine, on y ajoute de l'eau, ou mieux du bouillon, du poivre et du sel, et enfin un peu de crème. On verse les racines dans celte sauce, on les tourne quelques minutes et on les sert. A présent que nous avons dit ce que nous avions à dire louchant certaines cultures spéciales, parlons un peu de l'état des récoltes dans nos potagers. Selon les gens de l'Ardenne, jamais sécheresse n'amena chèreté. A ce compte, nous devrions nous attendre aux récoltes abondantes el au bas prix des denrées maraîchères. Cependant, nous ne pouvons ajouter foi pleine et entière au dicton; tout en espérant de beaux produits dans les sols riches, fumés de vieille date et faciles à arroser, nous craignons que la végétation ne soit tourmentée dans les terrains secs, de création nouvelle, exposés au midi el, éloignés de l'eau. Mais si nous n'avons pas partout la quantité, nous aurons bien certainement la qualité, et c'est un point à prendre en considération, dès qu'il s'agit de légumes. Autant que nous pouvons en juger par ce qui se passe chez nous, par ce que nous avons vu dans les provinces de Namur, de Liège el de Bra- bant, la récolte de choux sera faible. Si le gros chou d'Allemagne fait bonne figure encore, malgré la chaleur tropicale de ces derniers jours, en retour le trapu de Brunswick, les choux-fleurs, les choux-raves ou d'Arabie, et les choux-navets font peine à voir. Ils ont eu à souffrir des insectes, ils souffrent à présent de la sécheresse ; c'est plus qu'il n'en faut pour les anéantir en partie. Les chenilles aidant, le mal ne fera qu'empirer et se précipiter. Le chervis , les panais cl les carottes qui aimenl la fraîcheur, ne sont pas à leur aise , on le pense bien. Les pommes de ferre, plantées avant l'hiver, produiront beaucoup, attendu que les tubercules placés à une grande profondeur, se trouvent dans de bonnes conditions de végétation. Les pommes de terre plantées au printemps el au niveau du sol pour ainsi dire, ne prendront pas de développement, surtout dans les terrains légers et pierreux. Les navels seront tardifs, parce que les premiers semis ont été maltraités par les altises et que les seconds paraissent souffrir beaucoup en ce moment, et des insectes et de la sécheresse. La difficulté des repiquages élèvera nécessairement le prix des endives ; on ne pourra les obtenir qu'à grand renfort d'arrosage, et il est juste que les frais de main-d'œuvre se payent. Presque partout, l'ail et les oignons s'annoncent bien. Les laitues pommées souffrent, les romaines ou chicons souffrent également, font leur cœur avec peine et durcissent par les côtes. Les haricots, — 180 — plantés un pou serrés, nous promettent, sinon de hautes fanes, au moins de nombreuses gousses, et c'est là l'important de la chose. Ceux qui ont été plantés clair et à peine recouverts , souffrent de la chaleur, jaunissent et auraient besoin d'être buttés, niais il y a lieu de croire que notre conseil arrivera quand les lecteurs n'en auront plus besoin. L'année, selon toute vraisemblance, sera bonne pour les plantes des pays chauds. Ainsi, nous aurons de magnifiques cardons, des courges d'un fort volume et d'excellente qualité, des concombres en abondance, des tomates, pour peu que nous prenions la peine d'arroser copieusement ces légumes matin et soir. P. JoiGNEAUX. POMOLOGIE. DE LA SCARIFICATION DES ARBRES FRUITIERS COMME MOYEN D'EN AUGMENTER LA FERTILITÉ. Il y a déjà quelques années que la scarification (incision longitudinale) et la décorticalion circulaire pratiquées sur la tige ou les branches des arbres fruitiers, comme moyens d'en stimuler la fructification, faisaient la ronde dans tous les journaux d'horticulture de l'Europe et de l'Amé- rique. Cependant, cette méthode, nullement nouvelle pourcette époque, est tombée, comme tant d'autres, dans un oubli presque complet. Notre but n'est pas d'entrer dans l'examen des raisons pour lesquelles elle n'était pas viable, car nous serions obligés d'entrer dans des discussions de physiologie végétale, ce qui serait en dehors de notre compétence (I). (1) Le traducteur de cet article ne voit pas de grandes difficultés pour expliquer la raison pourquoi la méthode de scarifier les arbres fruitiers a été abandonnée. La décorticalion circulaire se basait sur la supposition que cette opération empêchait la descente dans l'écorce des sucs qui avaient été élaborés dans les feuilles. Mais cette supposition part de fausses prémisses; car une sève qui descend dans l'écorce n'existe pas. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à enlever une bande circulaire de quelques pouces de longueur d'un jeune arbre, un frêne par exemple, et l'on verra qu'il continuera à vivre au moins i à 5 ans encore. Nous avons en ce moment sous les yeux cinq jeunes frênes qui avaient été opérés ainsi en avril 1854 et qui vivent encore. Où est donc ici la prétendue sève descendante? Dans nos éludes de la physiologie végétale nous n'avons pu découvrir nulle part la preuve certaine d'une sève descendante, il y a cerlainement plus de preuves qui démontrent le contraire; et pour en citer une, nous demanderons comment il se fait que le sujet sauvage sur lequel on a enté un rameau d'une bonne espèce, ne prend pas les caractères de celui-ci, ce qui devrait cependant avoir lieu si la sève descendait continuellement de la couronne vers le pied de l'arbre. Mais on sait - 181 - Won intention esl, au contraire, de rappeler aux cultivateurs un moyen très-ancien et peut-être très-connu; je veux parler de l'espèce de scari- fication pratiquée sous le nom de saignée el qui consiste à fendre I e- corec depuis le commencement de la couronne jusqu'à la racine. Je sui> convaincu que c'est une erreur de ne pas oser appliquer celle mé- thode dans toute son étendue et aussi énergiquement qu'il le faut pour assurer le succès qu'on en attend. Peut-être le nom de saignée est-il la cause que le moyen n'est pas aussi fréquemment appliqué qu'il serait à désirer; involontairement on fait des rapprochements et on craint d'affaiblir l'arbre, comme cela a lieu chez les hommes et les animaux auxquels on lire du sang. N'a-t-on pas vu de célèbres pomologues, qui malheureusement ne le sont que dans leur cabinet, soutenir la thèse que par les saignées on fait perdre aux arbres trop de sève et qu'on les affaiblit, mais que ce même affai- blissement, ajoutent ces messieurs, est nécessaire pour rendre les arbres fertiles! Oui, après cela, en voudra au néophyte, si, en se fondant sur de pareilles autorités et dans la crainte d'affaiblir ses arbres, il n'ose pas entreprendre l'opération, ou ne l'exécute pas comme il le faut? Que la perle de sève n'est pas aussi grande qu'on le prétend, il esl facile de s'en convaincre en faisant une incision longitudinale dans l'écorce d'un figuier ou d'un sumac, arbres qui regorgent de sucs : sur une étendue de 4 à G pieds, il n'en sortira pas la quantité d'un gros. Si l'on l'ail une incision circulaire, la quantité de suc que perd l'arbre esl plus giande. « t'n arbre fruitier doit avoir achevé la production de bois mur avant qu'il puisse fructifier , est une ancienne règle de nos ancêtres, qui a pour signification qu'un arbre, avant qu'il puisse porter des fruits, doit avoir atteint une hauteur et une force relative à sa nature et au sol, on, en d'autres termes, qu'il doit avoir atteint un certain âge, un âge viril. C'est alors que la croissance se ralentit. On se tromperait du reste beaucoup si l'on considérait ce ralentissement dans la crois- sance comme le commencement de la fructification; c'est le contraire qui arrive le plus souvent. Ce serait donc commettre une faille que de qu'au-dessus île l'endroit de la greffe la sève reste invariablement toute aulre qu'en dessous dans le sauvageon. Le vrai molif pour lequel la méthode de la scarifica- tion a été abandonnée, c'est que les arbres en devenaient malades, comme ils le deviennent toujours après des blessures graves de ce genre. El ceci s'explique «'gaiement. Lorsqu'on enlève une bande circulaire de l'écorce, l'aubier sous- jacent est mis à nu ; le cambium qui en sort se desséche et il n'est plus possible que de nouvelles couches ligneuses puissent se former. La sève ascendante esl donc forcée de continuer à mouler dans l'ancienne couche d'aubier: mais comme celle-ci finit par s'oblitérer, la sève est arrêtée dans son mouvement ascendant el la partie de la brauche qui esl située au-dessus de la région opérée, n'esl plus nourrie el doit nécessairement tôt ou lard se dessécher. — 18:2 — vouloir affaibli: un arbre d'une certaine force, dans le bul de le faire fructifier L'arbre doit avoir montré d'abord une certaine disposition à fleurir avant qu'on puisse venir à son aide. La racine cl la couronne d'un arbre se trouvent dans des rapports réciproques; la partie intermédiaire entre les deux forme la tige; c'est elle qui entretient la communication entre ces deux parties. Plus la lige est épaisse, plus elle peut envoyer de sève à la couronne; plus la cou- ronne est étendue, plus elle est chargée de feuilles et plus elle attirera de sève, et plus tôt l'arbre produira des fruits. Un obstacle essentiel qui s'oppose à la croissance de la tige en largeur, c'est l'écorce. Cbez un arbre qui croît rapidement, l'écorce gorgée de sucs devient élastique, mais pas assez pour faciliter les propensions expansives de la tige; il en résulte un conflit de forces dans lequel la résistance de l'écorce l'emporte toujours. En fendant l'écorce, onobvie à cet inconvénient, la formation de nouveaux canaux et de fibres ne rencontrant plus de résistance du côté de l'écorce, le grossissement de l'arbre se fait avec une nouvelle vigueur. La petite peine qu'on s'est imposée est amplement compensée par la fertilité de l'arbre. Cbez les arbres faibles et languissants l'écorce est fragile, dure et sècbe; l'arbre, à cause de son peu d'énergie, est incapable de vaincre la résistance qu'elle lui oppose. Ces arbres profitent peu, ne grossissent que faiblement, et s'ils portent des fruits, ils sont petits et insipides. La scarification est ici, comme dans le cas précédent, un moyen sûr. En effet, la cause de l'infertilité dans les deux cas est identique; elle consiste dans la résistance de l'écorce, et si l'on procède énergiquement, la scarification écarte complètement l'obstacle (1). Chez un arbre maigre on fera deux fois autant d'incisions que la tige mesure de pouces de circonférence. La première année, celte opération héroïque ne scia suivie d'aucun succès, ce que l'on verra au peu d'élargissement que montrent les incisions. L'année suivante, l'arbre sera déjà en étal de faire un plus grand effort; on réitérera l'opération. Si l'écorce était très-dure on pourrait hardiment trancher dans les premières incisions. On pourrait saigner une troisième fois le même arbre, si après la seconde opération l'effet n'était pas sensible, c'est-à-dire si les fenles ne s'élargissaient pas beaucoup. On pense que la saignée produit un arrêt chez les arbres vigoureux; mais c'est le contraire qui a lieu et ils fructifieront en beaucoup moins de temps. Je ne conseillerai cependant pas de faire autant d'incisions sur les arbres vigoureux que sur les faibles, car la force expansive (1) Il s'entend de soi-même que si la cause de la langueur d'un arbre provient de la mauvaise qualité du terrain il devient nécessaire d'amender préalablement celui-ci. sans quoi toutes les saignées du monde n'y feront rien. — 187. — de l'aubier y est si grande dans les premiers que, sous le contenu même, les incisions deviennent béantes, et que les lanières de IV- corce, si elles sont étroites, se détachent; ces entailles ne font aucun mal réel à l'arbre, mais le défigurent pour quelque temps. Quatre inci- sions sont suflisanles sur ces arbres, et on peut réitérer l'opérât ion au bout de quelques mois ou l'année suivante. Il est bien rare que les arbres saignés d'après cette méthode fassent longtemps attendre leurs fruits. Des espèces qui tiennent le milieu entre ces deux extrêmes sont traitées conformément à leur étal respec- tif. Chez tous les arbres à pépins cette méthode peut être appliquée sans conditions. Chez ceux à fruits à noyau, j'ai d'abord hésité parce que les libres corticales y sont moins parallèles; je craignais qu'en les tranchant, l'écoulement de la gomme ne se présentât immédiatement; mais j'eus bientôt acquis la certitude que mes craintes n'étaient point fondées , car sur les pruniers les bons effets de l'opération se firent déjà remarquer l'année suivante. Chez les cerisiers à fruits doux, la scari- fication ne produit aucun effet sur la fructification, ni en bien, ni en mal ; mais l'écorce de l'arbre est défigurée (I). Je n'ai point encore fait d'expériences comparatives, relativement au moment opportun d'exécuter la scarification; c'est pourquoi j'opère de- puis le printemps jusqu'en automne, selon que j'aperçois un arbre qui paraît en avoir besoin. Jamais je n'en ai vu résulter aucun inconvénient. Je pense cependant que l'opération devrait êlre exécutée au prin- temps ou dans la première moitié de l'été, car il est évident que lorsque la végétation a déjà commencé à se ralentir, l'effet de l'opération ne pourrait plus se faire sentir dans la même année. Si l'on exécute l'opé- ration au milieu de l'été, il y a danger que les rhynchites déposent leurs œufs dans les fentes (2). Il faudrait, si l'on craignait que le mal n'eût envahi l'arbre, badigeonner le tronc avec un lait de chaux vive. Quant à la profondeur où la lame du couteau doit pénétrer, il parait qu'il vaut mieux faire un peu trop que trop peu ; car il n'y a pas de mal si l'aubier est entamé; mais l'effet de l'opération serait incomplet, si l'écorce n'était pas entièrement coupée, car dans ce cas le liber exerce- rait encore une grande résistance. Au bout de quelques années les traces des incisions sont entière- ment effacées. Ce que nous venons de dire, se résume dans les faits suivants : 1° La saignée ou incision longitudinale est un excellent moyen de (t) De tous les arbres fruitiers, le cerisier à fruits doux est le plus sensible à une laille mal entendue, souvent on le voit périr peu de temps après l'opération Aussi quand une branche commence à se dessécher, il n'y a plus moyen de sau- ver l'arbre de la mort. (2) Ces insectes ruinent au printemps les bourgeons de l'arbre. — 184 — rendre fertiles en deux ou trois ans des arbres qui, à cause d'un trop grand âge ou de trop de vigueur, ne portent pas de fruits ou en por- tent de mauvais; 2° Le temps normal de la fructification peut être avancé par ce moyen ; mais il faut se garder de s'attendre a l'impossible; 5° Les arbres qui contiennent peu de sève doivent être saignés plus rigoureusement que ceux qui sont en pleine vigueur ; 4° Le moment le plus opportun d'exécuter l'opération est le printemps; mais on peut la faire également en automne après la chute des feuilles ; 5° L'incision doit descendre jusqu'à l'aubier et l'écorce doit être com- plètement tranchée ; 6° Les arbres qui portent déjà, deviennent plus fertiles après la sca- rification, en ce que la circulation de la sève est augmentée; 7° Les arbres à fruits à noyau supportent également l'opération sans contracter l'écoulement de la gomme (1); 8° Chez les cerisiers à fruits doux (bigarreautiers) la scarification ne produit aucun effet. (Traduit des Annales de la Société pour l'avancement de V horticulture en Prusse.) Scn. FRUITS PEU CONNUS ET RECOMMANDABLES PAR LEURS RONNES QUALITÉS POIRES. Beurré de Saint- linand (GRÉGOIRE). Cette variété, décrite et figurée ainsi que les suivantes dans les An- nales de Pomologie belge et étrangère (4 e année, 1856) (2), a été ob- tenue dans le village de Saint-Amand, près de Fleurus, par M. Gré- goire, curé de cette paroisse, qui l'a communiquée en octobre 1855 à la Commission royale de Pomologie. — C'est un fruit de première qua- lité, dont la maturité a lieu vers la mi-octobre. L'arbre, très-vigoureux (1) Les incisions longitudinales sont même préconisées et employées sur le pêcher pour éviter la gomme ou pour guérir l'arbre de cette maladie; dans ce cas elles doivent être plus ménagées et moins profondes. H G. (2) Cet excellent recueil, publié par la Commission royale de Pomologie, insti- tuée par S. M. le Roi des Belges, parait par livraisons de quatre planches grand in-4°. Le prix de la souscription est de 24 francs par an ou par volume (pour la Belgique et 26 fr. pour la France, sans frais à domicile), contenant 12 livraisons. Quatre volumes ont paru de cet ouvrage indispensable à celui qui s'occupe sé- rieusement de pomologie. On s'abonne à Bruxelles, chez F. Parent, éditeur, et à Paris, chez A. Goin, éditeur d'ouvrages d'agriculture et de jardinage, quai des Grands-Augustins. 41. H. G. — 185 — et très-fertile, s'élève pyramidalement et porte son bois droit; ses bran- dies à fruit sont grêles, grises; les jeunes rameaux sont assez gros, longs, un peu arqués, striés, droits, cotonneux vers leur sommet et aplatis sous chaque gemme. L'épiderme, lisse, luisant, gris-brun, est ponctué de quelques lenticelles blanc sale, peu appareilles. Les méri- tliallcs sont réguliers, assez courts. Les gemmes sont très-allongés, grêles, pointus, écartés, portés sur de légers supports, de couleur brun clair lavé de gris argenté. Le bouton à fleur est assez gros, allongé, pointu, brun fauve lavé de gris. Les feuilles sont moyennes, ovales- allongées ou ovales-lancéolées pointues; quelques-unes ont les bords relevés en gouttière, mais la plupart sont planes; leur serralure esl large, profonde et aiguë; le pétiole, long de 15 à 20 millimètres, est gros, vert clair, largement et profondément canaliculé; stipules fili- formes. Le fruit est presque moyen, arrondi-lurbiné; l'épiderme, vert clair, passe au jaune d'or et se nuance de rouge-orangé du côté du soleil, à l'époque de la maturité; il esl en outre ponctué, panaché et ombré de roux clair. Le pédoncule, gros, ligneux, brun, arqué, est implanté dans une cavité peu profonde et étroite. Le calice, couronné, est placé dans une petite cavité très-évasée; ses divisions sont brun-noir, dres- sées. La chair est blanc-jaunâtre, des plus fines, demi-beurrée; son eau est très-abondante, sucrée et d'un parfum très-agréable. (Extrait du texte de M. A. Bivort.) Polie Séraphiue Ovyn (SOCIÉTÉ VAN MoNS). Cette poire provient d'un arbre de semis, cultivé dans le jardin de la Société Van Mons; dégustée par la Commission royale de pomologie, elle a été reconnue de toute première qualité. L'époque de sa maturité a lieu vers la mi-octobre. L'arbre est vigoureux et très-fertile. Ses branches à fruit sont moyennes, grises, ponctuées de larges lenticelles rondes, blanc-pâle. Le boulon à fleur est moyen, conique, pointu, brun-roux ombré de brun-marron. Les supports sont grêles, courts, ridés et gris à leur base, lisses, jaune noisette et peu renflés à leur sommet. Les jeunes rameaux sont longs, de grosseur moyenne, légèrement flexueux et striés, ar- qués et renflés à leur sommet. L'épiderme est lisse, luisant, gris- verdàtre du côté de l'ombre, gris-brun du côté du soleil, ponctué de petites lenticelles ovales, blanc sale et. proéminentes. Le gemme esl ovale-pointu, brun foncé lavé de gris-cendré, saillant et porté sur un léger renflement du bois. Les mérithalles sont courts. Les feuilles sur les rameaux sont ovales, arrondies, pointues, vert clair; leurs bords sont relevés en gouttière et légèrement sinués. Sur lambourdes, elles — 186 — sont très-allongées, aiguës, planes, el leurs bords sont irrégulièrement serretés. Le péliole, grêle, ligneux, vert clair, long de 2 centimètres, lorsqu'il supporte les feuilles des rameaux, est long de G centimètres lorsqu'il porte les feuilles des lambourdes. Stipules parfois linéaires, niais plus souvent falciformes. Le fruit est moyen, arrondi, ou courtcment turbiné; l'épidémie, lisse, vert clair, prend une teinte jaune d'or à la maturité; il est pana- ché de rouge obscur du côté frappé par les rayons solaires, lavé de brun-roux autour du pédoncule et du calice, maculé de même et ponctué de gros points gris-blanc et gris-roux. Le pédoncule, assez gros, ligneux, arqué, brun clair, long de "2o à 50 millimètres, est im- planté obliquement dans une petite cavité. Le calice, étoile, occupe une cavité peu profonde et étroite; ses divisions sont grises. La cbair est blanc-jaunâtre, demi-fine, fondante, beurrée; son eau, très-abondante, est sucrée, vineuse et d'un parfum des plus agréables. (Extrait du texte de M. A. Bivorl.) Poire Nouvelle Fulvie (GRÉGOIRE). «■ Ce nouveau gain de notre collègue de Jodoigne est, dit M. A. Bi- » vort, une des poires les plus méritantes peut-être qu'on ait acquises ■ depuis nombre d'années. Beauté, boulé, maturité tardive, fertilité, >• elle réunit à elle seule toutes les qualités que peut désirer l'amateur » le plus exigeant. » Pareil éloge émanant d'un pomologue aussi con- sciencieux que l'est M. Bivorl, recommande suffisamment celte nouvelle poire à l'attention des cultivateurs de bons fruits. « Comme la plupart des gains du même auteur, qui sont trop délicats » pour nos vergers, la place de la Nouvelle Fulvie, ajoute M. Bivorl, » est dans nos jardins : mieux ceux ci seront abrités, plus le s