\>m ■ a v 'v &. &H S* [* ■/..; **■*>&' ***« *• *<*<'.'/ v t ^*ï' IwfS % % b». LA CELLULE LA CELLULE RECUEIL DE CYTOLOGIE ET D'HISTOLOGIE GÉNÉRALE PUBLIE PAR t. b. carnoy, professeur de biologie cellulaire, g. gilson, professeur d'embryologie, t. denys, professeur d'anatomie pathologique, a l'Université catholique de Louvain. AVEC LA COLLABORATION DE LEURS ÉLÈVES ET DES SAVANTS ÉTRANGERS. TOME V i r FASCICULE. I. Les glandes odorifères du Blaps mortisaga et de quelques autres espèces, par G. GILSON. II. Division et dégénérescence des cellules géantes de la moelle des os, par H. DEMARBAIX. III. Etude bactériologique sur les péritonites par perforation, par le D r L. LARUELLE. IV. Nouvelles recherches sur la constitution cellulaire de la fibre nerveuse, par L. GEDOELST. V. Quelques remarques à propos du dernier travail d'Arnold sur la fragmentation indirecte, par le D' J. DENYS. VI. L'Axe organique du noyau, par A VAN GEHUCHTEN. VII Un nouveau cas de purpura avec diminution considérable des plaquettes, par le D' J. DENYS. LOUVAIN GAND Aug. PEETERS, Libraire, H. ENGELCKE, Libraire, rue de Namur, 11. rue de la Calandre, i3. LIERRE Typ. de JOSEPH VAN IN & C i0 , rue Droite, 48. 1889 liSX LES GLANDES ODORIFERES DU BLAPS MORTISAGA et de quelques autres espèces PAR G. GILSON PROFESSEUR A L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN {Mémoire déposé le 3o juin 1888J INTRODUCTION. On connaît aujourd'hui chez les insectes et chez certains crustacés des cellules glandulaires munies d'un canal excréteur propre. Ces remarquables éléments désignés parfois sous le nom de glandes unicellulaires, furent décrits pour la première fois, pensons-nous, en iS5q, par Leydig (i), le savant naturaliste dont les recherches comparées ont valu à la science tant d'intéressantes découvertes. Après lui de nombreux auteurs, et surtout Claus (2), Forel (3), Nussbaum (4) et Schiemenz (5) signalèrent et décrivirent soit ex professo , soitcursivement, dans leurs travaux zootomiques, des éléments du même genre dans une foule d'espèces. On les a retrouvés en différents points de l'organisme. Chez les insectes ils existent dans certaines glandes buccales et certaines annexes de l'ap- pareil génital ; mais c'est surtout à la face interne de l'enveloppe cuticulaire que leur présence est fréquente dans cette classe. Les glandes cutanées des insectes constituent le type classique de ces singulières cellules; on les y trouve le plus souvent isolées, parfois groupées. Nous avons institué sur ces éléments quelques recherches dans une espèce de coléoptère où personne, à notre connaissance, ne les a étudiés jusqu'à présent, le Blaps mortisaga. Ces recherches nous ont révélé dans ces cellules diverses particularités de structure et de disposition qui n'ont pas encore été signalées. Mais ce qui nous engage surtout à en publier les résultats, c'est notre désir d'établir plus exactement qu'on ne l'a fait jusqu'ici les rapports du canal excréteur avec le cytoplasme, et de préciser la signification cytologique des curieuses (1) Leydig : Zur Anatumie der Insekten ; Muller's Archiv. i85q » Ueber Argulus foliaceus; Zeitschr. f wiss. Zool. i85o. » Altes und Neues ûber Zellen und gewebe; Zoologischer Anzeiger, 14 mai 1888. (2) C. Claus : Ueber die Entwickelung. Organisation und systematische Stellung der Arguliden; Zeitsch. f. wiss Zool., 1875. (3) A. Forel : Der Giftapparat und die Analdrûsen der Ameisen ; Zeitsch. f. wiss. Zool , XXX. suppl. ' (4) M. Nussbaum : Ueber den Bau und die Thàtigkeit der Driisen; IV Mittheilung. Arch. f. mil;. Anat., 21. Bd. (5) Schiemenz : Ueber das Herkommen der Futtersaftes und die Speicheldrusen der Biene, etc.: Zeitsch. f. wiss. Zool. XXXVIII Bd. i883. j G. GILSON productions qui font de ces cellules des cléments si hautement différentiés pour la sécrétion. L'étude de ces deux questions nous a amené à chercher dans d'autres espèces des termes de comparaison et à figurer trois cellules de même nature prises dans le Carabus catenulatus. Le Blaps mortisaga est une espèce extrêmement favorable à l'étude des cellules à canal interne : tant à cause de la grandeur et de la beauté qu'elles y présentent que de la facilité avec laquelle on peut les extraire de l'animal sans les altérer. En effet, on y trouve les cellules à canal interne non point répandues isolément sous la cuticule, disposition fré- quente qui en rend la préparation difficile, mais groupées au contraire de manière à constituer deux organes très volumineux, bien limités et faciles à dégager. Ces organes sont des glandes, mais, comme on le verra, des glandes d'une structure toute particulière. STRUCTURE ET CONTENU DE CES GLANDES. On est surpris en disséquant ce coléoptère de rencontrer dans la région postérieure de l'abdomen deux corps cylindriques, disposés sur les côtés de la portion terminale du tube digestif. Ces deux corps s'unissent sur la ligne médiane ventrale, en dessous du système génital, où elles constituent un tube unique très court à paroi chitineuse, qui rejoint rapidement la cuticule du dernier anneau abdominal. Leur développement est très variable; en longueur on les voit osciller entre 2 et 5 millimètres. Leur coloration varie du blanc pur au jaune orange, fig. 1. Ces organes méritent le nom d'appareil odorifère. Ils produisent la substance qui donne à ces insectes leur odeur si intense et si caractéristique; il est facile de s'en assurer par l'examen du contenu des deux sacs. Un faible système grossissant, — tel que l'objectif A de Zeiss, avec l'oculaire 2, ou même une forte loupe-- est suffisant pour l'étude anatomique de ces organes. Ils constituent deux sacs ou invaginations cuticulaires, à paroi trans- parente, sur lesquels s'insèrent un grand nombre de lobes d'un blanc mat, fig. 1. Ces lobes affectent des formes diverses : les uns sont de simples boutons très courts, les autres sont des cordons plus allongés; beaucoup sont divisés en plusieurs lobes secondaires. Ce sont eux qui donnent à l'organe l'aspect villeux qu'on reconnaît déjà à l'œil nu. Nous avons dit que le volume des sacs est variable; en effet il est en rapport avec la quantité de substance qui s'y trouve accumulée. Vides et rétractés, ils ont à peine 2 millimètres de longueur; remplis et dilatés par le LES GLANDES ODORIFERES 5 produit de la sécrétion des lobes blancs, ils peuvent atteindre 5 millimètres. Nous reçûmes un jour une vingtaine de Blaps capturés dans le réservoir à son d'un moulin. Ils étaient presque sans vie et se mouvaient avec une extrême lenteur. Nous les élevâmes en les maintenant dans une atmosphère humide, et en les nourissant de pain et de sucre. Ils devinrent extrêmement vifs et alertes comme des carabes. Au moment de leur capture leurs glandes odorifères étaient fort peu développées; les réservoirs étaient vides et l'organe entier revêtait lacouleur blanche et mate des lobes eux-mêmes. Après quinze jours de nouriture abondante, les deux glandes atteignaient 5 millimètres et présentaient une couleur jaune-orange. Si on agace l'ani- mal en cet état, on voit poindre à l'extrémité de l'abdomen, sous le rebord des élytres, une goutte d'un liquide huileux, qui est parfois projetée à distance; mais ordinairement elle s'étale rapidement à la surface de l'abdo- men, et remonte même au-dessus des élytres de manière à enduire tout le corps. En même temps l'odeur caractéristique se manifeste avec intensité. Ces glandes cutanées réunies en organes paraissent donc fournir aux Blaps un moyen de défense, comme les glandes anales des carabiques, organes qui sont d'une toute autre nature. Les Blaps mortisaga que nous avons capturés en Italie nous ont tou- jours présenté des glandes odorifères beaucoup moins développées que les individus pris en Belgique. Le contenu jaune des glandes des Blaps est ordinairement de con- sistance pâteuse. Examinée au microscope cette pâte se montre formée d'une infinité d'aiguilles cristallines d'un jaune ambré, libres ou réunies en faisceaux et baignées dans une huile incolore, fig. 2. Souvent ce contenu est divisé en plusieurs masses solides, de forme lenticulaire, superposées dans les sacs. Ces lentilles présentent la même constitution que la pâte; l'huile y est seulement moins abondante. Si on écrase cette pâte sur un porte-objets, l'odeur caractéristique se répand immédiatement. Les gouttelettes recueillies sur l'abdomen à l'aide d'un porte-objets, pendant la vie de l'animal, sont formées d'huile incolore charriant un assez grand nombre de cristaux jaunes. Telle est la glande dans son ensemble. STRUCTURE DES LOBES. L'étude des lobes sécréteurs est plus délicate; elle exige de l'attention et nécessite les mêmes précautions que celle des éléments cellulaires qui les 6 G. GILSON constituent. C'est pourquoi nous exposerons ici les principaux modes de préparation que nous avons adoptés. i° Méthode. Nous avons employé la méthode des coupes minces et celle de la disso- ciation sur porte-objets. L'action des agents dissolvants nous a servi aussi dans l'étude de certains détails. Coupes. Tous les agents fixateurs sont loin de convenir à notre objet : la liqueur de Kleinenberg, l'acide picro-nitrique, les acides nitrique et chromique et, en général, toutes les solutions acides nous ont donné de fort mauvais résul- tats; ces réactifs produisent tous le gonflement des cellules et, par suite, des altérations profondes du protoplasme et des formations spéciales qu'il contient. Le bichlorure de mercure, au contraire, donne de bonnes préparations. Nous avons fait usage d'une solution aqueuse à 5 0/0. Après dix minutes d'action nous lavons à l'alcool au tiers, puis nous faisons passer l'objet par une série de cinq alcools de plus en plus concentrés, en le laissant dix mi- nutes dans chacun d'entre eux; enfin nous enrobons à la paraffine. Nous avons trouvé préférable de ne colorer l'objet qu'après la confection des coupes sur le porte-objets. Les colorants les plus divers nous ont servi soit isolés, soit combinés. Les meilleurs résultats nous ont été fournis par l'action successive de la fuchsine acide et du vert de méthyle. Après avoir appliqué la fuchsine acide en solution aqueuse très diluée, on lave, puis on dépose sur les coupes une goutte de solution glycérinée (1) additionnée d'un peu de vert de méthyle; on place le couvre-objets et on lute immédiatement. Après quelques heures, ou plus tôt, si l'opération est bien conduite, l'élément nucléinien des noyaux a pris une coloration verte; le protoplasme est gris ardoisé et la vésicule radiée, dont nous parlerons plus loin, est rouge. On obtient facilement des résultats semblables à l'aide d'autres pro- cédés de coloration multiple, mais il est inutile de les décrire. (0 Voici la formule de cette solution : Eau distillée ..... 5o gr. Glycérine 5o gr. Benzoate de soude . . . 20 ctgr. Acide acétique 10 gr. Voir G. Gilson : Etude comparée de la spermatogénèse chez les arthropodes; /. t Cellule, t. II. I r fascicule, y> 87. LES GLANDES ODORIFERES 7 Ce traitement fournit des préparations de démonstration très stables, utiles pour l'examen de certains détails, mais insuffisantes cependant pour l'étude fine et complète de la structure compliquée de ces cellules. Dissociation. L'organe est extirpé à l'air libre, et non dans une cuvette à dissection. On le dilacère aussitôt dans une très petite goutte de vert de méthyle en solution aqueuse acide, puis on l'expose aux vapeurs d'acide osmi que pendant une demi-minute environ. Il est ensuite immergé dans une solution conservatrice possédant un indice de réfraction un peu plus élevé que la solution de Ripart et Petit, et dont voici la formule : Eau distillée ... 90 gr. Glycérine . . . . 10 gr. Benzoate de soude . . 20 ctgr. Acide acétique glacial . . 20 ctgr. Nous ajoutons parfois une goutte de safranine ou de fuchsine acide. Il nous est arrivé d'obtenir de bons résultats en appliquant l'acide picrique. Après avoir enlevé par un lavage avec une solution osmique très faible, le vert de méthyle dans lequel s'est faite la dissociation, on dépose sur l'objet une goutte d'une solution aqueuse d'acide picrique. Enfin après un nouveau lavage on ajoute la liqueur conservatrice mêlée d'un peu de vert de méthyle. L'alcool au tiers ne nous a été d'aucune utilité. Quant aux sérums, ils produisent sur les cellules des altérations dont on peut parfois tirer parti; nous en parlerons à l'occasion. Agents dissolvants. Nous avons appliqué surtout la potasse à 2 0/0 pendant 24 heures, à la température ordinaire, dans le but d'enlever l'enchylème et de faire ap- paraître le réticulum plasmatique. L'ammoniaque nous a aussi servi dans le même but. 2° Description . Notre fig. 3 représente un des lobes de l'appareil odorifère. Il en est de plus compliqués et de plus ramifiés, car on les voit parfois s'anastomoser par leurs branches. g G. GILSON Les volumineuses cellules qui constituent ce lobe sont disposées en épithélium à la surface interne d'un tube à parois hyalines. Elles sont très volumineuses et, sur le vivant, ou sur des coupes bien fixées, on reconnaît qu'elles laissent entre elles dans l'axe du tube une lumière fort étroite. Dans le lobe qui est figuré en coupe optiquelongitudinale, fig. 3, cet espace central avait subi une dilatation notable, due à l'action de l'acide acétique dilué mêlé d'acide osmique, de sorte que les cellules y sont beaucoup plus dis- tantes les unes des autres que pendant la vie de l'animal. C'est précisément grâce à cette altération qu'un faible système grossissant peut nous révéler les faits suivants : chacune des cellules est munie d'un tube; ce tube au moment où il sort du cytoplasme parait gros et plus ou moins pelotonné sur lui-même, mais bientôt il s'amincit et passe à l'état de filament canaliculé à paroi mince et élastique. Le canal mince se poursuit jusqu'au bas du lobe où il rencontre la paroi cuticulaire du réservoir, dans lequel il s'ouvre par un pore étroit. Ainsi, chaque cellule possède un canal qui la met en communi- cation directe avec l'extérieur. N'était cette particularité remarquable, les lobes seraient tout simplement des tubes épithéliaux analogues à n'importe quels récessus glandulaires, aux glandes de Brunner, par exemple. Mais la communication directe des cellules avec la surface extérieure en fait des organes tout différents. En effet, le point d'attache des tubes à la cuti- cule représente sans doute le point de fixation primitif du corps de la cellule à cette membrane. Quand est survenu, pendant le développement, l'allonge- ment des tubes, ces points de fixation n'ont pas varié dans leur position; il n'y a donc pas eu d'invagination proprement dite, et la cavité que limitent ces cellules n'est pas un véritable récessus glandulaire. Ajoutons que, physio- logiquement parlant, ce ne sont pas des glandes tubuleuses : le liquide hyalin et peu abondant qui s'y trouve paraît n'être que du plasma ordinaire baignant les tubes excréteurs, ainsi qu'il est indiqué dans la coupe trans- versale représentée dans la fig. 5. Notons qu'on voit parfois des cellules séparées, situées hors du tube, qui se relient aux lobes par un pédicule plus on moins long; elles ont la même structure que les autres. Le lobe, représenté dans la fig. 3, en porte deux. Schiemenz (î) assigne une structure semblable aux lobules du sys- tème I des glandes buccales de l'abeille. Nous avons contrôlé cette obser- vation et nous l'avons trouvée exacte. Leydig (2) décrit aussi une disposition (1) Schiemevz : Loc. cit., Pl. V, fig. 8, ac 4. (2) Leydig : Loc. cit. LES GLANDES ODORIFERES 9 analogue dans les glandes anales de YAcilius et du Dytiscus, ainsi que dans ' la glande venimeuse de plusieurs hyménoptères. STRUCTURE DES CELLULES. Connaissant dans ses grands traits la structure de l'appareil odorifère, nous pouvons à présent entamer la description des cellules qui en consti- tuent les lobes sécréteurs. Ces cellules présentent des particularités étranges, insolites, qui sautent aux yeux de l'observateur et sur lesquelles nous allons tout d'abord attirer l'at- tention de nos lecteurs, pour les étudier ensuite chacune en particulier et plus en détail. Pour éviter toute description abstraite, analysons notre fig. 8. Cette figure fournit un bel exemple de cellule à canal, obtenue par la dissociation de l'organe dans une goutte de vert de méthyle osmiqué. Elle a été dessinée sous un fort grossissement, à l'aide de l'objectif apo- chromatique à immersion homogène et de l'oculaire 8 de Zeiss. Ce qui frappe tout d'abord en elle, c'est une volumineuse vésicule, plus claire que le protoplasme, et dont le contenu présente une disposition radiée. Au cen- tre on remarque une ampoule qui se continue avec un tube mince, lequel se dirige vers l'extérieur en cheminant à travers le cytoplasme. Bientôt ce tube s'engage dans un étui transparent qui décrit une anse et va en s'amin- cissant au point de rejoindre finalement le tube interne et de disparaître en s'y accolant. Le protoplasme, le noyau et la membrane de cette cellule ne présentent rien de spécial. Le protoplasme est ordinairement très dense, granuleux, opaque, fig. 6, 7 et 8. D'autres fois, pourtant, il est plus clair et plus aqueux; on y distin- gue alors un réticulum parfaitement organisé et dont les trabécules les plus puissantes affectent une disposition radiale. Ce réticulum existe d'ailleurs dans toutes les cellules, même dans celles qui paraissent homogènes; en effet on peut l'y faire apparaître à l'aide de diverses manipulations, spécia- lement en traitant la cellule par une solution alcaline qu'on enlève ensuite par l'eau acidulée d'acide acétique. On y observe alors la même disposition radiée qui, du reste, est si fréquente dans les cellules. La simple application du sérum amniotique, iodé ou non, produit souvent le même effet, surtout lorsqu'on prolonge son action quelque temps et qu'on l'arrête ensuite par une goutte d'alcool au 1/3, fig. 4. 171 lO G. GILSON Un mot seulement au sujet de la radiation des trabécules du réticulum. Cette radiation n'a pas exclusivement pour centre le noyau, ainsi qu'on l'observe dans la plupart des autres cellules. Elle part, au contraire, à la fois de la vésicule et du noyau, mais surtout de la vésicule. Les trabécules les plus voisines du noyau prennent seules cet élément pour centre d'irradiation. Cette remarque peut avoir son importance au point de vue cytologique général. Notons encore la présence dans le cytoplasme d'un certain nombre de corpuscules allongés qu'on y observe presque toujours, en nombre variable. Ce sont sans doute des enclaves d'une nature spéciale ; elles fixent le vert de méthyle plus intensément que ne le font d'habitude les productions de ce genre. Cette propriété jointe à leur forme les fait ressembler à des bâtonnets nucléiniens, fig. 6, 8, 12, 13, 14. Le noyau contient un élément nucléinien plus ou moins fragmenté. La membrane est fort nette et assez résistante; elle parait se fusionner avec celle de la gaine du canal. Étudions maintenant, chacune en particulier, les quatre parties qui cons- tituent l'appareil éliminateur de la cellule odorifère : la vésicule radiée, Y ampoule centrale, le tube et sa gaine. A. La vésicule radiée. ■ Cette production est l'organe terminal de l'appareil sécréteur des cel- lules odorifères. C'est elle qui produit ou qui extrait la substance odorante. Nous avons dit qu'elle est beaucoup plus claire que le protoplasme qui l'entoure. Il s'en faut cependant que ce soit une simple vacuole. Son contenu, même à l'état vivant, présente une apparence radiée. Elle contient en effet un grand nombre de filaments rectilignes qui se fixent d'une part à la paroi vésiculaire, et de l'autre à la paroi de l'ampoule centrale. Ils ne marchent point exactement vers le centre de la sphère ; leur direction varie suivant le point de l'ampoule auquel ils se fixent. Ces filaments sont de nature plastinienne, comme les trabécules du réticulum ordinaire, mais ils sont plus résistants, plus réfractaires aux agents dissolvants que le réticulum délicat du cytoplasme des mêmes cellules. Traitées par la potasse à 2 o/o ou, mieux encore, soumises à l'action d'un extrait de muqueuse stomacale de porc pendant plusieurs jours, puis lavées à l'eau légèrement osmiquée, les cellules présentent souvent l'aspect rendu par la fig. 9. Dans le cytoplasme le réticulum est très dégagé, même partiellement détruit, et présente de LES GLANDES ODORIFERES 1 1 larges mailles. Les rayons de la vésicule au contraire ne sont pas attaqués; ils y sont aussi nombreux qu'avant, mais ils deviennent plus distincts, la digestion ayant moins de prise sur eux. Ces filaments s'aperçoivent aisément, quel que soit le mode de prépara- tion que l'on adopte; néanmoins c'est sur les cellules dissociées et fixées par les vapeurs d'acide osmique, suivant la méthode indiquée ci-dessus, qu'on les observe le plus facilement. Ils sont très distincts encore après la fixation au bichlorure de mercure et la confection des coupes à la paraffine; mais cette méthode y produit souvent de notables altérations. Ainsi, par exemple, il arrive très souvent que les filaments rayonnes ne se rattachent plus à l'ampoule centrale; témoins la fig. 10 et les diverses cellules de la fig. 5. Il existe alors un vide entre l'ampoule et la couche périphérique du contenu, qui seule montre encore des rayons. Nous pensons que cette altération est due à l'action violente des réactifs coagulants, sans refuser d'admettre cependant qu'elle puisse se produire pendant la vie des cellules. Mais il est certain que c'est une altération, car, à l'état normal, les filaments s'insèrent sur l'ampoule. Le liquide qui remplit la vésicule et en baigne les rayons est plus réfrin- gent que l'eau; c'est une solution, apparemment concentrée, de substances albuminoïdes et autres; peut-être n'est-il que le liquide enchylématique lui-même débarrassé de ses granules. La chaleur, l'alcool, le bichlorure de mercurele coagulent, et c'est ce phénomène qui entraîne souvent la rupture des rayons. Assez souvent ce liquide contient de fins granules qui sont toujours ac- cumulés vers le centre, au voisinage de l'ampoule, fig. 8. Ils dérobent cette dernière à la vue, quand l'objet n'est pas exactement au foyer de l'objectif. Il nous reste à parler de la membrane qui limite la vésicule et la sépare - du cytoplasme. Elle est assez épaisse et plus résistante encore que les rayons à l'action des agents digesteurs. Elle présente l'aspect de la plupart des membranes nucléaires ordinaires. En coupe optique, elle n'est pas complètement ho- mogène, mais elle est formée d'une série de points brillants alternant avec des portions moins réfringentes et plus minces, ainsi qu'on le voit sur nos figures. La gravure ne rend jamais cette structure de manière à satisfaire l'œil de l'observateur. Les préparations digérées par les bases sont parti- culièrement favorables à l'observation de ces détails, fig. 9. Nous avons cherché à établir exactement les rapports de la vésicule radiée avec le cytoplasme. Ces rapports ne sont point faciles à constater de 12 G. GILSON visu; ils sont rarement évidents sur les cellules simplement fixées par l'acide osmique ou le bichlorure de mercure. Cependant ces traitements permettent de les vérifier sur certaines cellules : celles dont le cytoplasme parait plus clair, plus aqueux et semble avoir subi pendant la vie des phénomènes d'autodigestion. Mais la rencontre de ces éléments est assez rare, comme nous l'avons dit plus haut; c'est pourquoi nous avons soumis les cellules à l'action de divers liquides, qui produisent dans le cytoplasme des altérations dont on peut tirer profit. Tels sont l'eau additionnée d'une trace d'acide osmique, la liqueur de Kleinenberg et le sérum amniotique. Ces liquides ont pour effet d'introduire de l'eau dans le cytoplasme et de le gonfler fortement. Ce résultat est surtout marqué après l'action du sérum; ce qui prouve que c'est bien souvent à tort qu'on lui attribue les qualités d'un liquide indifférent. La fig. 4 représente une cellule qui avait séjourné dans le sérum amniotique de vache, pendant environ une heure, et qui avait été lavée ensuite à l'alcool au 1/3. Les cellules digérées par la potasse à 2 0/0 nous ont également servi dans cette recherche. De nombreuses expériences de ce genre nous ont démontré d'une ma- nière positive que la vésicule radiée n'est point libre dans le cytoplasme, comme le serait un corps solide flottant au sein d'un liquide. Elle présente au contraire des adhérences très solides avec le réticulum plasmatique dont les trabécules radiales s'insèrent à sa membrane. Il y a plus; ces trabécules ne font pas que s'insérer sur la membrane de la vésicule, elles la traversent et se continuent avec les rayons internes. Ceux-ci ne sont donc que les tra- bécules radiales du cytoplasme, qui, fortifiées et régularisées, se poursuivent à travers la membrane de la vésicule jusqu'à la paroi de l'ampoule centrale. Ces rapports sont très distincts dans nos fig. 4 et 9, bien que le graveur les ait indiqués moins nettement qu'ils ne l'étaient sur nos dessins. On les y con- state surtout sur certaines trabécules qui se distinguent de leurs voisines par une épaisseur notable. Ces faits nous paraissent indubitables ; ils sont en parfait accord avec l'existence générale du réticulum plasmatique; ou plutôt ils en sont une nouvelle confirmation. B. L'ampoule centrale. Cette portion de la cellule n'est qu'une dilatation piriforme de l'extré- mité interne du canal. Elle se voit bien sur les cellules fixées par les vapeurs LES GLANDES ODORIFERES 1 3 osmiques; les coupes à la paraffine ne sont pas favorables à son étude. C'est sur les préparations fixées légèrement par l'acide osmique, puis traitées par la potasse diluée ou l'ammoniaque que l'on distingue le mieux la struc- ture de sa membrane. Ces bases dissolvent en effet une grande partie des granules qui l'entourent ordinairement et la font apparaître avec netteté. On constate alors qu'elle présente l'aspect de la membrane de la vésicule radiée elle-même; comme celle-ci, elle semble formée de points juxtaposés qui, souvent, sont très marqués. Les filaments radiés aboutissent à chacun de ces épaississements. Assez généralement, au lieu d'un simple point, c'est un véritable bâtonnet brillant que l'on aperçoit à l'extrémité des rayons, fig. 9. L'ensemble de ces bâtonnets constitue alors tout autour de l'ampoule une épaisse zone radiée dont le contour extérieur est parfois irrégulier, et que l'on distingue déjà, quoique moins nettement, à frais et avant l'action de la potasse. Il est très difficile de décider si ces bâtonnets sont de vrais épaississe- ments des trabécules radiales, ou bien de petites gaines d'une substance brillante, visqueuse qui en garniraient les extrémités. La potasse les amin- cit et les atténue notablement. C. Le canal excréteur. Le canal est un tube hyalin, formé d'une substance élastique très ré- fractaire aux réactifs. Ses parois sont épaisses et sa lumière très étroite. Le passage du tube à l'ampoule se fait insensiblement : le tube s'évase douce- ment; parfois cependant il est plus brusque et le col de l'ampoule porte alors un léger étranglement. Dans sa partie intravésiculaire la paroi du tube présente ordinairement la même structure que celle de l'ampoule, mais en général il perd cette structure en pénétrant dans le cytoplasme. Au sortir delà vésicule, il se comporte diversement. Tantôt il se fléchit et décrit une ou plusieurs anses; tantôt il demeure rectiligne et s'enfonce directement dans sa gaine. Sa portion nue est donc plus ou moins longue ; elle peut même ne pas exister et, alors, la gaine s'avance jusqu'à toucher la paroi vésiculaire, fig. 10. Dans la gaine sa paroi reprend souvent la struc- ture ponctuée, pour la perdre en en sortant. Le tube peut présenter accidentellement des dilatations ovalaires ; la fig. 4 présente un exemple de cette particularité. Il débouche, avons-nous dit, par un pore très mince à la surface de la cuticule, où sa paroi présente parfois un épaississement annulaire extrême- ment léger. • 14 G. GILSON D. La gaine du canal. Cette production est visible sur toute sa longueur dans la fig. 4 et sur sa plus grande partie dans la fig. 8. Comme on le voit, elle constitue un tube hyalin plus transparent encore que la vésicule radiée et moins réfringent qu'elle. Ce tube possède, comme la vésicule, des trabéculcs radiales qui relient le canal interne à sa paroi ; mais les rayons y sont plus espacés. L'étui dont nous parlons possède une membrane propre et indépen dante sur toute la portion qui est engagée dans le cytoplasme. Au moment où il sort de la cellule, sa membrane paraît se confondre avec la membrane cellulaire qui la revêt, et se soude avec elle assez intimement pour cesser d'être distincte. La gaine est d'une longueur variable et plus ou moins sinueuse. Sa portion interne, comme sa portion libre, peut s'incurver fortement, s'entortil- ler sur elle-même. D'autres fois, au contraire, elle est courte et ne subit qu'une inflexion légère; ces diverses particularités sont représentées dans nos figures. Lorsqu'elle est très peu développée, il arrive qu'elle ne sorte pas de la cellule ; alors le tube s'engage, à sa sortie de la gaine, dans un prolongement de cytoplasme non différentié. Cette variété est représentée dans la fig. 7, sur une cellule qui était extérieure au lobe glandulaire. Quand la gaine est longue et pelotonnée, on en obtient facilement des coupes transversales, qui montrent fort bien la disposition radiée des trabé- cules qui unissent la paroi au tube interne. L'extrémité interne est toujours arrondie; l'externe, nous l'avons dit, va en s'amincissant doucement jusqu'à ce que sa paroi se confonde avec celle du tube qu'elle entoure. Nous n'avons trouvé aucune trace de cette gaine dans les dessins des auteurs qui ont étudié les glandes unicellulaires. Leur a-t-elle échappé, ou bien faut-il la regarder comme une particularité spéciale à la famille des Piméliides, à laquelle appartient le Blaps mortisaga? Nous l'ignorons. Nous avons retrouvé les mêmes particularités, à part quelques légères variations, dans la Pimclia bipunctata et YAkis spicata que M r Salvatore Lo Bianco a bien voulu nous envoyer de Naples. SIGNIFICATION DE CES PRODUCTIONS. Après avoir décrit en détail un organe ou une partie d'organe, l'anato- miste qui veut donner à ses travaux un caractère scientifique se demande LES GLANDES ODORIFÈRES 15 quelle est la valeur morphologique de cet organe. De même le cytologiste ne peut se borner à la description sèche et stérile des particularités qu'il découvre dans une cellule donnée; il doit en rechercher la signification cytologique. Qu'elle est donc la signification cytologique des quatre productions qui constituent l'appareil sécréteur des cellules à canal interne que nous venons d'étudier? Nous avons tout d'abord cherché la réponse à cette question dans les travaux de nos devanciers. Mais ces recherches sont demeurées sans résul- tats : les auteurs s'étant bornés à la description, fort incomplète d'ailleurs, de ces formations, ou s'étant exprimés en des termes trop vagues pour qu'il nous soit possible de saisir exactement leur pensée (1). Force nous est donc d'y répondre nous-mêmes en nous basant sur nos propres observations. La vésicule radiée, l'ampoule, le tube et la gaine sont des produits de la differentiation du cytoplasme. En d'autres termes, ce sont des portions du cytoplasme qui ont pris une forme et une texture particulière. Les rapports de ces parties avec le cytoplasme non différentié fourni- ront à notre thèse son principal appui. Considérons d'abord la vésicule radiée. Sa membrane, avons-nous vu, se présente, en coupe optique, comme formée de points distincts; à ces points aboutissent les trabécules radiales du cytoplasme qui se continuent avec les rayons internes et se terminent à la paroi de l'ampoule. L'enveloppe de la vésicule est donc une membrane interne plongée dans le cytoplasme et en contact avec lui par ses deux faces. Elle affecte avec le protoplasme cellulaire les mêmes rapports de continuité que les membranes nucléaires ordinaires ; celles ci, on le sait, présentent le même aspect ponctué. Or, il est bien connu aujourd'hui que les membranes nucléaires se forment au sein du cytoplasme dont elles circonscrivent une portion plus ou moins forte qui (1) Voici, par exemple, quelques-unes des expressions dont ils font usage en parlant des stries radiales que présentent les cellules glandulaires de l'argule : Feinen hellen Strossen (Nussbaum). heller Streifen in Verbindung mit der secretorischen Thàtigkeit der Zelle (Claus). das Spongioplasma welches durch seine Anordnung die hellen Strassen bedingt und begrenzt, — puis plus loin : Die Streifen, welche sich in der Abbildung bei Nussbaum in die » Strassen» herein- ziehen, hatte ich auf Anfànge cuticularer Abscheidung gedeutet, was ich jetzt nicht mehr thun mûchte; vielmehr ware anzunehmen, dass es fadiges Secret gevvezen sei, welches in der angefûhrten Zeichnung veranschaulicht erscheint. (Leydig) Ces expressions, étrangères pour la plupart au langage plus rigoureux de la cytologie actuelle, ne nous renseignent nullement sur la véritable nature de ces rayons. 10 G. GILSON devient le caryoplasme. Ce fait a été démontré il y a longtemps par Carnoy(i) dans les grandes métrocytes testiculaires du Lithobius forficatus, et, plus tard, dans les œufs de certains nématodes où des membranes sup- plémentaires viennent entourer secondairement le noyau (2). Rappelons aussi que ce savant attribue aux membranes des vacuoles ordinaire la même constitution et le même mode de formation (3). Ces rapprochements nous permettent de penser que la membrane de la vésicule s'est formée de la même manière. Il est à remarquer que les rapports de cette membrane avec le protoplasme rayonnant interne sont plus aisés à constater que ne le sont les rapports des membranes nucléaires avec le caryoplasme dans la plu- part des noyaux; c'est qu'en effet le caryoplasme est souvent très peu abondant, et rarement son réticulum se fortifie et s'oriente comme le fait le cytoplasme emprisonné dans la vésicule radiée. Cependant, dans certains noyaux, ceux des chilopodes entre autres, ses adhérences et sa continuité avec la membrane du noyau sont faciles à mettre en évidence. Ainsi la membrane de la vésicule est une lame qui se taille au sein du cytoplasme. Selon la règle de la formation des membranes, elle doit se former par une condensation du réticulum, un resserrement de ses mailles, compliqué peut-être de phénomènes ayant pour siège l'enchylème. Les points, comme ceux des membranes nucléaires et cellulaires en général, représentent les points nodaux, les entrecroisements de la lame réticulée qui, d'après les vues émises par Carnoy, constitue le squelette des mem- branes, même les plus homogènes. La membrane de la gaine paraît avoir absolument la même signification que celle de la vésicule, c'est une membrane intracytoplasmique. La gaine est donc une formation analogue à la vésicule. Il semble seulement que cet étui ait subi, en se développant, un certain gonflement, qui expliquerait à la fois la moindre réfringence de son contenu et la distance assez grande qui sépare ses rayons. Quant à la paroi du tube mince, c'est encore une production du même genre, c'est une membrane aussi. Sa texture ponctuée en certains endroits et ses rapports avec le réticulum radié delà vésicule et de la gaine le prouvent. Sa formation doit être unphénomèneanalogueà laformation de la membrane (1) Carnoy : La Cytodiérèse chez les arthropodes; La Cellule, t. I, 2 e fascicule. (2) Carnoy : La Cytodiérèe de l'œuf; La Cellule, t. III, 1'' fasc. (3) Carnoy : La Cytodiérèse chez les arthropodes; La Cellule, t, II, 2« fasc. p. 232 et suivantes. LES GLANDES ODORIFERES 17 vésiculaire. Seulement la cavité que limite cette paroi, la lumière du tube, semet en communication avec l'extérieur. On peut concevoir que cettecavité soit à ses débuts une simple fente virtuelle et se dilate ensuite pour s'ouvrir au pôle terminal. La paroi de l'ampoule est évidemment de la même nature. Quelques recherches poursuivies chez d'autres insectes, dans le but de contrôler et de vérifier nos observations, fournissent un nouveau soutien à notre manière d'interpréter ces productions, et jettent encore quelque lumière sur leur genèse. Voici, par exemple, ce que nous avons observé dans les glandes unicellulaires de la gaine génitale du Carabus calenulatus. ) Ces cellules sont de deux sortes : les unes sont longues et fusiformes, les autres sont globuleuses, fig. 12, 13 et 14. Ces deux formes se trouvent entremêlées. Toutes deux possèdent un canal excréteur semblable à celui des cellules odorifères du Blaps mortisaga. Mais dans les premières ce canal est plongé tout entier dans le cytoplasme et sa terminaison n'est point garnie d'une vésicule radiée. Or, l'on voit très nettement dans ce cytoplasme des trabé- cules radiales s'insérer directement sur le tube, comme leurs analogues du Blaps s'insèrent sur l'ampoule et sur le tube après avoir traversé la mem- brane de la vésicule ou de la gaine. Notons en passant que ces cellules contiennent des c claves semblables à celles dont nous avons signalé la présence chez le Blaps, fig. 6 et 8. Mais nous devons surtout attirer l'attention sur la disposition radiale par rapport au tube axial qu'elles affectent dans la fig. 14, comme les trabécules elles-mêmes le font dans la fig. 13 ; la direction de ces bâtonnets indique une orientation sem- blable du réticulum, caché ici par les granules de l'enchylème. Dans les secondes cellules, fig. 13 et 14, les rapports du cytoplasme et du tube sont les mêmes; on le reconnaît surtout dans la queue de la cel- lule représentée fig. 13. Mais l'extrémité du tube plonge dans une vésicule radiée tout à- fait semblable à celle des cellules odorifères du Blaps. La gaine transparente et radiée n'existe pas dans ces cellules ; le tube est en rapport direct avec le cytoplasme ordinaire sur toute sa longueur, à part la portion comprise dans la vésicule. Ces deux dispositions des glandes du Carabus catemilatus et celle du Blaps mortisaga représentent très bien, nous semble-t-il, les trois stades du développement du type le plus compliqué deces cellules, qui se trouve réalisé dans cette dernière espèce. Les cellules fusiformes du Carabus catemilatus 172 t 8 G. GILSON correspondent au premier stade : le tube vient de se différentiel- dans le cytoplasme, dont les trabécules radiales s'insèrent directement sur lui, sans traverser ni une vésicule ni une gaine. Les cellules globuleuses du même animal correspondent au deuxième stade : une membrane s'est édifiée tout autour de l'extrémité du tube ren- flée en ampoule; la portion des trabécules radiales qui se trouve empri- sonnée dans cette membrane s'est fortifiée et régularisée ; en d'autres mots, il s'est formé une vésicule radiée, mais pas encore de gaine. Enfin, le troi- sième terme est représenté par la cellule odorifère du Blaps mortisaga elle-même; la dernière complication est survenue : une gaine, semblable à la vésicule par sa structure, s'est constituée autour d'une certaine portion du tube excréteur. RÉSUMÉ Voici, résumés en quelques propositions, les principaux résultats de ces recherches : i° Il existe chez le Blaps mortisaga un appareil odorifère très déve- loppé qui est constitué par les cellules dites glandes unicellulaires cutanées. 2° Ces cellules sont groupées de manière à constituer des lobes ressem- blant à des tubes glandulaires, mais différents de ceux-ci par la connexion qu'établit un tube excréteur spécial entre chaque cellule et l'extérieur. 3° Chaque cellule. possède un appareil sécréteur comprenant quatre parties : une vésicule radiée, une ampoule centrale, un tube excréteur mince et une gaine du tube qui est une formation analogue à la vésicule radiée. 4° Les portions solides de ces parties sont en rapport intime de con- tinuité avec le réticulum du cytoplasme. 5° Lés rayons internes de la vésicule et de la gaine sont des tra- bécules radiales, du cytoplasmes régularisées et fortifiées; 6° La membrane de la vésicule, celles de la gaine, du tube et de l'am- poule sont des formations analogues aux membranes cellulaires et nuclé- aires, ce sont des productions du cytoplasme. Rappelons encore un fait qui est de toute évidence dans ces cellules : la radiation du réticulum n'a pas nécessairement pour centre le noyau de la cellule; des productions cytoplasmiques toutes différentes peuvent donner insertion à la plus grande partie des trabécules radiales; tels sont la vési- cule radiée, la gaine et le tube excréteur lui-même. EXPLICATION DE LA PLANCHE. FIG. 1. Appareil odorifère du Blaps mortisaga. Gross. environ 12 fois. FIG. 2. Contenir pâteux du réservoir; aiguilles jaunes charriées par une huile incolore. Gr. obj. 1/12, oc 1. FIG. 3. Un des lobes de la glande. Gr. obj. D, oc 1. FiG 4. Cellule à canal obtenue par dissociation dans le sérum amniotique et macérée dans ce liquide pendant une heure, puis fixée par l'alcool au i/3. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 5. Coupe transversale d'un lobe fixé par le bichlorure de mercure et en- robé à la paraffine. La lumière du tube contient des tronçons des tubes appartenant aux cellules situées plus haut que la coupe. On y voit aussi des sections de la gaine appartenant aux cellules intéressées dans la coupe. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 6. Deux cellules ayant subi le même traitement que la coupe précédente. Coupe transversale du lobe. L'inférieure contenait une gaine très longue qui s'est trouvée coupée transversalement en deux endroits ; ces deux sections montrent la disposition des rayons qui unissent le tube interne à la paroi de la gaine. Dans la supérieure, la partie intracytoplasmique de la gaine était au contraire très courte; elle est coupée longitudinalement. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 7. Cellule extérieure au lobe; la gaine y était fort courte et ne sortait pas de la cellule. Un prolongement du protoplasme ordinaire reliait cette cellule à son lobe et engainait le tube déjà débarrassé de son étui transparent. Gross. obj. apoc. imm. homog. oc 4. FIG. 8. Cellule obtenue par dissociation dans le vert de méthyle osmiqué. La gaine est en partie déroulée; sa portion interne était fort courte. L'ampoule cen- trale de la vésicule radiée y est entourée de granules brillants Les dimensions de la vésicule radiée y dépassent la moyenne. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 9. Partie centrale d'une cellule fixée légèrement par l'acide osmique en vapeur puis traitée pendant deux jours par une solution de potasse à 2 0/0, lavée par une solution très faible d'acide acétique et montée dans la solution conservatrice indiquée p. 4. Tout l'enchylème a disparu et une bonne partie du réticulum dé- licat du cytoplasme a été détruite. La membrane et les rayons de la vésicule ont au contraire bien résisté à l'action dissolvante On peut y constater, mais moins nettement que sur la préparation qui a servi de modèle, la continuité de certaines 20 EXPLICATION DE LA PLANCHE trabécules radiales du cytoplasme avec les rayons de la vésicule. La zone radiée qui eatoure la vésicule semblait formée par des épaississements de la portion ter- minale des rayons. La membrane de la vésicule se montrait plus nettement ponctuée qu'avant l'action de la potasse. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 10. Portion centrale d'une cellule fixée par le bichlorure de mercure et coupée à la paraffine. Ses rayons se sont rétractés et ont brisé leurs attaches avec l'ampoule. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 11. Tube excréteur avec son ampoule arrachée de la vésicule par la _ dissociation d'un lobe. Des lambeaux de protoplasme ont été entraînés par l'ampoule mais les rayons n'y sont plus visibles. Gr. obj. apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 12. Cellule à canal globuleuse du Carabus catenulatus. La gaine n'existe pas. Le tube excréteur est plongé dans le cytoplasme dont les trabécules radiales, par endroits, se fixent à sa paroi. Gr. obj apoc. imm. homog. oc 8. FIG. 13. Cellule à canal fusiforme de Carabus catenulatus. Les trabécules radiales du cytoplasme s'insèrent toutes directement sur le tube. Pas de gaine, pas de vésicule. Gr. obj. imm. homog. oc 8. FIG. 14. Cellule semblable; le réticulum du cytoplasme est moins visible; les enclaves en bâtonnets sont disposées radialement par rapport au tube. Gr obj. apoc. imm. homog. oc 8. BIBLIOGRAPHIE i Leydig : Zut Anatomie der Insekten; Muller's Archiv, 1859. » Ueber Argulus foliaceus ; Zeitschr. f. wiss Zool., i85o. » Altes und Neues ùber Zellen und Gewebe. Zoologischer Anzeiger, 14 mai 1888. 2 C. Clans : Ueber die Entwickelung, Organisation und systematische Stellung der Arguliden ; Zeitsch. f. wiss. Zool., 1875. 3 A. Forel : Der Giftapparat und die Analdrûsen der Ameisen ; Zeitsch. f. wiss. Zool. Bd. XXX, Suppl. 4 Nussbanm : Ueber den Bau und die Thàtigkeit der Drùsen ; IV Mittheilung. Arch. f. mik. Anat., 21 Bd. 5 Schiemen\ : Ueber das Herkommen des Futtersaftes und die Speicheldrùsen der Biene, etc.; Zeitsch. f. wiss. Zool, XXXVIII. Bd. i883. 6 Carnoy : La cytodiérèse chez les arthropodes; La Cellule, t. I, 2 e fascicule. 7 G. Gilson : Etude comparée de la spermatogénèse chez les arthropodes ; La Cel- lule, t. I, i r fasc , t. II, ir fasc, t. IV, i r fasc. TABLE DES MATIERES Introduction. 3 Struct are et contenu de ces glandes. 4 Structure des lobes 5 i° Méthode 6 Coupes . G Dissociation . . 7 Agents dissolvants 7 2° Description . 7 Structure des cellules. 'i A. La vésicule radiée IO B. L'ampoule centrale 12 C. Le canal excréteur 13 D. La gaine du canal '4 Signification de ces productions. '4 Résumé. .... 18 Explication de la planche 19 Bibliographie 21 ■ l avazrv DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GEANTES de la moelle des os PAR H. DEMARBAIX ÉTUDIANT EN MÉDECINE A LUNIVERSITÉ DE LOUVAIN. (Mémoire déposé le 15 juillet 1888.,) Travail du laboratoire d'anatomie pathologique et de pathologie •expérimentale de l'université de louvain. '73 DIVISION & DEGENERESCENCE DES CELLULES GÉANTES de la moelle des os. Les cellules géantes de la moelle des os ou myéloplaxes ont été, dans ces dernières années, surtout au point de vue de leur division, l'objet de plusieurs travaux. D'après Arnold, elles se segmenteraient suivant un procédé particulier, qu'il a décrit en premier lieu chez elles, et auquel il a donné le nom de fragmentation indirecte. Werner, outre qu'il admet le mode signalé par Arnold, en décrit trois autres : la division par étranglement en deux parties égales, la division par étranglement en deux parties très inégales, et enfin la division multiple et simultanée, également par étranglement, en plusieurs cellules plus petites et de grandeur égale. Denys rejette la division par fragmentation indirecte. D'après lui, les cellules géantes présentent les deux modes de division : la sténose et la cinèse. Dans le premier cas, elles donnent naissance soit successivement, soit simul- tanément à des cellules du volume des globules blancs, et cela sans aucune augmentation nécessaire de chromatine. Dans le second cas, elles subissent des transformations en tout comparables à la division cinétique ordinaire, avec la différence qu'au lieu de fournir deux couronnes polaires, elles en donnent au moins trois. Leur cinèse est donc une cinèse multiple. Cornil, dans un travail fait indépendamment de celui de Denys, admet également que les myéloplaxes subissent la division indirecte, seulement, d'après lui, la division n'est pas multiple, mais binaire. 28 H. DEMARBAIX En résumé, on a décrit dans les cellules géantes des os six modes de division. i° La fragmentation indirecte (Arnold, Werner); 2° La division directe en deux parties égales (Werner) ; 3° La division en deux parties très inégales (Werner, Denys) ; 4° La division simultanée en plusieurs petites cellules équivalentes (Werner, Denys); 5° La division cinétique multiple (Denys); 6° La division cinétique binaire (Cornil). Comme ce court exposé le démontre, il existe sur la division des myé- loplaxes des divergences nombreuses et radicales, intéressantes à éclaircir, non seulement au point de vue de ces éléments en particulier, mais aussi au point de vue du phénomène de la division en général. C'est ce qui nous a engagé à reprendre cette étude. Nous aurons en outre l'occasion d'insister sur une forme particulière de myéloplaxes que nous considérons comme le résultat d'une dégénérescence normale de ces cellules. Nos recherches ont porté sur environ 50 animaux divers : rats, lapins, chiens, chats, chevreaux. Nous diviserons notre travail en 4 paragraphes : i° La fragmentation indirecte des cellules géantes; 2° Leur division cinétique, binaire et multiple ; 3° Leur division directe; 4° Leur dégénérescence normale. PARAGRAPHE PREMIER. Fragmentation indirecte des Cellules géantes. Arnold (1) a décrit pour la première fois ce procédé dans les myélo- plaxes du lapin et du cobaye. Il distingue parmi ces éléments deux variétés principales. La première est caractérisée par un noyau clair, vésiculeux, et constitué par une membrane, un suc nucléaire et des filaments de chroma- tine disposés probablement en réseau. Sous l'action du vert de méthyle, les filaments seuls fixent la matière colorante, le suc reste incolore; ce dernier ne renferme par conséquent pas de chromatine. Les fig. 1, 2, 10, 11, 12, 13, 25, 26, 33, 36 de notre Pl. I correspondent à cette première variété. (1) Arnold : Beobachtungen ûber Kerne und Kerntheilungcn in den Zellen des Knochenmarkes; Virch. Arch., B. XCIII, i883. DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 29 Dans la seconde, la forme du noyau est en général plus complexe ; il est brillant et réfringent, sa structure interne est peu marquée ou invisible, de sorte qu'il paraît plutôt homogène ; enfin il se colore uniformément et d'une façon aussi intense que les figures caryocinétiques. Ces diverses propriétés sont dues àla grande richessedeces noyaux en chromatine, car cette substance y existe non seulement en filaments plus gros et plus nombreux que dans la première variété, mais elle a envahi également le suc nucléaire et y est devenue assez abondante pour masquer la structure du noyau. Les fig. 6, 7, 8, 18, 29, 30, 35, 37 feront saisir facilement la différence qui existe entre les noyaux que nous venons de décrire et ceux de la première variété. Quelle relation existe-t-il entre ces deux sortes de myéloplaxes? D'après Arnold, la première correspond à l'état de repos des cellules géan- tes, la seconde à un stade d'un mode de division particulier : la fragmenta- tion indirecte. Ce mode comprend les étapes suivantes : Première étape. Les filaments chromatiques du noyau s'épaississent et deviennent plus nombreux; la chromatine diffuse dans le suc nucléaire, du moins dans ses couches périphériques. Deuxième étape. La chromatine dissoute dans le suc devient de plus en plus abondante, à tel point qu'elle finit par masquer les filaments. Troisième étape. La chromatine abandonne certaines parties du noyau pour s'accumuler exclusivement dans d'autres. Dans cet état, le noyau pré- sente des endroits colorés à côté d'autres incolores. Ces derniers disparais- sent et les amas de chromatine, devenus indépendants, constituent autant de nouveaux noyaux. Quatrième étape. Le protoplasme entre à son tour en division et se segmente en autant de parties qu'il y a de noyaux. Plus tard, Arnold (i) décrivit des phénomènes semblables dans les petites cellules de la moelle, dans les globules blancs, et dans la rate et les ganglions lymphatiques hyperplasiés qu'on observe à la suite de maladies infectieuses (fièvre typhoïde, scarlatine, diphtérie). La fragmentation indi- recte ne constituerait donc pas un mode de division spécial aux myéloplaxes, il s'observerait aussi chez d'autres cellules, aussi bien à l'état normal qu'à l'état pathologique. (i) Arnold : Weitere Beobachtungen ûber die Theilungsvorgànge an den Knochenmarkzellen und weissen Blutkôrpern ; Virch. Arch., B. XCVII, 1884. Ueber Kern- und Zelltheilung acuter Hyperplasie der Lymphdrûsen und der Milz; ibid., B. XLV, 1884. 30 H. DEMARBAIX Un élève cTArnold, Werner (i), constata également chez le lapin, le chien, le chat et l'homme, la présence des deux espèces de noyaux dont il a été question plus haut. Par contre, Denys (2) ne put les retrouver chez le lapin, mais il les observa chez le rat; seulement il en donne une inter- prétation toute différente. D'après lui, leur homogénéité n'est pas due à une infiltration diffuse du noyau par la chromatine, mais à un retrait du noyau qui a eu pour effet de serrer les filaments chromatiques les uns contre les autres, et leur a fait perdre ainsi, en apparence du moins, leur individualité. Denys, du reste, n'a pu retrouver aucune des étapes ultérieures décrites par Arnold et rejette complètement la fragmentation indirecte. Cornil (3) n'est pas plus heureux dans sa recherche des divers stades décrits par Arnold, et Aoyama (4), à la suite de l'examen de plusieurs tumeurs, arrive à la conclusion que le professeur d'Heydelberg a été induit en erreur par des altérations cadavériques, opinion à laquelle Flemming s'était déjà rangé pour quelques-unes des figures d'ARNOLD. Cette interpétation ne fut pas admise par ce dernier savant. Dans un nouveau travail (5,), il maintient l'existence de la fragmentation indirecte comme mode particulier de division de la cellule, et dans une dernière publication, parue tout récemment (6), il annonce que ce procédé est fréquent dans la rate de la souris blanche. Nos recherches ont porté sur le cobaye, le lapin, le rat (A fit s decumanus), le chien et le chat, et nous avons eu recours aussi bien à la dissociation qu'aux coupes microtomiques. Comme liquide dissociateur, nous avons em- ployé l'eau salée à 6 0/00, et surtout l'acide acétique à 1 et à 2 0/0. Ce dernier réactif distend quelquefois un peu la membrane cellulaire, mais pour l'étude de la structure du noyau à frais, il est préférable à l'eau salée, surtout quand on combine son action à celle du vert de méthyle. Pour le (1) W. Werner : Ueber Theilungsvorgànge in den Riesenzellen des Knochenmarkes ; Virch. Arch., BCVI, 1886. (2! Denys : La cytodiérèse des cellules géantes et des petites cellules incolores de la moelle des os; La Cellule, t. II, 1886. (3, Cornil : Sur la multiplication des cellules Je la moelle des os par division indirecte dans l'inflammation; Arch. de physiol. norm. et pathol., T. X, 3">° série, 1887. (4) Aoyama : Pathologische Mittheilungen ; Virch. Arch, B. CX, 1886. (5) Arnold : Ueber Theilungsvorgàange an dcn Wanderzellen ; Arch. f. mikr. Anat., 1S87, B. XXX. p. 255 et 256. (6) Arnold : Weitere Mittheilungen ùber Kern- und Zelltheilung in der Milz; Arch. f. mik. Anat., B. XXXI, 1888. DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 31 durcissement, nous nous sommes servis d'abord de la liqueur de Flemming forte, mais comme elle noircit fortement les coupes et nuit à leur clarté, nous avons supprimé dans la suite l'acide osmique et nous l'avons remplacé par de l'eau pure. Notre solution, qui présente tous les avantages de la liqueur de Flemming, sans offrir ses inconvénients, était par conséquent composée comme suit : Acide chromique. . . . 14 parties Eau 18 — Acide acétique glacial ... 1 — Les pièces séjournent 24 heures dans ce liquide, puis on les lave pen- dant 24 heures, en renouvelant plusieurs fois l'eau, et on les monte dans la paraffine suivant les procédés ordinaires. Les coupes fixées au porte-objets au moyen du collodion, sontcolorées à la safranine d'après la méthode décrite par V. Babes (()• Dans ce but, l'on dissout la safranine dans de l'eau saturée d'huile d'aniline, on colore au bain-marie à une douce chaleur (50 à 6o°), et on corrige l'excès de coloration en plongeant les coupes pendant quelques instants dans de l'alcool renfermant un peu d'acide chlorhydrique (1 à 2 gouttes pour un grand verre de montre d'alcool). Les préparations sont ensuite montées dans le baume. La coloration à la safranine ainsi exécutée constitue un réel progrès sur l'ancienne manière. En étudiant la moelle par les procédés que nous venons de décrire, il nous a semblé que les noyaux riches en chromatine d'ARNOLD faisaient dé- faut quand on se servait de matériaux très frais, mais qu'ils devenaient de plus en plus abondants à fur et à mesure que la mort remontait à une date plus reculée. Nous nous sommes donc demandé s'ils n'étaient pas le résultat d'une altération cadavérique, et, pour éclaircir le problème, nous avons, sur une série de diverses espèces animales, examiné la moelle immédiate- ment après la mort, et ensuite à des intervales plus ou moins éloignés. Les résultats auxquels nous sommes arrivé sont consignés dans le tableau suivant; la première colonne indique l'espèce animale, la deuxième la nature des noyaux, noyaux clairs et noyaux brillants d'ARNOLD, les suivantes le chiffre relatif de ces noyaux à diverses époques après la mort, obtenu par la numération d'une série de cellules géantes prises indifférem- ment dans l'ordre où elles se présentaient. (i) V. Babes : Ueber einige pathologisch- histologische Methoden und die durch dieselben erzielten Resultate; Virch. Arch., B. CV, 1886. 32 H. DEMARBAIX Rat I Rat II Rat III Rat IV Rat V Rat VI Lapin I Lapin II Lapin III Lapin IV Lapin V Cobaye I IMMÉDIATEMENT 14 HEURES APRÈS 24 HEURES APRÈS APRÈS LA MORT LA MORT LA MORT Noyaux clairs 100 o/o 17 O/O 0/0 — brillants 0/0 83 0/0 APRÈS 12 HEURES 1 00 0/0 Noyaux clairs 100 o/o O O/O — brillants o o/o 100 0/0 APRÈS 24 HEURES APRÈS 30 HEURES Noyaux clairs îoo o/o 10 0/0 O 0/0 — brillants o o/o go 0/0 APRÈS 14 HEURES 100 0/0 Noyaux clairs ioo o/o 0/0 — brillants O 0,0 100 0/0 APRÈS 3o HEURES Noyaux clairs îoo o/o 0/0 — brillants o o/o ÎOO 0/0 APRÈS 24 HEURES Noyaux clairs i oo o/o 0/0 — brillants o o/o 100 0/0 APRÈS 7 HEURES APRÈS 22 HEURES Noyaux clairs ioo o/o 45 0,'0 3o 0/0 — brillants o o/o 55 0/0 APRÈS 24 HEURES 70 0/0 Noyaux clairs i oo o/o 0/0 — brillants o o/o 100 0/0 APRÈS 24 HEURES Noyaux clairs ioo o/o 0/0 — brillants o o/o ÎOO O/O APRÈS 24 HEURES Noyaux clairs ioo o/o O 0/0 — brillants o o/o IMMÉD. APRÈS LA MORT ET 2 HEURES 100 0/0 PLUS TARD APRÈS 3 HEURES APRÈS 5 HEURES Noyaux clairs 100 o/o 83 0/0 33 0/0 — brillants o o/o IMMÉDIATEMENT 17 O/O Oy 0/0 APRÈS LA MORT APRÈS 6 HEURES APRÈS 24 HEURES Noyaux clairs ioo o/o 42 O/o 17 O/O — brillants o o/o 58 0/0 83 0/0 DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 33 APRÈS l8 HEURES APRÈS 48 HEURES Cobay e II Noyaux clairs ioo o/o 34 o/o 7 0/0 — brillants O 0,0 66 oo APRÈS 14 HEURES g 3 0/0 APRÈS 28 HEURES Chien I Noyaux clairs ioo o/o 1 2 0/O 0/0 — brillants o o/o 88 0/0 APRÈS 5 HEURES 100 0/0 APRÈS 2Û HEURES Chien II Noyaux clairs 100 o/o 55 00 0/0 — brillants o o/o 45 0/0 APRÈS 14 HEURES 100 0/0 APRÈS 2t~> HEURES Chien III Noyaux clairs 100 o/o 7 0/0 0/0 — brillants O 0/0 g3 0/0 APRÈS 1 2 HEURES 100 0/0 APRÈS 24 HEURES Chat Noyaux clairs ioo o/o 47 0/0 0/0 — brillants o o/o 53 0/0 100 0/0 Comme ce tableau le démontre, on ne trouve immédiatement après la mort que la première variété de noyaux d'ARNOLD, fig. 1, 2, 10, il, 12, etc. La deuxième variété, fig. 6, 7, 8, 18, 29, etc. fait complètement défaut, mais elle apparaît assez rapidement. Ainsi, chez le cobaye I, les cellules géantes à noyau brillant constituent, 6 heures après la mort, 58 0/0 du nombre total de ces éléments; chez le chien II, on en compta, après 5 heures, 45 0/0; chez le lapin I, après 7 heures, 55 0/0; et chez le lapin V, après 3 heures, 17 0/0 et, après 5 heures, 67 0/0. Après 24 à 4S heures, les noyaux pâles ont presque toujours totalement disparu. Il découle de ces faits que les noyaux riches en chromatine d'Arnold ne sont qu'une altération cadavéri- que, et que, loin de constituer une étape de division, ils sont le résultat d'une dégénérescence. Il suffit de comparer les planches d'ARNOLD avec les nôtres pour être convaincu de l'identité des figures. Il est vrai que cet auteur affirme ne s'être servi que de matériaux frais, mais que faut-il entendre par matériaux frais, quand nous voyons que deux heures après la mort, l'aspect de la moitié des cellules géantes peut s'être modifié complètement? Quelle valeur peuvent avoir dans ce cas les recherches faites sur le cadavre humain, comme celles d'ARNOLD dans l'hyperplasie de la rate et des ganglions lymphatiques, qui accompagne certaines maladies infectieuses? Assurément aucune. Les figures du travail de Werner montrent également que cet auteur a eu sous les yeux des matériaux altérés. Nous avons vu plus haut que Denys n'avait pu retrouver les cellules à noyau brillant chez le lapin, mais '74 34 H. DEMARBAIX qu'il les avait rencontrées chez le rat. D'après une communication verbale du professeur de Louvain, .les observations précédentes donnent également la clef du problème ; la moelle de lapin était examinée toute fraîche ou durcie immédiatement après la mort; quant aux rats, ils n'arrivaient au laboratoire qu'à l'état de cadavre, et quoique leur mort ne remontât qu'à peu d'heures et qu'ils ne présentassent aucun signe de décomposition, les cellules géantes s'étaient pourtant déjà altérées. Enfin cette altération rapide explique également pourquoi Cornil ne put retrouver aucun stade de la fragmentation indirecte. C'est que ce savant opérait uniquement avec des animaux qui venaient d'être sacrifiés. Les résultats contradictoires auxquels les différents observateurs sont arrivés s'expliquent ainsi très-bien par les modifications rapides qui surviennent après la mort dans les myéloplaxes. Il nous a paru intéressant de rechercher si l'altération des myéloplaxes était spontanée, ou bien si elle était sous la dépendance des organismes de la putréfaction. La rapidité de son apparition parle, il est vrai, contre l'in- tervention des microbes; néanmoins nous avons voulu demander la solution du problème à l'expérimentation directe. Nous avons, avec les précautions antiseptiques de rigueur, inoculé par piqûre 4 tubes de gélatine avec la moelle du rat IV, 16 heures après la mort; à ce moment, tous les noyaux des myéloplaxes étaient devenus brillants. Nous avons ensemencé de même 4 tubes avec de la moelle du cobaye II présentant les mêmes modifications mais à un moindre degré. Or, 15 jours après l'inoculation, les tubes ne présentaient pas le moindre développement. Afin d'exclure toute participation éventuelle de microbes anaérobies, nous avons ensemencé la moelle du lapin V, 2 et 5 heures après la mort, dans plusieurs tubes d'agar, renfermant en outre une colonne d'huile de 10 centimètres de hauteur. Les tubes avaient été stérilisés préalablement à la vapeur d'eau pendant 2 heures, et, après l'ensemencement, ils furent maintenus à la température de 37 . Ils restèrent parfaitement stériles. Ils furent inoculés plus tard avec un microbe anaérobie (le Bacilus lactis aerogenes), et celui-ci s'y multiplia très bien, preuve que le milieu était parfaitement apte au développement des microbes. Nous avons de plus employé la méthode de Gram pour la recherche des bactéries, mais sans plus de succès. La transformation des noyaux est donc un phénomène spontané, indépendant de toute putréfaction. DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 35 En recueillant la moelle à des intervalles variables après la mort, on peut poursuivre pas à pas l'altération. Elle débute par un gonflement des nucléoles et des grains de chromatine, qui en même temps se colorent plus intensément. On dirait une cinèse à son début. Les fig. 14 et 22 du cobaye et 27 du rat représentent ce premier stade de la dégénérescence. La chro- matine y est déjà notablement plus abondante que dans les ligures corres- pondantes 10, 11, 12, 13, 25 et 28. Dans les fig. 15 du cobaye et 33 du chien, l'altération est plus avancée encore, et les mailles qui séparent les éléments chromatiques sont presque réduites à des points. Plus tard, ces mailles disparaissent elles-mêmes et la partie colorable du noyau forme à la périphérie de celui-ci une couche continue; dans les parties centrales on aperçoit par ci par là un nucléole gonflé. Ces noyaux sont représentés en coupe optique dans les fig. 3 et 4 du lapin, et 16 et 17 du cobaye. La surface externe de la couche périphérique s'applique exactement contre la membrane du noyau, et se dessine par des lignes courbes régulières; la limite interne, au contraire, est irrégulière et présente des dents et des enfoncements concaves. Cette couche se colore d'une façon intense par le vert de méthyle ; c'est probablement ce qui a fait dire à Arnold que la chromatine diffuse se montre d'abord surtout à la périphérie du noyau. La partie centrale, laissée en blanc dans les mêmes figures, paraît colorée également, mais beaucoup moins ; elle est verte, non pas, d'après nous, parce qu'il y existe de la chromatine dissoute, mais bien plutôt à cause de la couche périphérique qui ferme cet espace en haut et en bas, et dans laquelle les rayons lumineux qui traversent la partie centrale se colorent en vert. Au stade où nous sommes arrivé, la partie achromatique du noyau est encore représentée par une cavité relativement considérable, mais, au fur et à mesure que l'altération progresse, cette cavité se rétrécit davantage. Dans les fig. 5 du lapin et 20 du cobaye représentant des coupes optiques du noyau, elle ne constitue plus qu'un canal mince, souvent aplati et qui occupe l'axe des travées du noyau. Plus tard encore, elle est réduite à de petites vacuoles, fig. 18 et 19 du cobaye, 30 du rat, 37 du chat, qui peuvent disparaître à leur tour, fig. 6, 7, 8 du lapin, 29 et 38 du rat, 37 du chat. Le noyau constitue alors une masse pleine, compacte, entièrement homo- gène, et dans laquelle il est impossible de distinguer soit une granulation, soit une fente, soit un filament. Comme le lecteur s'en est déjà aperçu par l'énumération des figures, le phénomène que nous venons de décrire n'est pas particulier à une espèce 36 H. DEMARBAIX animale, mais il s'observe dans toutes les espèces que nous avons eu l'occa- sion d'étudier. Notons encore un détail : il nous a semblé que les noyaux en dégénérescence se déforment aisément ; sous l'action des aiguilles, ils se laissent étirer, et même expulser partiellement ou en totalité de la cellule sous la forme de gouttes ou de larmes. La fig. 22, provenant d'un cobaye, montre une cellule qui a subi cette action pendant la dissociation. La dimension des nucléoles et des grains de chromatine indique que cette cellule se trouve dans la première période de l'altération cadavérique que nous avons décrite. Le noyau présentg 3 portions très minces, réduites à de simples filaments; les deux principales, indiquées par les lettres a, n'étaient colorées par le vert de méthyle que près de leur point d'attache ; dans le reste de leur étendue elles étaient incolores. La fig. 23, qui se rapporte à un noyau altéré d'avantage, montre également trois étirements semblables; en outre, dans cette figure, une partie du noyau a fait saillie hors de la cellule, tout en conservant avec la partie restée incluse des rapports évidents. On pourrait penser qu'il s'agit dans ces deux cas de divisions par étranglement du noyau, mais on doit rejeter cette hypothèse, car ces étirements ne s'observent que sur les noyaux altérés et dans les préparations obtenues par dissociation. Comme nous l'avons vu plus haut, Arnold distingue dans sa fragmentation indirecte, un stade dans lequel les futurs noyaux nouveaux sont encore reliés entre eux par des bandes et des fila- ments incolorées; ce stade, d'après nous, est constitué simplement par des noyaux étirés et doit son existence à des altérations cadavériques. La fig. 21 peut être considérée comme correspondant au dernier stade de la fragmentation indirecte, le noyau primitif s'est résolu en plusieurs masses distinctes homogènes, brillantes, fortement colorées et devenues complètement indépendantes les unes des autres. Mais cet aspect ne se rencontre pas dans les préparations faites immédiatement après la mort, et en y regardant de près, on reconnaît facilement que cette figure n'est autre qu'une division cinétique multiple au stade des couronnes polaires. Malgré la confluence des bâtonnets, les couronnes sont encore nettement reconnais- sablés en bas aussi bien par leur aspect que par leurs rapports; en haut plusieurs ont été étirées et déformées. Cette altération des noyaux est-elle accompagnée de modifications chi- miques appréciables dans la constitution de la chromatine? Nous le croyons, et pour les motifs suivants. DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 37 Dans les préparations colorées à la safranine et décolorées dans l'alcool additionné d'un peu d'acide chlorlrydrique, les noyaux des myéloplaxes non altérés sont complètement ou presque complètement décolorés, comme du reste les autres noyaux à l'état statique de la préparation. Au contraire, les noyaux dégénérés présentent une coloration intense, aussi accusée que celle des figures en division indirecte. Quand oncolore suivant l'excellente méthode de Bizzozero et Vassale(i), on arrive au même résultat. Ces savants ont, comme on le sait, montré qu'on pouvait avec la méthode de Gram pour la recherche des bactéries obtenir une coloration isolée des noyaux en cinèse. D'après nos recherches, cette méthode fournit même un contraste beaucoup plus marqué entre les noyaux au repos et les noyaux en division indirecte que celle de Flemming; les premiers sont toute à fait décolorés, tandis que les seconds présentent une coloration violette intense. Or dans une moelle traitée suivant le procédé des auteurs italiens et renfermant à la fois les deux espèces de noyaux, ceux qui ont conservé la structure normale sont incolores; au con- traire ceux qui sont devenus brillants et homogènes sont teints avec une grande intensité. Ces faits ne peuvent s'expliquer à notre avis qu'en admettant une com- binaison plus stable de la chromatine avec les principes colorants dans les noyaux altérés, ou, en d'autres termes, une modification dans la structure moléculaire de cette substance. D'après Arnold, les noyaux brillants et homogènes seraient plus riches en chromatine que les noyaux normaux. Il est incontestable que le vert de méthyle leur communique une coloration très intense, et il se peut très bien que ce fait soit dû à une augmentation de la chromatine; dans ce cas, l'altération cadavérique se révélerait non seulement par des changements optiques du noyau, mais aussi par une production plus abondante de chro- matine aux dépens d'une substance-mère préexistante, mais sans affinité pour les principes colorants. A notre avis pourtant cette conclusion ne s'impose pas, et il est possible que la coloration intense soit due à une pénétration plus facile du vert de méthyle à l'intérieur du noyau. On conçoit en effet, que les grains de chromatine sont, à l'état normal, peu perméables aux colorants, mais, qu'après gonflement, l'accès de ces matières soit facilité. Dans ce cas, la (i) Bizzozero et Vassale ! Ueber die erzeugung und die Régénération der Drùsenzellen bei den Saûgethieren ; Virchow. Arch., B. CX, 1887. 38 H. DEMARBAIX coloration intense serait due non à une augmentation de la chromatine, mais à une augmentation des molécules de chromatine combinées avec les réactifs colorants. Nous avons vu plus haut que l'altération des noyaux s'accompagnait d'un changement dans la nature de la chromatine. Quel est ce changement? Nous l'ignorons, mais, vue la grande résistance que la chromatine nouvelle oppose aux agents décolorants, il est possible que cette dernière est ana- logue, sinon identique, avec la chromatine des noyaux en division indirecte. Nous avons vu plus haut qu'AiïNOLD admet également que la fragmen tation indirecte forme un mode de division des petites cellules de la moelle et des globules blancs. Pas plus que Denys et Cornil, nous n'avons pu nous convaincre de son existence et nous sommes persuadés qu'ARNOLD a été ici encore victime d'altérations cadavériques. On observe en effet dans les petites cellules des dégénérescences analogues à celles des myéloplaxes, seulement elles se montrent beaucoup plus tard. D'ordinaire, tous les noyaux des cellules géantes sont devenus brillants avant qu'on n'observe un com- mencement d'altération dans les petites. Nous avons représenté une série de cellules lymphatiques de la moelle dans les fig. 40, 41, 42 et 43; la fig. 40 montre des cellules lympha- tiques normales de la moelle du lapin; la fig. 42 les mêmes cellules chez le rat. Les corps nucléiniens y revêtent la forme de grains arrondis ou irré- guliers. Dans les fig. 41 et 43, on voit les mêmes éléments, mais ayant subi des altérations profondes dans la structure de leur noyau. La fig. 41 pro- vient de la moelle d'un lapin mort depuis 48 heures, dans la cellule a la substance chromatique se présente sous la forme d'un réseau irrégulier, à travées épaisses; dans la cellule b, la substance chromatique remplit toute la cavité du noyau, à l'exception de deux petites vacuoles ; dans la cellule c, le noyau est tout à fait compact. On le voit, ces altérations sont en tout semblables à celles des cellules géantes. Les cellules de la fig. 43 proviennent d'un rat mort depuis la veille. Dans les cellules a à h, la nucléine forme à la périphérie une couche continue ou interrompue, d'épaisseur inégale. Les cellules c, d et g rappellent bien le stade de la fragmentation indirecte, dans lequel la chromatine s'est retirée en deux ou trois endroits du noyau pour donner DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GEANTES 39 naissance aux noyaux nouveaux. Dans les figures i et j, le réseau chroma- tique est devenu, grâce au gonflement, beaucoup plus apparent que dans les cellules de la fig. 43; les cellules k à o correspondent aux cellules à noyau en boudin de la même figure; dans les figures p et q, les fragments sont pleins et occupent encore la partie centrale de la cellule; dans les figures r à t, ils ont émigré vers sa périphérie. Enfin la cellule u représente le stade des couronnes polaires : les bâtonnets se sont gonflés, à tel point qu'ils se sont fusionnés en deux masses homogènes. PARAGRAPHE II. Cinèse des Cellules géantes. La division cinétique ou indirecte des cellules géantes a été étudiée simultanément par Denys (i) sur le lapin et le chien, et par Cornil (2; sur le cobaye. Les résultats auxquels sont arrivés ces deux observateurs sont loin de concorder. Denys distingue cinq stades. i° Le filament nucléinien s'épaissit, devient plus régulier. La mem- brane du noyau disparaît. 2° Le filament se coupe en courts tronçons, repliés en V et qui se disposent en une boule régulière. La boule et le nombre de bâtonnets sont d'autant plus grands que le noyau d"origine est plus volumineux. 3° Les bâtonnets s'ordonnent en une corbeille à mailles polygonales. A ce moment, survient la division longitudinale des bâtonnets. Chaque polygone, après cette division, possède son contour propre. 4° Les polygones s'écartent les uns des autres, et se portent davan- tage vers la périphérie du noyau. En même, temps ils s'arrondissent et deviennent de véritables couronnes polaires. 5° Les couronnes se reconstituent en noyau ordinaire, en même temps que le protoplasme se divise. La division des cellules géantes est par conséquent une division multiple. Quant à la division binaire, Denys n'a jamais pu en saisir le moindre indice. (1) J. Denys : Loc. cit. (2) Cornil : Loc. cit. 40 H. DEMARBAIX Cornil a étudié la multiplication des cellules géantes dans l'inflamma- tion des os, ou plutôt dans leur régénération. Il a choisi le fémur des cobayes, qu'il écrasait sous la peau au moyen d'une forte pince, et il a examiné la moelle le second, le troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième et le septième jour après le traumatisme. Voici comment, d'après lui, s'opère la division des cellules géantes. i° Les noyaux deviennent sphéroïdes, les filaments de chromatine s'isolent et s'accroissent. La membrane du noyau disparaît. 2° Les filaments de chromatine sont plus volumineux, plus nombreux, plus colorés ; ils s'anastomosent et s'enchevêtrent en montrant à la périphérie de leur pelotonnement des extrémités libres terminées par des renflements ou des anses. 3° La concentration des filaments devient plus complète et aboutit à la constitution d'une plaque, dans laquelle on ne distingue plus les filaments par les interstices qui les séparent, mais seulement par leur relief à la surface de la plaque. 4° Les filaments se divisent transversalement et longitudinalement et se rendent à deux pôles où ils forment une nouvelle plaque, la plaque bipolaire. La segmentation s'achève par la reconstitution du noyau et la division du protoplasme. Cornil admet par conséquent que la division des myéloplaxes est bipolaire, tandis que d'après Denys, il y a toujours formation d'au moins trois couronnes polaires. Dans une communication faite au congrès des naturalistes deWiesbaden, Denys (i) fit ressortir les divergences qui existaient entre les recherches de Cornil et les siennes et conclut que le savant français avait, ou bien observé des cas pathologiques de division, ou bien employé une méthode qui ne mettait pas à l'abri de déformations accidentelles les figures cinétiques. Cornil, en effet, examinait surtout la moelle après l'avoir étalée sans liquide dissociateur sur des couvre-objets, à la surface desquels elle subissait une demi-dessiccation. Nous avons repris les expériences de Cornil sur la régénération des fractures chez le cobaye et nous les avons étendues au lapin, au chien, au chat et au rat. Nous avons utilisé en tout vingt animaux, en évitant comme fi) J. Denys : Quelques remarques sur la division des cellules géantes de la moelle des os; Anat. Anz., 1888, n° 7. DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GÉANTES 41 Cornil de produire des fractures communicatives. Au lieu d'écraser l'os avec une pince, nous avons préféré le rompre transversalement. A la suite de cette opération il se produit souvent des déchirures assez étendues dans le canal médullaire, mais comme les tissus lacérés sont reconnaissables à l'infiltration sanguine dont ils sont le siège, on peut retrouver facilement la zone de prolifération qu'il s'agit d'étudier. Elle est formée par le tronçon de moelle qui est immédiatement en contact avec cette zone. C'est à ce niveau qu'on voit dès le second jour apparaître une couche de tissu conjonctif embryonnaire, qui devient d'autant plus épaisse que la fracture est plus ancienne. Plutôt que de recourir à la dissociation suivant le procédé de Cornil, nous avons préféré étudier la moelle après durcissement dans la liqueur chromo-acétique et coloration à la safranine. Nous avons examiné ainsi des fractures du deuxième, du troisième, du quatrième et du cinquième jour. Remarquons de suite que nous n'avons pu nous convaincre d'une caryo- cinèse plus fréquente des cellules géantes dans le voisinage de la solution de continuité, ni d'une augmentation du nombre de ces éléments. Dans un cas seulement, une fracture de cobaye du 4 me jour, ces phénomènes parais- saient plus actifs. D'après nos observations donc, ces cellules se comportent dans la régénération d'une manière passive, et ne prennent aucune part à ce travail. Quant aux myéloplaxes en division qui se trouvent englobés dans la zone d'irritation ou qui sont proches de cette zone, ils présentent les mêmes figures que les myéloplaxes des os intacts et ces figures identiques à celles qui ont été décrites par Denys chez le lapin et le chien à l'état normal. On peut s'en assurer par l'examen de la planche II. Les fig. 44 et 45 représentent le premier stade de la division caractérisé par un boyau nu- cléinien régulier, gros et accolé contre la membrane encore conservée du noyau. En a, on voit ce boyau en coupe optique; en b, de face. Les fig. 46 et 47 montrent un stade plus avancé; la membrane du noyau a disparu, le boyau s'est sectionné en tronçons, dont la disposition rappelle encore les boursoufflures et les lobes du noyau dont ils sont issus. Dans les fig. 48 et 49, on reconnaît le stade des polygones, dans les fig. 50 et 51, celui des couronnes multiples disposées régulièrement en sphère. Dans les quatre dernières figures, nous n'avons reproduit que la moitié supérieure du noyau afin de ne pas compliquer les dessins. Les couronnes polaires, a, du centre sont vues de face et se présentent comme des anneaux; celles de la périphérie, b, se montrent obliquement; les cou- '75 4 o H. DEMARBAIX rcmnes incomplètes, c, se continuaient, pour se fermer en anneau, dans le segment inférieur non représenté. • Toutes nos figures se font remarquer comme celles de Denys par l'ab- sence de système achromatique. Nous ne voulons pas en conclure qu'il n'existe pas, nous croyons au contraire que les filaments sont trop délicats pour être visibles. Ces figures proviennent du cobaye où il semblait que les cellules géantes avaient augmenté de nombre, et ont été prises presque toutes dans le foyer de la fracture même, c'est-à-dire, dans la zone de prolifération ou dans son voisinage immédiat. Comme on le voit, elles s'écartent considéra- blement des descriptions de Cornil; de plus, dans aucun cas, nous n'avons pu constater ni la division binaire des cellules géantes, ni rien qui fut un indice de cette division. Nous croyons donc que les cellules géantes ne se divisent jamais par cinèse en deux, pas plus à l'état pathologique qu'à l'état normal. Cornil du reste, comme il l'avoue lui-même, n'a jamais pu observer dans les cellules géantes la séparation en deux de sa plaque équatoriale unique, ni l'éloignement des deux moitiés aux deux pôles, ni l'existence des deux plaques polaires, quoiqu'il ait pu constater ce phénomène pour les petits éléments de la moelle. Pour les derniers stades de la cinèse des grandes cellules il est réduit à l'analogie. Le motif pour lequel ils lui ont échappé est bien compréhensible, la séparation en deux, comme nous venons de le voir, n'existant pas. Mais comment se fait-il que l'étape des polygones et celle des couronnes multiples aient échappé à cet observateur? Nous croyons que celaest dû à la méthode qu'il a principalement suivie dans ses recherches. Comme nous l'avons vu plus haut, il a pris avec un scalpel la moelle rouge qui se trouve à l'extrémité des fragments osseux, raclé la surface interne du canal médullaire pour la recueillir complètement et étendu cette moelle semi-liquide sur des lamelles, comme on étale les crachats pour en étudier les bactéries. Le suc ainsi étalé se dessèche un peu, mais avant que la des- siccation fût complète, Cornil plongeait les lamelles dans les liquides fixa- teurs : alcool ou solution de Flemming. On peut se demander avec raison si ces manipulations n'ont pas eu pour effet de tirailler les cellules géantes, de changer plus ou moins la position réciproque des filaments chromatiques et surtout d'en faire, par la dessiccation, une masse plus ou moins homogène. Nous nous croyons d'autant plus autorisé à émettre ces conjectures que DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 43 nous n'avons jamais pu réussir à trouver dans nos préparations des figures semblables aux fig. i i et 12 de la planche II du travail de Cornil, et qui représentent les éléments chromatiques formant deux masses presque com- plètement distinctes, ni des figures compactes et sans structure interne apparente, comme sa fig. 2 de la planche III. Pour juger jusqu'à quel point nos suppositions étaient fondées, nous avons fait quelques préparations d'après la méthode de Cornil et nous avons constaté, pour les petites cellules du moins, qu'effectivement cette méthode donne aux figures des apparences trompeuses et semblables à celles décrites par cet auteur. Ainsi les formes de roue dentée et de couronne à fleurons, sur lesquelles il insiste dans la description de la première étape, sont abondamment représentées dans les préparations obtenues de cette façon. Au contraire, dans les préparations faites par dissociation dans l'acide acétique à 1 0/0 ou 2 0/0, et dans les coupes après durcissement dans la liqueur chromo-acétique elles font défaut. D'après nous, ces formes ne sont que des couronnes ordinaires dont la dessiccation a tassé et agglutiné les bâtonnets. Notons encore que, d'après Cornil, les éléments nucléiniens affectent une forme très variable : celle de grains, de filaments simples ou anasto- mosés, bifides, renflés à leur extrémité, etc. Pour autant que leur petitesse permet de juger de leur configuration, nous n'avons pu reconnaître dans ces éléments qu'une seule forme : celle de bâtonnet simple, sans anastomose ou division et sans renflement ; ce sont, en un mot, des bâtonnets en tout semblables à ceux que l'on observe dans la division cinétique en général. Denys n'avait étudié la cinèse multiple des myéloplaxes que chez le lapin et le chien; il ne l'avait pas rencontrée chez le rat, et il croyait que ce mode de division y faisait défaut, mais d'après nos recherches il s'y rencontre également ; de plus nous l'avons constatée dans la moelle intacte et normale du chat et du chevreau, c'est-à-dire chez tous les animaux où nous l'avons cherchée. L'abondance de ces figures oscille dans des limites assez larges, quelquefois il est nécessaire d'examiner plusieurs coupes avant d'en rencontrer une; d'autrefois on en trouve deux, trois, quatre, cinq et même davantage dans la même coupe. Elles nous ont paru surtout nom- breuses chez le cobaye et nous nous souvenons avoir rencontré deux fois, chez ce dernier animal, six cellules géantes en cinèse dans un seul champ du microscope foc. 3 et object. D de Zeiss). Nous avons tenu à insister sur l'existence des cinèses multiplus à l'état normal, parce que, chose assez 44 H. DEMARBAIX étonnante, divers auteurs éprouvent des difficultés pour élever ce mode de division au rang de processus physiologique. Schottl^înder (i), un élève d'ARNOLD, va même jusqu'à mettre en doute les observations si péremptoires de Denys. D'après cet auteur, le professeur de Louvain n'aurait vu aucun stade de la cinèse multiple anté- rieur à celui des couronnes polaires. L'assertion est tellement curieuse qu'elle mérite d'être citée textuellement : -Ich mochte nur die Thatsache hervorheben dass Denys auffallender Weise tiber fruhere Fhasen des Mehr- theilung (c'est-à-dire des étapes antérieures aux couronnes polaires) gar nichts erwâhnt.'. Or dans le travail de Denys, il n'y a pas moins de 20 figures (fig. 24 à 43) consacrées à ces différents stades, et les phénomènes qui s'y rapportent sont décrits en détail aux pages 267, 268 et 269. Comment peut-on soutenir, dans ces conditions, que cet auteur ne fait absolument aucune mention des premières étapes? Cornil (2) décrit également une caryocinèse partielle dans les myélo- plaxes. Il entend par là que, dans une cellule géante, un noyau ou une partie d'un noyau peut subir isolément des modifications caryocinétiques, tandis qu'un ou plusieurs autres noyaux restent à l'état de repos; mais il suffit d'examiner les figures que l'auteur donne à l'appui de son assertion pour se convaincre qu'il s'agit d'inclusions de petites cellules dans une grande et non de cellules plurinucléées. Nous n'avons jamais pour notre part observé cette caryocinèse partielle. PARAGRAPHE III. Division directe des Cellules géantes. Nous l'avons vu dans la courte notice bibliographique qui se trouve en tète de ce travail, on a décrit plusieurs modes de division directe dans les myéloplaxes. On peut les classer en trois groupes : A. La division par étranglement en deux cellules équivalentes ; B. La division par étranglement en deux cellules de dimension très inégale; C. La division simultanée en plusieurs petites cellules équivalentes. (1) SchottL/Ender : Ueber Kern- und Zelltheilungsvorgànge in dem Endothel der entzûndeten Hornhaut; Arch. f. mikr. Anat., B. XXXI, 1888. (2) Cornil : Op. cit., p. 60. DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GÉANTES 45 A. Division par étranglement en deux cellules équivalentes. Ce mode de division est admis par Werner (i), mais nous n'avons pu nous convaincre de son existence. Il est vrai que l'on rencontre quel- quefois des noyaux présentant vers leur milieu une incisure faisant tout le tour, ou plus communément une partie du tour du noyau, mais ces in- cisures ne se distinguent en rien de celles qui sillonnent le noyau dans d'autres directions et elles n'ont, sans doute, aucune valeur spéciale. Nous dirons la même chose des incisures que l'on remarque quelquefois dans le protoplasme. Elles sont presque toujours unilatérales et s'obser- vent surtout quand on dissocie des moelles d'animaux tués depuis quel- que temps. Werner invoque également comme preuve de la division par étrangle- ment en deux la fréquente juxtaposition de deux cellules et la démarcation peu nette qui les sépare. La première de ces deux raisons nous paraît dénuée de toute valeur : vu le grand nombre de cellules géantes réparties dans la moelle, il n'est pas étonnant que quelques-unes se trouvent côte à côte, par un pur effet du hasard; dans les moelles riches en myéloplaxes, comme celles du cobaye, il n'est pas rare d'en rencontrer 3, 4 et même 5 situées les unes à côté des autres. A-t-on le droit d'en conclure qu'elles se sont divisées par étranglement? Nous ne le croyons pas. Il est vrai que Werner a vu, dans certains cas, entre les deux cellules une délimitation peu nette et qu'il considère comme l'indice d'une division en voie d'achèvement. Mais, ici encore, la réserve la plus grande s'impose à l'observateur. En effet, il est naturel que deux éléments de même nature et en contact intime, pré- sentent une démarcation moins tranchée du côté où ils se touchent que sur le reste de leur pourtour, où ils sont en rapport avec des éléments de propriétés optiques différentes : leucocytes, cellules jaunes et globules rouges. La limite sera encore plus vague, si leur surface, au lieu de se présenter de profil à l'œil de l'observateur, se présente obliquement ; dans ce cas elle pourra même lui échapper complètement. En résumé, les faits apportés par Werner nous paraissent susceptibles d'une autre interprétation; en tout cas, ils sont insuffisants pour justifier une sténose des cellules géantes en deux parties égales. a 1 Werner : Loc. cit. 46 H. DEMARBAIX B. Division par étranglement en deux cellules de dimension très inégale. Ce mode de division comprendrait la séparation par étranglement d'une excroissance du noyau du 'reste du noyau, de sorte que la cellule géante renfermerait un grand noyau représentant presque tout le noyau primitif et un petit, de la grandeur du noyau des globules lymphatiques. Ce dernier se découperait ensuite dans la cellule-mère un territoire protoplasma- tique. Si cette dernière opération se fait à la périphérie, la jeune cellule conquiert immédiatement sa liberté; si, au contraire, elle se fait vers le centre, la cellule-fille reste emprisonnée, momentanément du moins, dans la grande (division endogène). D'après Werner, ce mode de division serait fréquent, et cet auteur voit des fragments de noyaux prêts à s'isoler dans toutes les boursoufflures qui ne sont attachées au reste du noyau que par des pédicules minces. C'est ainsi que, d'après lui, les figures 9 à 13 de sa planche, reproduisent des noyaux sur le point de se segmenter. C'est évidemment aller trop loin. Un argument plus sérieux en faveur de la sténose inégale, c'est la présence dans le corps des myéloplaxes : i° de petits noyaux libres sans protoplasme propre; 2 de petits noyaux entourés d'une zone de protoplasme clair mais sans limite précise; 3 de petites cellules complètes, avec noyau, corps protoplasmatique et membrane cellulaire. Ces trois sortes d'inclusions correspondent en effet aux trois stades que la cellule-fille, formée par voie endogène doit parcourir avant son achèvement. Ces trois étapes ont été figurées par Denys ; en outre, Lowit, Werner et Cornil ont donné des figures représentant des cellules géantes renfer- mant 1 à 3 petites cellules; mais les plus remarquables ont été dessinées par Denys, qui, chez un petit lapin, a compté plus de cent cellules empri- sonnées de cette façon. Les préparations du professeur de Louvain montrent clairement que les petites cellules sont renfermées dans la grande, et non logées dans des dépressions à sa surface. Nous avons vu des productions analogues chez un rat captif, devenu malade, et que nous avons tué en pleine agonie. Elles y étaient très nombreuses, et nous en avons représenté quatre dans la planche I. Les fig. 31 et 32 ont été dessinées d'après une préparation faite par dissociation dans l'acide acétique à 1 0/0, immédiatement après la mort. En haut se trouve le noyau géant, les petites cellules au nombre de 12 dans la première et de 9 dans la seconde ont un noyau en forme de DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GEANTES 47 boudin. Les fig. 38 et 39 ont été exécutées d'après une préparation faite le lendemain; les noyaux, ceux des cellules géantes aussi bien que ceux des globules blancs, présentent les altérations cadavériques dont il a été question plus haut. En faisant rouler ces éléments dans le liquide de la préparation, on s'assure facilement que les petites cellules se trouvent bien réellement à l'intérieur des grandes, et ne sont pas adhérentes à leur surface. Denys avait remarqué que chez le lapin toutes les petites cellules renfermées dans les grandes avaient un noyau en boudin avec des étran- glements, et que le noyau de la cellule enveloppante n'avait pas diminué de volume. Les mêmes remarques s'appliquent exactement à nos cellules du rat; celles-ci ne diffèrent des productions semblables du lapin que par le petit nombre de cellules incluses. Nous ne les avons pas vu dépasser le chiffre de 18. Comment faut-il interpréter ces figures? Trois hypothèses se présentent : i° Il s'agit d'éléments en voie de fusion, en d'autres termes de la formation des cellules géantes. Cette interprétation nous semble devoir être rejetée. En effet, les cellules enveloppantes ont toujours atteint tout leur développement, et loin de se fusionner avec les petites cellules, elles se laissent plutôt distendre par elles de façon à acquérir souvent un volume considérable. L'hypothèse de la fusion est de plus défavorable au fait, observé par Denys, de l'atrophie du noyau principal, quand l'accumulation devient considérable. Enfin, malgré l'abondance de ces inclusions, on ne rencontre jamais les petites cellules en voie de fusion entre elles, de façon à constituer des éléments plus volumineux. 2° Les petites cellules sont dues à une sténose inégale, dans laquelle des bosselures du noyau se sont successivement isolées du restant du noyau, et se sont découpées dans le protoplasme un territoire propre. C'est l'opinion à laquelle s'est ralié Denys. 3° Enfin on peut penser qu'on se trouve devant un phénomène de phagocytose, opinion que Lôwit a déjà exprimée à propos de ses obser- vations de cellules géantes renfermant une petite cellule. Il est impossible, avec nos observations actuelles, de trancher la ques- tion et de décider s'il faut croire plutôt à la division qu'à la phagocytose; mais nous penchons plutôt vers cette dernière interprétation, qui explique- rait en même temps fort bien pourquoi le noyau géant ne diminue pas de volume au fur et à mesure que les petites cellules deviennent plus nom- 4 8 H. DEMARBAIX breuses. Nous sommes disposé à interpréter de la même façon les cellules géantes ne renfermant qu'une ou deux cellules, d'autant plus que nous avons rencontré ces inclusions que très rarement chez les animaux sains; elles étaient, toujours plus fréquentes chez ceux qui avaient succombé à des infections microbiennes, provoquées intentionnellement dans d'autres buts. Ainsi la fig. 34, où l'on voit cinq cellules renfermées dans une cellule géante en voie de dégénérescence, provient d'un chien qui avait succombé à une péritonite septique. Quant aux fig. 31, 32, 38 et 39, elles ont été pris chez un rat, qui comme nous l'avons vu, était sur le point de mourir, probablement par infection naturelle, au moment où il a été tué. C'est peut- être de la même façon qu'il faut expliquer plusieurs figures du travail d'ARNOLDsurla division des cellules de la rate et des ganglions lymphatiques dans les maladies infectieuses (i), et dans lesquelles on voit plusieurs cellules renfermées dans une autre plus grande. Quoi qu'il en soit de cette façon de considérer les cellules géantes englobant de petites cellules, il est sûr que si la sténose inégale existe, elle ne constitue, à l'état physiologique, qu'un cas peu commun de la division des myéloplaxes, car chez les animaux normaux nous n'avons rencontré, comme nous venons de le dire ces productions que très rarement ; chez beaucoup elles semblaient même faire défaut. C. Division simultanée en plusieurs cellules équivalentes. D'après ce mode de division, le noyau géant se décomposerait en même temps en plusieurs noyaux du volume de ceux des globules blancs et cette division serait suivie d'une division semblable du protoplasme. Ce mode est admis par Denys et Werner pour certaines espèces animales telles que le rat. Il est incontestable que chez certains animaux, cobayes et rats, on rencontre beaucoup de cellules géantes plurinuclées, fig. 13, 16, 17, 20, 26, 30. Tantôt les noyaux sont petits, tantôt ils sont plus grands et très inégaux de volume. Ce sont ces cellules qui ont été considérées comme appartenant au premier stade de la division simultanée; mais aussi longtemps qu'on se trouve dans une ignorance absolue touchant l'origine des cellules géantes, on peut interpréter toutes ces figures aussi bien dans le sens de la formation des myéloplaxes par fusion de petites cellules, que dans le sens de leur segmentation. De plus, il est également possible que les noyaux peuvent à certains moments se segmenter en plusieurs tronçons et se fusionner de nouveau plus tard en une masse unique. (i) Arnold : Op. cit. DIVISION ET DÉGÉNÉRESCENCE DES CELLULES GEANTES 49 En résumé, il n'existe aucune preuve décisive que les cellules géantes se multiplient par voie directe suivant un des trois modes indiqués plus haut, et toutes les apparences invoquées en faveur de l'un ou l'autre de ces modes sont susceptibles d'une autre interprétation. PARAGRAPHE IV. Dégénérescence normale des Cellules géantes. Plusieurs auteurs ont décrit dans les myéloplaxes des phénomènes de régression. D'après Rindfleisch (1), ces cellules seraient vouées fatalement à la dégénérescence et se transformeraient en masses fibrineuses. Arnold (2), sans contester la possibilité d'une dégénérescence, admet que ces éléments de plus susceptibles de se diviser. Werner (3) se rallie à l'opinion d'ARNOLD. En outre, il décrit cer- taines formes qu'il considère comme des cellules en régression. Ce sont des éléments renfermant des globes d'une substance qui se colore d'une façon intense et homogène, et qui est répartie sans ordre. Il compare ces globes à des fragments de noyau, transformés en gouttes dénuées de structure. Cornil (4) a rencontré des productions analogues dans la moelle des os fracturés. Il les décrit comme des cellules dont le noyau se colore d'une façon homogène et très foncée ; on n'y distingue plus les grains de nucléine ni les filaments achromatiques, mais seulement une masse homogène, qu'il compare à une flaque d'une substance semi-liquide sans structure. Tantôt le noyau reste entier, tantôt il se fragmente en grains et gouttelettes doués des mêmes propriétés. Ainsi d'après Werner et Cornil, les noyaux subissent une dégénéres- cence, à la suite de laquelle ils perdent toute structure et se transforment en une masse molle qui se colore intensément. (1) Rindfleisch : Arch. f mik. Anat.; B. 17, 187g. (2) Arnold : Beobachtungen etc., op cit. (3) Werner : Op. cit. (4) Cornil : Op. cit. .76 50 H. DEMARBAIX Lôwit (1) a signalé un autre mode de dégénérescence dans laquelle la chromatine diminue peu à peu, et finalement disparaît en totalité. Le noyau se présente alors comme une vessie, couverte d'incisures et de lobes et qui ne se colore plus sensiblement. Nous avons représenté dans les fig. 53 à 58 une série de noyaux tels qu'on en rencontre fréquemment chez le cobaye. Ils sont dessinés d'après une préparation faite par dissociation dans l'acide acétique dilué immédiatement après la mort, Lorsqu'on les compare aux noyaux du même animal, figurés dans la planche I, fig. 10 à 13, on y remarque des différences profondes. i° Dans les noyaux de la planche I, la partie colorable forme des grains, accolés pour la plupart contre la membrane du noyau. Un petit nombre, surtout les plus gros (nucL'oles), se trouvent dans la cavité elle-même du noyau suspendus à des filaments minces qui les rattachent aux parois. Sous l'action du vert de méthyle, les grains seuls se colorent, la membrane du noyau et les filaments restent décolorés. Il n'en est pas de même dans les noyaux des fig. 53 à 58, la partie co- lorable forme à la périphérie une couche continue, assez épaisse, brillante et sans structure. A l'intérieur, on voit un ou deux, rarement trois nucléoles plus gros que dans les figures précédentes. Sous l'action du vert de mé- thyle, ces parties se colorent fortement et d'une façon homogène, de sorte que la membrane du noyau est tapissée à sa face interne d'un manteau continu de substance colorable, qui suit toutes ses inflexions. 2° Les cellules 10 à 13 possèdent un protoplasme abondant, tandis que celui-ci paraît faire complètement défaut dans les fig 53 à 58. Dans les fig. 53, 54 et 55, on constate en certains endroits l'existence d'une mince membrane, limitant du côté du noyau une cavité, mais celle-ci paraît vide et on n'y distingue aucune substance granuleuse que l'on puisse assimiler au protoplasme. Cette membrane est surtout visible dans les préparations obtenues par dissociation dans l'acide acétique; elle se présente alors fréquemment sous forme de soulèvements. Mais il est impossible de démontrer l'existence de cette membrane à l'extérieur de tous les noyaux, surtout sur les plus petits, même au niveau des incisures et dans les moelles dissociées dans l'acide acétique, de sorte que beaucoup de noyaux paraissent complètement libres, fig. 56, 57 et 58. (i) Lôwit : Ueber Neubildung und Zerfall weisser Blutkôrperchen ; Sitz. Ber der Akad. z. Wien, B. XCII, III. Abth., i885. DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 51 On pourrait se demander si ces noyaux sans corps protoplasmique n'ont pas été mis en liberté par la dissociation. Il n'en est rien, car, grâce à leur structure spéciale, on les distingue immédiatement des noyaux géants sortis accidentellement des cellules et de plus on les retrouve dans le même état sur des coupes faites après durcissement. Ces productions s'observent non seulement chez le cobaye, mais chez tous les animaux où nous lès avons cherchées (lapins, rats, chats, chiens). Ainsi les fig. 60 à 64 proviennent d'un lapin; la fig. 59 d'un rat; dans cette dernière on observe en bas, entre ce noyau et la membrane extérieure, quel- ques granulations protoplasmatiques. Quelle est la signification de ces noyaux? On pourrait dont d'abord les considérés comme des noyaux apparte- nant à des cellules géantes en voie de formation; mais cette hypothèse s'harmonise peu avec l'absence de protoplasme et la distribution de la chromatine. Comme nous l'avons vu, celle-ci forme à la périphérie du noyau une couche continue sans structure, et qui présente par conséquent beaucoup d'analogie avec le premier stade de l'altération cadavérique, dont il a été question dans le paragraphe I, fig. 3, 4 etc.. En outre, les deux espèces de noyaux se colorent intensément et retiennent la matière colorante avec une égale ténacité sous l'action des agents décolorants (alcool, alcool additionné d'acide chlorhydrique, essence de girofle). Ces différentes propriétés nous font croire que les noyaux des fig. 53 à 59 répondent à un stade de dégénérescence normale des cellules géantes, présentant certains points de contact avec la dégénérescence cadavérique. Mais l'analogie ne va pas plus loin; tandis que dans l'altération post mortem, la partie colorable envahit tout le noyau, dans la dégénéresrence normale la couche non structurée reste mince et ne quitte pas la périphérie. Enfin, est-il besoin pour diffé- rencier encore davantage ces deux espèces de noyaux, de dire que les uns apparaissent seulement quelques heures après la mort, tandis que les autres s'observent immédiatement après que l'animal a succombé. Outre la forme de dégénérescence que nous venons de décrire, nous avons également trouvé immédiatement après la mort, mais en beaucoup moindre abondance, les formes décrites par Werner et Cornil. Nous en avons représenté quelques-unes dans les fig. 60 à 64, et nous nous rangeons à l'opinion de ces auteurs, aussi bien pour leur origine que pour leur signi- fication. Ce sont des masses protoplasmiques, renfermant des gouttelettes d'une matière semi-fluide, sans structure et qui se comporte vis-à-vis des 52 H. DEMARBAIX matières colorantes comme le noyau des cellules géantes en dégénérescence cadavérique, c'est-à-dire qu'elle se colore intensément et qu'elle se décolore difficilement. Souvent plusieurs de ces gouttes sont sorties; dans d'autres cellules, toutes ont abandonné le protoplasme, fig. 63. Nous ne saurions dire si cette dernière variété de cellules en dégéné- rescence constitue un stade ultérieur de la première variété. La présence d'un corps protoplasmatique parle contre cette interprétation. Quant au mode de dégénérescence décrit par Lôwit, et d'après lequel la chromatine finirait par disparaître, nous ne l'avons pas retrouvé. Au contraire, les noyaux dégénérés se coloraient tous plus intensément sur nos préparations que les noyaux intacts, et se rapprochaient par cette propriété des figures cinétiques. CONCLUSIONS. i° Pendant la vie et peu de temps après la mort, les myéloplaxes présentent tous un noyau vésiculaire, composé d'une membrane, de filaments achromatiques, de corps chromatiques et d'un suc ou enchylème. 2° Les noyaux riches en chromatine d'ARNOLD, caractérisés par un aspect brillant et homogène ainsi que par l'intensité avec laquelle ils se colorent, n'existent pas pendant la vie. Ils apparaissent peu de temps après la mort et constituent une altération cadavérique des noyaux décrits sous le n° î . 3° Cette altération commence par un gonflement des corps chromati- ques ; bientôt la partie colorable forme à la face interne du noyau une couche continue qui s'épaissit de plus en plus, et finit par occuper toute la cavité du noyau. 4° Cette altération est indépendante de toute intervention de micro- organismes, et précède de beaucoup une altération semblable des petites cellules de la moelle. 5° Ce sont ces altérations qu'ARNOLD a pris pour un mode de division spécial, la fragmentation indirecte. 6° Les noyaux dégénérés opposent aux agents décolorants une ré- sistance analogue à celle des noyaux en cinèse, ce qui fait penser que la chromatine a subi une modification par laquelle elle devient analogue, sinon identique, à la chromatine des figures caryocinétiques. Il est possible que l'intensité de coloration des noyaux dégénérés soit due à une augmenta- DIVISION ET DEGENERESCENCE DES CELLULES GEANTES 53 tion de la chromatine, mais elle se laisse également expliquer par une per- méabilité plus grande des éléments nucléiniens pour les matières colorantes. 7° Les phénomènes qu'ARNOLD a décrits sous le nom de fragmentation indirecte dans les cellules lymphatiques de la moelle, la rate et les ganglions lymphatiques hyperplasiés sont aussi des altérations cadavériques. 8° On observe à l'état normal la division cinétique multiple dans les myéloplaxes de tous les animaux où nous l'avons cherchée; il faut donc admettre que cette division constitue un mode phyriologique. 9° Malgré le grand nombre de figures que nous avons eu l'occasion d'examiner, nous n'avons jamais rien vu qui indiquât que les myéloplaxes présentent la division cinétique binaire. io° Contrairement à ce qu'affirme Cornil, la division, dans les frac- tures des cellules géantes, est encore multiple et non binaire. 1 1° La division cinétique multiple est le seul mode de division bien établi des cellules géantes de la moelle. Les indices de division directe sont susceptibles d'autres interprétations, parmi lesquelles l'hypothèse de la phagocytose doit surtout être prise en considération. 12° A l'état normal, un certain nombre de cellules géantes présente des phénomènes de régression. Ils sont de deux sortes. Dans la première, le noyau se transforme en une goutte d'une substance semi-liquide, homo- gène, qui peut se fragmenter ultérieurement en plusieurs gouttes plus petites. Ces dernières sont quelquefois expulsées du protoplasme. Dans la seconde, le protoplasme disparait rapidement ; la partie colorable du noyau forme à sa surface interne une couche réfringente, continue et homogène. Dans les deux sortes la coloration est intense. Qu'il me soit permis en finissant d'adresser mes plus sincères remer- cîments à M r le professeur Denys, pour les conseils qu'il a bien voulu me donner et sans lesquels je ne serais pas parvenu à mener ce travail à bonne fin. EXPLICATION DES PLANCHES Toutes les figures ont été dessinées à la chambre claire au moyen de l'obj. 3 et du i / 1 8 de pouce à immersion homogène de Zeiss. Sauf les fig. 44 à 51 et les fig 60 à 64, elles proviennent de préparations obtenues par dissociation dans l'acide acétique à i ou à 2 %, et colorées par le vert de méthyle. PLANCHE I. Les fig. 1 à 9 proviennent du lapin, les fig. 10 à 24 du cobaye, les fig. 25 à 32 et 38 à 39 du rat, les fig. 33 à 35 du chien, les fig. 36 et 37 du chat. FIG. 1 et 2. Cellules géantes du lapin avec noyaux non altérés. En plusieurs endroits on reconnaît que les nucléoles et les grains de chromatine se trouvent sur des filaments achromatiques. FIG. 3 et 4 Cellules géantes du même animal. Les noyaux, reproduits en coupe optique, présentent le premier stade de l'altération : la chromatine forme à la périphérie du noyau une couche continue. On y voit aussi quelques nucléoles gonflés. FIG. 5. L'altération est plus avancée; il ne persiste plus au centre des travées du noyau qu'un canal étroit, réprésenté en coupe optique. FIG. 6, 7, 8. L'altération est plus avancée encore, la chromatine occupe tout le noyau. On n'y distingue plus aucune structure. FIG. 9. Cinèse multiple au stade des polygones, mais rendue presque méconnais- sable par l'altération. FIG. 10, 11, 12. Cellules géantes uninucléées du cobaye. FIG. 13. Cellule géante du même animal avec cinq noyaux. FIG. 14. Commencement de l'altération cadavérique. Les fragments de chroma- tine sont plus gros et s'allongent. FIG. 15. Altération plus profonde. La chromatine est disposée en réseau. FIG. 16 et 17. Les noyaux sont représentés en coupe optique. La nucléine forme sous la membrane du noyau une couche continue. FIG. 18, 19 et 20. Noyaux complètement envahis par la chromatine, à part quel- ques vacuoles représentées en blanc. Dans la fig. 20, la chromatine affecte encore dans un des fragments une disposition en réseau. 5 6 H. DEMARBAIX FIG. 21. Cinèse multiple (stade . des couronnes polaires) présentant l'altération cadavérique. FIG. 22. Noyau présentant un commencement d'altération et étiré en 3 endroits par les aiguilles. FIG. 23. Noyau étiré également en 3 endroits. En bas et à droite, une partie du noyau fait hernie. FIG. 24. Noyau transformé en gouttes de chromatine dont trois présentent des vacuoles laissées en blancs. FIG. 25 et 26. Cellules géantes intactes du rat, l'une uninucléée, l'autre polynucléée. FIG. 27. Début de l'altération. FIG. 28 et 30. Altération plus profonde. FIG. 29. Le noyau est devenu plus complètement massif et a perdu toute structure. FIG. 31 et 32. Cellules géantes d'un rat malade, renfermant plusieurs petites cellules à noyau en boudin. FIG. 38 et 39. Cellules du même rat. Préparation faite le lendemain. FIG. 33. Cellule géante intacte de chien. FIG. 34. Cellule géante à noyau altéré, renfermant cinq petites cellules. FIG. 35. Cellule géante à noyau complètement envahi par la chromatine FIG. 36. Cellule géantes de chat normale. FIG. 37. Cellule du même altérée. PLANCHE II. FIG. 40. Cellules lymphatiques normales du lapin- FIG. 41. Cellules lymphatiques du même, présentant les altérations correspondantes des cellules géantes. FIG. 42. Cellules lymphatiques normales du rat. FIG. 43. Cellules lymphatiques du même altérées. Pour les détails, voir le texte. FIG. 44 à 51. Cellules géantes en cinèse multiple du cobaye, provenant d'un foyer de fracture. FIG. -44 et 45. Premier stade : Constitution du boyau. En a, les filaments e' coupe optique; en h, les filaments vus de face. FIG 46 et 47. Deuxième stade : Décomposition du boyau en tronçons. FIG. 48 et 49. Troisième stade: Constitution de la corbeille à mailles polygonales. FIG. 50 et 51. Quatrième stade : Couronnes polaires multiples; a, couronnes entières vues de face; b, couronnes vues très obliquement; c, couronnes qui ne pos- sèdent que quelques bâtonnets dans l'hémisphère supérieur, seul dessiné, de la figure cinétique. FIG. 52. Cellules lymphatiques en division indirecte de la moelle du cobaye. FIG. 53 à 58. Cellules et noyaux libres de la moelle normale et très fraîche de cobaye. EXPLICATION DES PLANCHES 57 FIG. 53, 54 et 55. La nucléine est disposée sous la forme d'une couche périphé- rique mince sans structure; à l'intérieur, quelques nucléoles gonflés. Le protoplasme a complètement disparu ; la membrane cellulaire m est visible en plusieurs places et est revenue fortement sur le noyau. FIG. 56, 57 et 58 Le noyau a la même structure que dans les figures précédentes, mais il est impossible devoir soit un corps protoplasmatique, soit une membrane cellulaire. FIG. 59. Cellule géante de rat. Noyau comme dans les figures précédentes. En bas, on voit la membrane, avec quelques granulations protoplasmatiques. FIG 60 et 61 Cellules géantes de moelle très fraîche dans lesquelles le noyau s'est résolu en gouttes réfringentes sans structure et très avides de vert de méthyle. FIG. 62. Les gouttes sont plus nombreuses et plus petites que dans la figure précédente, la plus grosse renferme 3 vacuoles. FIG. 63. Les gouttelettes sont toutes sorties du corps protoplasmique, fortement diminué de volume. FIG 64. Cellule géante très réduite; le noyau est transformé en une goutte non structurée; en haut et à droite, 3 vacuoles, limitées par une mince couche de chroma- tine, probablement des fragments de noyaux en régression. r 10 I-, .-'^fe-- 2J" '.-•v . .. -V* *«" *7 T. de!. Lilh: Dumoril. Louomrv. Fer// io 'n h d 3 h m ij 4. f ' ni' *" ** \ \— 1 --- - \ " i / ■v - .-'/> ^ *. *':'< fcs_Vc Vf' ^vv""^ t rt '^V: " ,4 •% '- / s. V-, i ''<< /C i '\ < ■*^-*ife IIP 7 r~\ 43 18 ■y 2d 20 2->, . -d2 -13 JJt 10 11 */ J2 - - :> v ■ m & LIA L TABLE DES MATIÈRES Historique Remarque sur CHAPITRE I. CHAPITRE II. CHAPITRE III. CHAPITRE IV. CHAPITRE V. CHAPITRE VI. CHAPITRE VII. CHAPITRE VIII. la méthode suivie ... .... Des organismes observés dans l'exsudat des péritonitts par perforation De la nature du bacille trouvé dans nos péritonites par perforation Du rôle du bacille vulgaire de l'intestin dans les péritonites par perforation Injection du bacille vulgaire de l'intestin dans le tissu sous cutané Du rôle joué par le contenu intestinal et la bile dans les péritonites dues au bacille du colon. ...... Parallèle entre nos expériences et celles de Erawitz et de Pavlowsky De l'importance du Bacillus coli communis dans la pathogénie humaine I. Le polymorphisme des cultures sur gélatine du Bacillus coli communis II. Absence de sporulation chez le bacille vulgaire de l'intestin. III. Rareté d'espèces liquéfiantes dans les selles IV. Des organismes de l'intestin autres que le bacille du colon. V. Que faut- il penser des organismes décrits par Bienstock? . PAGES 61 62 63 68 70 100 io3 107 110 112 "7 117 .18 JJ Jo J2 te JS J» ^ J ^% ) jtf mmm 38 « ** ^ A f, v* ' Liih /-" NOUVELLES RECHERCHES SUR LA CONSTITUTION CELLULAIRE DE LA FIBRE NERVEUSE PAR L. GEDOELST DOCTEUR EN SCIENCES NATURELLES. (Mémoire déposé le 31 mai 1889J !85 BIBLIOGRAPHIE Un certain nombre de mémoires nous ayant échappé lors de la rédaction de notre premier travail, nous nous permettons de les reproduire ici à titre purement documentaire. Nous donnons ensuite la bibliographie des années 1887, 1888 et 1889 concernant l'histologie de la fibre nerveuse à myéline. 10 16 Malacarne Reil Sprengel, C Wen^el, J . et C Baiter et Home Hodgkin et Lister Raspail Weber, E. H. Krause II Ehrenberg 12 B erres, J i3 i5 Valentin H en le Hannover Nuove espositione dell cerveletto umano; Torino, 1776. Exercitationes anatomicœ: de structura nervorum; Halas, 1796. Institutiones medicas; Amstelodami, 1809. De penitiori structura cerebri hominis et brutorum ; Tubin- gse, 1812. Philos. Transact. for the Year 1818, 1821 et 1824. — Meckel's Archiv, Bd. V, 1819 et Bd. VII. Carus : In Seiler's Naturlehre des Menschen; Dresden et Leipzig, 1826. Annals of philosophy for Aug. 1827. — Froriep's Notizen, 1827. : Froriep's Notizen, 1828, Bd. XX, n° 19. Allgemeine Anatomie, in Hildebrandt's Handbuch der Ana- tomie des Menschen; Braunschweig, i83o. Einige Bemerkungen ùber die feinsten Nervenfasern ; Pog- gendorf's Annalen der Physik u. Chemie, 2 e Reihe, Bd. I, 1834. Bemerkungen zum vorhergehenden Aufsatz; Ibid. , Bd. I, 1834. Microscopische Beobachtungen ùber die innere Bauart der Nerven u. Central-Theile des Nerven-Systemes; Medicin. Jahrbùcherdesk.k.Oesterreich. Staates, Neueste Folge, Bd.IX. Repertorium f. Anat. u. Phys., Bd. III, i838. Arch. f. Anat., Phys. u. wiss. Med., i83g. Mikroskopiske Undersôgelser af Nervesystemet; Kjôbenhavn, 1842. Das peripherische Nervensystem der Fische, anatomisch u. physiologisch untersucht ; Rostock, 1849. ~ Nachrichten von den G. A. Universitàt u. der k. Ges. d. Wissenschaften zu Gôttingen, i85o. Stannius 128 L. GEDOELST 17 18 19 20 21 22 23 24 26 27 28 29 3o 3i Hassall : Roudanovsky : Arnold : Kutschin : Kôlliker : Schwann : Babuchin : Schult^e : Mikroskopische Anatomie des menschlichen Kôrpers im ge- sunden u. kranken Zustande ; Leipzig, i852. Sur la structure du tissu nerveux étudié par une nouvelle méthode; Comptes-rendus de l'Acad. d. Se. de Paris, t. 5g-6o, 1 864-1 865. Ueber die feinere histologischen Verhàltnisse der Ganglien- zellen in dem Sympathicus des Frosches; Virchow's Archiv, Bd. 32, i865. Zur Structur des Nervengewebes. Vorlàufige Mittheilung ; Med. Centralbl., III, n° 36, i865. Handbuch der Gewebelehre des Menschen, 5 e Aufl., 1867. Bullet. de TAcad. d. Se de Belgique, 37 e année, 2 série, t. 25, 1868. Ueber den feineren Bau und Ursprung des Axencylinders ; Centralbl. f. d, med. Wiss., n° 48, 1868. Allgemeines ùber die Structurelemente des Nervensystems, in Stricker's Handbuch der Lehre von den Geweben, Bd. I, 1 868-1871. 25 Roudanovsky : Ueber die Structur der Axencylinder in den Primitivnerven- rôhren der Spinalnerven und ihr Verhàltniss zu letzteren; Archiv f. path. Anat , Phys. u. wiss. Med , Bd. 52, 1871. — Centralbl. f. d. med. Wiss., n° 10-11, 1872. Ranvier : Des étranglements annulaires et des segments interannulaires chez les Raies et les Torpilles; Comptes-rendus de TAcad. d. Se. de Paris, 1872. Robin : Anatomie et physiologie cellulaires ; Paris, 1873. Tliin : A contribution of the anatomy of connective tissue, nerve and muscle, with spécial référence to their connexion with the lymphatic System; Proceedings of the royal Society of London, vol. XXII, n° i55, 1874. Roudanovsky : Structur der Nervenfasern ; Bericht ùber d. physiol. und histol. Mittheil. auf d. 4. Versamml. russischer Naturforscher zu Kasan, Pflùger's Archiv f. d. ges. Physiol., Bd. VIII, 1874. Roudanovsky : De la structure des racines des nerfs spinaux et du tissu ner- veux dans les organes centraux de l'homme et de quelques animaux supérieurs; Paris, 1875. Ranvier : Des tubes nerveux en T et de leurs relations avec les cellules ganglionnaires; Comptes-rendus de TAcad. d. Se. de Paris, vol. 81, 1875. — Med. Centralbl., XIV, n° 3o, 1876. 32 Tourneux et Le Goff : Note sur les étranglements des tubes nerveux de la moelle épinière; Journal de TAnatomie, 1875. BIBLIOGRAPHIE 129 33 34 35 36 38 39 40 4i Schwalbe Mayer Lawdowski : Leydig 37 Benda et Rosenheim Retfonico Galli Nansen Nansen 42 Bornand 43 Schifferdecker 44 Schiffer decker 4 5 Lahousse, E. 46 Nansen 47 Joseph 48 Jakimovitch Das Ganglion oculomotorii. Ein Beitrag zur vergleichenden Anatomie der Kopfnerven; Jenaische Zeitschrift, Bd. XIII, 1879. Ueber Vorgànge der Degeneration u. Régénération im un- versehrten peripherischen Nervensystem; Zeitschrift f. Heil- kunde, Bd. II, 1881. Neue Thatsachen zur Histologie, Entwicklungsgeschichte u. Physiologie der peripherischen Nerven u. der nervôsen End- gebilde. XXII. Der Bau der Nervenfasern ; S' Petersbourg, i885. (Analyse dans Jahresbericht v. Hofmann u. Schwalbe, Bd. XIV, 1886.) Zelle und Gewebe. Neue Beitrage zur Histologie des Thier- kôrpers; Bonn, 1 885. Ueber das Vorkommen u. die Bedeutung der Mastzellen im Nervensystem des Menschen ; Verhandlungen d. physiol. Ges. zu Berlin, 1886, n° 17-18. : Sulla origine délia guaina di Schwann ; communicazione fatta alla Societa medico-chirurgica di Pavia; Milan, 1886. : Colorazione degli imbuti nelle fibre midollate periferiche col Bleu di China; Zeitschr. f. wiss. Mikroskopie, Bd. III, 1886. : The structure and combination of the histological éléments of the central nervous System ; Bergens Muséums Aarsberetning fôr 1886; Bergen, 1887. : Nerve-elementerne, deres struktur og Sammenhàng i central nervensystemet ; Nordisk med. Ark., Stockholm, Bd. XIX, n" 24, 1887. : Étude histologique des nerfs et de la muqueuse buccale chez les poissons; Bullet. de la Soc. Vaudoise des Se. nat., 3 e série, vol. XXIII, n° 96, 1887. : Beitrage zur Kenntniss des Baues der Nervenfasern ; Arch. f. mikr. Anat., Bd. XXX, 1887. : Nachtrag zu meiner Arbeit ûber den Bau der Nervenfasern ; Archivf. mikr. Anat., Bd. XXXI, 1887. : Sur l'ontogenèse du Cervelet; Mém. couronnés de lAcad. royale de méd. de Belgique, t. VIII. 1S87. : Die Nervenelemente, ihre Struktur und Verbindung im Cen- tralnervensystem ; Anat. Anz., t. III, n° 6, 1888. : Zurfeineren Struktur der Nervenfasern; Verhandl. d. physiol. Ges. zu Berlin, n° 5-6, 1888. : Sur la structure du cylindre-axe et des cellules nerveuses ; Journal de l'Anat. et de la physiol. norm. et path., t. XXIII, 1888. 130 49 5o 5i 52 53 54 55 56 57 58 5 9 6o L. GEDOELST Joseph : Ueber einige Bestandtheile der peripheren markhaltigen Ner- venfaser; Sitzungsber. d k. preuss. Akad d. Wiss. zu Berlin, Adamkie\vic\ Momidloivski Çybulski Leydig Ueber die Nervenkôrperchen des Menschen; Przed. lekarski, n° 25, 1888. — Sitzungsber. d. k. Akad. d. Wiss. Wien, Bd. XCVII, 1888. — Anzeigerd. k. Akad. d. Wiss. Wien, n° 24. — Deutsche Medicinalztg., 1, Jahr. IX, 1888. Ueber die Nervenkôrperchen von Prof. Adamkiewicz; Przeg- lad lekarski, n° 16, 188S. — Wiener klinische Wochenschrift, I, n° 19-20, 1888. Einige Bemerkungen ùber die Nervenkôrper des Prof. Adam- kiewicz; Przeglad lekarski, n° 46, 47 et 49, 1888. Altes und neues ûber Zellen und Gewebe; Zoolog. Anzeiger, Ramon y Cajal Spronck : Bijdrage tôt de kennis van den aanvang der Schwann'sche scheede aan de spinale zenuwwortels ; Feestbundel a. P. C. Donders, Amsterdam, 1888. Nota sobre la estructura de los tubos nerviosos del lôbulo cérébral eléetrico del Torpédo; Revista trimestrial de Histolo- gia, I, n° 2, 1888. Retins : Ueber myelinhaltige Nervenfasern bei Evertebraten ; Biolog. Fôreningens Fôrhandlingar, Verhandl. d. biolog. Vereins in Stockholm, Bd. I, Hft. 3, n° 9, 1888. Ret^ius : Der Bau des Axencylinders der Nervenfasern; Biolog. Fôre- ningens Fôrhandlingar, Verhandl d. biolog. Vereins in Stockholm, Bd. I, Heft 4, n° 14, 1889. Ranvier : Traité technique d'histologie, 2 e édit. ; Paris, 1889. Kulliker : Handbuch der Gewebelehre des Menschen, 6 e Aufl., Bd. I; Leipzig, 1889. Leydig : Bemerkungen zum Bau der Nervenfaser; Biolog. Centralbl., Bd. IX, n° 7. 1889. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE Les progrès réalisés pendant ces deux dernières années dans nos connaissances sur la constitution de la fibre nerveuse, n'ont guère été marquants. Les quelques travaux qui ont été publiés sur cette question, ont plutôt confirmé les données antérieurement acquises, qu'apporté quelques contributions nouvelles à nos connaissances. Schifferdecker (43) expose dans un très important mémoire ses recherches sur la structure des fibres nerveuses : il étudie tout particulièrement les étranglements annulaires de Ranvier et les incisures de Lanterman. Pour lui, ces formations sont de même nature : elles sont remplies par une substance qui se gonfle sous l'action de l'eau et qui, sous l'in- fluence de certains réactifs coagulants, prend la forme des espaces qu'elle occupe et donne naissance aux formations connues sous le noms de disques intermédiaires et de entonnoirs intermédiaires. L'endosmose se fait facilement au niveau des entonnoirs et des disques et assure ainsi la nutrition du cylindre-axe. Il confirme sur ce point les observations de Koch et les nôtres en opposition avec celle de Ranvier; il se rapproche également de Schou et de nous, lorsqu'il admet au niveau des incisures obliques l'existence d'une substance spéciale de nature plasmatique. Schifferdecker rejette la conception de Boveri sur la disposition de la membrane de Schwann : celle-ci est continue sur toute la longueur de la fibre nerveuse. Le cylindre-axe est également ininterrompu. On peut y distinguer deux parties : une zone périphérique résistante, élastique et très mince; et une interne molle et fluide. Il admet l'existence d'un espace périaxial, mais dénie toute gaine particulière au cylindre-axe : la membrane de Mauthner, ainsi que l'enveloppe protoplasmique de Ranvier, n'existe pas en réalité ; ces membranes résultent plutôt de la stratification de la gaîne médullaire sous l'action des réactifs. Enfin l'auteur rejette la théorie de Ranvier et celle de Boveri relatives à la constitution générale de la fibre nerveuse. Nansen (40, 41, 46), dont les recherches ont porté surtout sur les invertébrés, mais qui les a étendues aux genres Amphyoxus et Myxine, propose une théorie nouvelle de la con- stitution des fibres nerveuses. Le contenu des tubes nerveux serait formé, non de fibrilles primitives et d'une substance semi-liquide interfibrillaire, mais de petits tubes (tubes pri- mitifs) à parois solides, qui seraient remplis d'une substance homogène semi-liquide (le hyaloplasma de Leydig). Le spongioplasma ne constituerait donc pas une substance réticu- lée, comme l'admettait Leydig, mais formerait les parois des tubes primitifs. Leydig (53, 60) paraît s'être rallié à cette manière de voir. 13 2 L GEDOELST Lahousse (45), dans le cours de ses recherches sur l'ontogenèse du cervelet, a étudié le développement du réseau de Kûhne et Ewald. D'après lui les lamelles cornées sont for- mées aux dépens des prolongements prôtoplasmatiques de la névroglie embryonnaire plus ou moins différentiée. Ces prolongements réticulés, au lieu de s'épanouir, forment de lon- gues trainées enchevêtrées, des tubes fenêtres. Dans la lumière de ces tubes, le suc para- plasmatique engendre les fibrilles du cylindre-axe. Joseph (47, 49), s'est occupé surtout de l'étude de la structure intime du cylindre-axe. D'après cet auteur, il existe dans le cylindre-axe un réseau (Axengerùst) qui se continue avec le réseau périphérique de la couche médullaire (1). Le réseau central et le réseau péri- phérique sont de même nature; ils présentent les mêmes propriétés vis-à-vis des réactifs. L'Axengerùst n'est pas un produit artificiel ; il n'est pas de nature nerveuse; il serait destiné à mettre de l'ordre dans le faisceau irrégulier des fibrilles nerveuses, qui constituent le véritable élément nerveux conducteur. Ces conclusions ont tout dernièrement été attaquées par Retzius (57) qui conteste que l'Axengerûst présente sous l'action des réactifs colorants les mêmes caractères que le réseau périphérique. D'après cet auteur, les trabécules de l'Axengerûst sont formées de granules, qui correspondent à la coupe optique des fibrilles. Celles-ci sont régulièrement réparties dans tout le cylindre-axe à l'état normal. La disposition réticulée est due aux réactifs par la formation de vacuoles, qui repoussent les fibrilles et déterminent ainsi l'apparition d'un réseau. Retzius adopte ainsi la manière de voir de Kupffer sur la disposition des fibrilles dans le cylindre-axe, mais il rejette l'existence d'un sérum, dans lequel flotteraient ces fibrilles ; il admet plutôt l'existence d'une substance plus ferme, semblable à l'hyaloplasma des cellules nerveuses. Joseph, dans sa première note (47), étudie également le réseau de Kùhne et Ewald; il en conteste la préexistence. Il reconnaît à la vérité qu'il existe dans la couche médullaire, à côté de la myéline, une autre substance qui sous l'action de certains réactifs apparaît sous la forme d'un réseau. Quelle en est la nature? L'auteur se borne à poser la question sans la résoudre. Il reconnaît toutefois que la dénomination de névrokératine, qui lui a été donnée, ne lui convient pas. Dans une seconde communication (49), Joseph revient sur sa première affirmation et déclare que ce réseau est très probablement préformé dans la couche médullaire (2). Jakimovitsch (48) étudie le cylindre-axe à l'aide de la méthode de l'argent. Il formule les conclusions suivantes : le cylindre-axe est formé de fibrilles délicates et d'une substance intermédiaire; les fibrilles primitives sont formées de deux substances différentes : une substance non colorée alterne avec une substance colorée en brun par l'argent, et détermine (1) Ce dernier réseau n'est pas autre chose que le réseau de Lanterman que nous avons identifié avec le réseau de Kûhne et Ewald. (2) L'auteur confirme ainsi nos premières observations qu'il a bien soin de passer sous silence, bien qu'elles lui soient parfaitement connues. Il a probablement jugé que si nos conclusions méritaient d'être adoptées et reproduites comme personnelles, nos observations par contre n'étaient pas dignes d'être citées. Nous ne l'imiterons pas dans sa manière d'agir; nous nous bornerons à signaler de pareils procédés, chaque fois que nous en aurons l'occasion. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 133 ainsi une apparence striée La substance colorée est dense, élastique et plus solide que l'autre. On peut les séparer par la macération, et la fibrille primitive se décompose en particules nerveuses qui sont les éléments primitifs. Ces particules sont réparties irrégulièrement dans le cylindre-axe à l'état de repos, mais se groupent pour former des stries pendant l'activité. Ranvier (58), dans la 2 e édition de son traité technique, attribue à l'action des réactifs l'apparition du réseau de Kùhne et Ewald, dont il conteste ainsi la préexistence. Kôlliker (5g), dans la nouvelle édition de son traité d'histologie, émet une opinion semblable. Enfin si nous citons encore la note de Bornand (42) sur la structure fibrillaire du cylindre-axe; et les articles de Adam kiewicz (5o), Momidlowski (5i), Cybulski (52) sur les Nervenkôrperchen, où ces auteurs s'évertuent à démontrer l'existence de ces éléments, nous aurons passé en revue tout ce qui a été publié pendant ces deux dernières années sur la constitution intime de la fibre nerveuse. Comme on peut le voir par cette courte analyse, nos connaissances sur cette question n'ont guère progressé; aucun fait nouveau n'est venu enrichir la science histologique 186 OBSERVATIONS. I. L'élément réticulé de la gaîne de myéline. Dans un précédent travail, nous formulions les conclusions suivantes sur la constitution de la gaîne de myéline des fibres nerveuses : i° Il y existe un réticulum qui a été entrevu et décrit successivement par Ewald et Kuhne et par Lanterman ; 2° Les dispositions observées par ces auteurs répondent à une struc- ture unique de la gaine médullaire : le réseau de névrokératine est identique au réseau de Lanterman; 3° Ce réseau est préformé et ne dépend pas de l'action des réactifs sur la myéline. 5° ........ La lécithine imprègne les travées du réseau, tandis que la cérébrine en occupe les mailles ; (•) Nos premières observations avaient été faites sur quelques types de batraciens, d'oiseaux et de mammifères. Afin de pouvoir généraliser les résultats que nous avions obtenus, il importait d'étendre nos recherches aux poissons et aux reptiles. C'est ce que nous avons fait. Nous avons étudié les types suivants : Parmi les poissons : Callionymus maculatus Bonap. ; Cyclopterus Uimpus L. ; Blennius ocellaris L.; Scorpœna porcus L.; Labrus maculatus Bl.; Pleuronectes hmanda L.,- Rhombus maximus L. ; Conger vulgaris Cuv. ; Syngiiathus acus L.; (i) Etude sur la constitution cellulaire de la fibre nerveuse; La Cellule, t. III, fasc î 1887, pp. 211—212. 13 6 L- GEDOELST Raja clavata Rond. ; Torpédo marmorata Risso ; Squatina angélus L. ; Scyllium canicula Cuv.; (1) Perça fluviatilis Rond. ; Cyprinus carpio L. ; Esox litchis L. ; Parmi les reptiles : Tropidonotus natrix Gesn.; Lacer ta viridis L. ; Cistudo europœa Schneid.; Testudo grœca L. ; De plus, nous avons étudié encore quelques types de batraciens : Siredon pisciformis Shaw. ; Salamandra maculosa Laur. ; Triton cris ta tu s Laur. ; Pelotâtes fusais Laur. Ces nouvelles observations nous ont donné des résultats absolument identiques à ceux de nos premières recherches. Aussi n'insisterions-nous guère sur celles-là, si pour cette étude nous n'avions eu recours à des mé- thodes nouvelles pour mettre en évidence l'élément réticulé de la gaîne médullaire. D'abord nous avons utilisé le liquide de Perenyi, simple ou additionné d'une trace d'acide osmique. Sous l'influence de ce réactif, le réseau appa- raît très distinctement, la gaîne de myéline ayant perdu sa réfringence caractéristique, fig. 28. Si ensuite on laisse un nerf ainsi traité digérer pendant un certain temps dans l'alcool à 70 , le réseau s'accuse avec plus de netteté encore et apparaît sous la forme typique et classique du réseau de Ewald et Kuhne; mais il importe de remarquer que déjà avant l'action de l'alcool, alors que la myéline n'était pas encore dissoute, le réseau se reconnaissait parfaitement et que, par conséquent, il n'est pas possible d'at- tribuer son apparition à l'action de ce dernier réactif. Celui-ci n'a pour effet que de le mettre mieux en évidence en enlevant la myéline, dans laquelle il est plongé. Une seconde méthode consiste dans l'emploi du nitrate d'argent. Dans certaines conditions, dont il ne nous est pas possible de préciser la nature, (1) Nos observations sur les poissons marins ont été faites au laboratoire de zoologie maritime de Concarneau, où Monsieur le professeur Pouchet nous a accordé l'hospitalité la plus gracieuse. Nous tenons à lui exprimer ici publiquement toute notre reconnaissance LA FIBRE NERVEUSE 137 le réseau apparaît imprégné en noir par l'argent. Cette réaction n'est mal- heureusement pas constante. Nous y attachons néanmoins une grande importance, car il est impossible dans le cas actuel d'attribuer l'apparition du réseau à l'action dissolvante du réactif. Ici rien de tel ne se produit, aucun élément n'est dissout ; le réseau protoplasmique réduit tout simple- ment le sel d'argent et apparaît ainsi en toute évidence. Enfin comme troisième méthode, nous avons employé un mélange d'acide osmique (solution à 1 : 100) et d'alcool absolu. Nous avions reconnu en effet que la lécithine imprègne les travées du réseau et se colore en noir par l'acide osmique. Nous nous sommes donc fait le raisonnement suivant : en faisant agir en même temps l'acide osmique et l'alcool fort, la léci- thine réduira l'acide osmique sur les travées du réseau, avant d'être dissoute par l'alcool et, lorsque celui-ci produira son action dissolvante, l'osmium se déposera sur les travées, et le réseau apparaîtra coloré en noir. Nos prévi- sions se réalisèrent en effet ; cette méthode confirme nos conclusions anté- rieures sur la répartition de la lécithine dans la gaîne médullaire. Nos observations complémentaires sur les poissons et les reptiles nous permettent d'étendre à toute la série des vertébrés nos conclusions sur la structure de-la gaîne médullaire de la fibre nerveuse. Les nouvelles métho- des que nous avons mises en œuvre, démontrent parfaitement que l'élément réticulé de la gaîne de myéline est préformé et ne résulte pas de l'action dissolvante des réactifs. Il constitue un élément normal de la fibre nerveuse des vertébrés. Ainsi se trouvent confirmées et étendues nos conclusions 1 , 3 et 5 de notre premier mémoire. Notre conclusion 2 a fait également l'objet d'observations nouvelles. Lorsque nous affirmions l'identité des réseaux de névrokératine et de Lan- terman, nous faisions la réserve suivante : » La disposition de Lanterman » ne diffère de celle de Ewald et Kuhne que par l'existence dans la première » des incisures obliques. Nous ne sommes guère parvenu à reconnaître » d'une façon certaine sur le réseau de névrokératine des interruptions cor- r respondant aux incisures de Schmidt. Cependant nous croyons pouvoir » déclarer que cette question est loin d'être complètement élucidée pour » nous (1). « Une observation que nous avons faite depuis, explique à notre avis cette différence. Quand on traite un nerf par le liquide de Flemming ou (1) Loc. cit. p. 202. i ;;s L. GEDOELST bien par l'acide osmique simple à 1 : 1000, et qu'on le dissocie ou mieux qu'on en fait des coupes microtomiques longitudinales, on observe que les incisures obliques ne se présentent plus sous l'aspect qu'on leur reconnaît toujours. Au lieu de constituer des solutions de continuité de la gaine médullaire, séparant complètement les segments cylindro-coniques les uns des autres, on remarque que ces espaces sont traversés par un nombre variable de trabécules réunissant deux segments voisins, trabécules présen- tant les mêmes caractères de coloration que les segments eux-mêmes, et paraissant continuer la substance de l'un à l'autre, fig. 1 et 2. Ils constituent en quelque sorte, si nous pouvons nous exprimer ainsi, des espèces de ponts unissant deux segments voisins. Ces ponts sont en nombre variable, 3, 4, 5 ou 6, rarement davantage. La fig. 3 montre une incisure, dans laquelle ces ponts sont en outre unis par une travée transversale. Il est fort aisé, en observant sur le frais l'apparition des incisures obli- ques, de reconnaître l'existence de ces ponts. En dissociant à frais un nerf de grenouille et en y ajoutant ensuite une goutte de liquide de Perenyi, simple ou additionné d'une trace d'acide osmique, on assiste à la formation des incisures. Elles apparaissent comme une série de vacuoles entre deux segments cylindro-coniques, les vacuoles étant séparées par des trabécules unissant encore les deux segments. Ensuite les vacuoles augmentant de volume, ces trabécules se brisent, les tronçons sont refoulés et disparaissent. On a alors devant soi une incisure complète, telle qu'on la représente tou- jours. Nous avons vu les mêmes phénomènes en employant une solution de nitrate d'argent. Ces observations faites ainsi sur le frais sont des plus instructives. Quelle est la signification de cette disposition? Devons-nous, avec Ranvier, qui en donne une figure fort imparfaite, l'attribuer à la décompo- sition de la myéline? Nous ne le croyons pas; il n'y a, en effet, pas de raison de considérer avec Ranvier comme normales les incisures obliques, et comme artificielles les trabécules qui traversent celles-ci. Ou bien ces deux formations sont préformées, ou bien toutes deux sont le produit de l'action des réactifs. Comme nous considérons les incisures obliques comme répon- dant à une disposition préexistante de la gaîne de myéline, de même nous considérons comme normales les travées qui les traversent et nous croyons pouvoir en proposer une interprétation scientifique. Ces ponts ne sont, à notre avis, que des trabécules du réseau proto- plasmiquc qui existe dans la gaîne médullaire. Au niveau des incisures, LA FIBRE NERVEUSE 139 dans les mailles du réticulum, il existe une substance spéciale qui se gonfle par l'eau, comme Schifferdecker le signale. A ce niveau se produisent des phénomènes osmotiques, sous l'influence desquels les extrémités des segments cylindro-coniques sont écartées et mettent en évidence les trabécules qui les unissent. Si le courant osmotique augmente d'intensité, les segments sont écartés outre mesure, et les trabécules sont rompues. Notre fig. 5 montre une pareille incisure, où l'on reconnaît encore parfai- tement l'indication des travées rompues. Cette figure est dessinée dans la même préparation que les fig, 1 et 2 ; on peut dans une même coupe ob- server tous les degrés d'écartement des extrémités des segments cylindro- coniques, depuis le type représenté par nos fig. 1 et 2, jusqu'au type de l'incisure oblique classique sans indication de travées unissantes. Cette disposition explique très aisément la différence que nous avions signalée entre le réseau de Lanterman et celui de Ewald et Kuhne. En effet, lorsqu'on développe le réseau corné au moyen de l'alcool absolu et de l'éther, aucun phénomène osmotique ne se produit au niveau des incisures obliques, les extrémités de deux segments voisins ne sont pas écartées et le réseau n'est pas rompu à leur niveau, il est continu dans toute la longueur du segment interannulaire. Si, au contraire, on emploie l'acide osmique, ou un autre réactif en solution aqueuse, pour mettre en évidence le réseau de Lanterman, les incisures obliques apparaissent, les segments cylindro- coniques s'écartent les uns des autres, et le réseau de Lanterman est inter- rompu. Enfin cette observation rend compte de certaines figures que nous avions observées et que nous avions reproduites déjà dans notre premier mé- moire. Telle est celle que nous représentons fig. 4. Lorsqu'on fait des coupes microtomiques transversales de fibres nerveuses montrant le réseau de Lanterman, on reconnaît dans la gaîne de myéline une série de points ou de bâtonnets qui correspondent aux trabécules du réseau, que la coupe a intéressées. Mais sur certaines fibres on remarque que ces bâtonnets, au lieu d'être isolés les uns des autres, sont réunis entre eux par leurs extré- mités, de manière à circonscrire des mailles véritables. Cette disposition qui nous avait intrigué et que nous n'étions pas parvenu à interpréter alors, s'explique très aisément aujourd'hui en admettant que ces coupes passent au niveau d'une incisure oblique, telle qu'en représentent nos fig. 1 et 2. Cette explication se justifie en outre par le fait que, dans ces mêmes coupes de nerfs, nous n'avons jamais rencontré la disposition figurée par Ranvier comme correspondant à une incisure oblique. 14 o L. GEDOELST Étudiant ainsi la constitution des incisures obliques, nous avons cher- ché à reproduire les formations signalées par Rezzonico et Golgi, les en- tonnoirs-spirales. Nous avons suivi fidèlement les méthodes proposées par ces auteurs et celles qu'ont données ensuite Mondino, Cattani, Galli, etc., mais jamais nous ne sommes parvenu à reproduire leurs figures ; jamais nous n'avons pu reconnaître une véritable spirale au niveau des incisures obliques. Sur des coupes nous obtenions les figures décrites plus haut et, sur une vue de champ, nous n'avons jamais pu distinguer autre chose qu'un certain nombre de trabécules, auxquelles il nous a toujours été impossible de reconnaître une disposition spiralée. Encore bien moins sommes-nous parvenu à isoler et à dérouler une pareille spirale, comme le figure Rezzo- nico. Aussi nous croyons que les fig. 4 c, d, e et f, de ce dernier auteur sont bien plutôt le produit de son imagination que la reproduction fidèle de ses préparations. Après avoir examiné bien attentivement les figures de Golgi, nous nous sommes convaincu que ces entonnoirs-spirales correspondent parfai- tement aux dispositions que nous venons de décrire. Sa fig. 5 surtout est presque identique aux nôtres et ne peut guère être interprétée comme il le fait. Il y décrit en effet, au niveau des incisures obliques, un système non interrompu de fines fibrilles transversales qu'il considère, à tort à notre avis, comme la section optique des fibrilles circulaires. Nous croyons qu'elles représentent les trabécules telles que nous les avons décrites plus haut. En présence de ces faits, on doit se demander quelle est la signi- fication des incisures obliques. Sont-elles préformées, ou bien sont-elles le résultat de l'action des réactifs? Ces questions ont été l'objet de solu- tions bien différentes. La plupart des auteurs ont cherché à les résoudre par l'observation directe des fibres nerveuses vivantes, soit dans le poumon, soit dans le mésentère, soit dans la membrane interdigitale de la grenouille. Les uns ont répondu affirmativement : les incisures sont préformées et se voient sur les fibres vivantes; les autres ont répondu négativement : elles n'existent pas sur les fibres vivantes. A quoi attribuer de pareilles divergences d'opinions entre des observateurs consciencieux et rompus aux difficultés de la technique histologique? Nous croyons que tous ont bien observé et que leurs divergences d'opinions résultent soit de leur mode opératoire, soit de l'état d'intégrité plus ou moins parfaite des organes qu'ils étudiaient. Les remarques que nous avons faites plus haut, rendent parfaitement compte LA FIBRE NERVEUSE 1 4 1 de la chose. En effet, il n'est guère possible d'examiner le poumon ou le mésentère de la grenouille, sans léser plus ou moins ces organes, sans les mettre dans des conditions qui doivent troubler leur fonctionnement normal, et altérer par le fait même plus ou moins leurs tissus. Il ne serait donc pas extraordinaire que dans ces conditions certains phénomènes, je ne dirai pas pathologiques, mais tout au moins anormaux, se produisent et modifient l'aspect d'éléments aussi délicats que les fibres nerveuses à myéline. C'est dans de pareilles conditions que certains auteurs ont pu reconnaître l'exis- tence des incisures obliques, alors que d'autres placés dans des conditions plus heureuses ne sont pas parvenus à les reconnaître. Les observations nouvelles que nous avons faites sur les incisures obliques nous permettront peut-être de résoudre aujourd'hui cette question : les incisures sont-elles préformées? Nous répondrons oui et non. Non, s'il s'agit de solutions de continuité complètes dans la gaine médullaire, comme on l'a admis jusqu'ici, puisque nous venons de voir que ces espaces sont traversés par des trabécules qui unissent deux segments cylindro-coniques voisins. Oui, si par incisure oblique on entend une disposition spéciale de la gaîne de myéline, disposition qui présente une certaine importance pour la structure de cette gaîne. Les incisures obliques répondent donc à une disposition préexistante. Quelle en est la signification? Quel rôle jouent-elles dans la physiologie de la fibre nerveuse? Comme Koch, Schou, nous-même, Schifferdecker l'avons reconnu, au niveau des incisures obliques, il existe une substance plasmatique spéciale, qui se gonfle par l'eau et permet au courant osmotique de se produire en ce point pour assurer la nutrition du cylindre-axe. Cette substance possède des réactions spéciales qui la différencient nettement des autres composés de la fibre nerveuse : elle se coagule par certains réactifs et peut persister alors à l'état de membranes diaphragmatiques entre les segments cylindro-coniques (Schwalbe, Kuhnt, Schifferdecker); elle réduit les sels d'argent, se colore par certaines matières d'aniline (Boveri, Galli), etc. Elle remplit certaines mailles spéciales du réseau et fait partie ainsi de l'enchylème du segment interannulaire, tel que nous l'avons défini dans notre premier travail. Enfin, notre conception nouvelle des incisures obliques nous permet de réfuter l'opinion de Boveri qui admet entre les segments cylindro-co- niques l'existence de membranes diaphragmatiques, analogues aux - Z)vi- schenmarkscheide « de Kuhnt. Nous avons vainement essayé de reproduire '87 1 4 2 L GEDOELST les figures de Boveri en employant fidèlement sa propre méthode. Nous n'avons jamais réussi. Il paraît en effet que la réaction sur laquelle cet auteur base sa description, n'est pas constante, bien plus elle ne se produi- rait qu'exceptionnellement sans qu'on puisse déterminer les conditions de sa production. On s'étonne qu'un auteur sérieux et consciencieux se con- tente d'une observation aussi superficielle, pour étayer une nouvelle théorie scientifique sans la contrôler par d'autres méthodes. Il est probable que, s'il avait agi autrement, il aurait modifié sa manière de voir. En effet, l'existence des Zwischenmarkscheide , au sens de Kuhnt et de Boveri, n'est pas admissible par le fait seul de l'existence d'un réseau non interrompu dans le segment interannulaire. Nous croyons avoir ainsi confirmé pleinement la deuxième conclusion de notre premier mémoire : le réseau de névrokératine est identique au réseau de Lanterman. II. La constitution des étranglements annulaires. Dans notre premier mémoire, nous avons exposé les diverses opinions émises sur la nature et la constitution des étranglements annulaires de Ranvier. La théorie généralement admise dans les traités d'histologie est celle que Ranvier a proposée lui-même. Mais de nombreuses divergences d'opinions se sont produites sur cette question; aussi avons-nous cru inté- ressant de reprendre cette étude et de rechercher avec soin la constitution intime des étranglements annulaires. Nous avons utilisé pour cette recherche deux réactifs principaux : l'acide osmique et le nitrate d'argent. Nous nous empressons de déclarer que c'est le premier qui nous a donné de loin les meilleurs résultats. Nous l'avons employé comme tel en solutions faibles : 1 pour 600, 800, 1000 et même pour 2000; ou bien mélangé à d'autres substances (liqueur de Flemming, etc. ). Nous avons étudié avec soin l'action de l'acide osmique sur les fibres nerveuses et nous avons reconnu que les solutions faibles conviennent le mieux, parce que ce réactif en solution concentrée 1 1 : 100) produit certaines altérations dans la gaîne de myéline et y détermine une coloration trop intense, qui rend impossible l'observation des fins détails de structure. Les nerfs soumis à ce réactif étaient fixés en extension physiologique, et ensuite dissociés sur le porte-objets ou débités en coupes microtomiques longitu- dinales. LA FIBRE NERVEUSE 143 Le nitrate d'argent a été employé en solution à 2 : 100 et à 0,5 : 100. C'est dans cette dernière proportion qu'il nous a donné les meilleurs résultats. Les fibres nerveuses étaient dissociées à frais sur le porte-objets sans réactif, en évitant avec soin l'évaporation et la dessiccation. Ensuite nous ajoutions une goutte de la solution du sel d'argent, dont nous poursuivions la réduction sous le microscope. Cette méthode est moins avantageuse que la première, parce que la dissociation à frais des fibres nerveuses a pour résultat de les altérer par suite des tiraillements qu'elles subissent de la part des aiguilles. Or, ces tiraillements portent leurs effets principalement sur les étrangle- ments annulaires qui représentent la partie la plus délicate de la fibre, le locus minoris resistentiœ. Les étranglements non altérés sont relativement rares, même dans les préparations exécutées avec le plus de soin, le plus de délicatesse, comme nous le montrerons plus loin. Nous décrirons successivement les résultats que nous avons obtenus par ces deux méthodes et nous chercherons ensuite à les interpréter. Au niveau de l'étranglement annulaire, on observe une ligne transver- sale obscure, qui en approchant de la membrane de Schwann s'élargit pour venir se terminer en s'étalant contre elle, fig. 6, 7 et 8. Cette ligne présente une épaisseur- variable : tantôt elle est fort délicate, surtout en son milieu; tantôt au contraire, elle est épaisse et possède un développement considé- rable. Elle vient s'étaler contre la membrane de Schwann et y constituer un épaississement plein triangulaire, à large base dirigée vers l'extérieur, le sommet se continuant dans la strie transversale. Quelquefois cette strie semble se dédoubler vers l'extérieur, le centre de l'épaississement présen- tant une densité moindre que les bords, fig. 8, ou paraissant complètement vide, et les deux feuillets divergeant vont s'accoler à la membrane de Schwann et se continuer avec elle, fig. 9 et 16. Si l'on emploie des grossissements puissants, des objectifs à immersion homogène, et si l'on met au point ces stries transversales, on observe qu'au centre elles ne sont pas homogènes, mais constituées par une série de gra- nules plus ou moins allongés, placés les uns à côté des autres et correspon- dant aux fibrilles du cylindre-axe, qui vient s'épanouir et se continuer à travers l'étranglement annulaire. On dirait que cette strie est due à des épaississements des fibrilles du cylindre-axe. Ces épaississements sont plus ou moins accusés et déterminent ainsi le plus ou moins d'épaisseur de la strie transversale. L'espace restant entre le cylindre-axe épanoui et la mem- brane de Schwann, est occupé par l'épaississement triangulaire que nous 144 L. GEDOELST venons de décrire et qui constitue ainsi un anneau périphérique. Dans d'autres cas, au contraire, cet espace est nul et la ligne des granulations occupe tout l'étranglement sans se dédoubler à la périphérie. Le cylindre- axe s'épanouit jusque contre la membrane de Schwann elle-même, fig. 11. Si l'on relève ou si l'on abaisse le microscope, on reconnaît que cette strie occupe toute l'épaisseur de la fibre nerveuse. Quelle que soit l'instal- lation du foyer, on conserve toujours l'impression de cette ligne obscure : elle constitue donc une plaque et non une simple ligne. Sur des coupes microtomiques longitudinales de fibres nerveuses, nous avons observé les mêmes détails, fig. 10. Nous y avons en outre remarqué deux autres dispositions que nous avons représentées dans les fig. 12 et 13. Notre fig. 12 est absolument identique à celles que Boveri et Jacobi don- nent, à l'exclusion de toutes autres, dans leurs recherches sur les étrangle- ments annulaires. — Notre fig. 13 représente une disposition que nous avons observée plusieurs fois : l'étranglement est occupé par une plaque transversale percée d'une ouverture centrale que traverse le cylindre-axe dont les fibrilles, au lieu de s'épanouir, paraissent intimement réunies en un faisceau serré. Cette membrane diaphragmatique, qui possède un certain développement sur la fibre que nous avons figurée, est plus restreinte dans d'autres cas et peut même se réduire à un simple épaississement périphéri- que contre la membrane de Schwann. L'ouverture centrale qui augmente ainsi dans la même mesure, donne toujours passage au cylindre-axe, dont les fibrilles s'épanouissent dans la même proportion. Il n'est pas rare d'observer un dédoublement de la plaque transversale. Au lieu d'une série unique de granules, on remarque alors une double série de points. Chaque fibrille du cylindre-axe porte un double épaississe- ment, dont l'ensemble constitue une double plaque transversale, fig. 14. Sur la fig. 15 ce dédoublement ne parait pas encore achevé sur toute l'éten- due de la plaque. Enfin la fig. 17 représente un étranglement annulaire, où il nous a été impossible d'observer la moindre trace d'une plaque transversale. Nous nous bornerons ici à appeler l'attention sur le fait que l'étranglement est fort étendu, les deux culots de myéline sont fort espacés. Nous verrons plus loin l'importance de ce détail, qui nous sera utile pour l'interprétation de cette disposition. De pareils étranglements ne sont pas rares dans les préparations obtenues par dissociation, même dans les préparations exécu- tées avec le plus de soin. On voit tout simplement les fibrilles du cylindre- axe traverser l'espace situé entre les deux manchons de myéline. LA FIBRE NERVEUSE 145 Toutes les dispositions que nous venons de décrire ont été observées sur des fibres nerveuses traitées par l'acide osmique. Examinons maintenant les résultats obtenus par l'emploi du nitrate d'argent. Et d'abord, faisons une remarque générale sur les figures que l'on ob- tient avec ce réactif. Tout le monde connaît les croix que Ranvier a décrites pour la première fois. En employant le nitrate d'argent dans les conditions que nous avons indiquées plus haut, la barre transversale de la croix n'est pas simple, comme on l'a toujours figurée ; elle est au contraire divisée par une ligne blanche, plus ou moins large; tantôt celle-ci est à peine visible, tantôt, au contraire, elle est largement espacée, comme on peut le voir dans nos fig. 20 à 27. La barre transversale de la croix se présente ainsi sous la forme d'une barre double. Si l'on examine avec attention l'espace compris entre les deux culots colorés par l'argent, on reconnaît qu'il est traversé par les fibrilles du cylindre-axe. Ces fibrilles y affectent la disposition d'un fuseau, fig. 20 21 22, et dans quelques cas présentent en leur milieu un épaississement, fig. 20, analogue à celui que nous avons signalé dans. les fibres traitées par l'acide osmique. Ces épaississements y constituent également une plaque transver" sale, qui, dans certains cas, peut être double, fig. 24, comme nous l'avons vu plus haut. Cette plaque est tantôt relativement épaisse, fig. 20, tantôt au contraire d'une délicatesse extrême, fig. 26. La fig. 25 représente un étranglement que, par sa forme, nous pou- vons rapprocher de celui que nous avons dessiné, fig. 17; on y reconnaît encore une plaque d'une minceur extrême. Dans la fig. 24, nous avons reproduit un étranglement où le réactif a déterminé une rétraction des deux segments et une rupture s'est produite au niveau de la plaque. C'est ainsi du moins que nous croyons pouvoir interpréter cette disposition. Le tronçon supérieur est délimité par une double rangée régulière de granules fortement colorés par le sel d'argent, tandis que rien de semblable ne s'aperçoit sur le tronçon inférieur. Les digestions nous ont fourni aussi quelques résultats intéressants. Les fig. 18 et 19 montrent les mêmes détails que nous venons de décrire. Elles peuvent être rapprochées des fig. 6, 10, 11, 20, 26, etc. Elles sont empruntées à des fibres digérées par le ferment pepsinique, et fixées ensuite par l'acide osmique. Le nerf a été coupé longitudinalement au microtome. l 4 6 L- GEDOELST Enfin dans notre fig. 28, on aperçoit une plaque transversale des plus nettes et à double contour. Le contenu des deux segments ayant été légère- ment rétracté, la constitution de l'étranglement annulaire est mise en pleine évidence. Cette fibre a été traitée par le liquide de Perenyi additionné d'une trace d'acide osmique. D'autres méthodes encore nous ont donné des résultats analogues : le nitrate d'argent additionné d'acide osmique ou d'acide nitrique, le lactate d'argent, le chlorure d'or d'après le procédé de Ranvier au jus de citron, etc. Nous pouvons donc affirmer que les dispositions que nous venons de décrire ne sont pas le résultat de l'action d'un réactif spécial, mais répon- dent à une structure préformée, qu'un grand nombre de réactifs peuvent mettre plus ou moins bien en évidence. Quelle est la signification de cette plaque transversale? Existe-t-elle au niveau de tous les étranglements annulaires? Nous n'hésitons pas à la considérer comme une membrane. En effet, elle en présente tous les caractères : elle est formée par les épaississements des fibrilles du protoplasme, dont elle possède les propriétés chimiques; elle est réfractaire au ferment pepsinique et par conséquent elle est proba- blement formée de plastine ou d'élastine. La position qu'elle occupe au niveau de l'étranglement annulaire, permet de supposer également qu'elle constitue la membrane séparatrice de deux cellules voisines, les deux segments interannulaires voisins. Nous n'oserions affirmer d'une manière catégorique que cette membrane existe au niveau de tous les étranglements. Néanmoins nous sommes porté à le croire. En effet, plus la méthode employée pour les mettre en évidence est délicate, plus grand est le nombre de ces membranes qu'on aperçoit dans une préparation. On peut presque affirmer qu'il existe un rapport réel entre la perfection de la méthode et le nombre des plaques. Ces membranes sont d'une délicatesse extrême. J. B. Carnoy, qui a été le premier à signaler l'existence générale d'une plaque cellulaire dans les cellules animales et qui a tout spécialement étudié cette question, s'exprime ainsi : - La - plaque est délicate et se désagrège sous les moindres influences : la pres- » sion, le mouvement des aiguilles, l'action des réactifs durcissants, etc. » Les matériaux qui la constituent se répandent alors dans le cytoplasme; » il n'en reste que les épaississements nodaux des filaments, et parfois un * échaffaudage de trabécules difficiles à distinguer dans le cytoplasme » granuleux. Aussi est-il nécessaire de recourir à des objets frais et traités LA FIBRE NERVEUSE H7 » avec la plus grande délicatesse, pour apercevoir ces détails; nous avons - vu plus d'une fois la large bande des lithobies, s'évanouir sous nos yeux v en quelques instants « (i). Nous sommes intimement convaincu que ces observations s'appliquent parfaitement à la plaque cellulaire des fibres nerveuses. C'est ainsi que nous pouvons interpréter les fig. 17 et 25. Par la dissociation, les étran- glements annulaires ont été étirés, les granules constituant les épaississe- ments des fibrilles se sont effacés complètement, fig. 17, ou presque com- plètement, fig. 25, et la membrane a disparu dans la même mesure. Tou- tefois cette explication ne s'applique guère à la fig. 12. Là, en effet, il ne peut être question, croyons-nous, d'étirement. Cette figure a été dessinée dans une coupe microtomique longitudinale d'un nerf. Nous avons compté un certain nombre d'étranglements semblables à côté d'autres étranglements possédant une plaque cellulaire parfaitement formée. Peut-être bien qu'elle a disparu pour des raisons qu'il n'est pas possible de déterminer. Quoi qu'il en soit, de pareils étranglements constituent une infime minorité dans l'ensemble de nos préparations et ne peuvent être considérés comme repré- sentant la constitution générale des étranglements annulaires, comme Boveri et Jacobi l'ont prétendu. Là où le cylindre-axe occupe toute la lumière de l'étranglement, la plaque n'est constituée que par les épaississements de ses fibrilles ; mais là où il ne remplit qu'une partie de la lumière, l'intervalle jusqu'à la membrane de Schwann est occupé par une portion périphérique, que nous pourrions appelerplaque complétive. C'est cette portion que nous avons décrite comme constituant un épaississement périphérique, plein, de forme triangulaire en coupe optique, fig. 6, 7, 8 et 28, ou comme se dédoublant en deux lamelles laissant entre elles un espace vide triangulaire, les deux lamelles allant se continuer avec la membrane de Schwann. Cette dernière disposi- tion se reconnaît parfaitement sur les fig. 9 et 16 et ne laisse aucun doute sur la constitution de la plaque transversale. Dans la fig. 13, l'anneau périphérique que traverse le cylindre-axe pourrait être' considéré comme représentant la plaque complétive, soit que celle-ci se soit formée seule, soit que la plaque principale ait disparu pour une cause ou l'autre. Nos fig. 14, 15 et 27 représentent des plaques dédoublées. Nous n'avons pu nous empêcher, en observant ces dispositions, de songer aux ponts in- (i) La Cytodiérese chef les arthropodes; La Cellule, t. 1, i885, p. 378. 14 8 L- GEDOELST tercellulaires que Ide a si bien étudiés (1). Nous n'entendons pas les identifier avec ces formations, nous tenons seulement à faire un rapproche- ment que paraît légitimer notre fig. 15, où on croirait assister à ce dédou- blement de la membrane primitive. Toutefois nous n'avons aperçu qu'un seul exemple de cette dernière disposition, aussi n'oserions-nous formuler aucune conclusion à ce sujet. Tout ce que nous pouvons affirmer en thèse générale, c'est qu'au niveau des étranglements annulaires, il existe le plus souvent une membrane cellulaire. Primitivement formée par les épaississements des fibrilles proto- plasmiques, cette membrane peut acquérir un développement plus considé- rable, surtout à la périphérie contre la membrane de Schwann, par la trans- formation de l'enchylème et par l'apposition de nouvelles couches. Le règne végétal nous offre de nombreux exemples de semblables formations. La partie centrale de la plaque peut conserver sa structure primitive ou bien s'achever également. Monsieur le Professeur J. B. Carnoy a bien voulu nous montrer un filament mycélien de champignon, où l'on pouvait obser- ver tous les détails que nous venons de décrire dans les étranglements annu- laires. Le protoplasme passait d'une cellule à l'autre à travers la membrane séparatrice, dont la périphérie seule présentait un épaississement notable, tandis que la partie centrale paraissait avoir conservé sa structure granu- leuse primitive et était d'une grande minceur. Examinons maintenant quels sont les rapports du cylindre-axe et de la membrane de Schwann avec cette membrane transversale. Le cylindre-axe est-il interrompu au niveau des étranglements annulaires? Il est un fait d'observation que le cylindre-axe n'est pas interrompu dans sa continuité. L'existence d'une membrane transversale ne contredit pas ce fait. Cette membrane, comme toute membrane cellulaire, n'est qu'une différentiation du protoplasme cellulaire, et, dans le cas présent, des fibrilles du cylindre-axe. Elle est donc en continuité parfaite de substance avec celui-ci. A ce niveau, les fibrilles du cylindre-axe n'ont pas perdu leurs caractères ; elles se distinguent seulement en ce point par une accumulation de substance, un simple épaississement. Cette membrane, d'une délicatesse extrême, présente toutes les propriétés des fibrilles du cylindre-axe, dont en somme elle fait partie intégrante. On peut donc dire que le cylindre-axe (i) La membrane des cellules du corps muqueux de Malpighi; La Cellule, t. IV, fasc. 2, 1888. LA FIBRE NERVEUSE 149 d'un segment se continue à travers la membrane avec le cylindre-axe du segment suivant et n'est ainsi jamais interrompu dans sa continuité. Nous nous sommes demandé si cette membrane n'aurait pas la consti- tution des plaques cribreuses des végétaux. Cette assimilation ne nous répugne certes pas ; il suffirait en effet de supposer que l'enchylème de la membrane se solidifie par une transformation chimique, pour que les fibrilles du cylindre-axe passent d'un segment à l'autre à travers une série de ponc- tuations absolument analogues à celles des plaques cribreuses. Nous croyons volontiers que dans certains cas la membrane transversale peut acquérir une certaine épaisseur, fig. 6, 8, 18 et 28, qui permettrait de supposer qu'elle doit être perforée pour laisser passer les fibrilles du cylindre-axe. Un grand nombre d'auteurs se sont aussi posé la question suivante : la membrane de Schwann est-elle interrompue au niveau des étranglements annulaires? On y a répondu affirmativement et négativement. A notre sens, ce défaut d'accord résulte surtout de ce fait que la question a été mal posée et envisagée à un point de vue faux. Rien ne paraît si simple que de résoudre cette question. Il suffit, dans l'état actuel de nos connaissances, de comparer une fibre nerveuse à une algue filamenteuse ou à un mycélium de champignon. Ces filaments sont formés de cellules placées bout à bout et dérivant d'une seule et même cellule par une série successive de bipartitions se faisant à l'aide de plaques cellulaires transversales, identiques à celles des animaux (î), identiques par conséquent à celles que nous avons décrites plus haut. Chaque cellule possède une membrane propre, qui n'est elle-même qu'une portion de la membrane primitive de la cellule-mère. On peut donc affirmer ici que la membrane externe n'est pas interrompue par les membranes transversales qui délimitent le territoire de chaque cel- lule. A notre avis la membrane de Schwann doit être considérée de la même manière : elle n'est pas interrompue au niveau des étranglements annulaires; elle ne s'infléchit pas, soit pour venir se terminer contre le cylindre-axe, soit pour venir le revêtir; elle se continue sans interruption sur les étranglements en donnant tout simplement insertion à la membrane transversale, comme le montrent fort bien les fig. 9, 16 et 28. Nous commencions ce chapitre en rappelant l'opinion de Ranvier sur les étranglements annulaires. Il admet à ce niveau un renflement. » Ce ren- » flement(le renflement biconique), d'une forme presque géométrique, paraît (i) Voir J. B. Carnoy : La cytodiér'ese che^ les arthropodes; La Cellule, t I, i885. ■88 150 L. GEDOELST » constitué par deux cônes réunis par leur base et dans l'axe desquels r, passerait le cylindre-axe. Leur surface de jonction, au lieu de présenter » un angle dièdre aigu, correspond à un méplat analogue à la troncature » d'un cristal « (1). Telle est la description que l'auteur donne ; elle ne concorde guère avec les nôtres. En effet, rien dans nos figures ne correspond au renflement biconique de Ranvier. Notre membrane transversale s'élargit plutôt en approchant de la membrane de Schwann, tandis que le renflement bico- nique vient s'y appliquer par son sommet aigu. On doit donc se demander quelle est la signification de ce renflement. Remarquons d'abord que Ranvier l'a mis en évidence par l'emploi du nitrate d'argent et en a reconnu l'existence à une petite distance de l'étran- glement, ce qu'il expliquait par ce fait que le renflement qui, normalement, se trouve au niveau de l'étranglement avait été déplacé par les manipula- tions des aiguilles. C'est donc dans les figures que nous avons obtenues par l'emploi du nitrate d'argent que nous chercherons l'explication de cette formation. Rappelons d'abord ce que nous avons dit plus haut : le plus souvent ce réactif détermine au niveau des étranglements l'apparition non d'une barre transversale simple, mais bien d'un double dépôt d'argent. Disons aussi que rien n'est plus variable que cette action du nitrate d'argent. Tantôt les deux dépôts sont massifs, nettement délimités, fig. 27, tantôt au contraire, ils constituent deux stries délicates plus ou moins éloignées l'une de l'autre, fig. 23 et 25. Le plus souvent elles sont symétriques aux deux côtés de la membrane transversale ; quelquefois, au contraire, on n'en trouve qu'une seule sur l'un des côtés de l'étranglement, tandis que rien de semblable ne s'observe de l'autre côté. C'est ainsi que nous avons vu souvent un culot noirâtre présentant une certaine épaisseur, rappelant par ses di- mensions et sa forme le renflement biconique de Ranvier, situé à une petite distance de l'étranglement annulaire, tandis qu'on ne voyait rien de l'autre côte. Nous croyons que c'est une disposition analogue que Ranvier a ob- servée et décrite sous le nom de renflement biconique. Ce qui démontre à notre sens que ce renflement n'a pas d'autre signification, c'est qu'il n'est pas rare d'en voir deux semblables, un de chaque côté de l'étranglement. Ce fait prouve à lui seul que ces formations n'ont aucune signification pour la structure de l'étranglement annulaire et qu'elles ne sont que des dépôts (i) Traité technique d'histologie, 2° édition, 1889, p. 556. LA FIBRE NERVEUSE I 5 1 d'argent, dont il n'est guère encore possible de donner une interprétation satisfaisante. Remarquons encore que depuis Ranvier personne n'a confirmé l'exis- tence du renflement biconique. Dans les traités classiques, on a reproduit simplement sa conception et la figure qu'il a donnée, sans renouveler ses observations sur ce sujet. Nous terminons en adressant l'hommage de notre reconnaissance à notre savant maître, Monsieur le chanoine Carnoy. Depuis longtemps dans le cours de ses recherches cytologiques, il avait observé l'existence d'une membrane spéciale au niveau des étranglements annulaires. Il nous a auto- risé à reprendre cette étude et il a bien voulu nous faire profiter de ses premières observations. Qu'il reçoive ici tous nos remerciements. EXPLICATION DES FIGURES Toutes nos figures ont été dessinées à la chambre claire, les fig. i À 6. g, 18 et 19 avec l'objectif apochromatique 0,95-4,0 mm , oculaire compensateur 12; les fig. 8, 10, 12, 14 a 17 et 20 à 27 avec l'homogène immersion apochromatique 1,40-2,0 mm., oculaire compensateur 8 ; les fig. 7, r 1 et i3 avec /e même objectif et l'oculaire compensateur 12 , sn/ÎH Ici fig. 28 flî'ec l'immersion apochromatique à l'eau 1, 25-2, 5 mm., oculaire compen- sateur 12. Tous nos dessins représentent des fibres empruntées au nerf sciatique. à l'exception des fig 9 et 1 5 qui proviennent du nerf trijumeau. FIG. 1, 2, 3 et 5. Fibres nerveuses de crapaud, traitées par l'acide osmique. Coupe longitudinale tnicrotomique. Brun de Bismarck, baume de Canada. FIG. 4 Coupe transversale d'une même fibre nerveuse. FIG. 6. Fibre nerveuse du pigeon. Acide osmique, glycérine FIG 7 et 8. Fibres nerveuses du pigeon. Liqueur de Flemming, glycérine. FIG 9. Fibre nerveuse de la perche Acide osmique, glycérine. FIG. 10, 12 et 13 Fibres nerveuses du crapaud. Coupe longitudinale microtomique. Acide osmique, brun de Bismark, baume de Canada. FIG 11. Fibre nerveuse du pigeon Coupe longitudinale microtomique. Liqueur de Flemming, baume de Canada. FIG. 14. Fibre nerveuse de la grenouille. Acide osmique 1 : 2000, glycérine. FIG. 15. Fibre nerveuse de la perche. Acide osmique, glycérine. FIG 16. Fibre nerveuse de la grenouille. Acide osmique 1 : 1000, glycérine. FIG. 17. Fibre nerveuse du pigeon. Acide osmique, glycérine. FIG. 18 et 19. Fibres nerveuses de la grenouille. Pepsine, acide osmique. Coupes longitudinales microtomiques. Baume de Canada FIG. 20, 21, 22 et 23. Fibres nerveuses de la grenouille. Nitrate d'argent o,5 : 100, glycérine. FIG 24, 25, 26 et 27. Fibres nerveuses de la grenouille. Acide osmique, nitrate d'argent, glycérine. FIG. 28. Fibre nerveuse du pigeon. Liqueur de Perenyi osmiquée, alcool à 70 , glycérine. TABLE DES MATIÈRES Bibliographie ..... Revue bibliographique .... Observations ..... I. L'élément réticulé de la gaine de myéline Observations sur les poissons et les reptiles Méthodes nouvelles de recherches Confirmations de nos précédentes conclusions Recherches sur la constitution des incisures obliques Identité des réseaux de Ewald et Kûiine et de Lanterman Critique des observations de Golgi et Rezzonico . Significations des incisures obliques; leur préexistence Critique de l'opinion de Boveri . II. La constitution des étranglements annulaires Méthodes d'observations . Résultats obtenus par l'emploi de l'acide osmique Résultats obtenus -par l'emploi du nitrate d'argent Autres méthodes utilisées Il existe une plaque au niveau des étranglements Signification de cette plaque Constitution de cette plaque Rapports du cylindre-axe avec cette plaque Assimilation de cette plaque avec les plaques cribreuses des végétaux Rapports de la membrane de Schwann avec cette plaque . Critique de l'opinion de Ranvier sur le renflement biconique Explication des figures ...... PAGES 127 i3i i35 1 35 i35 i36 >37 i3 7 ,3g 140 140 141 142 142 ■43 145 i 4 5 146 14Ô '47 148 149 149 149 ■ 53 I i 1)1 ' I lifiiL M : I 1 II «il -4 I 11 I llil i jï T In* i 7■) .10 M . u 38 ■ Lith u QUELQUES REMARQUES A PROPOS DU DERNIER TRAVAIL D'ARNOLD SUR LA FRAGMENTATION INDIRECTE PAR le D r J. DENYS PROFESSEUR d'aNATOMIE PATHOLOGIQUE (Mémoire dépose le i er juillet 1889.J TRAVAIL DU LABORATOIRE D ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET DE PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE DE L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN. 189 QUELQUES REMARQUES A PROPOS DU DERNIER TRAVAIL D'ARNOLD SUR LA FRAGMENTATION INDIRECTE C'est à J. Arnold que nous devons la description d'un mode spécial de division, auquel il donna le nom de fragmentation indirecte, et dont il s'efforça de démontrer l'existence à l'aide de plusieurs travaux (1). C'est sur- tout dans la moelle rouge des os et dans les ganglions lymphatiques que ce mode de division s'observerait le plus facilement, aussi bien à l'état normal qu'à l'état pathologique. Si l'on fait abstraction de WerneR (2), un élève d'ARNOLD, la descrip- tion du professeur de Heidelberg ne rencontra que de l'opposition de la part de tous ceux qui s'occupèrent de ce sujet. Flemming (3), le premier, émit l'idée qu'elle reposait entièrement sur des divisions indirectes mal fixées. Ayoma (4) rencontra des figures semblables à celles décrites par Arnold dans différentes tumeurs, et les considéra comme des altérations cadavériques. Nous-même (5j et Cornil (6) ne purent les retrouver dans la moelle des os, où pourtant elles seraient très fréquentes. Enfin H. Demarbaix (7 ), qui reprit (1) Arnold : Beobachtungen ûber Kerne und Kerntheilungen in den Zellen des Knochenmarkes; Virch. Arch.. B XCIII, i883. Weitere Beobachtungen ùber die Theilungsvorgânge an den Knochenmarkzellen und weissen Blut- kôrperchen; ibid., B. XCVII, 1884. Ueber Kern- und Zelltheilung acuter Hyperplasie der Lymphdrûsen und der Milz; ibid., B. XCV, 1SS4. (2) Werner : Ueber Theilungsvorgânge in den Riesenzellen des Knochenmarkes; Virch. Arch., B. CVI, 1SS6. (3) Flemming : Zellsubstanz, Kern- und Zelltheilung, 1882 (4) Ayoma : Pathologische Mittheilungen ; Virch Arch., B. CX, 1886. |5) Denys : La cytodiérèse des cellules géantes e>. des petites cellules incolores de la moelle des os; La Cellule, t. II, i88t5. (6) Cornil : Sur la multiplication des cellules de la moelle des os par division indirecte dans l'inflammation; Arch. de phys. norm. et path., t. X, 3 m » série. 1887. (7) Demarbaix : Division et dégénérescence des cellules géantes de la moelle des os ; La Cel- lule, t. V, 1880. 160 J- DENYS l'année passée, sous notre direction, la question si controversée de la divi- sion des cellules géantes de la moelle des os, démontra à toute évidence que les différents stades de la fragmentation indirecte n'étaient que des altérations cadavériques, des modifications survenues post mortem. Ces stades manquent en effet complètement quand on examine la moelle immé- diatement après la mort; mais, déjà peu d'heures plus tard, on les y trouve en quantité considérable. Après 24 à 48 heures, toutes les cellules géantes peuvent simuler l'un ou l'autre stade de la fragmentation, et cette transfor- mation est indépendante de toute putréfaction ou développement microbien. Nous ne pouvons assez engager les savants, que la question intéresse, à répéter les expériences si décisives de Demarbaix. Elles n'exigent ni beau- coup de temps, ni des objets difficiles à se procurer, ni l'apprentissage d'une méthode particulière. Le premier mammifère tué convient parfaitement, et il suffit de dissocier, à des intervalles variables, un peu de moelle rouge soit dans l'eau, soit dans l'acide acétique dilué, avec ou sans addition de colorant, pour se pénétrer de l'exactitude de ses observations. Dans les fragments dissociés instantanément après la mort, on ne trouvera aucun stade de la soi-disant fragmentation indirecte ; dans ceux recueillis quel- ques heures plus tard, ces figures commenceront à se montrer sous la forme de noyaux réfringents; enfin, le lendemain, ils constitueront la majo- rité, si pas la totalité des cellules géantes. La démonstration sera encore plus décisive, si, pour exercer ce contrôle, on veut bien jeter un coup d'ceil sur les planches des travaux cI'Arnold et de Werner. L'identité des figures qu'ils ont décrites avec l'aspect des noyaux apparus après la mort, ne laissera pas le moindre doute dans l'esprit de l'observateur. Malgré tous ces travaux, la fragmentation indirecte continue à être mentionnée comme un type de division dans les livres classiques, môme les plus récents. C'est ce qui nous a déterminé à revenir sur cette question, d'autant plus qu'au moment où le travail de Demarbaix était achevé, Arnold fit paraître, sur le même sujet, un nouveau mémoire, dans lequel il annonce avoir trouvé dans la rate des souris blanches un excellent objet pour l'étude de la fragmentation indirecte. Ce travail méritait d'autant plus l'atten- tion, qu'il y est dit d'une manière formelle que l'examen à frais et le durcis- sement des pièces ont été pratiqués immédiatement après la mort. Il ne peut donc plus être question ici d'altérations cadavériques. Aussi nous sommes- nous empressé de contrôler les dernières recherches du savant allemand; nous allons consigner dans les quelques pages qui suivent les résultats de nos observations. LA FRAGMENTATION INDIRECTE l6l D'après Arnold, le processus de la division comprendrait, chez la sou- ris, les mêmes étapes que dans les cellules de la moelle des os, des ganglions lymphatiques et du sang. Les grains et les filaments de nucléine deviennent plus nombreux et plus gros, la chromatine se répand dans le suc nucléaire, au point de rendre les grains et les filaments difficilement visibles. Dans le noyau apparaissent ensuite une ou plusieurs taches claires, produites par le retrait de la chromatine; enfin, le noyau se divise en deux ou plusieurs fragments, qui, une fois séparés, parcourent en sens inverse les premiers phénomènes de la division, c'est-à-dire que la chromatine dissoute disparaît et que la richesse en chromatine figurée retourne à l'état primitif. A côté de ce mode de division, Arnold admet, en outre, également dans la rate, les deux autres modes : la division indirecte ou cinèse, et la division directe ou sténose. Les cellules de cet organe se multiplieraient donc à la fois d'après des procédés très divers. Quoique nous fussions peu enclins à croire que les souris blanches, qui ne constituent pas même une espèce, fussent particulièrement privilégiées pour cette étude, nous les avons prises comme objet principal de nos obser- vations. De plus, nous avons examiné les rates de plusieurs autres espèces de mammifères. Nous tenons aussi à déclarer que nous avons suivi aussi scrupuleusement que possible la technique indiquée par Arnold. Disons de suite que, malgré les recherches les plus patientes, nous ne sommes nullement parvenu à retrouver les phénomènes décrits par cet auteur. Nous pourrions ajouter que la description qu'il donne des éléments de la rate, même à l'état de repos, nous semble en plusieurs points inexacte. Pour procéder avec plus d'ordre, admettons la marche suivie par Arnold, et occupons-nous en premier lieu, comme ce savant, des petites cellules de la moelle, et en second lieu des cellules géantes. Des petites cellules de la rate. A l'état de repos, elles présentent, d'après Arnold : i° Une membrane achromatique; 2° Une substance claire, non figurée et qui remplit le noyau : suc nucléaire; ;j° Un ou plusieurs nucléoles, arrondis ou anguleux, se colorant avec intensité ; 4° Des filaments clairs dont l'arrangement et les rapports ne peuvent être reconnus avec certitude. 162 J DENYS Cette description est exacte dans son ensemble. Nous devons pourtant faire une restriction à propos du quatrième point : l'arrangement des fila- ments. La disposition ne nous parait pas toujours aussi difficile à débrouiller que le veut Arnold. Avec de forts grossissements (1/18 de pouce à immer- mersion homogène), on parvient bien souvent à reconnaître que ces fila- ments s'insèrent au nombre de plusieurs sur la masse chromatique la plus volumineuse et qu'ils partent de là, en rayonnant à travers le suc, pour aller se fixer à la membrane du noyau. C'est surtout près de la masse chromati- que qu'ils sont bien visibles, ils sont souvent moins nets ou deviennent invisibles près de la membrane, fig. 1 à 4, 20 et 21. Très souvent on peut constater à leur point d'insertion sur celle-ci, des fragments de nucléine ou chromatine plus petits. Les filaments que nous venons de décrire ne prennent pas les bonnes matières colorantes du noyau. Ils ne sont donc pas formés de nucléine. Ils représentent peut-être l'étui plastinien du boyau de nucléine de J. B. Carnoy, et correspondent à des segments de ce boyau d'où la nucléine s'est retirée. Dans certains cas, ainsi qu'au commencement de la division, la nucléine se répand de nouveau dans la gaîne plastinienne, et alors les filaments se colorent. Un noyau de ce genre est représenté dans la fig. 8, le vert de méthyle en a coloré tous les filaments. Voilà pour le noyau en repos. Quand la fragmentation est entrée dans son premier stade, le noyau comprend, toujours d'après Arnold : i° Une membrane achromatique ; 2 Une membrane chromatique; 3° Des nucléoles plus gros et plus nombreux; 4° Des filaments également plus gros, plus nombreux et plus sombres. Dans cette énumération, il est fait mention d'une membrane chroma- tique, qui n'existe pas à l'état de repos. Elle double intérieurement la mem- brane achromatique. Pour nous, cette membrane n'existe pas, elle n'est qu'une illusion d'optique qu'il faut expliquer de la manière suivante. Quand on examine au microscope une fine granulation colorée, elle apparaît, quand elle est exactement au foyer, comme un point nettement limité et offrant son maximum de coloration. En élevant l'objectif, ses contours deviennent plus vagues, mais la couleur persiste, tout en perdant de son intensité; il en est de même si l'on abaisse l'objectif. La granu- lation n'est donc pas seulement visible pour une mise au point exacte, mais pour toute une série de mises au point, aussi bien au dessus qu'en dessous de la première. LA FRAGMENTATION INDIRECTE 163 Appliquons ces données au noyau. Les granulations et les filaments chromatiques s'y rencontrent presque exclusivement contre la membrane du noyau. Si celui-ci en renferme peu, ils ne pourront se confondre, du moins ils ne le feront que rarement, et, dans leurs intervalles, la membrane paraîtra incolore. Or, c'est précisément à l'état de repos, que la nucléine est peu visible; aussi Arnold, et avec raison, regrette-t-il l'existence de la mem- brane chromatique pour cet état. Mais si les fragments nucléiniens sont très nombreux, et surtout s'ils s'allongent sous la forme de filaments, la rétine est impressionnée à la fois par les fragments qui sont exactement au foyer du microscope, sur le pourtour du noyau, et aussi par ceux qui se trouvent plus haut ou plus bas. Il en résulte, à la face interne de la membrane nucléaire, une ligne colorée, continue en apparence, mais formée en réalité par des points ou des tronçons situés à des hauteurs diverses et indépendants les uns des autres. Cette illusion est encore favorisée par les tronçons qui traversent obliquement le champ du microscope. On peut pourtant éviter l'erreur par un examen attentif des préparations dont les éléments chromatiques sont colorés seuls et d'une façon intense. De plus, si au lieu de concentrer son attention exclusivement sur le pour- tour du noyau, on examine soit sa face inférieure, soit sa face supérieure, on peut s'assurer facilement que dans l'intervalle des fragments de nucléine, la membrane est incolore. La membrane chromatique n'est donc que le résultat de jeux optiques. Dans le deuxième stade de la fragmentation, le nombre des filaments augmente encore, et un certain nombre de noyaux présente une coloration diffuse, plus ou moins forte, égale partout ou inégale. Cette coloration est due à l'apparition de la chromatine diffuse : fig. 43, reproduite d'après Arnold. Dans le troisième stade, la coloration s'accentue davantage, de plus elle se montre dans tous les noyaux. C'est à ce moment que les premiers indices de la division proprement dite se manifestent. Ils apparaissent dans le noyau sous la forme de champs clairs, arrondis, allongés ou angu- leux. Ces champs ne dérivent pas du protoplasme cellulaire, mais ils sont une transformation de la substance même du noyau, comme le démontrent les restes de filaments chromatiques que l'on voit quelquefois encore à leur intérieur. Nous avons fait reproduire d'après les planches d'ARNOLD un noyau avec un champ dans lequel il existe encore quatre filaments chroma- tiques : fig. 44 de notre planche. Ces champs sont souvent très petits, 1Ô4 J- DENYS d'autres fois ils sont si grands qu'ils donnent au noyau l'apparence d'un anneau. S'ils sont nombreux, le noyau semble composé de travées anasto- mosées. Quant aux travées elles-mêmes, elles sont réfringentes, et souvent tout à fait homogènes, sans aucune trace de structure. Par contre, les champs sont finement granuleux. Alors le noyau se sépare en plusieurs parties, les travées se rompent et donnent naissance à un nombre variable de jeunes noyaux. Peu après le protoplasme se divise également. En résumé, le troisième et le quatrième stade de la fragmentation sont surtout caractérisés par la chromatine diffuse et les champs ou taches claires qui se forment aux dépens du noyau. Ces deux stades sont particuliers à la fragmentation indirecte, et concourent en grande partie à lui donner sa phy- sionomie propre. Il est nécessaire de nous y arrêter quelque temps, car de leur existence dépend celle de ce mode de division. Commençons par la chromatine diffuse et examinons sur quelles bases son existence est établie. On ne saurait contester que le seul moyen dont nous puissions disposer actuellement pour reconnaître l'existence de la chromatine dissoute, soit l'emploi des substances colorantes. Nous ne pouvons en effet l'étudier, comme la chromatine figurée, ni dans sa forme propre : car elle n'en a pas, ni au moyen de réactifs digérants : car sa disparition ne se traduirait par aucun signe. Nos procédés d'investigation se réduisent donc nécessairement aux réactifs colorants. Mais est-il indifférent de recourir soit à telle substance, soit à telle autre? Évidemment non. Car beaucoup de colorants se fixent sur les productions les plus diverses, qui ne possèdent, nous le savons per- tinemment, aucune analogie avec la nucléine. Ainsi quelques-uns colorent à la fois le noyau et la substance fondamentale du cartilage. D'autres se fixent sur certaines granulations du protoplasme. Nous pourrions multiplier ces exemples. Mais, même parmi les réactifs qui passent pour avoir une affi- nité particulière pour le noyau, il y en a qui se comportent d'une façon toute différente : les uns colorent tout le noyau, aussi bien le suc que les éléments chromatiques, les autres se fixent au contraire exclusivement sur ces derniers. Enfin tel réactif, qui, dans certains cas, ne colore que la chro- matine, imprègne, dans d'autres cas, le noyau dans sa totalité. Comment, dans ces conditions, pourra-t-on s'assurer qu'une coloration diffuse est due à l'existence d'une chromatine diffuse? Pour trancher la question, il faudrait disposer d'un réactif dont on saurait qu'il ne peut LA FRAGMENTATION INDIRECTE IÔ5 jamais colorer autre chose dans le noyau que la chromatine. Or ce réactif nous ne l'avons pas, et c'est précisément cette lacune qui donne un carac- tère hypothétique à toute l'œuvre d' Arnold. Si parmi les réactifs colorants, il en est un qui doit inspirer de la con- fiance, c'est bien le vert de méthyle. Car, comme Carnoy l'a fait valoir le premier depuis plusieurs années, on ne l'a jamais vu colorer à l'intérieur du noyau autre chose que la chromatine, à l'exclusion de tout autre corps de nature chimique différente, et dont plusieurs ont été confondus longtemps avec la nucléine. Il suffit pour cela de l'appliquer avec certaines précautions. Si l'on veut rechercher avec quelque certitude la chromatine diffuse, c'est donc bien à lui que l'on doit recourir. Une des meilleures façons de s'en servir, d'après nous, est la suivante. On dissocie un fragment de tissu dans une solution aqueuse d'acide acétique de 1 à 2 o/o, et on ajoute avec la pointe d'une aiguille la quantité de vert de méthyle en solution aqueuse, justement nécessaire pour colorer tous les noyaux. Avec un peu d'habitude, on parvient vite à saisir cette quantité, et on évite ainsi d'un côté une coloration incomplète et, de l'autre, la nécessité de recourir à un lavage qui entraînerait beaucoup d'éléments. Si l'on craint de mettre trop de colorant ou pas assez, on peut placer un fragment de tissu dans une petite quantité d'acide acétique, à la concen- tration indiquée, et additionnée de vert de méthyle. On l'y laisse séjourner assez longtemps pour que la matière colorante ait pénétré jusqu'au centre; on lave ensuite avec soin dans beaucoup d'eau, et l'on dissocie. Or, en opérant suivant l'une ou l'autre de ces deux méthodes, nous n'avons jamais pu trouver de noyau présentant à la fois un réseau chroma- tique coloré et un suc coloré. Ce dernier reste toujours complètement et parfaitement incolore, aussi bien chez les souris blanches que chez les autres mammifères que nous avons examinés. Nous en concluons que l'existence de la chromatine dissoute ne repose jusqu'à présent sur aucun fait; elle ne peut donc servir à établir un mode spécial de division. Comment Arnold a-t-il obtenu des noyaux colorés dans toute leur masse : réseau- et suc? La description, écourtée à certains points de vue, qu'il donne de ses méthodes, ne nous permet pas de répondre d'une façon complète à cette question. Mais nous devons déclarer que la plupart des réactifs qu'il a appliqués ne peuvent donner sur l'existence de la chromatine dissoute aucun renseignement sur, parce qu'ils ne satisfont pas à la condi- tion essentielle énoncée plus haut, et sans laquelle toute recherche de cette 190 166 J DENYS nature reste forcément stérile. Cette condition est celle de ne colorer dans le noyau que la chromatine ou nucléine. Ce réactif par excellence est le vert de méthyle; or, il n'est pas renseigné dans l'énumération des réactifs employés par Arnold. _ Il faut donc bien admettre que cet auteur ne s'en est pas servi. Par contre, il mentionne l'hématoxyline, la safranine renfor- cée par l'huile d'aniline et le violet de gentiane (méthode de Gram, modifiée par Bizzozero et Vasale). Personne ne reconnaîtra à l'hématoxyline les propriétés précieuses qui font du vert de méthyle un colorant unique; elle teint en effet le suc nucléaire même dans des noyaux qui sont manifestement en repos. De plus, elle se fixe avec plus ou moins d'intensité sur un grand nombre de sub- stances : protoplasme, fibres striées, faisceaux conjonctivaux, substance intermédiaire du cartilage, etc. Son emploi ne donne donc aucune garantie. Quant à la safranine et au violet de gentiane, ils ne peuvent nous aider davantage à résoudre la question de la chromatine dissoute. Ces matières sont employées de façon à produire d'abord une surcoloration. Or, tout le monde sait que ces procédés sont loin de fournir constamment une coloration exclusive du réseau chromatique. Généralement, la partie achromatique, ou suc nucléaire d'ARNOLD, conserve une teinte plus ou moins accentuée. Ce procédé présente en outre des inconvénients, pour ainsi dire inséparables de son usage. Si les décolorants agissent trop peu de temps, on rencontre, à côté de noyaux colorés seulement dans leur partie chromatique , des noyaux dont le suc présente également un degré plus ou moins intense de coloration. Au contraire, si leur action se prolonge davantage, ces derniers disparaissent, mais alors on remarque presque toujours que la partie chromatique elle-même de certains noyaux a pâli, et s'est même décolorée complètement. Qui pourra dire dans ce cas si la coloration diffuse du noyau est due à de la chromatine diffuse, ou à un simple retard de la décoloration, provenant de ce que le noyau est situé plus profondément que d'autres, ou de ce qu'il a une membrane plus épaisse, ou pour d'autres causes différentes? Ces inconvénients, déjà considérables par eux-mêmes, deviennent en- core beaucoup plus marqués, quand on recourt à des liquides durcissants qui diminuent l'élection des matières colorantes pour la nucléine. Parmi eux, il faut compter, à coup sur, le chlorure de platine qu'ARNOLD recommande à la concentration de 1/3 0/0. Nous l'avons essayé en suivant exactement les indications de ce savant, et nous devons dire que, jamais, nous n'avons LA FRAGMENTATION INDIRECTE 1 67 obtenu de colorations aussi diffuses du noyau ! Ce n'est assurément pas avec de pareils réactifs que l'on pourra faire avancer d'un pas la question de l'existence ou de la non existence de la nucléine diffuse. On peut pourtant se servir dans certains cas avec avantage du violet de gentiane, par exemple en durcissant les fragments de la rate dans le sublimé corrosif et en traitant ensuite par la méthode de Gram. Dans les préparations réussies, le réseau chromatique est d'un violet foncé, tandis que le reste du noyau est complètement incolore. Les avantages de ce procédé résultent de ce fait que la matière colorante est combinée beau- coup plus énergiquement à la chromatine, de sorte que la décoloration de cette dernière ne s'opère que très lentement, et longtemps après celle des autres parties de la préparation. On ne risque donc pas de prendre des noyaux avec chromatine diffuse pour des noyaux en voie de décoloration, comme après le durcissement par l'alcool. Le durcissement au sublimé ne donne malheureusemsnt pas de résultats constants ; il est probable que la concentration et la durée de l'immersion jouent à cet égard un rôle consi- dérable, mais encore mal défini. Nous l'avons dit plus haut : en nous servant des réactifs les plus dignes de foi, nous n'avons pas réussi à trouver des noyaux colorés dans leurs deux parties : suc et élément chromatique. Par contre, nous avons rencontré des noyaux très réfringents qui ne présentaient aucune trace de structure, sauf quelquefois une vacuole centrale, et qui se coloraient d'une façon intense et homogène par le vert de méthyle. Ces noyaux sont tantôt uniques, arron- dis ou profondément lobules, fig. 37, tantôt multiples, fig. 38, et situés soit au centre, soit à la périphérie de la cellule. Ils sont identiques aux leucoblastes dégénérés que Demarbaix a représentés dans la fig. 41 de son travail. Ils ont aussi une ressemblance frappante avec un certain nombre de figures d'ARNOLD, destinées à représenter des stades de la fragmentation. De plus, à côté de ces cellules en dégénérescence, on rencontre aussi de petites masses arrondies, très brillantes, du volume d'un noyau, ou plus petites, homogènes ou pourvues d'une vacuole, et fixant le vert de méthyle avec une grande avidité, fig. 39. Ces corps ont tous les caractères des noyaux dégénérés, dont il vient d'être question, et on ne peut douter, il nous semble, que ce ne soient des noyaux ou des fragments de noyaux devenus libres par suite de la fonte du corps protoplasmatique. Ce fait démontre également que les cellules à noyau homogène et brillant doivent être prises pour des éléments qui sont plutôt en voie de régression qu'en voie de division. 168 J- DENYS Les cellules à noyau en dégénérescence sont peu abondantes à l'état normal, et il est quelquefois nécessaire de chercher longtemps avant d'en trouver. Par contre, chez des animaux ayant succombé à des infections diverses, nous les avons souvent trouvées en quantité considérable. On peut y constater leur présence de suite après la mort, de sorte qu'on doit les considérer comme préformées et non comme un produit cadavérique. Arrivons maintenant au deuxième point : l'apparition des taches claires dans le noyau, signe précurseur de sa séparation en deux ou plusieurs mor- ceaux. Ce phénomène est décrit par Arnold dans son dernier travail avec beaucoup plus de netteté et de précision que dans ses mémoires antérieurs. Ces taches apparaissent dans le noyau au début de leur formation, et on peut souvent les voir traversées par des filaments chromatiques en voie de régression (fig. 44 d'après Arnold). Ce fait, s'il était vrai, serait de nature à ne laisser aucun doute sur leur origine; malheureusement, ici encore, nous devons nous mettre en opposition formelle avec cet auteur : les taches qu'il décrit n'existent pas. Ce savant a été induit en erreur par le fait suivant. Quand on examine attentivement les nucléoles des cellules de la rate, on constate qu'il y en a de deux sortes. Les uns sont réfringents, ayant l'aspect de corps solides et se colorant fortement par le vert de méthyle, fig. 1 à 4, 25 à 27, etc. Les autres apparaissent comme une vésicule creuse, à contour propre et nettement limité, fig. 17, 18 et 31 à 36. Ils n'ont pas de réfringence spéciale et le vert de méthyle ne les affecte pas ; ce réactif colore seulement les filaments qui en partent et qui semblent former un feutrage à leur surface. La membrane qui limite ces nucléoles est souvent aussi marquée que la membrane du noyau lui-même, de sorte que celui-ci paraît à première vue avoir la forme d'un anneau. Le lecteur voudra bien remarquer surtout nos fig. 17, 18, 31, 32 et 33. Mais il suffit de faire rouler la cellule dans le champ du microscope, pour se convaincre chaque fois que la tache claire n'est pas un canal qui traverse de part en part le noyau et prépare sa séparation, mais simplement un corps sphérique, logé tout entier à l'intérieur du noyau et correspondant aux nucléoles solides, pour son volume, sa position et ses rapports avec les filaments. La fig. 34 représente une de ces vésicules ac- colées à la face interne du noyau, comme le sont souvent les nucléoles. Nous croyons que ces nucléoles » vides « n'ont pas encore été signalés. Nous ignorons complètement leur signification. LA FRAGMENTATION INDIRECTE 169 Un mot encore à propos des petites cellules. D'après Arnold, un cer- tain nombre de ces noyaux seraient couverts de pointes nombreuses, qui hérisseraient toute leur surface (fig. 45, reproduite d'après Arnold). Nous ne sommes pas parvenu à retrouver ces singuliers noyaux ; tous ceux que nous avons observés avaient une surface lisse ou légèrement bossuée. Cellules géantes de la rate. La rate des souris blanches renferme pendant toute la vie des cellules géantes. Elle se distingue par là de la rate de la plupart de nos autres mam- mifères, qui n'en possèdent que pendant la vie embryonnaire et quelquefois encore pendant les premiers temps de la vie extra-utérine. Ces cellules sont identiques aux myéloplaxes de la moelle rouge des os, et semblent se ren- contrer partout où il y a formation de globules rouges (FOA). Comme elles sont de même nature que les cellules géantes de la moelle, il paraît de prime abord peu probable qu'elles se divisent autrement dans la rate que dans les os. Et effectivement nous n'avons pas été plus heureux pour trou- ver dans la pulpe splénique des stades de fragmentation des cellules géantes que nous ne l'avons été pour les petites cellules. Quand on se sert du violet de gentiane, de l'hématoxyline et de la safranine, on trouve bien, il est vrai, des noyaux dont le suc est coloré (fig. 47 reproduite d'après Arnold) ; mais quand on recourt au vert de méthyle suivant les règles exposées plus haut, les grains et les tronçons de la nucléine se colorent seuls. Ces résultats ne doivent pas étonner, puisque les cellules géantes de la rate sont les mêmes que celles de la moelle des os, et que celles-ci se divisent par cinèse multiple ( 1). Nous n'avons pas, il est vrai, observé des figures de division dans la rate, mais nous ne doutons pas qu'avec de la patience, on ne les y trouve. Notre insuccès s'explique par la rareté de ces cellules dans la rate, et peut-être aussi par une torpeur plus grande de ces éléments dans un organe dont la fonction hématopoiétique est certainement très affaiblie. Pour établir la fragmentation indirecte, Arnold s'appuie encore sur l'existence de cellules géantes possédant, à côté d'un noyau volumineux, plusieurs autres petits noyaux. D'après lui, ces derniers se seraient isolés (1) Denys : Op. cit.; Demarbaix : Op. cit — Il est vraiment singulier de voir certains auteurs, entre autres Kôlliker dans la dernière édition de son Histologie, considérer ce mode de division comme un phénomène pathologique, alors qu'il suffit de dissocier un morceau de moelle du premier cobaye venu, pour en constater l'existence. 170 J DENYS du grand noyau par étranglement. Ce seraient les noyaux des futures petites cellules. Nous-mème, nous avons admis antérieurement que le noyau des cellules géantes donnait, par bourgeonnement, naissance à de petits noyaux qui s'entouraient ensuite de protoplasme, tout en niant que ce phénomène était lié à une augmentation de chromatine ou à l'apparition de chromatine diffuse. Plus tard, nous avons dû reconnaître que les figures sur lesquelles nous nous appuyions étaient susceptibles d'une autre interprétation et qu'elles se rapportaient plutôt à des phénomènes de phagocytose. Les motifs s'en trouvent exposés dans le travail de Demarbaix, auquel nous renvoyons. Depuis la rédaction de ce mémoire, nous avons eu plus d'une fois l'occasion de vérifier pour la rate l'exactitude des raisons invoquées par ce micrographe. Ainsi, chez des souris mortes spontanément, ou après ino- culation d'organismes pathogènes, nous avons rencontré de ces éléments en assez grande quantité. Dans certaines cellules géantes, les petites cellules englobées avaient encore le protoplasme et le noyau bien conservés; dans d'autres, le protoplasme avait été digéré et le noyau, plus résistant, repré- sentait seul l'élément primitif; enfin, ailleurs encore, celui-ci était réduit à des petites granulations se colorant fortement par le vert de méthyle. Chez les rats, nous avons observé des faits analogues. La fig. 40 re- présente une cellule qui en englobe une autre. La première présente un noyau qui a tous les caractères d'un noyau vivant ; la deuxième possède un noyau homogène, brillant, se colorant fortement et uniformément par le vert de méthyle, et présentant, en un mot, tous les caractères des noyaux en régression. Dans les fig. 41 et 42 on voit, à côté du noyau vésiculeux et pâle de la cellule, de nombreux restes de noyaux, présentant les mêmes caractères que celui de la fig. 40. Dans la fig. 42, un de ces fragments s'est vacuolisé. Les cellules de la rate jouissent donc de la propriété d'englober d'autres cellules et de les digérer. C'est une propriété qu'on ne doit donc pas perdre de vue pour juger de la nature d'une cellule possédant plusieurs noyaux. Enfin, si l'on veut procéder avec toute la rigueur nécessaire aux inves- tigations scientifiques, on doit reconnaître que les figures d'ÂRNOLD sont encore susceptibles d'une autre interprétation : elles peuvent se rapporter tout aussi bien à des cellules géantes en voie de formation par confluence de petites cellules, qu'à des cellules en voie de division. Il est vrai que rien ne prouve ce mode de formation, mais il n'est pas non plus démontré qu'il soit impossible. LA FRAGMENTATION INDIRECTE 1 7 1 En résumé, les nouvelles recherches d'Arnold sur la rate des souris blanches ne prouvent absolument rien en faveur dune division par fragmen- tation indirecte, car les faits sur lesquels elles s'appuient sont ou bien repré- hensibles au point de vue de la technique et de ï observation scientifique, ou bien susceptibles d'une autre interprétation. Jusqu'ici on ne connaît avec certitude qu'un mode de division pour les cellules de la rate, la cinèse ou division indirecte. Ce mode est du reste admis par Arnold lui-même, et il suffit de jeter un coup d'œil sur ses planches pour reconnaître que beaucoup de ses figures se rapportent à la cinèse, par exemples ses fig. 25, 26, 27, 46, 48, 49, 50. Il n'y a donc pas lieu de considérer la fragmentation indirecte comme un mode de la division cellulaire; cette fragmentation n'existe pas. EXPLICATION DE LA PLANCHE. Toutes les figures ont été dessinées à la chambre claire, avec le 1/18 de pouce à immersion homogène et l'oc. 3 de Zeiss. FIG. 1 à 12. Cellules de la rate de la souris blanche. FIG. 13 à 16. Cellules de la souris commune, dissociées dans l'acide acéti- que à 2 0/0, et colorées au vert de méthyle. Nucléoles pleins. FIG 17 et 18 Cellules de la même préparation, avec nucléoles vides, don- nant au noyau l'aspect d'un anneau. FIG. 19 à 30. Cellules de la rate du rat {Mus decumanus). Ac. ac. 2 0/0 et vert de méthyle Nucléoles pleins. FIG. 31 à 36. Cellules de la même préparation. Nucléoles vides. FIG 37 et 38 Cellules de rat avec noyau dégénéré. FIG. 39. Noyaux dégénérés de souris blanche, devenus libres. FIG. 40. Cellule de rat englobant une cellule morte. FIG. 41 et 42. Cellules du même animal avec noyaux et débris de noyaux dégénérés. FIG 43 à 47. Ces figures ont été reproduites aussi fidèlement que possible d'après le dernier travail d'Arnold. FIG. 43. Cellule destinée à montrer la coloration simultanée du suc et du réseau chromatique. FIG. 44. Cellule destinée à montrer l'apparition de la tache claire dans le noyau Dans la tache on voit des filaments en atrophie. FIG. 45. Noyau couvert de pointes. FIG. 46. Cellule géante à suc non coloré. FIG. 47. Cellule géante avec suc coloré (chromatine diffuse). ^ 19 il u /4 16 1 39 m e ■ô£Zk a 3! 33 10 n 3Z 11 il JS 1Z li Je 36 m titk.Diinioiit sculp LAXE ORGANIQUE DU NOYAU PAR A. VAN GEHUCHTEN PROFESSEUR d'aNATOMIE A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN. (Mémoire déposé le 10 juillet 1889J 191 L'AXE ORGANIQUE DU NOYAU Une des questions les plus importantes parmi celles qui ont été soulevées par les derniers travaux concernant la division cellulaire, est celle de savoir si l'élément nucléinien, qui joue un rôle si considérable pendant la division cinétique, ne possède pas, dans le noyau au repos, une orga- nisation particulière et typique, rappelant plus ou moins la disposition qu'il prend pendant les premières phases de la cinèse. Rabl, dans son travail sur la division cellulaire (i), et Carnoy, dans ses recherches aussi importantes qu'étendues sur la cytodiérèse chez les arthropodes (2), ont soulevé les premiers et en même temps cette impor- tante question. Rabl, en se basant sur les phénomènes observés dans les noyaux des larves de salamandre, distingue dans la partie chromatique du noyau au repos des filaments primaires et des filaments secondaires. Les filaments primaires sont les plus épais. Ils affectent dans le noyau au repos la même disposition que dans la première phase de la division ou phase du » dichter Knàuel «. Au commencement de la cinèse l'élément chromatique est formé de plusieurs tronçons distincts et non d'un filament unique. Ces tronçons, placés parallèlement les uns aux autres, sont situés le long de la face interne de la membrane nucléaire. En suivant la courbure de cette membrane, ils convergent vers un même point, mais au lieu de s'y rencontrer et de s'y entrecroiser, ils se réfléchissent sur eux-mêmes en décrivant une anse à convexité supérieure, et retournent vers la partie opposée du noyau où ils se terminent librement. En étudiant les différentes phases de la division, Rabl a pu constater que le point du noyau, vers lequel convergent toutes les anses (i) Rabl : Uebcr Zelltheilung; Morphologisches Jahrbuch, Bd. X, p. 214 — 33o, i8S5. (1) J. B. Carnoy : La Cytodiérèse che\ les Arthropodes; La Cellule, t. I, fasc. 2, i885. , 7 S A. VAN GEHUCHTEN chromatiques, devient plus tard le pôle du fuseau achromatique. C'est pour ce motif qu'il a appelé la face du noyau où se fait cette réflexion des tronçons nucléiniens, la face polaire ou Polseite. La face opposée du noyau, celle où les filaments chromatiques se terminent librement et sans disposition caractéristique, s'appelle, par opposition à la première, face antipolaire ou Gegenpolseite. La partie de la face polaire libre de toute substance chromatique et circonscrite par les anses des filaments nucléiniens forme le champ polaire ou Polfeld. Cette disposition si évidente et si caractéristique de l'élément nucléinien, au commencement et à la fin de la cinèse, persisterait, d'après Rabl, dans le noyau au repos. Si elle y est plus difficile à constater, c'est simplement parce que les filaments primaires envoient, sur toute leur longueur, des prolongements chromatiques ou filaments secondaires qui, en s'anastomo- sant avec les prolongements venus des filaments primaires voisins, forment un réseau chromatique à la face interne de la membrane nucléaire. Les filaments secondaires, se formant aux dépens des filaments primaires, dimi- nuent l'épaisseur et la régularité de ces derniers et contribuent ainsi large- ment à cacher la disposition primitive. Carnoy, dans ses recherches sur la division cellulaire chez les arthro- podes, aobservé, indépendamment de Rabl, la même disposition de l'élément nucléinien dans les noyaux au repos des cellules testiculaires des arachnides et de certains crustacés (l). La disposition observée et décrite par Carnoy est plus typique et plus frappante encore que celle trouvée par Rabl dans les noyaux de la salamandre. Rabl, en effet, n'a pas constaté directement dans le noyau au repos la disposition particulière de la partie chromatique; c'est pour lui une simple hypothèse basée sur l'étude des phénomènes de la cinèse. Chez les arachnides et les carides, au contraire, Carnoy a prouvé que le boyau nucléinien conserve, dans le noyau au repos, la disposition régulière qu'il affecte à la fin de la cinèse. Ici des prolongements secondaires ne viennent pas cacher la régularité et l'indépendance latérale des filaments nucléiniens. Il suffit de jeter les yeux sur les fig. 165, 166, 169, 177, 183, 185, 186 et 198 qui accompagnent le travail de Carnoy, pour être con- vaincu que, dans le noyau complètement au repos, les tronçons nucléiniens sont placés le long de la face interne de la membrane nucléaire et convergent tous vers deux centres opposés appelés pôles. En étudiant les 0) J. B. Carnoy : loc. cit , pp 198, 296, 309 et 337, l'axe organique DU NOYAU 179 phénomènes de la division cinétique, Carnoy a démontré que les pôles du noyau au repos correspondent aux pôles du fuseau de la cinèse précédente, et que ces deux pôles deviendront les pôles de la figure caryocinétique lors d'une nouvelle division. La ligne qui relie les deux pôles du noyau au repos forme l'axe organique du noyau : » Nous avons ainsi appelé, dit Carnoy, la ligne qui joint les deux points de rayonnement des circonvolu- tions nucléiniennes. Celles-ci sont distribuées régulièrement par rapport à cet axe et, lorsque le noyau entre en division, cet axe devient l'axe de la figure caryocinétique « (1). Il est à remarquer que cet axe organique du noyau est indépendant de Y axe de figure et peut correspondre soit avec le petit axe, soit avec le grand axe de figure. D'après les observations de Rabl et de Carnoy, l'élément nucléinien du noyau au repos présenterait donc une disposition régulière et nettement déterminée. L'orientation que la partie chromatique du noyau possède à la fin d'une cinèse persisterait d'une manière permanente dans le noyau au repos pour s'y retrouver toute faite au commencement d'une nouvelle cinèse. Si une pareille organisation pouvait se retrouver dans tout noyau au repos, elle acquerrait, ainsi que le remarque fort bien Waldeyer (2), une grande importance pour la signification des phénomènes de la caryocinèse. Il existe pourtant des différences considérables dans la façon dont Rabl et Carnoy décrivent le noyau au repos. D'abord les filaments secondaires mentionnés dans les noyaux de la salamandre n'existent pas, d'après Carnoy, dans les noyaux des cellules testiculaires des arthropodes. Cette différence pourrait provenir de la nature des éléments cellulaires étudiés. Rabl s'est adressé à un tissu fixe, à des cellules qui, une fois entrées en division, retournent au repos pour un temps plus ou moins long. Carnoy, au contraire, a étudié des cellules testiculaires en pleine activité, c'est-à-dire des éléments cellulaires qui croissent et se multiplient sans cesse : une cinèse est à peine terminée que les deux cellules-filles se disposent à entrer dans une cinèse nouvelle. On comprendrait que dans de pareilles cellules l'élément nucléinien n'eût pas le temps -de rentrer aussi complètement au repos que dans les cellules épithéliales. On pourrait donc supposer que, si les cellules épithéliales de la cavité buccale de la salamandre se divisaient aussi rapidement que les cellules testiculaires des arthropodes, leur noyau au repos ne présenterait (1) J B. Carnoy : Ibid., p. 338. il) Waldeyer : Ueber Karyokinese ; Archiv f. mikr. Anatomie, Bd. XXXII, p. 191 180 A VAN GEHUCHTEN que des filaments primaires; de même que dans les cellules testiculaires on trouverait peut-être les filaments secondaires de Rabl si, après chaque cinèse, les noyaux-filles retournaient au repos pour un temps plus ou moins considérable. Toutefois, l'existence des filaments secondaires et leur forma- tion aux dépens des filaments primaires devrait se confirmer (1). Mais il existe une différence plus importante, et qui est pour ainsi dire fondamentale, entre les observations de Rabl et celles de Carnoy. Dans les noyaux des arthropodes, en effet, le filament nucléinien est unique, ou du moins présente des anses aux deux extrémités de l'axe organique. Aux deux pôles du noyau la disposition rayonnante des tronçons nucléiniens est donc la même. Aussi ne saurait-on distinguer une face polaire et une face antipolaire, mais simplement deux faces polaires absolument iden- tiques, possédant chacune un champ polaire dans le sens de Rabl. Dans les noyaux de la salamandre, au contraire, l'élément nucléinien n'est pas continu. Dans les premières phases de la division, Rabl a pu compter jusque 20 tronçons indépendants, et il suppose que cette indépendance des tronçons chromatiques se maintient dans les noyaux au repos. Dans tous les cas, ces filaments se réfléchissent sur eux-mêmes à un seul pôle du noyau, tandis qu'ils se terminent librement au pôle opposé. L'aspect des deux pôles est donc différent. La différence entre les deux faces polaires des noyaux de la sala- mandre, et l'identité de ces mêmes faces dans les noyaux de certains arthro- podes ont amené ces deux savants à concevoir d'une manière toute différente l'orientation de l'élément nucléinien. Pour Carnoy, la partie chromatique d'un noyau au repos affecte une disposition régulière par rapport à un axe : l'axe organique qui relie les deux pôles. Pour Rabl, au contraire, ainsi que cela ressort clairement d'une note toute récente (2), l'élément chromatique n'est pas orienté autour d'un axe, mais simplement autour d'un pôle du noyau : le champ polaire, existant sur la face polaire. 11) Nous tenons à faire cette restriction, parce que dans les nombreux noyaux de tous genres et de toute provenance que nous avons tus sous lus yeux, nous n'avons jamais rencontré des détails rap- pelant les filaments secondaires de Rabl. Au~si nous demandons-nous si Rabl n'a pas pris pour ses filaments secondaires des parties du caryoplasme qui n'ont avec les filaments primaires que des rap- ports de contiguite. Nous savons, en effet.que l'hématoxyline et la safranine. employées par Rabl, ne sont pas des réactifs spécifiques de l'élément nucléinien; ils colorent bien souvent des parties . 1 ment dépourvues de nucléine. Il nous est impossible cependant de nous prononcer au sujet des ux des larves de salamandre;nous n'avons pas eu l'occasion de les étudier. Rabl : Ucbet Zelltheilung : Anatomischer Anzeiger, IV. Jnhrg., n° i, p. 21— 3o, 1889. l'axe organique du noyau 181 En étudiant, dans ces derniers temps, la structure histologique du tube intestinal des larves de quelques diptères, nous avons eu la bonne fortune de rencontrer des noyaux où l'orientation de l'élément nucléinien se présente d'une manière plus évidente encore, peut-être, que dans les exemples cités par Rabl et Carnoy. Cette disposition est toute différente de celle observée par Rabl dans les noyaux de la salamandre. La partie chromatique est orientée non par rapport à un pôle, mais par rapport à un axe absolument comme dans les noyaux étudiés par Carnoy. Mais, le filament nucléinien n'est pas continu : on trouve dans ces noyaux un nombre variable de tronçons distincts. L'élément chromatique est d'ailleurs un véritable boyau nucléinien dans le sens de Carnoy, c'est-à-dire qu'il est formé d'un étui plastinien dans lequel se trouvent des plaques de nucléine. Il est, en effet, strié dans le sens transversal. Nous avons rencontré ces noyaux dans les cellules de deux glandes annexes du tube intestinal de la larve d'un diptère némocère, le Ptycoptera contaminata. Ces glandes débouchent dans l'intestin un peu au-dessus des tubes de Malpighi, entre l'intestin moyen et l'intestin terminal. Ce sont des glandes volumineuses d'environ 3 centimètres de longueur et de 1 à 2 millimètres de largeur. Elles ont un aspect laiteux et sont toujours rem- plies d'une matière blanchâtre qui s'écoule à la moindre lésion de la paroi glandulaire. En publiant prochainement les résultats de nos recherches sur la structure histologique de l'appareil digestif de cette larve, nous tâcherons d'élucider la fonction physiologique de ces glandes. La paroi glandulaire est formée d'une seule couche de cellules volumineuses, polygonales, visi- bles à l'œil nu, de près de 1 millimètre de diamètre(i). Pour étudier ces cel- lules et leur noyau, il suffit d'introduire la lame d'un fin scalpel à une extré- mité de la glande, de l'ouvrir alors sur toute sa longueur et d'étaler la paroi glandulaire sur un porte-objets. On comprend aisément que, vu l'extrême délicatesse de cette paroi glandulaire, toutes ces manipulations doivent se faire sous l'eau. Pour ne pas altérer les cellules nous avons toujours employé de l'eau alcoolisée. Lorsque la paroi glandulaire adhère légèremeut au porte-objets on place le tout dans un liquide fixateur. Nous nous sommes toujours servi soit de l'alcool acétique, qui nous a rendu de si bons services dans nos recherches sur les œufs d'Ascaris megalocephala (2), soit de l'alcool {11 Nous avons mesuré deux de ces cellules prises au hasard : l'une mesurait g5g p dans un sens et 823 |J- dans l'autre, la seconde avait 781 |-i suivant son grand axe et 479 \>- suivant son petit axe. (2) A. Van Gehuchten : L'alcool acétique comme fixateur des œufs d'Ascaris megalocephala' Anatomischer Anzeiger, III. Jahrg., n° 8, p. 237 — 240, 1888. 1( S2 a. van gehuchten sulfureux recommandé par Carnoy et Gilson. Ces fixateurs sont employés pendant 5 minutes sur porte-objets, puis on continue la fixation pendant 24 heures dans l'alcool à 05°. Comme colorant, c'est l'hématoxyline de Gre- nacher en solution diluéç qui nous a donné les meilleurs résultats. Après lavage à l'eau distillée et déshydratation par les alcools successifs, la prépa- ration est éclaircie par l'essence de girofle et montée dans le baume de Canada. Pour pouvoir étudier un même noyau par ses deux faces et pour- suivre ainsi plus facilement le trajet des tronçons nucléiniens nous avons eu recours à l'ingénieuse méthode de Rabl, c'est-à-dire que nous avons examiné la paroi glandulaire étalée entre deux couvre-objets. A un faible grossissement, on trouve au milieu de chacune de ces cel- lules gigantesques, un noyau volumineux, ovalaire, mesurant de 70 à 75 n suivant son grand axe de figure et de 4S à 52 [x suivant l'axe perpendiculaire au premier. Ces noyaux ne sont pas très riches en substance chromatique, ce qui rend d'autant facile l'étude des circonvolutions nucléiniennes. La ri- chesse de ces noyaux en nucléine varie d'ailleurs considérablement d'une glande à l'autre, comme on pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur nos figures. La première chose qui frappe dans ces noyaux c'est la distribution de la substance chromatique; tout en occupant la face interne de la membrane du noyau, cet élément ne tapisse pas cette face dans toute son étendue. A un faible grossissement déjà, on voit que la partie de la membrane du noyau, tournée vers l'œil de l'observateur quand la paroi glandulaire est bien étalée, est entièrement dépourvue de filaments nucléiniens. La même disposition s'observe quand on examine ces noyaux par la face opposée. Ces faces sont les pôles du noyau ; la ligne qui les relie correspond à son axe organique, celui-ci est donc perpendiculaire au grand axe de figure. Dans ces conditions, il est impossible de se rendre un compte exact de la disposition des tronçons chromatiques. Car à cause de la faible épaisseur de ces noyaux (trente à trente cinq [*.), tous les éléments constitutifs arrivent en même temps au foyer, et, bien qu'on puisse suivre avec une extrême fa- cilité chaque filament chromatique sur toute sa longueur, il est impossible de distinguer quels tronçons arrivent à l'une des faces et quels tronçons aboutissent à la face opposée. Mais à un grossissement plus considérable — l'objectif DD avec l'oculaire 4 de Zeiss suffisent - l'observation est plus aisée. L'indépendance des filaments nucléiniens devient alors évidente. En poursuivant attentive- l'axe organique du noyau 183 ment ces tronçons la main appuyée sur la vis micrométrique, on constate facilement qu'il n'y a absolument rien de régulier ni dans leur nombre, ni dans leur longueur. C'est ainsi que dans le noyau représenté dans notre fig. 1, nous n'avons pu compter que 5 tronçons indépendants, alors qu'il y en a 7 dans les fig. 3, 4 et 5, et Q dans la fig. 2. Ces différents tronçons tapissent les faces latérales du noyau et, arrivés à l'un ou l'autre des deux pôles, ils se terminent librement, ou bien se réfléchissent sur eux-mêmes soit en longeant la membrane, soit en traversant le corps du noyau. Si le filament est court, il peut être rectiligne et s'étendre alors d'un pôle du noyau à l'autre, fig. 2, 3 et 4, ci; ou bien il peut présenter une anse tournée vers un des pôles, tandis que les deux extrémités libres arrivent au pôle opposé, fig. 2, 3 et 5, b. La plupart des tronçons ont une longueur plus considérable, ils se réfléchissent alors plusieurs fois sur eux-mêmes de façon à former, au niveau de chaque pôle, une ou plusieurs anses chromatiques. La disposition de l'élément nucléinien dans les noyaux de ces cellules glandulaires n'est de loin pas aussi régulière que dans les noyaux de la salamandre ou dans ceux des cellules testiculaires des arthropodes. Une seule chose est régulière et constante, l'existence des deux pôles. La grande variabilité dans la disposition des tronçons chromatiques est plus facile à saisir sur nos figures qu'à rendre dans une description. Nous prions donc le lecteur de bien vouloir jeter un coup d'œil sur la planche qui accompagne ce travail. Chaque noyau a été représenté par ses deux faces, et dessiné soigneusement à la chambre claire (obj. G, ocul. 2 de Zeiss). Les parties striées dans chaque noyau correspondent aux portions des filaments chromatiques qui tapissent directement la face tournée vers l'œil de l'observateur. Pour mieux faire saisir la disposition de la partie chroma- tique dans son ensemble, nous avons donné de chaque noyau une figure schématique, dans laquelle tous les tronçons nucléiniens ont été reproduits sur toute leur longueur. Pour examiner un de ces noyaux de profil, il faut recourir à un accident de préparation. Il arrive souvent que, malgré toutes les précautions que l'on prenne, la paroi glandulaire se plisse longitudinalement. Dans ce cas il n'est pas rare de voir ces plis passer par un ou plusieurs noyaux, ceux-ci se présentent alors de profil, les faces latérales tournées vers l'œil de l'obser- vateur. L'aspect du noyau est alors tout différent : les pôles ont disparu, et toute la face interne de la membrane est parcourue par des tronçons parallèles présentant de temps en temps une anse chromatique soit au bord 184 A VAN GEHUCHTEN supérieur, soit au bord inférieur du noyau, fig. 6. Quelquefois le noyau se trouve dans une position un peu oblique, comme c'est le cas pour le noyau dessiné dans la fig. 5. L'élément nucléinien affecte donc dans les noyaux de ces cellules glan- dulaires une disposition régulière : les différents tronçons qui le constituent sont distribués par rapport à un axe : l'axe organique du noyau. Les circon- volutions des filaments chromatiques, tout en suivant la courbure de la membrane du noyau, ont la même direction que l'axe organique. Arrivés aux extrémités de cet axe, les filaments chromatiques s'infléchissent et descendent vers la face opposée, circonscrivant ainsi autour de chaque extrémité un espace libre qui constitue le pôle. Les deux pôles du noyau ont le même aspect. On y rencontre aussi bien les extrémités libres que les anses des filaments chromatiques. Il n'y a donc pas lieu de distinguer entre une face polaire et une face antipolaire et, sous ce rapport, ces noyaux diffè- rent de ceux des larves de salamandre, d'après la description de Rabl. Si l'on fait abstraction de l'absence de filament continu, ces noyaux glandulaires ressemblent entièrement aux noyaux des cellules testiculaires des arthropodes. Il est bien vrai que dans ceux-ci l'orientation est beaucoup plus régulière, mais l'on ne doit pas oublier que cette orientation doit être considérée comme un héritage provenant de lacinèse antérieure. Au moment où les cellules sortent d'une cinèse, la disposition de l'élément chromatique est régulière et typique, comme elle l'était dans toutes les phases de la division. Cette disposition se conservera si cette cellule est destinée à subir bientôt une nouvelle divison. Si au contraire la cellule retourne pour quel- que temps au repos, des modifications pourront survenir dans la disposition de la partie chromatique, par suite de son accroissement et de l'activité nucléaire. Si ces modifications sont légères, il sera toujours aisé de retrouver l'axe organique du noyau ; lorsqu'elles sont plus profondes, l'axe organique peut disparaître totalement, au moins en apparence. C'est ce que Carnoy remarque fort judicieusement quand il dit : » Pendant le développement subséquent du nouveau noyau, la disposition primitive des anses se maintient ou se trouble. Dans le premier cas, le noyau au repos conserve cette structure rayonnée et parallèle que nous avons signalée chez les arachnides et chez certains crustacés. Dans le second il la perd, les anses étant déplacées et rejetées de côté et d'autre durant l'accroissement. Les noyaux de ce genre sont fréquents, et ils se rencontrent même souvent à côté d'autres dont la structure primitive n'a subi aucune modification. L'axe l'axe organique du noyau 185 organique du noyau n'est plus alors discernable. Persiste-t-il dans sa posi- tion première? Varie-t-il avec les changements de direction des anses du boyau? On ne saurait le dire. Quelle que soit sa position, on peut admettre que c'est lui qui détermine l'axe du fuseau, et par conséquent l'orientation de la figure caryocinétique « (1). C'est assez dire que cette orientation de l'élément chromatique ne saurait être prouvée directement dans tout noyau au repos. Vraie et ap- parente pour certains noyaux, elle restera toujours hypothétique, du mo- ment qu'on voudra l'appliquer à tous. Les faits observés par Carnoy et ceux que nous venons de décrire prouvent l'existence d'une orientation de la substance chromatique par rapport à l'axe organique du noyau. Rabl a donc tort de considérer l'orien- tation autour d'un pôle seulement comme typique. Car le schéma général qu'il donne de la structure du noyau au repos ne s'applique pas aux noyaux des arthropodes étudiés à ce point de vue par Carnoy et par nous. Le schéma de Rabl subira, croyons-nous, le sort réservé à tout schéma en biologie, c'est-à-dire qu'il sera de plus en plus démenti par les faits d'obser- vation. Ci) J. B. Carnoy : loc. cit., p. 338. Fio. 1 -d~.FaziGelmcMeii. del. Lith Duuiord v ei d UN NOUVEAU CAS DE PURPURA AVEC DIMINUTION CONSIDÉRABLE DES PLAQUETTES PAR le Dr J. DENYS PROFESSEUR DANATOMIE PATHOLOGIQUE. TRAVAIL DU LABORATOIRE DANATOMIE PATHOLOGIQUE ET DE PATHOLOGIE EXPÉRIMENTALE DE L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN. .92 UN NOUVEAU CAS DE PURPURA AVEC DIMINUTION CONSIDÉRABLE DES PLAQUETTES. Nous avons publié, il y a deux ans, un cas de purpura (i) dans lequel le sang présentait, comme seule lésion notable, une diminution considérable du nombre des plaquettes, à tel point qu'elles avaient presque complètement disparu du sang. Au fort de la maladie, nous fûmes même plusieurs fois dans l'impossibilité de les retrouver dans nos préparations. Depuis lors nous avons eu l'occasion d'observer un nouveau cas, sur- venu chez un enfant jouissant de toutes les apparences de la santé, et que nous allons relater brièvement. X., âgé de 10 ans, se présente devant nous pour la première fois le 2 juin 1889. Depuis une quinzaine de jours sa peau est le siège de taches hémorrhagiques. Tout au début, elles ont été, au dire du malade, nom- breuses et petites ; plus tard elles se sont montrées plus rares en même temps qu'elles devenaient plus grandes. Ces phénomènes n'ont été précédés ni accompagnés d'aucune altération de la santé; l'appétit est resté bon, la digestion facile, et il n'y a eu ni diarrhée, ni constipation. Il n'existe aucune gène respiratoire et la fièvre semble avoir fait complètement défaut. Les articulations n'ont jamais été douloureuses. Depuis l'apparition des taches, le malade a eu plusieurs épistaxis ; on n'a remarqué de sang ni dans les selles, ni dans les urines. Le seul symp- tôme morbide subjectif dont X. ait à se plaindre, consiste en une lassitude générale, intense, et à cause de laquelle il se met au lit pendant une partie de la journée. (1) J. Denys : Etudes sur la coagulation du sang dans un cas de purpura avec diminution considérable des plaquettes, La Cellule, T. III; 1887. lOO J DENYS État présent. Développement osseux et musculaire un peu au-dessous delà moyenne. Nutrition assez bonne. Aucun signe d'anémie; pas d'œdèmes. Sur le corps on remarque un certain nombre d'ecchymoses, surtout abondantes aux membres inférieurs. Elles sont plus discrètes sur les mem- bres supérieurs, rares sur le tronc, et manquent complètement à la tète. Sur les membres, elles siègent surtout du côté de l'extension. Leur grandeur varie d'une pièce de 2 centimes à une pièce de 5 francs. Quelques-unes sont plus larges encore. La plus grande, de forme elliptique, située au côté interne du genou gauche, mesure 12 centimètres de longueur. Ces taches présentent toutes vers leur centre un ou plusieurs noyaux durs, de la gran- deur d'un pois ou d'une fève, et légèrement douloureux à la pression. Ces noyaux présentent une coloration foncée, rouge bleuâtre, tandis que le reste de l'ecchymose offre une teinte moins foncée, jaune ou verte. D'après les explications du malade, ces taches posséderaient à leur apparition la gran- deur des noyaux durs, et puis s'étaleraient plus lentement jusqu'au moment où elles ont atteint leur volume définitif. L'examen des différents appareils, fait avec tous les soins, ne dénota rien d'anormal, sauf une augmentation légère mais douteuse de la matité de la rate. L'examen du sang donna les renseignements suivants : Les globules rouges ont sensiblement tous la même grandeur et la même intensité de coloration. Ils s'empilent bien. A la numération, nous obtenons le chiffre de 4,680,000 par millimètre cube. Les résultats de cet examen concordent par conséquent avec l'absence d'anémie constatée plus haut. Les globules blancs ne présentent non plus rien de pathologique, ni pour le nombre, ni pour leurs diverses variétés, du moins pour autant que le révèle un examen fait sans l'aide de colorants spéciaux. Par contre, on est frappé de suite de la rareté des plaquettes. Ainsi, dans une préparation colorée au violet de méthyle et examinée à l'endroit où la goutte de sang a été déposée, nous ne trouvons qu'une dizaine de ces éléments par champ microscopique. Dans une préparation de notre sang, de même épaisseur, le champ du microscope en est au contraire tout constellé. Cette diminution considérable des plaquettes ne fut pas seulement constatée dans une préparation unique, mais sur toute une série. Nous renvoyons pour les précautions prises dans ces examens à notre première publication. Ici, comme antérieurement, nous avons renoncé à faire des UN NOUVEAU CAS DE PURPURA 191 numérations à cause de l'altérabilité rapide des plaquettes. Les inconvé- nients qui en résultent sont d'autant plus sensibles que ces éléments sont plus rares. Pourtant, pour fixer les idées sur le degré de leur réduction, nous avons fait le 6 juin une numération en prenant pour point de comparaison les globules blancs, qui ne présentaient ni diminution, ni augmentation sensible de leur nombre. Ce dénombrement fut fait à l'endroit où la goutte de sang avait été déposée. Les chiffres des plaquettes sont donc plutôt trop forts que trop faibles, ces éléments restant accumulés de préférence à l'en- droit où le sang a été recueilli. Nous avons obtenu par champ microsco- pique les chiffres suivants : GLOBULES BLANCS. 1 1 PLAQ UETTES 1 12 2 9 2 1 1 6 9 3 7 4 6 1 65 19 Ce qui fait en moyenne 1 plaquette pour 3 globules blancs ; or on sait qu'à l'état physiologique il y a 40 plaquettes pour 1 globule blanc. Leur nombre n'est donc plus que la i42 me partie de ce qu'il est normalement. Ce chiffre concorde du reste très bien avec les résultats que nous avons obtenus à d'autres jours en comparant directement l'abondance des plaquettes dans les préparations de notre malade avec celle des mêmes éléments dans des préparations d'épaisseur égale, provenant de personnes saines. Nous avons également dirigé notre attention sur la rapidité de la coa- gulation et sur la quantité de fibrine formée, mais nous n'avons pu constater aucune différence saillante avec l'état normal. Dans les-trois semaines qui suivirent, nous eûmes encore plusieurs fois l'occasion de voir le malade. Pendant tout ce temps, l'affection ne présenta aucun changement ni en bien, ni en mal. Tous les jours, il se formait une ou plusieurs taches nouvelles, pendant que les plus anciennes disparais- saient. L'état général resta le même, et notre petit patient se remit à fré- quenter l'école. 192 J. DENYS Nous pouvons dire que ce cas présente, avec celui de Marie D. P., la plus grande ressemblance. Des deux côtés, nous avons une éruption abon- dante de petites taches sanguines, qui ne dure que peu de temps, et qui est suivie d'une période plus longue (plus de deux ans chez D. P.), pendant laquelle les taches deviennent beaucoup plus rares, mais par contre beau- coup plus grandes. L'état général, du moins pendant cette deuxième période, ne présente d'autre altération marquée qu'une grande lassitude. L'identité continue à exister pour les caractères du sang. Des deux côtés, on constate les faits suivants : i° La quantité du sang, le nombre et l'aspect des globules rouges n'ont pas subi de modifications notables. 2° Les globules blancs ne présentent aucune altération sensible. 3° La coagulation n'est pas retardée, et la quantité de fibrine ne pré- sente pas de diminution. 4° Par contre les plaquettes sont devenues très rares. Che~ le petit malade, leur nombre n'est plus, d'après notre évaluation, que la i42 me partie de ce qu'il devrait être. Che\ la femme D. P., nous pouvons assurer que pendant longtemps leur chiffre était encore moins élevé. On peut considérer comme certain que l'on trouvera la même pauvreté en plaquettes dans d'autres cas de purpura. Quant au mode de formation des ecchymoses, il nous semble que les derniers travaux de Hayem (i) permettent d'établir une relation des plus étroites entre ce symptôme mor- bide et l'abaissement du chiffre des plaquettes. Cet auteur a trouvé qu'en injectant du sang de cheval ou de bœuf à des chiens, on détermine instan- tanément la précipitation des plaquettes sous la forme de concrétions in- nombrables, pour la plupart visibles à l'œil nu, à tel point qu'elles rendent le sang grumeleux. Ces concrétions embolisent les vaisseaux et donnent naissance à des hémorrhagies multiples. Quand elles sont volumineuses, elles produisent des lésions graves, notamment dans les poumons, et déter- minent la mort par asphyxie au bout de quelques minutes. L'abaissement considérable du nombre des plaquettes dans nos deux cas d e purpura avec la coexistence des hémorrhagies, doit faire admettre un phénomène tout à fait analogue. Les plaquettes sont devenues rares parce qu'elles se sont précipitées; et les masses compactes qui en résul- (i) Hayem : Nouvelle contribution à l'étude des concrétions sanguines par précipitation; Comptes- rendus de l'Académie de Paris, T. 107, 1888. UN NOUVEAU CAS DE PURPURA lg3 tent ont obstrué les vaisseaux. Mais tandis que dans les expériences de Hayem la cause de l'altération siège dans le mélange de deux sangs étran- gers, elle reste enveloppée d'une obscurité complète dans nos cas de purpura. Notons encore chez la femme D. P., que c'est précisément à l'époque où les hémorrhagies étaient les plus nombreuses, que les plaquettes étaient les plus rares. Ce fait vient encore à l'appui de notre thèse. Lors de la relation de notre premier cas de purpura, nous avons à la dernière page rendu compte d'une éruption d'ecchymoses survenues chez un phtisique sans diminution des plaquettes. Ce fait paraît en opposition avec cette manière de voir, mais il est à noter que, chez ce malade, la pous- sée hémorraghique a été unique, et que nous n'avons eu l'occasion d'examiner le sang que plusieurs jours plus tard. Il se peut qu'à cette époque ces élé- ments se soient déjà reformés; ils paraissent en effet susceptibles d'une régénération très rapide. On peut du reste également admettre qu'il existe plusieurs espèces de purpura, les unes dues à la précipitation des plaquettes, les autres à des causes qui doivent encore être élucidées. Quoi qu'il en soit, nous pouvons affirmer que, dans certains cas de pur- pura, du moins, l altération capitale réside dans une diminution du nombre des plaquettes et que les hémorrhagies sont le résultat de leur précipitation et de l'obstruction qu'elles déterminent dans les vaisseaux. C'est, à notre connaissance, la première fois que l'anatomie pathologique de cette affection est formulée ainsi et qu'elle a été basée sur des faits précis. Le purpura serait une maladie des plaquettes. Il va de soi que la cause elle-même de l'altération des plaquettes dans cette maladie n'est pas tranchée. LA CELLULE LA CELLULE RECUEIL DE CYTOLOGIE ET D'HISTOLOGIE GÉNÉRALE PUBLIE PAR J. B. CARNOY, PROFESSEUR DE BIOLOGIE CELLULAIRE, G. GILSON, PROFESSEUR D'EMBRYOLOGIE, J. DENYS, PROFESSEUR D'aNATOMIE PATHOLOGIQUE, a l'Université catholique de Louvain. AVEC LA COLLABORATION DE LEURS ÉLÈVES ET DES SAVANTS ÉTRANGERS. TOME V 2° FASCICULE. I. Sur les peptonisations provoquées par le chloroforme et quelques autres substances, par J. DENYS et H. DE MARBAIX. II. Le poumon des arachnides, par L. BERTEAUX. III. Nouvelles observations sur les cellules épithéliales, par M. IDE. IV. Recherches sur la structure des organes segmentaires des hirudinées, par H. BOLSIUS. LIERRE LOUVAIN Typ. de JOSEPH VAN IN & C", Aug. PEETERS, Libraire, rue Droite, 48. rue de Namur, 11. 1889 SUR LES PEPTONISÀTIONS PROVOQUÉES PAR LE CHLOROFORME ET QUELQUES AUTRES SUBSTANCES J. DENYS PAR & H. DE MARBAIX PROFESSEUR D ANATOMIE PATHOLOGIQUE ASSISTANT AU LABORATOIRE a l'université de louvain Travail du laboratoire d'anatomie pathologique et de pathologie expérimentale. (Mémoire déposé le i5 décembre 1889.J ig3 LES PEPTONISATIONS PROVOQUÉES PAR LE CHLOROFORME. L'exposé des recherches qui suivent comprend l'étude d'une digestion se développant dans le sang quand on y mêle certaines substances, et abou- tissant à la formation de peptones. Comme elle n'a pas encore été décrite jusqu'ici, nous sommes dispensés de faire son historique, et nous abordons immédiatement nos recherches personnelles (1). REMARQUES GÉNÉRALES SUR LA MÉTHODE SUIVIE. Comme nous venons de le dire, la digestion dont il est question pos- sède la propriété de peptoniser certaines substances albuminoïdes. Nous avons donc été souvent dans le cas de devoir reconnaître la présence des peptones. Dans ce but, nous avons eu surtout recours au procédé d'HoF- meister, l'ébullition avec certains hydroxydes, parmi lesquels nous avons presque exclusivement employé l'hydroxyde ferrique. Après acidification légère par l'acide acétique, on fait bouillir une première fois le liquide ou les organes, on filtre, on ajoute au filtrat une certaine quantité d'acétate de sodium en solution aqueuse à 10 o/o, et on laisse couler dans le mélange une solution de perchlorure de fer, jusqu'à ce que le liquide conserve une coloration rouge. On fait arriver alors une solution de soude caustique de façon à neutraliser le liquide, ou plutôt à ne lui laisser qu'une acidité faible. On fait bouillir quelques minutes, on filtre, et on recherche les peptones par la réaction du biuret, au moyen de la soude ou de la potasse caustique et du sulfate de cuivre en solution diluée. (i) La plupart des résultats contenus dans ces pages ont déjà été exposés par l'un de nous au premier congrès des physiologistes, à Bàle. lyS J. DENYS et H. DE MARBAIX Dans la plupart de nos expériences, afin d'arriver à des résultats com- parables, nous avons opéré avec des quantités déterminées de réactifs, pro- portionnées à la masse à analyser. C'est ainsi que pour 10 ce. de sang, nous prenions 15 ce. de la solution d'acétate de sodium à 10 0/0, et 2 ce. de la solution de perchlorure de fer de la Pharmacopée belge. Au lieu de neutra- liser exactement, nous avons préféré nous arrêter à une réaction très faible- ment acide, qui, d'après Hofmeister et Schmidt-Mulheim, paraît plus favorable qu'une réaction neutre pour obtenir la précipitation totale des albumines. Nous avons fait souvent le dosage de la quantité de peptones au moyen de la méthode colorimétrique par la réaction du biuret. Un dosage appro- ximatif étant tout à fait suffisant pour le but que nous voulions atteindre, nous avons renoncé à employer le procédé exact, mais un peu compliqué de Hofmeister (1). Nous nous sommes contentés de verser dans des tubes à essai de même calibre, des quantités égales des solutions à examiner, et d'y ajouter un même volume de soude caustique. Ensuite nous y laissions tomber goutte à goutte une solution de sulfate de cuivre à 2 0/0, en ayant soin de bien agiter et de compter le nombre de gouttes nécessaires pour imprimer à toutes les solutions la même nuance. Ce point atteint, le nombre de gouttes employées donnait la proportion de peptones. Nous avons également essayé de doser les peptones par le polarimètre, mais nous avons reconnu à ce procédé les inconvénients signalés par Hof- meister, et nous l'avons abandonné. Nous avons emplo)'é plusieurs fois l'ébullition avec l'hydroxyde de plomb, ainsi que la précipitation par l'acide phosphotungstique, en suivant les indications fournies par Hoppe-Seyler, mais les pertes subies par ce dernier procédé sont trop notables pour que nous nous en soyons servis souvent. Cet inconvénient est du reste connu. Il est vrai que le procédé d'HoFMEiSTER pour la recherche des peptones par l'acétate de sodium et le perchlorure de fer, n'est pas non plus complètement à l'abri de ce reproche, mais, comme cet auteur et Dogiel (2) l'ont démontré, les pertes sont petites. Enfin, nous avons employé assez souvent la méthode de Kuhne au sulfate d'ammoniaque. Nous reviendrons sur ce point plus bas. (i) Fr. Hofmeister : Ueber die Verbreitung des Peptons im Thierkûrper; Zeitschr. f. phys. Chcmie. B VI, 18N2. (2) A. Dogiel : Einiges ûber Eiweisskorper der Frauen- und Kuhmilch; Zeitschrift f. phys. Chem , B IX SUR LES PEPTONISATIONS 199 A moins d'indications contraires, nos digestions ont été faites à la tem- pérature du corps. Notons encore qu'après chaque filtration nous avons eu soin d'exprimer fortement la masse, afin de recueillir le plus de liquide possible (i). D'autres indications sur la technique suivie trouveront mieux leur place ailleurs. RECHERCHES DES PEPTONES DANS LE SANG PUR DIGÉRÉ A LA TEMPÉRATURE DU CORPS. Il va de soi que ces digestions réclament une asepsie complète. A l'effet d'éviter l'introduction de micro-organismes dans le sang sur lequel nous voulions expérimenter, nous l'avons reçu directement au sortir des vaisseaux dans des tubes stérilisés et bouchés avec un tampon d'ouate. Cette opération se fait le plus aisément sur une carotide. On la dénude sur une longueur de plusieurs centimètres, en évitant autant que possible d'infec- ter la plaie; on lie le vaisseau du côté de la tète ; du côté du cœur, on place, aussi bas que possible, une pince hémostatique. On fait alors une petite ouverture latérale entre la ligature et la pince, on soulève légèrement l'artère au moyen du fil, afin de l'isoler des chairs environnantes, et en pressant sur la pince, on obtient un jet de sang que l'on reçoit directement, sans qu'il touche l'animal, dans les tubes. Il est inutile de compliquer cette opération par le placement de canules et de tubes pour conduire le sang. D'après notre expérience, on ne fait qu'augmenter ainsi les chances d'infection, qui, par la méthode que nous venons de décrire, sont presque nulles. Nous avons recueilli ainsi plusieurs portions de sang, provenant de douze chiens, et variant de 7 à 20 ce. Les tubes furent laissés dans le thermo- stat pendant un temps allant de 15 heures à 8 jours. La réaction du biuret fut généralement essayée après avoir ramené la solution au volume du sang employé, quelquefois cependant avec la solution réduite par évaporation de moitié, ou plus encore. Or, dans tous les cas, elle fut négative. Il ne s'était donc pas opéré de peptonisation, même après un séjour de 8 jours dans le thermostat. (i) Pour nous assurer que la méthode oVHofmeister au perchlorure de fer donne des résultats comparables et exacts, nous avons divisé 70 ce. de sang en 7 portions égales et. après avoir additionné celles-ci d'un centimètre cube de chloroforme, nous les avons analysées au point de vue de leur richesse en peptones après un jour de thermostat. Or tous les tubes nous ont donné la réaction du biuret avec la même intensité. 200 J DENYS et H. DE MARBAIX Ces résultats étaient de nature à nous étonner, l'existence de peptones dans le sang, du moins à certains stades de la digestion, paraissant prouvée par les recherches de Schmidt-Mulheim(i) et deHoFMEiSTER(2). Le premier trouva dans le sérum centrifugé de chiens mis en digestion, de petites quan- tités de peptones; par contre il ne put les déceler chez des chiens maintenus à jeun depuis 24 heures. Ces faits furent confirmés par Hofmeister, qui trouva 8 fois sur 1 1 des peptones dans le sang de chiens en digestion, et aucune fois dans le sang de chiens qui n'avaient pas été nourris depuis 24 heures. Les résultats contraires, auxquels nous sommes arrivés, ne peu- vent s'expliquer par l'état d'inanition de nos animaux, car nous avons opéré avec du sang recueilli à toutes les époques de la digestion. Ils ne semblent pas pouvoir s'expliquer davantage par le séjour du sang dans la couveuse, car, d'après Schmidt-Mulheim, Hofmeister et Salvioli (3), ce liquide ne jouit pas de la propriété de transformer les peptones en albumine. Du reste, nous avons opéré 5 fois avec des quantités de sang assez considérables, provenant de 5 chiens différents, et que nous avons soumis immédiatement à l'analyse sans les faire séjourner dans le thermostat, et nous n'avons pas été plus heureux. Les deux premières portions, l'une de 20 ce. et l'autre de 22 ce, furent reçues directement dans l'eau bouillante. La troisième de 50 ce, quantité généralement employée par Hofmeister, fut analysée im- médiatement après le battage. La quatrième et la cinquième, comprenant chacune également 50 ce, furent versées avant la coagulation dans l'eau bouillante. Les chiens, dont ces deux dernières portions provenaient, se trouvaient à la sixième heure de la digestion, par conséquent au stade où, d'après Hofmeister, les peptones sont assez abondantes. Une portion avait été obtenue par saignée de la jugulaire externe, et traitée par le perchlorure de fer; l'autre par saignée de la carotide, et traitée par l'hydroxyde de plomb. La réaction du biuret fut essayée dans chacun de ces cinq cas plusieurs fois, d'abord avec le liquide étendu, puis avec le liquide plus concentré et, enfin, avec le liquide réduit par l'évaporation à un très petit volume. Comme nous l'avons déjà dit, elle fut constamment négative. Notons que nous avions pris soin, comme le conseille Hofmeister, d'abandonner pendant 24 heures le liquide à lui-même après l'ébullition avec l'hydroxyde ferrique, afin de per- mettre à l'eau d'extraire les peptones emprisonnées dans le précipité. (1) Schmidt-Mûlheim : Beitrâge zur Kenntniss des Peptons ; Arch. f. Phys., 1880. (s) Fr. Hofmeister : Loc. cit. (3) Salvioli : Die gerinnbaren Eiweissstoffe im Blutserum und in der Lymphe des Hundes ; Arch. f. Phys., 1881. SUR LES PEPTONISATIONS 201 Nous ne saurions dire à quoi tiennent les divergences qui existent entre nos expériences et celles de Schmidt-Mulheim et Hofmeister. Mais Was- serman (1), dans ses recherches sur la peptonurie et sur la peptone pendant la digestion, n'a pas non plus su confirmer les résultats des deux auteurs allemands. D'après lui, le procédé d'HoFMEisTER ne fournirait pas toujours un liquide privé de toute albumine. Pour éliminer complètement cette der- nière, il serait nécessaire de traiter la solution par l'acide acétique et le ferrocyanure de potassium, de filtrer après plusieurs heures, d'éliminer le ferrocyanure par l'acétate de cuivre, et le cuivre par l'hydrogène sulfuré. En opérant de cette façon, Wasserman n'a pu trouver de peptones dans le sang de la veine-porte de trois chiens en pleine digestion, quoique les portions analysées fussent considérables (100, 180 et 210 ce). Ces recherches con- firment donc les nôtres. Notons enfin, que les expériences d'HoFMEisTER elles-mêmes ne sont pas de nature à dissiper tout doute sur l'existence de peptones dans le sang d'animaux en digestion. Chez trois chiens en pleine digestion, cet auteur n'a pas trouvé cette substance. Or, d'après nous, il semble que ce fait doit donner à réfléchir. La résorption intestinale n'est pas un phénomène de peu de durée, intermittent, s' opérant sur un espace restreint, et dont les effets sont susceptibles d'échapper à un moment donné aux recherches ; mais c'est un acte durant sans interruption et sur une étendue considérable pen- dant de nombreuses heures. Même en admettant qu'il puisse être interrompu dans certains segments de l'intestin, il doit se continuer dans d'autres, et le sang par conséquent doit charrier des peptones pendant toute la durée de la digestion. La question de la présence des peptones dans le sang nous paraît digne d'être reprise et étudiée à nouveau. Au point de vue de nos recherches pré- sentes, la solution du problème est néanmoins accessoire: qu'il y ait ou non de petites quantités de peptones dans le sang, il importe peu; il nous suffit de démontrer que, dans certaines circonstances, il s'y en développe des quantités considérables. Si nous ne parvenons pas à en déceler dans le sang frais, notre démonstration n'en sera que plus péremptoire. (1) Wasserman : Note sur la peptonurie et sur la peptone pendant la digestion ; C. R de la soc. de biol.. T. II, i885 203 J. DENYS et H. DE MARBAIX AUTODIGESTION DU SANG ADDITIONNE DE CHLOROFORME. Comme nous venons de le voir, dans le sang abandonné à lui-même dans la couveuse, on ne peut pas déceler de peptones, même après plusieurs jours de digestion. Il en est tout autrement quand on y ajoute du chloro- forme. Pour ces expériences, il est inutile de recueillir le sang antiseptique- ment, le chloroforme constituant un excellent antiseptique qui empêche le développement de tout micro-organisme. Le plus souvent nous ajoutions 10 o/o de ce liquide, mais comme nous le verrons plus bas, de moindres quantités ont le même effet. Le tableau suivant résume nos expériences sur ce point. La première colonne renferme le nom de l'espèce animale; la deuxième, la quantité et la nature du sang, tantôt défibriné, tantôt pas ; la troisième, la quantité de chloroforme ajouté; et, enfin, la cinquième, les résultats de la réaction du biuret, obtenue avec le filtrat ramené au volume de sang employé. TABLEAU I. ESPÈCE QUANTITÉ DE SANG QUANTITÉ DE CHLOROFORME DURÉE DU SÉJOUR DANS LE THERMOSTAT RÉACTION DU BIURET Chien i . 10 ce. de sang artériel. I ce 4 heures. réaction faible mais évidente. Chien 2. i5 ce. id. Pas mesuré 14 id. forte réaction. i5 ce. id. id. 65 id. réaction intense Chien 3. i5 ce. id. i,5 ce. 18 id. id. Chien 4. 10 ce. id. 1 ce. 1 jour. forte réaction. 10 ce. id o,5 ce id. réaction. Chien 5. ■ 20 ce. id. id. id. Chien 6. 20 ce. id. 4 jours. réaction rouge intense Chien 7. 10 ce. de sang veineux 1 ce. '. jour forte réaction. Chat 1. . 10 ce de sang. 1 ce. 1 id. id Chat 2 . 10 ce. de sang artériel. 1 ce. ? id Putois. 5 ce. de sang. o,5 ce. 1 jour. réaction. Femme. 16 ce. id. i,5 ce. ' 2 jours. id Le dernier sang, obtenu par l'application de ventouses scarifiées provient d'une femme à l'âge de retour et sujette à des bouffées de chaleur vers la tête; à part cette incommodité, la santé était parfaite. SUR LES PEPTONISATIONS 203 Notre tableau comprend 13 portions de sang, dont 9 provenant de 7 chiens, 2 de 2 chats, 1 d'un putois et 1 dune femme, et, dans toutes nous avons pu déceler des peptones en quantité notable . Elles y existaient déjà après 4 heures. Quand on compare ces résultats à ceux précédemment obtenus (p. 199), l'intervention du chloroforme dans la production des peptones est manifeste, et elle est d'autant plus évidente que les portions chloroformées et non chloroformées de sang de chien proviennent des mêmes animaux. Il n'y a entre elles d'autre différence que la suivante : les unes ont été mises dans le thermostat sans chloroforme, les autres avec chloroforme. Nous avons préféré classer les résultats à part, pour donner plus de clarté à notre exposé. C'est du reste une règle générale que nous avons adoptée dans ce mémoire. Souvent, avec le sang d'un seul animal, nous avons fait des expé- riences très diverses que nous avons groupées suivant leur nature, et non suivant l'ordre chronologique. On ne peut donc nous objecter d'avoir opéré dans chaque série d'expériences, avec des animaux différents, et d'avoir obtenu ainsi des résultats peu comparables. Nous insistons particulièrement sur le point suivant, qui est d'une importance capitale : l'absence dans nos digestions de micro-organismes auxquels on pourrait attribuer la peptonisation. Le chloroforme par lui- même est déjà un garant sur de leur exclusion; mais nous ne nous sommes pas contentés de cette certitude. Dans le plus grand nombre de cas, nous nous sommes assurés directement, à l'aide du microscope, que nos digestions ne renfermaient pas de micro-organismes, et, dans un certain nombre d'autres, nous avons procédé avec les précautions antiseptiques les plus rigoureuses; c'est-à-dire, que nous avons fait usage de tubes stérilisés préalablement et dans lesquels on recevait directement le sang jaillissant de la carotide, et de pipettes également stérilisées, pour ajouter le chloroforme et d'autres liquides dont il sera question plus bas. Dans les cas où l'eau entrait dans la compo- sition des solutions employées, nous l'avons préalablement stérilisée par l'ébullition. De plus, à la fin des digestions, nous avons plusieurs fois ense- mencé des tubes de gélatine avec de grandes quantités de sang, afin de nous assurer de son asepsie complète ; or, dans aucun cas nous avons eu de déve- loppement. Enfin, nous avons fait la contre-épreuve de ces expériences, en mêlant intentionnellement des microbes au sang, sans addition de chloro- forme, avant de le porter à la couveuse. En même temps, nous y déposions du sang du même animal, mais chloroformé et qui devait servir de témoin. Le tableau suivant se rapporte à l'une de ces expériences. "h 204 J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU II. QUANTITÉ DE SANG DURÉE DE LA DIGESTION REMARQUES RÉACTION DU BIURET Tubes ' chloroformés. 1 IO ce. i jour la gélatine inoculée reste stérile. forte réaction. 10 ce. 2 jours. id. id. Tubes infec i IO ce. i jour. pas d'odeur de putréfaction, pas de réaction tés avec quel-l une inoculation sur gélatine donne ques gouttes ( de nombreuses colonies. d'eau io ce. 2 jours. odeur de putréfaction, au micros- id. ordinaire. cope beaucoup de bâtonnets. Ainsi dans les deux tubes où il s'est développé des micro-organismes, l'analyse n'a pu démontrer la présence de peptones. Hofmeister n'en a pas trouvé davantage dans du sang de mouton en putréfaction depuis plusieurs jours. Elles y apparaissent néanmoins plus tard, et même quelquefois plus tôt, comme nous nous en sommes assurés à plusieurs reprises, mais toujours en moindre quantité que dans le sang additionné de chloroforme. La pep- tonisation, que nous constatons dans nos tubes chloroformés, n'est donc pas le résultat de l'action des micro-organismes. Presque toutes nos digestions au chloroforme ont été faites avec 10 o/o de cette substance, mais elles réussissent également bien avec de moindres quantités : à preuve le tableau suivant. TABLEAU III. QUANTITÉ QUANTITÉ DURÉE DE LA DE SANG DE CHLOROFORME DIGESTION REACTION DU BIURET 10 ce. i ce. = io o/o 5 heures. bonne réaction IO ce. 0,75 ce. = 7,5 00 id. id. 10 ce. o,5 ce. = 5 0/0 id. id. IO ce. 0,4 ce. = 4 0/0 id. id. IO ce. 0,2 ce. = 2 0/0 id. id. SUR LES PEPTONISATIONS 205 La quantité de peptones était sensiblement la même dans les différents tubes; il est probable que l'on obtiendrait encore un effet sensible avec des proportions beaucoup plus faibles, mais nous n'avons pas fait de recherches dans cette direction. Pour établir que les corps donnant la réaction du biuret étaient bien des peptones, nous avons mis à digérer 500 ce. de sang chloroformé de chien, nous les avons traités par la méthode d'HoFMEiSTER, puis concentrés et précipités par l'alcool. Nous avons obtenu ainsi un précipité relativement abondant que nous avons redissous dans un peu d'eau et qui précipitait abondamment : i° avec le tannin; 2° avec l'acide phosphotungstique; 3° avec la liqueur de Millon (coloration rouge à l'ébullition). L'acide azotique n'y produisit aucun trouble; avec l'acide acétique et le ferrocyanure de potassium, nous obtînmes un très léger précipité bleu foncé (bleu de Prusse) dû à un reste de fer, de sorte que, dans ce cas, cette réaction ne fournit pas de résultats décisifs. Nous avons saturé plusieurs fois, au moyen du sulfate d'ammoniaque, une partie de la solution claire et transparente obtenue par l'ébullition avec l'hydrate de fer, et, après filtration pour séparer l'excès de sulfate, nous avons fait la réaction du biuret. Dans certains cas, elle était tout aussi intense que celle fournie par la partie non traitée par le sulfate; dans d'au- tres, elle était notablement affaiblie. L'existence de la réaction démontre en tous cas, que, dans la digestion par le chloroforme, il se forme de véri- tables peptones dans le sens de Kuhne. DIGESTION DU SANG AVEC D'AUTRES SUBSTANCES. Il était naturel de se demander si le chloroforme jouissait seul de la propriété de provoquer une digestion dans le sang, ou si d'autres corps la possédaient également. Nous avons d'abord étudié deux substances qui, au point de vue chimique, lui sont très rapprochées : l'éther sulfurique et l'alcool. 206 J DENYS et H. DE MARBAIX Expériences avec l'éther sulfurique. 50 Ce. de sang de chien furent divisés en 5 portions de 10 ce. chacune. Elles furent additionnées d'une quantité variable d'éther, et analysées après vingt-quatre heures de séjour dans la couveuse. Le tableau suivant donne les résultats. TABLEAU IV. QUANTITÉ DE QUANTITÉ D'ÉTHER RÉACTION DU BIURET SANG 10 ce. 0,5 ce. == 5 0/0 réaction très faible. 10 ce. 1 ce. = 10 0/0 réaction moyenne 10 ce. 2 ce. = 20 0/0 id. id. 10 ce. 5 ce. = 5o 0/0 id id. 10 ce. 10 ce. = 100 0/0 id intense. L'éther sulfurique jouit par conséquent de la même propriété que le chloroforme, et son action semble s'accroitre avec la quantité ajoutée. Expériences avec l alcool. 20 Ce. de sang de chien sont divisés en 2 portions égales, qui sont additionnées d'alcool. Après deux jours de séjour dans la couveuse, elles fournissent les résultats suivants : TABLEAU V. QUANTITÉ DE QUANTITÉ DALCOOL RÉACTION DU BIURET SANG 10 ce. 5 ce. = 5o 0/0 après concentration à 14 ce., réaction faible. 10 ce. 10 ce = 100 0/0 après concentration à 8 ce., réaction faible. L'alcool possède donc les propriétés du chloroforme et de l'éther, mais pas à tous les degrés de concentration. Le tableau suivant prouve ce fait avec beaucoup plus d'évidence encore. SUR LES PEPTONISATIONS 207 TABLEAU VI (1). RÉACTION DU BIURET C/3 w a QUANTITÉ DE SANG quantité d'alcool AVEC LE SULFATE DE CUIVRE A 2 0/0 a h 5 GTT. 8 GTT. IO GTT. A IO ce négative. B 10 ce. I ce = iO 0/0 id. C 10 ce. 2 CC = 20 O/o violet très faible. D 10 ce. 3 ce = 3o 0/0 violet avec une nuance rose faible. violet. E 10 ce. 4 ce. = 40 0/0 rose avec un peu de violet. rose-violet. violet avec trace de rose. F 10 ce 5 ce. = 5o 0/0 id. violet. G 10 ce. 7.S ce. = y 5 0/0 violet très faible. H 10 ce. 10 ce. = 100 0/0 négative. I 10 ce 20 ce. = 200 0/0 id. Les tubes sans alcool et avec 1 ce, 10 ce. et 20 ce. d'alcool n'ont donc pas été le siège de peptonisation. Celle-ci a eu lieu dans les tubes renfermant de 2 ce. à 7,5 ce. d'alcool, quoique à des degrés différents. Son intensité augmente du tube C au tube E où elle atteint son maximum, pour diminuer progressivement dans les tubes F et G. Ainsi, avec 5 gouttes de sulfate de cuivre, les tubes C et G donnent une réaction où il n'y a plus trace de coloration rose, qui est comme on sait la première nuance qui apparaît dans la réaction du biuret; dans les tubes D et F, la teinte rose a complètement disparu après l'addition de 8 gouttes; dans le tube E elle persiste encore, quoique faiblement, après 10 gouttes. La concentration optimale de l'alcool paraît donc être de 40 0/0. En deçà et au-delà il y a diminution, puis extinc- tion de la propriété (2). ;i) Nous devons un mot d'explication sur les termes employés pour indiquer le résultat de la réaction. Dans une solution renfermant des peptones et de la soude caustique, le sulfate de cuivre détermine en premier lieu l'apparition d'une coloration rose. Cette coloration est d'autant plus vive et persiste d'autant plus longtemps, si l'on continue à faire suivre du sulfate de cuivre, que la quantité de peptones est plus considérable. Par l'addition de nouvelles quantités de sel cuivrique, on fait appa- raître dans la couleur rose une légère nuance violette qui devient de plus en plus nette au fur et à mesure que de nouvelles gouttes de solution cuivrique tombent dans la solution En même temps la couleur rose s'efface de plus en plus, elle finit par s'éteindre et la couleur est alors franchement violette. (2) Tous les histologistes connaissent les effets dissociateurs de l'alcool au tiers, découverts par Ranvier. L'explication de ce fait est encore inconnue. Ne serait-ce pas un phénomène de même nature que celui de la digestion du sang par l'alcool? 208 J. DENYS et H. DE MARBAIX Les expériences comparatives que nous avons faites prouvent que : l'action peptonisante de l'alcool est bien plus faible que celle de l'éther et du chloroforme. Ce dernier corps semble être celui qui jouit de cette propriété au plus haut degré. Outre ces trois substances, nous en avons examiné plusieurs autres dont on se sert fréquemment pour empêcher la pullulation des microbes dans les digestions in vitro. Tels sont le thymol, l'acide phénique et l'acide salicylique. Expériences avec le thymol. Nous avons employé une solution alcoolique à 10 o/o. TABLEAU VII. Sang de chien analysé après 1 jour. QUANTITÉ QUANTITÉ QUANTITÉ DE DE SOLUTION ALC. DE DE RÉACTION DU BIURET SANG THYMOL. THYMOL l5 ce. 2 ce. = 1 3,3 0/0 1,3 0/0 bonne réaction. 24 ce. 3 ce. = 12,5 0/0 1,2 0/0 id. TABLEAU VIII. Sang de chien analysé après 2 jours. QUANTITÉ QUANTITÉ QUANTITÉ DE DE DE RÉACTION DU BIURET SANG SOLUTION DE THYMOL THYMOL 10 ce. 0,1 ce. = I 0/0 0, 1 0/0 réaction négative. 10 ce. 0,2 ce. = 2 0/0 0,2 0/0 id. 10 ce. o,5 ce. = 5 0/0 0,5 0/0 id. 10 ce. 1 ce. = 10 0/0 I O/o forte réaction. 10 ce. 2 ce. = 20 0/0 2 0/0 réaction faible. 10 ce. 5 ce. = 5o 0/0 5 0/0 réaction négative. 10 ce. 10 ce. = 100 0/0 10 0/0 id. SUR LES PEPTONISATIONS 209 Pour ce corps, comme pour l'alcool, nous trouvons une concentration optimale, mais qui répond ici à la proportion de 1 0/0. A un examen super- ficiel du tableau, on pourrait être tenté de croire que la digestion est le fait de l'alcool et non du thymol lui-même, mais il suffit d'un moment d'atten- tion pour se convaincre du contraire. Comme l'indique le tableau VI, l'alcool est inactif à la concentration de 10 0/0. Or, dans le tableau VIII, le qua- trième tube, renfermant la même proportion d'alcool, donne une forte réac- tion. Celle-ci ne peut donc être que le résultat du thymol. Nous nous sommes du reste assurés que, par l'addition d'un peu de thymol seul, écrasé entre les doigts, à du sang, celui-ci acquiert des pro- priétés peptonisantes. Par contre, dans un mélange de 10 ce. de sang et de 10 ce. d'une solution aqueuse saturée de thymol, il ne s'était pas produit de traces de peptones, même après deux jours de thermostat. Ce fait prouve de nouveau que, pour être efficace, la quantité de thymol doit atteindre une certaine proportion. Expériences avec l'acide phénique. Nous avons employé une émulsion de 10 gr. d'acide dans 90 gr. d'eau, que nous avions soin d'agiter fortement avant chaque prise. TABLEAU IX. Sang de chien, analysé après un jour de thermostat. QUANTITÉ QUANTITÉ QUANTITÉ DE DE DACIDE RÉACTION DU BIURET SANG SOLUTION PHÉN PHÉNIQUE 10 ce. o,5 ce 0,5 0/0 réaction négative. 10 ce. I ce. I 0,0 id. 10 ce. 2 CC. 2 O/O id. faible. 10 ce. 3 CC. 3 0/0 id. moyenne. 10 ce. 5 CC. 5 0/0 id. faible. 10 ce. ■ IO CC. 10 0/0 id. douteuse. 10 ce. 20 CC. 20 0/0 id. négative. Ici encore, nous constatons l'absence de réaction avec les concentrations extrêmes. La réaction optimale correspond à 3 0/0 d acide phénique. Le thymol et l acide phénique transforment par conséquent le sang en milieu digestif. 210 J. DENYS et H. DE MARBAÏX Quant à l'acide salicylique, il est dénué de cette propriété, comme on peut le voir par le tableau suivant. TABLEAU X(i). QUANTITÉ DE SANG quantité d'acide RÉACTION DU BIURET IO ce. I o/oo réaction négative. IO ce. 2 o/oo id. IO ce. 5 o/oo id. IO ce. 7 o/oo id. IO ce. i o/o id. io ce. 3 o/o id. Nous avons ensuite fait quelques essais avec l'essence de térébenthine, le phosphore et la créoline; ces trois corps se sont comportés comme l'acide salicylique. Il est vrai que nos recherches ont été très peu nombreuses. Il serait intéressant d'étudier à ce point de vue un grand nombre d'autres sub- stances, mais le temps nous a fait défaut. Ces expériences, répétons-le, ont été exécutées sans l'intervention d'organismes vivants quelconques. NATURE DES SUBSTANCES QUI SUBISSENT LA PEPTONISATION. Dans le sang, nous avons plusieurs substances capables de fournir des peptones : l'hémoglobine, la fibrine, les albumines dissoutes dans le plasma, enfin celles qui entrent dans la composition des globules blancs, des pla- quettes et du stroma des globules rouges. Sont-elles toutes peptonisées après l'addition du chloroforme, ou bien n'y en a-t-il que quelques-unes, voire même une seule? C'est ce que nous allons rechercher. Digestion des globules rouges. Dans le but de rechercher si les matériaux fournis à la digestion chloroformique se trouvent dans le plasma ou dans les éléments figurés, nous avons commencé par soumettre séparément à l'action du chloroforme le sérum et le caillot provenant d'une même saignée. (i) A moins d'indication contraire, le sang employé dans les expériences suivantes est du sang de chien. SUR LES PEPTONISATIONS 21 1 TABLEAU XL Du sang de chien et du sang humain sont abandonnés à eux-mêmes, et après rétraction on recueille à part le sérum et le caillot ; celui-ci est coupé en petits morceaux. QUANTITÉ DURÉE DE DE LA RÉACTION DU BIURET CHLOROFORME DIGESTION Chien i . 10 ce. de sérum. I ce. i jour. réaction négative. io ce de caillot. id. id. id. forte. id. id. id. id. id. id. id. id. id. id. Chien i. io ce. de sérum rose. i ce. 3g heures. réaction très faible io ce. de caillot. id. id. id. très intense. Homme. 3 ce. de sérum. o,5 ce. i jour. réaction négative. id. id. id id. id. 5 ce. id. id. 3 jours. id. id. 10 ce. de caillot. I ce. i jour. id. moyenne. id. id. 3 jours. id forte TABLEAU XII. Expérience avec le sérum et le caillot additionnés de thymol (solution alcoolique à 10 o/o). QUANTITE DE SOL. ALC. DE THYMOL DUREE DE LA DIGESTION REACTION DU BIURET io ce. de sérum rose, io ce. de caillot i ce. id. 3g heures, id. réaction négative, réaction très intense. De ces expériences se dégagent des faits intéressants : i° Dans le sérum chloroformé ou thymolisé, il n'y a pas de formation de peptones, ou du moins il ne s'en forme que des traces. ■95 212 J. DENYS et H. DE MARBAIX 2° Au contraire, dans le caillot chloroformé ou thymolisé, la digestion est très active et les peptones sont même plus abondantes, toute proportion gardée, que dans le sang digéré en totalité. Ces expériences sont {le nature à établir que ce ne sont pas les albumines dissoutes dans le sang qui subissent la peptonisation, mais les globules rouges ou la fibrine ou les deux ensemble. Nous négligeons momentanément les plaquettes et les globules blancs, en proportion trop minime pour pouvoir fournir la réaction intense observée. Le tableau qui suit nous permet d'affirmer de suite que les hématies sont une source de peptones, car pour peu que le sérum en renferme, il donne la réaction du biuret et cela avec d'autant plus d'intensité que les hématies sont plus nombreuses. TABLEAU XIII. QUANTITÉ DE SANG QUANTITÉ DE CHLORO- FORME DURÉE DE LA DIGESTION REMARQUES IO ce. I ce. 24 heur. le sérum est pur. 10 ce. id. id. il renferme très peu de globules rouges. 10 ce. id. id. il en renferme davantage. 5 ce. o,5 ce. 24 heur. sérum pur. 5 ce. id. id. sérum recueilli en dernier lieu, rouge opaque. REACTION DU BIURET Chien 1 . Chien 2. réaction nulle, id. très faible. id. faible. réaction nulle, id. marquée. Chien 3. 5 ce. 5 ce. o,5 ce. I24 heur, id. id. sérum transparent, légèrement rose. sérum pris en dernier lieu, rouge opaque. réaction douteuse. bonne réaction. Si, au lieu de sérum plus ou moins impur, on opère avec du sang défibriné, dépouillé complètement de la fibrine par filtration à travers un linge, on obtient une réaction plus intense. Beaucoup de digestions du tableau I sont faites après ce filtrage et ne laissent aucun doute sur le rôle des globules rouges. Il est inutile d'en rapporter davantage. SUR LES PEPTONISATIONS 213 Le globule rouge est lui-même composé de plusieurs substances albu- minoïdes dont les principales sont l'hémoglobine et celles qui entrent dans la constitution du stroma et de sa membrane. Est-il possible de déterminer celles qui fournissent des peptones? Grâce à l'obligeance de M. Jacquet, de Bâle, nous avons pu instituer quelques expériences avec de l'hémoglobine cristallisée, très pure. Au mi- croscope on ne voyait que des cristaux ou des fragments de cristaux. Une portion dissoute dans l'eau et traitée par la méthode d'HoFMEisTER fut trouvée absolument libre de peptones. Si donc nous trouvons ces substances après l'action du chloroforme, nous devons les considérer comme le produit d'une digestion. Avec les cristaux nous fîmes cinq séries d'expériences, composées chacune de deux espèces de tubes : i° un tube de sérum simplement chlo- roformé; 2° un tube de sérum également chloroformé, mais tenant en plus une certaine quantité d'hémoglobine cristallisée en dissolution. La première espèce de tubes servait de témoin et nous donna une réaction négative, sauf dans un cas où nous obtînmes une réaction très faible, due sans aucun doute à ce qu'il n'était pas absolument pur. Quant à l'autre espèce de tubes, elle donna chaque fois une bonne réaction de peptones. Ces expériences prouvent que la digestion porte sur l'hémoglobine. Digestion de la fibrine. Nous avions déjà remarqué incidemment, lors de plusieurs digestions avec le sang in toto, que les caillots étaient devenus très mous et qu'ils se laissaient écraser par le doigt avec la plus grande facilité. Ce fait donnait lieu à supposer que la fibrine était attaquée. On peut s'en assurer facilement en mettant de la fibrine dans du sérum additionné de chloroforme ou d'éther, et porté à la couveuse. Le tableau suivant rapporte quelques-unes de ces expériences. 214 ESPÈCE Chien i Chien 2. Chien 3. Chien 4. Chat. Lapin 1 . Lapin 2. J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU XIV (1). NATURE DE LA DIGESTION QUANTITE DE CHLOROFORME OU D'ÉTHER RESULTATS 10 ce. de sérum -J- une boule de fibrine fraîche de chien 10 ce. de sérum 4- i,5o gr. de fibrine de chien 20 ce. de sérum 4- 5 gr. de fibrine de chien. 20 ce. de sérum centrifugé -|- 2,5o gr de fibrine. 5 ce. de sérum 4- petite boule de fibrine. 5 ce. de sérum 4" fibrine de chat. 5 ce. de sérum + un flocon de fibrine de lapin. id. 1 ce. de chloro- forme. id. 2 ce. id o,5 ce. d'éther. id. o,5 ce. de chloro forme. id après 9 heures commencement de désagrégation. Après 18 heures dissolution complète. après 4 heures dissolution presque complète ; le lendemain complète. Après 3 jours, nouvelle addition de fibrine (o,5o). Le lendemain elle est encore intacte, le surlendemain dissoute. après une nuit d'étuve, tout est trouvé dissous. id dissolution après 9 heures. après 3 heures la plus grande partie est dissoute ; tout a disparu après 6 heures, dissolution après un jour. dissolution entre 27 et 44 heures. Pour les digestions chloroformiques du tableau précédent, nous avons employé un excès de chloroforme : 10 0/0. Il serait faux pourtant d'en con- clure qu'une proportion aussi considérable est nécessaire. Le sérum ne paraît pas dissoudre beaucoup plus de chloroforme que l'eau, qui en dissout environ 7 pour 1000; l'excédent, plus lourd, s'accumule au fond des tubes, (1) Nous faisons remarquer, une fois pour toutes, que le temps renseignant la dissolution de la fibrine indique l'époque où celle-ci a été trouvée dissoute, et non le temps vrai au bout duquel elle s'est dissoute. Ce temps est souvent en réalité plus court que celui indiqué. SUR LES PEPTONISATIONS 215 et représente la plus grande masse de ce qui a été ajouté. Pour que la digestion puisse se mettre en train, il ne faut pas même que le sérum soit saturé de chloroforme et on obtient encore des effets rapides avec un plasma renfermant seulement la cinquième partie de ce qu'il est capable de dissou- dre, comme l'expérience suivante le prouve. TABLEAU XV. Une portion de sérum est agitée avec du chloroforme en excès; 10 ce. servent de témoin, le reste est mêlé en proportions variables à du sérum non chloroformé, qui fournit en outre également un témoin. QUANTITÉ DE SÉRUM QUANTITÉ DE SÉRUM non chloroformé ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS chloroforme 3 H. 4 H. 2 JOURS 10 ce. o ce. dissolution. 6 ce. 4 ce. presque tout dissous. dissolution. 4 ce. 6 ce. encore assez dissolution. bien de petits fragments. 2 CC 8 ce. un peu plus de la moitié dissous. dissolution. CC. io ce. o o La fibrine s'est dissoute dans tous les tubes chloroformés, mais pas dans tous avec la même rapidité. Après 3 heures de couveuse, la digestion est d'autant plus avancée que la quantité de chloroforme en présence est plus considérable. Après qautre heures, la disparition est générale, mais il est probable que si les tubes avaient été examinés dans l'intervalle, on aurait observé une dissolution successive et non simultanée. La dilution du chloroforme a pourtant ses limites et, si elle est poussée trop loin, la pëptonisation est incomplète ou même ne s'établit pas du tout, comme l'observation suivante le démontre. 216 J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU XVI. Du sérum est divisé en portions de 5 ce. et mélangé avec de l'eau salée chloroformée en quantité variable. QUANTITÉ QUANTITÉ ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS DE SÉRUM FORMÉE 3 H. 24 H. 48 H. 5 ce. I ce. un peu de les flocons ont un Putréfaction désagrégation peu diminué. et dissolution partielle. id. o,5 ce. id. pas de dissolution évidente. id. id. 0,25 ce. id. id. 0, 1 ce. id. Il découle de cette expérience que la réussite de la digestion exige la présence d'une quantité suffisante de chloroforme. L'alcool, l'acide phénique et le thymol nous ont déjà présenté un phénomène semblable. Toutes ces expériences nous montrent que la fibrine se dissout dans le sérum additionné d'éther ou de chloroforme. C'est chez le chien que l'on observe la dissolution la plus rapide. En moyenne elle est complète, à part quelques petits noyaux qui paraissent plus résistants, après trois heures de couveuse, quelquefois cependant après quatre heures seulement; par contre, il arrive qu'elle a disparu après deux heures. Chez le lapin, elle est plus lente. Chez l'homme, d'après une expérience qui viendra plus loin, elle paraît se faire avec la même facilité que chez le chien. Nous avons vu plus haut que du sang additionné en proportion con- venable d'alcool ou d'acide phénique renferme au bout de quelque temps des peptones. L'action exercée par ces deux corps peut, comme celle du chloroforme et de l'éther, être rendue accessible à la vue si on les fait agir sur de la fibrine suspendue dans du sérum. L'expérience suivante a été faite avec de l'alcool absolu, du sérum et de la fibrine de chien. La première colonne indique la proportion d'alcool. Il y a en outre deux tubes témoins, l'un sans aucune ajoute, l'autre additionné de chloroforme. SUR LES PEPTONISATIONS 217 TABLEAU XVII. ÉTAT DES TUBES APRÈS PROPORTION REMARQUES d'alcool I H. 2 H. 6 H. IO H. 24 H. 32 H. 9 J- t. A, 0/0. O O O O t. B, 10 0/0 de disso- chloroforme. lution. t. C, 5 0/0 O ? la plus d'alcool. grande partie est dissoute. t. D, 100/oid. la désagré- gation commence. presque tout dissous. dissolution, pas de microbes. t. E, 200/0 id. le sérum devient opalescent. t. F, 400/oid. le sérum se trouble fortement. Les résultats concordent parfaitement avec ceux fournis par les di- gestions alcooliques du sang. Ici encore nous remarquons une infériorité manifeste de l'alcool vis-à-vis du chloroforme. Dans le tube témoin chloro- formé B, la fibrine a disparu après 2 heures; dans le tube D, celui où la digestion alcoolique est la plus marquée, il y a encore des restes après 10 heures. En outre, tandis que la fibrine s'accommode bien de proportions très variables de chloroforme, elle se montre plus difficile vis-à-vis de l'alcool, dont l'action présente un optimum très accusé. Si nous comparons la proportion optimale accusée par la digestion du sang complet avec celle fournie par la digestion de la fibrine, nous trouvons une différence sensible. Dans la première, l'effet le plus fort correspond à 40 0/0 d'alcool; dans la seconde, à 5 0/0, mais nous devons remarquer que le milieu est notablement différent. Il n'est pas impossible que l'hémoglobine accapare une certaine quantité d'alcool, de même qu'elle accapare le chloroforme. Comme Schmiedeberg(i) (1) O. Schmiedeberg : In.-Diss., Dorpat (cité d'après le traité de thérapeutique de Rossbach et Nothnagel). 218 J. DENYS et H. DE MARBAIX l'a démontré, le sang absorbe de grandes quantités de cette dernière substance tandis que le sérum n'en dissout qu'une très faible proportion. Si l'alcool se comportait de la même façon, on comprendrait facilement pourquoi il en faut d'avantage dans le sang pour provoquer la digestion que dans le sérum. L'acide phonique se comporte comme l'alcool. TABLEAU XVIII. PROPORTION DACIDE REMARQUES ÉTAT DE LA DIGESTION APRÈS PHÉNIQUE 3 H. 8 H. 24 H. t. A, témoin o o/o. O O t. B, témoin chlorof. désagrégation commenc. dissolution. t. C, 0,12 o/o. dissolution. pas de microbes. t. D, o,25 o/o. le sérum est devenu trouble. t. E, o,5o o/o. le sérum se trouble. sérum trouble. sérum mi-solide t. F, 0,75 0/0. il se trouble fortement. sérum mi-solide. Dans nos tubes phéniqués, nous n'avons de digestion que dans celui qui renferme 0,12 0/0 d'acide; à partir de 0,25 0/0, la fibrine est restée in- tacte. Dans notre expérience de digestion avec le sang, le maximum d'effet a été obtenu avec une proportion notablement plus forte : 3 0/0, mais la remarque, que nous avons faite à propos d'une contradiction apparente sem- blable fournie par les digestions alcooliques, trouve ici également sa place. Les digestions qui précèdent ont été faites à l'étuve, mais la fibrine se dissout également à la température de la chambre, quoique plus lente- ment. C'est ainsi qu'une boule de fibrine fraîche de chien, mise dans 5 ce. de sérum -f 0,5 de chloroforme ne montra pas de changement après 3 heures ; mais après 4 heures et demie la désagrégation commença, et la dissolution fut complète après 17 heures. Un tube témoin, fait exactement avec les mêmes matériaux, mais porté dans le thermostat, subit la digestion complète en 3 heures, donc environ en 6 fois moins de temps. SUR LES PEPTONISATIONS 219 Quant à la quantité de fibrine susceptible de se dissoudre, elle est rela- tivement considérable. Nous n'avons pas cherché sa limite extrême, mais nous avons vu, dans une expérience, 10 grammes de fibrine disparaître dans 20 grammes de sérum après 4 heures de thermostat. La rapidité de la dissolution paraît indépendante de la masse de fibrine, un petit flocon dans une quantité déterminée de sérum n'y disparaissant pas plus vite que des masses considérables. Pou* bien établir que la dissolution de la fibrine dépend de l'addition de chloroforme ou de substances similaires, nous avons fait plusieurs séries d'expériences dans lesquelles nous avions deux sortes de tubes : des tubes renfermant du sérum et de la fibrine, et des tubes contenant en outre du chloroforme (10 0/0). Un certain nombre de ces expériences sont exposées dans le tableau suivant. La fibrine employée provient du même animal que le sérum. TABLEAU XIX. ESPÈCE COMPOSITION DES TUBES RESULTATS Chien i . Sérum chlorof. Sérum non chlorof Dissolution après 5 heures. Pas de dissolution après 24 heures. Chien 2. Sérum chlorof. Sérum non chlorof Dissolution après 5 heures. Pas de dissolution après 3 jours Odeur de putréfaction. Chien 3. Sérum chlorof. Sérum non chlorof. Dissolution après 2 1/2 heures Pas de dissolution après 3 jours. Odeur de putréfaction. Lapin. Sérum chlorof. Dissolution après 20 heures. Sérum non chlorof. Pas de dissolution après 48 heures. Homme. Sérosité de vésicatoire chloroformée. Sérosité non chlorof. Dissolution après 3 heures Pas de dissolution après 4 1/2 heures. ■ g6 220 J. DENYS et H. DE MARBAIX Nous pourrions multiplier ces exemples. Tandis que clans les tubes additionnés de chloroforme la fibrine se dissout relativement vite, dans les non chloroformés elle ne disparaît qu'après des jours, alors que la putré- faction a envahi le sérum. Elle est alors produite par des organismes infé- rieurs, comme on le sait'depuis longtemps. Si l'on empêchait l'introduction de ces derniers, la fibrine se maintiendrait intacte pendant des jours, si pas indéfiniment. On pourrait fournir la démonstration directe de cette propo- sition en se servant uniquement de sérum et de fibrine comme dans les expériences précédentes, mais à la condition d'opérer avec toutes les pré- cautions antiseptiques pour éviter l'introduction même d'un seul germe. Mais cette démonstration, qui n'est pas impossible et qui exigerait seule- ment des soins minutieux, est inutile. Nous avons vu en effet, au début de ce travail, que du sang, recueilli sans mélange dans des tubes stérilisés, s'y conserve pendant une semaine, et peut-être plus longtemps, sans subir de digestion. Dans ces tubes, le sang se coagule, et se sépare en caillot et en liquide incolore. Cette séparation se maintient pendant toute la durée de l'observation. Si la fibrine y subissait une digestion, le caillot ne conser- verait ni son individualité ni sa forme; il se déliterait au bout de quelques heures, et il se trouverait de nouveau intimement mélangé avec le sérum. Or, cela n'arrive pas. La dissolution de la fibrine est donc bien liée à la présence du chloro- forme ou de substances similaires. Sans elles, pas de digestion. SUR LA NATURE INTIME DE LA DIGESTION EN PRÉSENCE DU CHLOROFORME ET DES SUBSTANCES SIMILAIRES. Nous devons à présent nous demander pourquoi certaines substances déterminent dans le sang la formation de peptones. Agissent-elles directe- ment sur l'hémoglobine et sur la fibrine, comme l'acide sulfurique dilué sur l'amidon, ou bien exercent-elles leur action indirectement, par l'intermédi- aire d'une autre substance, d'un ferment auquel elles donneraient naissance, par exemple en modifiant l'état de certaines substances albuminoïdes. Nous avons d'abord essayé de résoudre la question en soumettant le sang à des températures voisines de 6o°. On sait en effet qu'un grand nombre de ferments sont détruits par un chauffage de courte durée, et nous pouvions espérer rendre par ce procédé le sang inactif, même après addition subsé- quente de chloroforme. SUR LES PEPTONISATIONS 221 Nos expériences ont porté sur du sang généralement défibriné, mais néanmoins toujours susceptible de fournir des peptones, puisqu'il renfer- mait encore toute son hémoglobine. TABLEAU XX. 50 Ce. de sang de chien défibriné et passé à travers un linge, sont divisés en 5 portions égales : la première doit servir de témoin et n'est pas chauffée; les autres sont soumises pendant quinze minutes aux températures de 45 , 50 , 55 et 6o°. A toutes, nous ajoutons 1 ce. de chloroforme, et nous les analysons après 19 heures de couveuse. La réaction du biuret fut faite avec la totalité du liquide ramené à 10 ce. m PQ TEMPÉ- RATURE RÉACTION DU BIURET AVEC LE SULFATE DE : U I V R E A 2 0/0 D H 2 GTT. 6 GTT. IO GTT. 12 GTT 24 GTT. 36 GTT. A non chauffé rose rose violet. violet. B 450 id. rose. rose foncé. le rose vire au violet. encore nuance rose. violet. C 5o° id. id. id. id. violet. D 55° id. un peu de violet. violet avec nuance rose légère. violet. E 6o° réaction négative. Ce tableau nous apprend : i° Qu'une température de 6o°, prolongée pendant 15 minutes, a en- levé au mélange tout pouvoir digestif. 2 Qu'une température de 55 est déjà nuisible à la peptonisation; car, dans le tube soumis à cette température, il s'est formé moins de peptones que dans les tubes chauffés à 45 et à 50 , ainsi que le démontre le nombre de gouttes de sulfate de cuivre nécessaires pour faire virer la couleur au violet pur; dans le tube D, 12 gouttes suffisent; dans les tubes B et C, au contraire, il en faut 36. 3° Dans les tubes B (45 ) et C (50 ), les peptones sont plus abondantes que dans le tube A, témoin, qui n'a pas été chauffé. Une température mo- dérée semble donc augmenter le pouvoir digestif. 2 22 J DENYS et H. DE MARBAIX L'expérience suivante a été pratiquée dans les mêmes conditions, avec la différence que, au lieu de porter sur du sang défibriné, elle a été faite avec du sang coagulé coupé en petits morceaux. TABLEAU XXI. M TEMPÉRATURE RÉACTION DU BIURET AVEC LE SULFATE DE CUIVRE D H 4 GTT 12 GTT. 24 GTT. 36 GTT. 44 GTT. A non chauffé. rose. un peu de violet. violet. B 45" id rose foncé. mi rose, mi-violet violet prédomine. violet. C 5o° id. id. id. id. violet. D 55" id id. perdu. E 6o" réaction négative. Ici encore, le tube E (6o°) donne une réaction négative, et les tubes B (45°), C (50 ) et D (55°) des réactions plus intenses que le tube A, qui n'a pas été chauffé. Les résultats du tableau XXI pouvaient du reste être prévus avant l'analyse, car, dans les tubes A à D inclusivement, les caillots avaient dis- paru ou étaient devenus friables au point de céder facilement sous la pres- sion des doigts ; dans le tube E, au contraire, ils étaient intacts et avaient la consistance des caillots frais. Nous rencontrerons plus loin d'autres expériences corroborant celles que nous venons de rapporter. On doit conclure des unes aussi bien que des autres que : r action d'une température de 60° , prolongée pendant 15 mi- nutes enlève au sang chloroformé toute propriété auto-digeslive. Les résultats sont les mêmes, que l'on ajoute le chloroforme au sang avant de le soumettre à l'élévation de température, ou qu'on l'ajoute après. A la température de 6o°, le sang est sûrement rendu inactif. On obtient parfois le même résultat à des températures plus basses, sans que nous puissions en donner la raison. Le fait est indubitable, car, d'un côté, nos opérations ont été conduites avec tout le soin possible, et, de l'autre, les résultats partiels de chaque expérience, envisagée en elle-même, offrent une concordance qui exclut toute idée de hasard'. SUR LES PEPTONISATIONS 223 Voici ces expériences TABLEAU XXII. 70 Ce. de sang défibriné sont divisés en 7 portions égales. Celles-ci sont chauffées pendant 10 minutes à des températures variables, addition- nées de 1 ce. de chloroforme et analysées après un jour de thermostat. TEMPÉRATURE RÉACTION DU BIURET 42° bonne réaction. 47° réaction moins forte. 52° pas de réaction. 6o° id. 65° id. 70° id. 8o° id. Une température de 52 prolongée pendant 10 minutes a enrayé la digestion; une température de 47 l'a affaiblie. TABLEAU XXIII. Dans l'expérience précédente, le sang a été chloroformé après avoir été chauffé; dans celle-ci, le sang a été d'abord mélangé de chloroforme, puis chauffé. Les portions sont toujours de 10 ce. TEMPÉRATURE RÉACTION DU BIURET 450 réaction faible. 47° réaction très faible. 49° pas de réaction. 5i° id. 53° id. Ici il n'y a plus eu de peptonisation dans le tube chauffé à 49 , et elle a été affaiblie par 47 , sinon déjà par 45 . Que peut-on conclure de ces expériences? Elles nous montrent qu'une température relativement basse, enlève au sang sa faculté digestive, et elles donnent un certain appui à l'hypothèse d'un ferment, agent de la peptoni- sation. Mais elles sont loin d'être concluantes, car le chauffage pourrait avoir agi de deux manières : soit en détruisant le ferment, soit en modifiant 224 J. DENYS et H. DE MARBAIX l'hémoglobine et la fibrine et en les rendant inattaquables. L'expérience suivanteétablitquec'est bien cette dernière interprétation qui paraît la bonne. Elle comprend douze tubes de sang de chien défibriné ; deux n'ont pas été chauffés; les autres ont été chauffés deux par deux pendant quinze mi- nutes à des températures différentes : 56 , 58 , 6o°, 62 et 64 . Le sang élevé à la température de 62 est devenu sirupeux, celui élevé à la température de 64 a une consistance semi-liquide. A tous nous ajoutons 1 centimètre cube de chloroforme; de plus, à 6 tubes, chauffés aux différentes températures, nous mêlons intimement 5 ce. de sérum de chien non chauffé, très pur. Cette addition a pour but de rechercher si le chauffage n'a pas rendu l'hé- moglobine réfractaire. Notre sérum, en effet, est à même de fournir éven- tuellement le ferment, car, additionné de chloroforme, il dissout la fibrine. Si donc la peptonisation ne s'opère plus dans les tubes chauffés par suite de la destruction d'une zymase, elle se rétablira après addition de sérum non chauffé. Les résultats sont consignés dans le tableau suivant. La deuxième grande colonne renseigne la réaction pour les tubes non addi- tionnés de sérum; la troisième, pour ceux qui en ont reçu. L'analyse fut faite après 20 heures de couveuse. TABLEAU XXIV. RÉACTION DU BIURET RÉACTION DU BIURET (tubes sans sérum) (tubes avec sérum) tubes témoins. bonne réaction. bonne réaction. tubes chauffés à 56. réaction faible. id. id. 58. réaction négative. A peine réaction. id. 60. id. réaction négative. id. 62 id. id. id. 64. id. id. Si nous comparons entre eux les résultats des deux colonnes, nous remarquons, que dans la première il n'y a plus eu de digestion à partir du troisième tube (58 ), tandis que dans la seconde, la réaction est absente à partir du quatrième, encore est-elle à peine marquée : il n'y a qu'une trace de réaction, indiquée par une coloration violette à peine visible. L'absence de digestion observée dans les tubes chauffés (tableau XX à XXIII) ne peut donc pas être attribuée à la destruction d'un ferment, mais à une modification de l'hémoglobine, produite par la caléfaction et qui l'a rendue rebelle à toute peptonisation ultérieure. SUR LES PEPTONISATIONS 2 25 Dans la dernière expérience, l'addition de sérum paraît pourtant avoir facilité dans certains tubes la digestion, car la réaction est plus marquée dans le second tube de droite que dans le tube correspondant de gauche; de plus, à droite, nous avons une réaction, quoique très faible, dans le tube trois, tandis qu'elle est négative dans le même tube non additionné de sérum. D'où provient cette différence que nous avons plus d'une fois constatée en des circonstances analogues? Nous pensons que l'addition du sérum, en diluant le sang, a favorisé la peptonisation. Après l'addition du chloroforme, le sang se prend en une masse sèche, et partant peu favorable à une fermentation active, l'addition de sérum la rend plus humide et, du même coup, plus propice à subir une digestion. Il est probable que si nous avions laissé le troisième tube de gauche plus longtemps dans la couveuse, nous aurions pu également y dé- celer des peptones. La voie dans laquelle nous sommes entrés pour rechercher si la pepto- nisation est due à une zymase ou au chloroforme lui-même, ne peut donc nous conduire au but, car, si le chauffage détruit les ferments, il rend en même temps le sang rebelle à la digestion. Nous devons tâcher de résoudre le problème d'une autre façon. Nous avons vu plus haut que la fibrine, plongée dans du sérum chloroformé, y disparait rapidement par dissolution. Si ce phénomène est dû à un ferment, il ne se produira plus si l'on opère avec du sérum chauffé à une température qui détruit les zymases. Dans ce but nous avons fait une série de digestions avec du sérum chauffé pendant un temps plus ou moins long à une température voisine de 6o°. En même temps nous faisions des tubes témoins avec du sérum non chauffé. Or nous avons remarqué que, dans le sérum chauffé, il y a presque constamment un retard par rapport au sérum qui n'a pas été soumis à l'action du chauffage. Dans nos premières expériences, nous avons cru pouvoir en conclure avec certitude à l'existence d'un ferment; mais dans nos expériences suivantes, nous n'avons plus observé un écart aussi considérable. Nous rapportons ici quelques unes de ces expériences. 226 J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU XXV. NATURE DES TUBES ETAT DE LA DIGESTION Chien i . Chien 2. Chien 3. Sérum non chauffé Sérum chauffé 12 minutes à 62 . Sérum non chauffé. Sérum chauffé 1 heure entre 61 63°. Sérum non chauffé. Sérum chauffé 1/2 h. à 6o°. id. 1 h, id. id. 2 h. id. Dissolution de la fibrine après 4 heures. Après 4 heures, désagrégation et dissolution partielle. Dissolution après 3 heures. Après 3 heures, plus de la moitié dissoute, dissolution complète après i5 heures. Dissolution après une nuit de couveuse, id. id. id. Il est indifférent si le sérum chauffé a été chloroformé d'abord ou après. Si au lieu d'élever à 62 du sérum frais, on opère avec du sérum qui a été chloroformé ou éthérisé 24 heures auparavant, les résultats sont les mêmes. On ne peut donc objecter à nos expériences du tableau pré- cédent de porter sur un liquide dans lequel le ferment n'a pas encore été développé. Si au lieu d'opérer avec du sérum chauffé, on fait bouillir celui-ci avec son volume d'eau et qu'après l'avoir filtré on y introduit du chloroforme et de la fibrine, on voit cette dernière s'y dissoudre encore, et souvent dans un temps relativement très court. TABLEAU XXVI. ÉTAT DE LA DIGESTION APRÈS COMPOSITION DES TUBES 4 H. 6 H. 8 H. 20 H. 5 ce. de sérum O commencement presque tout dissous (pas de chauffé 10 minutes à 6o°. de dissolution. dissous. microbes). id. id. id. id. chauffé 10 minutes à 62 . 5 ce. de sérum bouilli. O id. id. id. id. O id. id. id. SUR LES PEPTONISATIONS 227 Le sérum ou le sang simplement bouillis renferment encore assez bien d'albumine. On peut les en débarasser plus complètement si on acidifie légèrement le filtrat avec l'acide acétique et si l'on fait bouillir une seconde fois ; on obtient alors un liquide qui ne renferme plus que des trace d'albu- mine. Or ce liquide neutralisé ou alcalinisé légèrement digère encore la fibrine. TABLEAU XXVII. Il comprend 3 tubes, le premier renfermant du sérum non chauffé, sert de témoin, le second contient du sérum simplement bouilli, le troisième le même sérum bouilli une seconde fois après acidification, et rendu légère- ment alcalin. A tous, nous ajoutons de l'éther. NATURE DES TUBES ÉTAT DE LA FIBRINE APRÈS I H. 2 l/2 H. sérum sérum bouilli et filtré. sérum bouilli après acidification O O dissolution. id. id. Nous pourrions encore citer des observations analogues, mais c'est inutile. Le sérum chauffe vers 60 à 63 , le sérum simplement bouilli et le sérum bouilli après acidification par l'acide acétique dissolvent la fibrine quand ils sont additionnés délher et de chloroforme. Que conclure de ces résultats? Sont-ils de nature à faire rejeter l'inter- vention d'une zymase, produite par le chloroforme ou par des substances similaires? Il faut distinguer. Il est évident ce nous semble, que si un fer- ment est en cause, ce ne peut pas être un ferment à la façon de la pepsine, de la trypsine ou des zymases en général. En effet si l'on élève à une tem- pérature relativement peu élevée les extraits de la muqueuse gastrique, de la glande pancréatique, etc., ils deviennent définitivement inertes, car l'ac- tion destructive de la chaleur s'exerce aussi bien sur les zymases toutes formées qu'ils renferment que sur leurs zymogènes, et les substances albumi- noïdes contenues dans ces extraits, sont incapables de régénérer le ferment. Il en est tout autrement pour le sérum. Il peut être chauffé et même bouilli sans qu'il perde ses propriétés et si l'on admet que la digestion s'opère par l'intermédiaire d'un ferment, il faut admettre en même temps qu'aussi longtemps qu'il y a des albumines dissoutes, même en quantités minimes, '97 228 J DENYS et H. DE MARBAIX celles-ci sont capables, sous l'action du chloroforme, de donner naissance à des zymases. L'hypothèse n'a pas beaucoup de probabilité en sa faveur, mais on ne peut pas non plus la rejeter comme absurde. Si l'on se ralie à cette manière de voir, il faut admettre que le ferment a d'autres sources encore. En effet, comme nous le verrons plus bas, si l'on immerge de la fibrine bien lavée dans de l'eau salée physiologique chloro- formée, elle se dissout. On ne peut évidemment pas recourir ici aune zymase dérivant de l'albumine du sérum, et il ne reste plus pour expliquer la disso- lution que d'admettre que le ferment peut également se développer aux dépens des substances albuminoïdes que la fibrine abandonne constamment aux solutions salines. C'est le seule explication possible de ce phénomène; si on la repousse, il ne reste plus qu'à admettre que. le chloroforme peptonise directement la fibrine, sans l'intervention d'aucun ferment. Comme les recherches précédentes ne permettent pas de formuler des conclusions nettes et précises sur la nature de la peptonisation subie par la fibrine et l'hémoglobine, nous avons essayé d'atteindre notre but par un autre procédé. Il est fondé sur la grande volatilité de l'éther. Il consiste à ajouter à du sérum une certaine quantité d'éther, 10 o/o par exemple, et à porter celui-ci dans la couveuse pendant quelques heures, afin de permet- tre éventuellement au ferment de se développer. On retire ensuite le sérum, on le verse en couche mince dans des vases plats et on laisse l'éther s'évapo- rer. On peut favoriser cette opération en chauffant vers 40 . Quand toute odeur est disparu, on divise le sérum en deux portions, on met un flocon de fibrine dans chacune, et de plus, on ajoute à l'une, mais à l'une seule- ment, une nouvelle quantité d'éther, 10 0/0 par exemple. On porte les deux portions dans le thermostat et on observe ce qui va arriver. Or dans un certain nombre de cas, nous avons vu la fibrine se conserver intacte jusqu'à la putréfaction dans le sérum qui n'avait pas reçu une seconde fois de l'éther, tandis qu'elle se dissolvait rapidemment dans l'autre. Ce fait nous semble favorable à l'hypothèse d'une action directe de l'éther, car si ce corps agissait en donnant naissance à un ferment, nous ne comprendrions pas pourquoi la digestion ferait défaut après l'expulsion de l'éther. Dans d'autres cas pourtant, la fibrine s'est dissoute, mais comme il est difficile de débarasser tout-à-fait le sérum de l'éther qu'il tient dissous, nous pensons qu'il faut expliquer la disparition par un reste de cette substance. Les résultats négatifs nous paraissent peser plus fort que les positifs. SUR LES PEPTONISATIONS 229 Il y aurait peut-être un autre moyen de trancher la question. Ce serait de soumettre à la digestion chloroformique dans l'eau salée de l'hémoglobine cristallisée, absolument pure. Ici l'on ne pourrait pas invoquer l'intervention d'une substance albuminoïde agissant comme zymogène, mais le temps nous a manqué pour entreprendre ces recherches. En résumé, la digestion chloroformique peut s'expliquer de deux façons ou bien par une action directe du chloroforme, ou bien par une \ymase dé- veloppée par ce dernier. C'est la première hypothèse qui parait la plus pro- bable, sans que pour cela nous soyons parvenus à en faire une vérité reposant sur des bases certaines. SUR QUELQUES CONDITIONS DE MILIEU NÉCESSAIRES A LA DIGESTION CHLOROFORMIQUE. L'action des ferments est subordonnée à certaines conditions de milieu. Les uns, comme la pepsine, demandent un milieu acide; d'autres, comme la trypsine, ne travaillent bien que dans un milieu neutre ou alcalin. En outre, beaucoup restent sans effet s'ils ne sont pas aidés dans leur action par la présence de-sels. A. Schmidt a prouvé que la coagulation de la fibrine est impossible sans la présence de sels dissous. Dans ces derniers temps, H. Buchner (n, en collaboration avec Orthenberger, a montré que le ferment bactéricide du'sang devient inactif si, par la dialyse, on soutire au sérum les sels qu'il tient en dissolution, ou si, par l'addition d'eau distillée, on les dilue trop fortement. Mais celui qui a le plus complètement étudié l'influence que les sels exercent sur les zymases, est O. Nasse (2). Cet auteur a démontré que plusieurs d'entre elles (ferment inversif de la levure, fer- ment diastasique de la salive, du pancréas et des graines d'orge) sont très sensibles à l'action des composés salins. A une faible concentration, ils faci- litent les dédoublements ; à une concentration plus forte, ils les ralentissent et même les arrêtent complètement. De plus, Nasse fit voir que certains sels favorisent plutôt tel ferment, et certains, plutôt tel autre. Nous nous sommes demandés si les phénomènes décrits dans les pages précédentes n'étaient pas, eux aussi, sous la dépendance de certaines con- ditions accessoires, et nous commençons cette étude par celle de l'influence de la réaction. (1) H. Buchner : Ueber die nàhere Natur der Bacterientôdteten Substanz im Blutserum; Cen- trait^, f. Bakt., B. VI, :88g (2) O. Nasse : Untersuchungen ùber die ungeformten Fermente; Pfluger's Arch.. B. XI. 1875. 230 J. DENYS et H. DE MARBAIX Influence de la réaction. Un milieu acide est-il un obstacle à la digestion chloroformique? Nous commençons par une expérience avec l'acide chlor hydrique. TABLEAU XXVIII. COMPOSITION QUANTITÉ DACIDECHLOR- HYDRIQUE A 0,5 O/O RÉACTION IMMÉDIATE- MENT APRÈS LE MÉLANGE ÉTAT DE LA DIGESTION APRÈS DES TUBES 4 H. 17 H. 41 H tube A, 5 ce. de O alcaline. tout dissous. sérum -|- fibrine de chien. tube B, id. 2 CC alcaline. presque tout dissous. tout dissous. tube C, id. 5 ce. légèrement la plus grande pas de progrès, acide partie est dis- soute, mais la réaction est devenue très faiblement alcaline. réaction faiblement alcaline. tube D, id. 7 ce. franchement acide, le réaction est réaction le papier de faiblement acide, encore tournesol le papier de faiblement de\ ient tournesol acide. rouge vif. devient seule- ment violet. Dans le tube D, nous avons à côté de 5 ce. de sérum, 7 gc. d'acide chlorhydrique à 0,5 0/0 (l'acide liquide ordinaire). Cette proportion parait à première vue considérable, elle est en effet de plus de 3 0/00 ; mais si l'on réfléchit un instant, on s'aperçoit qu'en réalité elle est très faible. En effet, il fauttenir compte de l'alcalinité du sang, qui, pour être neutralisée, demande déjà plus de 4 ce. de notre acide dilué. Dans le tube C, nous avons laissé couler d'abord 4 ce. d'acide, la réaction était devenue très légèrement acide, mais un quart d'heure plus tard, la réaction était de nouveau alcaline, elle est redevenue acide par l'addition d'un cinquième centimètre cube ; de plus, comme le tableau le mentionne, la réaction acide n'a pas persisté ; après SUR LES PEPTONISATIONS 231 17 heures, le papier de tournesol avait viré au bleu, et c'est bien à ce nou- veau changement de réaction qu'il faut attribuer la dissolution de la fibrine. Dans le tube D, où la réaction est restée acide, il n'y a pas eu le moindre indice de digestion, et pourtant, là aussi, l'acidité avait diminué; au début la réaction était franchement acide, mais après 17 heures elle ne faisait plus que colorer en violet le papier bleu. En tenant compte que 5 ce. d'acide n'ont pas été à même de neutraliser définitivement le sérum, il faut admettre que l'acidité du tube Détait tout au plus représentée par 2 ce. Évaluée en chiffres, cette acidité est inférieure à 1,5 0/00. L'acide chlorhydrique en proportions faibles enraye donc la digestion. Cette expérience suffirait à elle seule à démontrer que la digestion n'est pas sous la dépendance de la pepsine, qui, comme Bruche l'a prouvé, se rencontre dans plusieurs organes. Cette zymase n'agit en effet que dans un milieu acide. Dans une expérience faite avec un acide organique, Yacide acétique, la fibrine fut digérée dans certains tubes malgré la réaction acide, mais pas dans tous. Chaque tube contenait 5 ce. de sérum de chien et fut additionné de chloroforme (0,5 ce), de fibrine de chien et d'un nombre variable de gouttes d'acide acétique à 5 0/0. Un tube, sans ajoute, servit de témoin. TABLEAU XXIX. DEGRÉ ÉTAT D E LA DIGESTION APRÈS d'acidification I l/2 HEURE 9 HEURES 6 HEURES tube A, témoin commencement de dissous. (pas d'acide.) dissolution. tube B, 1 gtt. d'acide id. presque tout dissous. dissous . tube C, 2 gtt. id. id. id. dissous. tube D, 3 gtt. id. ? dissolution partielle. tube E, 4 gtt. id. A la fin de. l'expérience, la réaction fut trouvée légèrement alcaline dans le tube A, et acide dans les tubes suivants, quoique le degré d'acidité variât notablement. Dans le tube B, le papier bleu prit à peine une nuance vio- lette; dans le tube C, il devint plus nettement violet; et cette nuance s'ac- cusa encore plus franchement dans le tube D et surtout dans le tube E. Dans ce dernier, où la digestion fut nulle, la quantité d'acide ajoutée était 232 J. DENYS et H. DE MARBAIX d'environ 2 o/oo. Dans les autres, la dissolution fut seulement retardée, ou incomplète. Nous pouvons conclure de ces expériences, que la digestion chlorofor- mique se trouve vis-à-vis de la réaction dans une dépendance étroite. Il suffit d'un degré léger d'acidité pour l'enrayer complètement. Influence des sels. Mais la peptonisation chloroformique n'est pas seulement dépendante de la réaction, elle l'est également de la présence d'une certaine quantité de sels. Nous avons vu plus haut qu'elle s'opère dans du sang bouilli et ne renfermant plus que des traces d'albumine. Ce fait nous a fait penser que la digestion s'accomplirait dans l'eau salée physiologique chloroformée et les résultats ont confirmé notre supposition. De la fibrine de chien, lavée à fond, et conservée depuis plusieurs jours dans l'eau chloroformée plusieurs fois renouvelée, se dissout dans cette solution, quoique plus lentement que dans le sang bouilli; mais si on l'immerge dans de l'eau distillée chlorofor- mée, elle se conserve intacte, comme on peut le voir par le tableau suivant. TABLEAU XXX. COMPOSITION DES TUBES RESULTATS eau salée physiologique. eau distillée. après 10 heures, la plus grande partie est dissoute, après 32 heures, presque tout est dissous. pas de modification, même après io jours. Si à du sang bouilli et filtré, on ajoute des quantités de plus en plus fortes d'eau distillée, on voit la digestion se ralentir proportionnellement. L'expérience suivante en est un exemple. La réaction de tous les tubes était neutre. De plus, dans chacun, on introduisit î ce. de chloroforme et un fragment de fibrine de chien, bien lavée. SUR LES PEPTONISATIONS ^33 X X X W J ffl C " W CO CD •a « CO ,S CD CD lH 1-1 _= O CO CD to c M Q W CO CD -a 1 s CO CO , •A ^ O CJ CO CD O U CO CD >n C W CO CD C W CO CD CO TD -a . CO (O -M 0) CD 0) eu OS ^ cd u O O en eu & ^i- G C d -3 O CD d m ai X c W CD c a O en Q [3 G Q "ô3 O en en 5 n) 3 On Oh a, cd en CD G O ci 3 •cd 1-. w a eu Se G a ni _£ g ni en O n-. a •0) t^ W CO 0} CO en G p ■a n! bo "U "3 à CO _3 CD T3 G eu M 60 rtie oute. tielle- 0) u 3 r^. 10 ni ccj w 1-. Ph w 03 tt Cm H en s. •3 w co W Q •w O d d d O O z <: 1-. W H "-> m M W h. co ^ co 2 O CN lo rC a* ,* 3 CJ CJ O d d d S z ri O O O < 2 u-> in u C/5 O O t^ m c-l - O 234 J. DENYS et H. DE MARBAIX Plus le sang est dilué, plus la dissolution est lente. Dans l'eau distillée elle est nulle; il n'y a pas même de désagrégation, et pourtant la nature de la fibrine est absolument la même. Le sang qui avait servi à l'expérience précédente, n'était pas complètement dépouillé d'albumine, car il avait été simplement bouilli. On pourrait objecter à la rigueur que le retard peut s'expliquer par la dilution de l'albumine, mais il n'en est rien. Car, si l'on opère avec de l'eau salée physiologique, les résultats sont les mêmes, la dissolution est beaucoup plus lente, la composition de ce liquide ne parais- sant pas aussi favorable à la digestion que celle du sang bouilli. Le tableau suivant se rapporte à une de ces expériences. L'eau salée a été, comme le sang bouilli du tableau précédent, diluée par des quantités progressivement plus fortes d'eau distillée. La fibrine est la même. Chaque tube reçoit 1 ce. de chloroforme. La réaction est neutre. TABLEAU XXXII. COMPOSITION DES TUBES ÉTAT DE LA DIGESTION APRÈS EAU SALÉE PHYSIOL. EAU DISTILLÉE 6 H. 8 H. 24 H. 2J. 4 J 9 J- '4 J- 10 ce. o Un peu Plus de la La plus Progrès Quelques Presque de moitié grande douteux restes tout désagrég. dissoute partie dissoute. dissous. 7,5 ce. 2,5 ce. o w. Part. diss. Plus de li moitié dissoute Id. Id. Très peu de restes. 5 ce. 5 ce. o o Désagrég. commence. Part. diss. Id. Id Id 2,5 ce. 7,5 ce. o Désagrég commence Désagrég Id. Id. Id io ce. o La peptonisation provoquée par le chloroforme présente donc ce fait curieux d'être sous la dépendance d'une certaine quantité de sels. Ce carac- tère la rapproche des. dédoublements opérés par les vraies zymases, et il serait de nature à faire considérer la digestion chloroformique comme une véritable action zymatique, si par les expériences précédentes nous ne sa- vions que cette manière de voir est difficile, si pas impossible, à concilier avec les faits. SUR LES PEPTONISATIONS 235 Les digestions dans l'eau salée que nous venons d'exposer sont du reste un nouvel argument plaidant contre cette interprétation. Comme nous l'avons dit, elles furent instituées avec de la fibrine lavée à fond et conservée dans de l'eau distillée chloroformée. Cette eau ne donnait aucun trouble avec l'acide azotique; elle ne renfermait par conséquent tout au plus que des traces de matières albuminoïdes. De plus, avant de l'employer, nous avions soin de l'exprimer fortement. Dans ces conditions, il est difficile, si pas impossible, d'expliquer sa dissolution par un ferment qui aurait pris naissance au contact du chloroforme. Tout au plus pourrait-on invoquer la possibilité d'une zymase imprégnant la fibrine elle-même et fixée sur elle, mais comme nous l'avons vu plus haut, cette supposition est inadmissible, car la fibrine conservée dans l'eau chloroformée et lavée rapidement à l'eau pure avant d'être plongée dans le sérum, afin d'éloigner tout le chloroforme, n'y subit pas la moindre altération aussi longtemps que les microbes de la putréfaction ne pullulent pas dans le liquide. De l'eau chloroformée, du sel de cuisine à 7 o/oo et du chloroforme autant qu'il s'en dissout dans l'eau, c'est-à-dire fort peu, constituent par con- séquent à eux seuls tous les éléments nécessaires pour dissoudre la fibrine de chien. Influence du carbonate de sodium. Nous avons déjà constaté qu'une petite quantité d'acide chlorhydrique ou acétique libre suffit pour paralyser l'action du chloroforme. Voyons à présent ce qui se passe, quand on rend le milieu alcalin au moyen du car- bonate de sodium. La présence de ce sel à la dose de 1 o/o est, comme Heidenhain l'a démontré, favorable à la digestion par la trypsine. La di- gestion chloroformique subit-elle la même influence? Les expériences sui vantes prouvent que non. i 9 8 236 J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU XXXIII. 30 Ce. de sérum de chien sont chloroformés abandonnés pendant 3 heures dans le thermostat, divisés en trois parts égales et additionnés de fibrine de chien en quantité égale. Deux tubes reçoivent en outre du carbonate. QUANTITÉ PROPOR- DE TION DE APRÈS I 3/4 H. APRÈS l3 3/4 H. APRÈS 2 J. SÉRUM CARBONATE A 10 ce O O/O Commencement de désagrégation. Trouble très fort. Dissolut, complète. B Id. 5 0/0 Rien. Digestion douteuse Digestion douteuse. C Id. I O/'O Id. Rien. Rien. Une proportion de carbonate de 1/2 0/0 a donc tellement entravé la digestion qu'elle reste douteuse, même après deux jours; dans le tube ren- fermant 1 0/0 de carbonate, il ne survient aucune dissolution, et pourtant ce même sérum, additionné d'un extrait glycérique de pancréas, digère rapi- dement la fibrine en présence du carbonate dans des proportions tout aussi fortes; la suite du tableau le montre. QUANTITÉ PROPORTION QUANTITÉ DE DE D EXTRAIT APRÈS I 3/4 APRÈS l3 3/4 SÉRUM CARBONATE PANCRÉATIQUE D 10 ce. 0,5 0/0 0,5 ce. Presque tout est dissous. Tout est dissous. E Id. I O/O 0,1 ce. Id. Id. Le carbonate de sodium exerce par conséquent une action d'arrêt sur le chloroforme à un degré de concentration auquel il n'empêche nullement la digestion trypsinique. Cette différence est très nette. Elle ressort encore tout aussi clairement des tableaux suivants. SUR LES PEPTONISATIONS 237 TABLEAU XXXIV. 15 Ce. de sérum de chien, après avoir été mélangés d'éther et avoir séjourné une nuit dans la couveuse, sont partagés en trois portions. Ces dernières sont additionnées de Na 2 C0 3 , comme il est indiqué ci-dessous. QUANTITÉ PROPOR- DE TION DE APRÈS I 1/4 H. APRÈS 3 1/4 H. APRÈS 4 1/4 H. APRÈS 24 H. SÉRUM CARBONATE 5 ce. 0/0 Presque tout est dissous. Encore un petit reste. Tout est dissous. 5 ce. 0,5 0/0 Rien. Rien. Rien. Dissolution commençante)?). 5 ce I O/'O Id. Id. Id. Rien. TABLEAU XXXV. 20 Ce. de sérum sont laissés une nuit dans la couveuse avec du chloro- forme, et additionnés le lendemain de fibrine de chien et de carbonate de sodium. QUANTITÉ PROPORTION DE DE APRÈS 3 H. APRÈS 5 H. APRÈS 24 H. SÉRUM CARBONATE 5 ce. O Dissolution presque complète. Dissolution complète. 5 ce. 0,25 0/0 Dissolution complète. Id. 5 ce. 0,5 O/'O Dissolution partielle. Id. 5 ce. I O/O Rien. Rien. Rien. Après 24 heures, nous ajoutons au dernier tube, contenant encore de la fibrine intacte, 0,10 ce. d'extrait glycérique de pancréas. Grâce à cette addition, la dissolution s'opère en 6 heures. Le milieu n'était donc nulle- ment réfractàire à la digestion trypsinique. Dans les deux expériences suivantes, nous avons opéré conjointement avec du sérum simplement chloroformé et du sérum chloroformé et addi- tionné d'extrait glycérique de pancréas. Notre but était de faire agir le chloroforme et la trypsine dans un milieu identique et partant d'arriver à une comparaison plus exacte de leurs propriétés respectives. !3« J DENYS et H. DE MARBAIX > X X D < PQ < o o iO 4-> 'O o r- 1 O M 3 > O u en C! en 3 CD s Ih o ^ c S c 3 O Ih O Xi U C O T3 ai '(U ii a, 43 -a o o en C O -t-> 3 O 'a? 3 ^ O ■ir> w -m « M o ai £ S 3 î-i ND tn eu O w a •W es O Q ci S O o HXVNOHHVO aa noix -aodoad 0) w T) -1) cfl bn m n U< — •M 3 C7 1 o> d 3 C u C/l 3 W Ul u 0) tu a! T) en ba a i-l C al T3 Q o T3 bfi • — d <; • — ■a E o U c _o 15 bc -u 1-1 bjo O -3 ■s => .3 O TD tn "h a) T3 a, o o "o" "o" o ^ o" o d 00 o" o o < m o •JBMOUBd }IB.I}X3 SUES uiruag w to eu 3 3 O CT w M eu T", >— i u PM O -a) 1*5 S -*-» o S O c/: en •a M (3 M X < W < o ce S O 1-1 o o > O O 1-1 .O en C ai T3 3 C. CD C -m a ri C CD Oh eu" -m a G 2 o ■p ^ >-H S-i O ni a, o 2 s 1») c eu n 'O rr T3 ni CU u C ni. su" c 5 '-5T co ii o u _o o v-. SU en eu O •< ►J w D H •M Pf Q os O CS M H h <: 2-. o m ai < h i-: Cl) f/1 ta ■_j3 3 c/) co fin a ri c; t! -a "3 ï 3 tfl CD o -g eu o c CD e H o u .0 -eu O o u d Ph Q Q -2. °_ "o" d" O "*> o" -2. -9. "o "o" 10 « < m o Q w tu •aiu.iojojojqo }iiauia[duns uinia<5 eu 3 Cm 3 o eu 3 er Q Q Q Ph '•$ 000 000 ^ "-" u-» CS " < m ù p w fe snaiouBd ap o£.\3 'Jjxap 01 o ap auuopippB }3 aiuJojojojqD uiruag 240 J. DENYS et H. DE MARBAIX Il ressort de toutes ces expériences que le carbonate de sodium, même en la proportion de 2 0/0, n'empêche pas la trypsine de dissoudre la fibrine dans un milieu tel que le sérum. L'action de ce ferment est à la vérité ralen- tie quand la proportion de sel atteint environ 1 0/0 ; mais le retard est relativement peu considérable. Il faut tout au plus un temps double pour arriver au même résultat; tandis que dans les tubes A', B' et C, la digestion demande deux heures, dans le tube E' elle exige trois heures, et dans le tube F' quatre heures. Il en est tout autrement de la digestion chloroformique. Même vis-à-vis d'une proportion de 0,5 0/0 de carbonate, dose qui n'exerce aucune action ralentissante sur la digestion trypsinique, son pouvoir se trouve diminué d'une façon évidente (voir surtout les tableaux XXXIII et XXXIV); et, en présence d'une dose de 1 0/0 de carbonate, il devient nul ou douteux, même après plusieurs jours. C'est ainsi que, dans le tableau XXXVII, le ferment du sang, en présence de 1,5 0/0 et de 2 0/0 de carbonate, n'est pas parvenu entamer la fibrine en 3 jours, alors que la trypsine l'avait dissoute en 4 heures, c'est-à-dire en un temps 18 fois plus court. La même action inhibitrice du carbonate s'exerce aussi bien sur le sang in toto et sur le sang défibriné que sur la fibrine suspendue dans le sérum. Nous prenons comme exemple une expérience avec du sang défibriné, divisé en quatre parts égales de 10 ce. et auxquelles nous ajoutons 1 0/0 de carbo- nate à des époques variables. L'analyse est faite après trois jours. Plus le carbonate a été ajouté tardivement, plus la réaction est intense. TABLEAU XXXVIII. ÉPOQUE DE L'ADDITION DU CARBONATE RÉACTION DU BIURET AVEC LE SULFATE DE CUIVRE I GTT 12 GTT. 24 GTT. 32 GTT. A g5 min. violet très faible. B 3 heures. rose avec nuance violette. violet. C 5 heures. rose. violet avec rose. violet. D 21 heures. rose. rose. violet avec rose. violet. SUR LES PEPTONISATIONS 24I Ainsi, après 2 gouttes de sulfate de cuivre, la réaction est violette pour le tube A (95 min.); après 12 gouttes, pour le tube B (3 heures); après 24 gouttes, pour le tube C (5 heures); après 32 gouttes, pour le tube D (24 heures). L'addition de carbonate de sodium a ainsi manifestement suspendu la digestion dès son introduction dans le sang. // est donc bien établi qu'entre la trypsine et le chloroforme il y a une différence manifeste eu égard à leur susceptibilité vis-à-vis du carbonate de sodium. Déjà plus haut, nous avons signalé une différence profonde entre la peptonisation chloroformique et la peptonisation pancréatique : tandis que la première est rapidement paralysée par la présence du carbonate de sodium, la seconde supporte des doses relativement considérables de ce sel. Continuons à présent le parallèle entre les deux digestions et examinons comment elles se comportent vis-à-vis des sels neutres. L'expérience que nous allons rapporter comprend à la fois des diges- tions dans l'eau salée physiologique et dans l'eau fournie par le réservoir du laboratoire. Cette dernière se trouble légèrement par le nitrate d'argent ; elle renferme donc des sels, quoiqu'en très minimes proportions. Aucune des deux ne rougit le papier de tournesol. La fibrine employée est de la fibrine de chien se dissolvant après huit heures dans du sang bouilli, filtré et chlo- roformé. Le ferment pancréatique était un extrait glycérique de la glande. Afin d'uniformiser les conditions autant que possible, nous avons ajouté la même quantité de glycérine pure aux tubes non additionnés d'extrait. 242 J. DENYS et H. DE MARBAIX « eu < z o H c/i a o oo O a s w w D z o o o a a h 01 '■£ ui 3 O rt ni fcO •0) u bo .2 " 3 g Û. al ai '2 s O , "bc aauSajduii uaïqo ap auuqi^j 3 ai r 13 ■ai M o a. xi n M o o ai ai u. r, rt a xi rt 5 « ai _a> 4-1 a ai 0) 01 G S .a 3 X) •ai Kl C b o a u •01 u. Oh a} T) C 01 ni rt tfl 3 "S. -M rt 3 O c/i w ■5 X) C 0) X) c o ai X) c ai ai S P C ai _3 "n a) h-1 as u. bo .H u rt 3 O C/l o U •3 _3 "Si uw XI u XI 0) ■ut 01 C .û ,o O br> — 3 O « c/1 •01 XI ■" O en ra c u H 3 ce i-> CU m 3 3 O 3 3 XI -U* 3 (U o" + -0) o rt -0) Ut O c rt rt ai XI U S* 01 -a ci 1-1 'o bc 6 o O + ai H o o > Ut 0) Ut 3 •a 01 •01 •ai s "-« 01 X) ;iej}X9 -f U3iip ap suijqij SUR LES PEPTONISATIONS 243 Dans les tubes additionnés d'extrait pancréatique, la digestion est déjà avancée après trois heures et demie dans le premier et après deux heures dans le second. Dans les tubes sans extrait, on ne remarque encore aucune modification après onze heures. Enfin, tandis que la dissolution a marché à peu près avec la même rapidité dans les deux tubes avec trypsine, et s'est accomplie en trente heures, elle est encore incomplète après dix jours dans l'eau du réservoir additionnée de glycérine pure. La digestion chloroformique est donc bien plus dépendante de la pré- sence de sels neutres que la digestion trypsinique. C'est encore une différence entre les deux processus. La première consistait, comme nous l'avons vu, dans une susceptibilité très différente vis-à-vis du carbonate sodique. Toutes les deux suffisent par elles-mêmes pour établir que la digestion par le chlo- roiorme et celle par le pancréas sont des phénomènes dus à des causes différentes. QUELQUES REMARQUES FINALES. Avant de terminer, nous désirons faire quelques remarques et quelques rapprochements. i° Le fait le plus intéressant qui découle des expériences précédentes est assurément la possibilité de transformer le sang en un milieu digestif par la simple adjonction de substances considérées jusqu'ici comme inertes : le chloroforme, l'éther, l'alcool, l'acide phénique, le thymol et sans aucun doute beaucoup d'autres. La première idée qui s'est présentée à notre esprit, c'est que ces substances modifiaient certaines albumines de façon à leur conférer des propriétés zymatiques. C'est l'interprétation que nous avons d'abord admise et que l'un de nous a exposée au premier Congrès des phy- siologistes de Bâle, mais nous devons faire des réserves à ce sujet, pour les raisons exposées dans ce travail. La peptonisation doit peu-têtre être consi- dérée comme le résultat d'une action directe du chloroforme et s'exerçant sans l'intervention d'une zymase quelconque. Dans cette hypothèse, le chloroforme, l'éther, etc., agissent comme de véritables ferments, et leur action se rapproche d'autant plus de celle de ces derniers, qu'elle est, comme eux sous la dépendance de facteurs accessoires, tels que la réaction du milieu et la présence d'une certaine quantité de sels. On sait depuis longtemps que la fibrine peut se dissoudre sans l'inter- '99 244 J- DENYS et H. DE MARBAIX vention de zymases. Le phénomène a été étudié d'abord par Denis (i i, puis par beaucoup d'autres, et enfin, dans ces derniers temps par Limburg (2), qui donne dans son travail la littérature complète sur ce sujet. Introduite dans des solutions concentrées de sels alcalins ou alcalino-terreux, et même dans des solutions de composés organiques, tels que l'urée, la fibrine s'y dissout au bout d'un certain nombre de jours, en donnant naissance à des globulines, de la propeptone et de la peptone. Cette dissolution s'opère sans intervention d'organismes inférieurs et donne naissance à un produit identique à celui de la digestion chlorofor- mique, la peptone. La façon dont elle est amenée diffère pourtant radica- lement. Dans les solutions salines la dissolution est due précisément à la concentration, à l'abondance des sels en présence, et elle n'exige nullement la présence de chloroforme. La dissolution chloroformique, au contraire, n'exige qu'une faible teneur en sels. D'après quelques unes de nos expérien- ces non encore publiées, une concentration un peu forte est même nuisible, et le chloroforme y joue un rôle décisif. Les deux processus, quoique abou- tissant au même résultat, ne peuvent donc être identifiés. Par contre, nous croyons qu'il existe dans la littérature certains faits inexpliqués ou mal interprétés jusqu'ici et dont nos expériences fournissent peut-être la clef. Nous visons ici surtout les recherches portant sur la fibrine conservée dans l'eau chloroformée ou thymolysée, ou additionnée d'éther, et que l'on a vu se désagréger et se dissoudre plus ou moins com- plètement au bout d'un certain temps sans cause bien appréciable. Dans ses recherches sur la digestion de la fibrine par la trypsine, Hermann (3) semble s'être trouvé en présence de ce phénomène. Ayant besoin de fibrine bien pure, il la lave dans de l'eau renfermant 5 0/0 de sel de cuisine et une forte quantité de thymol. Au bout de quelque temps, il remarque que l'eau de lavage ne renferme plus que des traces de substances albuminoïdes dissoutes, puis brusquement, du huitième au quinzième jour, elle se charge d'une grande quantité d'albumine se coagulant complètement vers 55 . Le thymol ne serait-il pas pour quelque chose, sinon pour le tout, dans cette dissolution? (1) P. S. Denis : Nouvelles études chimiques, physiologiques et médicales sur les substances albuminoïdes. (2) Pu. Limburg : Ueber Lôsung und Fallung von Eiweisskôrpern durch Salze: Zeitsch. f. phys Chemie, B. XIII. 1889. (3) Hermann : Ueber die Verdaunug des Fibrins durch Trypsin; Zeitschr f. phys (".hernie. B. XI, 1 SUR LES PEPTONISATIONS 245 Dans un travail de l'année dernière, Salkowski (i) a décrit des phéno- mènes de dissolution de fibrine, qu'il rattache à un ferment sécrété par les organismes de la putréfaction, mais qui pourraient bien être déterminés par le chloroforme. Ayant mis dans de l'eau chloroformée de la fibrine bien lavée et exprimée et qui était restée abandonnée à elle-même pendant quel- ques jours à une température de 8 à io°c, il remarqua après trois semaines que la fibrine s'était désagrégée et que la solution s'était troublée légèrement. Le mélange ne contenait pas d'organismes. Trois semaines plus tard, il filtra le liquide, et dans une partie il put déceler de la globuline, de la serine et des traces d'albumines et de peptones ; dans une autre partie, analysée 7 mois plus tard, il trouva que les albumines et les peptones avaient aug- menté beaucoup, tandis que les premiers produits de la transformation avaient diminué. D'après Salkowski, la peptonisation a été déterminée non par un ferment provenant du sang ou de la fibrine et fixée sur cette dernière, mais par un ferment sécrété par des microbes qui se sont déve- loppés sur la fibrine avant son arrivée dans l'eau chloroformée, c'est-à-dire pendant les quelques jours qu'elle a été laissée à elle-même. Pour le prouver, Salkowski fit l'expérience suivante : Une partie de fibrine fut stérilisée pendant une. heure dans la vapeur d'eau bouillante et conservée dans l'eau chloroformée. Une autre de même provenance, fut mise directement dans cette dernière. Après trois mois, toutes deux étaient encore intactes et dans le liquide, l'analyse chimique put seulement découvrir des traces de pep- tones. Le ferment ne provient donc pas du sang et, de la façon dont le dilemme est posé, il ne peut provenir que des microbes. Mais au lieu d'être produite par un ferment sécrété par des organismes inférieurs, la dissolution de la fibrine observée par Salkowski ne serait-elle pas simplement provoquée par le chloroforme? Les germes de la putréfac- tion sécrètent assurément des zymases qui peptonisent la fibrine, mais dernières ont-elles pu se développer suffisamment pendant les quelques jours que la fibrine a été abandonnée à elle-même, à une température rela- tivement basse? Salkowski ne dit malheureusement pas si l'eau dont il s'est servi pour conserver la fibrine, était de l'eau distillée ou de l'eau renfermant des sels. Si nous étions fixés sur ce point, la question pourrait être tranchée de suite, et dans le cas où l'eau contenait des substances salines en solution, (1) E Salskowski : Ueber das eivveisslûsende Ferment der Fâulnissbakterien und seine Einwir- kung auf Fibrin; Zeitsch. f. Biologie, B. XXV. 1889. 24 6 J DENYS et H. DE MARBAIX la dissolution devrait être considérée comme produite simplement par le chloroforme. Nous croyons du reste que c'est ainsi que doivent être interprétés les phénomènes observes par le professeur de Berlin. Il est vrai qu'une seconde expérience donna des résultats négatifs, mais il est impossible de juger de sa valeur, puisque nous ne sommes pas renseignés sur la composition exacte du milieu. Quant aux résultats obtenus avec la fibrine stérilisée, ils ne sont guère en opposition avec notre façon de voir, une température peu élevée (63 ) prolongée seulement pendant 10 minutes, rendant la fibrine rebelle à l'action du chloroforme. Loin d'être contraire à notre interprétation, ce fait lui semble plutôt favorable. Nous avons du reste observé nous-mêmes un phénomène identique à celui décrit par Salkowski. Ayant mis de la fibrine de cheval bien lavée dans de l'eau chloroformée, nous avons vu celle-ci se troubler après une huitaine de jours, le tout étant conservé à la température de la chambre. Après quinze jours, toute la fibrine s'était dissoute, à part une certaine quantité de détritus qui s'était déposée au fond. Tout ce travail s'était fait sans aucune intervention de microorganismes. L'eau de conservation était de l'eau de puits, c'est-à-dire tenant en dissolution une certaine quantité de sels. Jusqu à preuve contraire, nous pensons que les faits observés par Salkowski supportent une explication toute différente de celle que cet auteur en a donnée. 2° Une grande circonspection est nécessaire pour juger d'une digestion faite en présence d'un antiseptique, l'action de ce dernier ne se bornant pas toujours à empêcher le développement des germes, mais pouvant aussi pro- voquer des dédoublements pour son propre compte. Lorsqu'on veut rechercher si un liquide ou un organe renferme des pep- tones, on se gardera donc bien, si l'on ne peut faire l'examen immédiatement, d'ajouter du chloroforme, du thymol ou d'autres substances douées de pro- priétés analogues, afin d'empêcher la putréfaction, sinon on s'expose à découvrir des peptones en quantité même considérable là où il n'en existait pas de traces. C'est pour n'avoir pas tenu compte de ce fait que.FiscHL (1) a trouvé (i) W. Fischl : Zur Kenntniss des in Uterusfibromen vorkommenden Peptons; Zeitschr. f. phys. Chem., B. X, 1886 SUR LES PEPTONISATIONS 247 dans un myome assez de peptones pour pouvoir reconnaître la plupart de leurs réactions. La tumeur, qui était riche en vaisseaux sanguins, fut divisée en petits morceaux, et mise à macérer pendant quatre heures dans de l'eau thymolisée, chauffée à 30 . D'après nos recherches, le liquide de macération devait renfermer tout ce qui est nécessaire pour donner naissance à des peptones : des sels, de l'hémoglobine et du thymol. Il n'est donc pas éton- nant qu'à l'analyse on y décela des peptones. Le travail lui-même de Fischl nous fournit la preuve que celles-ci dérivaient bien du sang, car, après avoir décanté le premier liquide de macération, il fit bouillir la tumeur avec de l'eau, et dans ce second liquide il ne put découvrir aucune trace de pep- tones. Comme il le fait remarquer non sans justesse, le fait est singulier, mais quand on connaît l'action peptonisante du thymol, il s'explique de lui-même. Il est pourtant des digestions dont la marche parait indépendante de l'addition du chloroforme, ou du moins n'est pas influencée par lui dans des proportions notables. La digestion de la fibrine par le pancréas est de ce nombre, comme les tableaux suivants l'indiquent. Dans ce but, nous avons enlevé à un chien, qui venait de succomber, la glande pancréatique, nous en avons immédiatement trituré la moitié avec du sable et nous l'avons délayée dans 50 ce. d'eau. Le sable et l'eau avaient été stérilisés, afin de retarder la putréfaction. L'émulsion ainsi obtenue fut divisée en deux parts égales : l'une fut additionnée de chloroforme, l'autre pas, et les deux furent portées à l'étuve pendant deux heures, afin de per- mettre au chloroforme de transformer éventuellement le zymogène en tryp- sine. Après ce temps, elles furent additionnées chacune d'une boule de fibrine et de carbonate de sodium à raison de 1 0/0. L'addition de ce dernier corps avait pour but, non seulement de favoriser la digestion, mais aussi, et sur- tout, d'empêcher toute transformation ultérieure du zymogène en ferment. Les résultats de la digestion sont consignés dans le tableau suivant. ! 4 8 J. DENYS et H. DE MARBAIX TABLEAU XL. COMPOSITION ÉTAT DE LA DIGESTION APRE s TUBES 7 h ; 19 H 3l H. 43 H 5o H. 0) -eu Tube non Encore quelques 'ri chloroformé traces de fibrine. pancréas e suite. Pas d'odeur de putréfaction. Rares TD micro-organismes. • CD -a .3 / *-« 1 3 ri CD -G o Cl S CD c -* 3 10 ce. de sérum + 2 gr. de pancréas -f- fibrine de bœuf. Id. 2 ce. Presque tout dissous La plus grande partie dissoute. Dissous. Encore qq restes Le résultat est entièrement semblable aux précédents. Quoique le pan- créas fût riche en zymogène, comme le prouve la série faite 24 heures après la mort, le chloroforme n'a exercé aucune action accélératrice sur sa trans- formation. Bien plus, le tube chloroformé de la deuxième série présente de nouveau un retard par rapport au tube non chloroformé. 3° Il n'est pas inutile de rappeler ici certaines expériences de chloro- formisation prolongée, exécutées sur les animaux. Les premières recherches de cette espèce datent de 1S87, et furent entreprises par Ungar (1) et son élève Junkers (2). Ces auteurs firent inhaler du chloroforme à des chiens (1) E Ungar : Vierti-ljahressclir f gerichtl. Medicin, _|S. Jahrg. (2) Junkers: TJeber fcttigeEntartung in Folge von Chloroforminhalationen : Inaug. Dissert., Bonn, (883. SUR LES PEPTONISATIONS 25 1 pendant plusieurs heures de suite, et répétèrent la même opération les jours suivants. Ils tuèrent au bout de quelque temps un certain nombre d'ani- maux, d'autres moururent sans cause apparente après avoir traversé une ou deux séances de chloroformisation. Or, les uns aussi bien que les autres présentèrent à l'autopsie une infiltration graisseuse remarquable du foie, du cœur et quelquefois d'autres organes. Ces expériences furent confirmées par Strassmann( i ) et par Ostertag(2), Ce dernier auteur eut de plus le mérite d'avoir étendu ces recherches à un assez grand nombre d'espèces (chien, chat, lapin, cochon d'Inde, rat et pi- geon) et d'avoir généralisé les altérations constatées d'abord chez le chien. L'infiltration graisseuse ne paraît pas seulement se produire à la suite de l'inhalation prolongée du chloroforme, mais, d'après Nothnagel (3), elle survient également après l'administration par la voie sous-cutanée ou par la bouche. Cet expérimentateur a constaté une infiltration graisseuse du foie, du cœur et des reins chez les lapins, en recourant à ces deux modes d'administration. Les altérations, que nous venons de signaler, sont de nature anatomi- que, mais elles ne sont qu'une manifestation des troubles intimes survenus dans la nutrition. Le chloroforme, introduit par les poumons ou par le tube digestif, détermine une accélération notable dans la désassimilation des matières azotées. Strassmann (4), après avoir chloroformé un chien pendant 3 heures, trouva une augmentation de un cinquième de la quantité d'azote excrétée pendant les deux jours suivants, et Salkowski (5) constata que la quantité d'azote éliminée pendant les 24 heures par un chien auquel il admi- nistrait journellement par la bouche 1,5 gr. de chloroforme, monta de 16,60 et 17,13 gi". à 25,29 gr., et cela sans qu'il se manifestât le moindre symp- tôme de narcose. Faut-il rapprocher l'action que le chloroforme exerce sur le sang in vitro de celle qu'il exerce dans l'organisme vivant? Des expériences actuellement en cours dans notre laboratoire ont fourni des renseignements précieux sur ce point et ont permis d'affirmer que le chloroforme agit sur certains albu- minoïdes dé l'organisme vivant à la façon d'un ferment peptonisant. Ces recherches, en cours de rédaction, vont être publiées très pro- chainement. (i) Fu Strassmann : Die tôdtliche Nachwirkung des Chloroforms, Virch. Arch., B. CXV, 18S9. (2) R. Ostertag : Die tôdtliche Nachwirkung des Chloroforms, Virch. Arch., B. CXVIII, 1889. (3) Nothnagel : Berl. Klin. Wochenschr. , 1886. I4) Strassmann : Loc. cit. (5) E. Salkowski : Zur Kenntnis der Wirkungen des Chloroforms; Virch. Arch , B. CXV, 1888. .99. LE POUMON DES ARACHNIDES PAR L. BERTEAUX ÉTUDIANT EN MÉDECINE A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN. APERÇU HISTORIQUE ET INTRODUCTION. Les organes respiratoires des arachnides sont connus depuis longtemps. Ils n'ont pas échappé à Cuvier(i), qui distinguait déjà dans cette classe un appareil trachéen et un appareil pulmonaire. Tréviranus (2), Meckel(3) et Dugès (4) s'occupèrent de ce dernier, mais pour en faire un appareil branchial : en effet, dit Meckel, les pou- mons sont. » des organes respiratoires formant une cavité, aux parois de - laquelle se ramifient des vaisseaux sanguins. - Or, ce n'est pas le cas pour la cavité remplie de feuillets, qui constitue l'organe respiratoire des arachnides soi-disant pulmonés. Cependant Duvernoy (5) , dans les Leçons d'Anatomie comparée' de Cuvier, continue à faire usage du terme poumon. Dans sa description il se montre encore l'excellent observateur que l'on connaît; ses recherches, et surtout ses injections lui permettent, comme à Dugès, de considérer » chaque » lame pulmonaire comme une double poche laissant un vide entre elles i> deux dans lequel le sang pourrait pénétrer «. Jean Muller (6) et Strauss (7) sont du même avis; le premier combat Tréviranus et Meckel. Léon Dufour (8j affirme avoir été le premier à disséquer le poumon frais des scorpions; ses prédécesseurs utilisaient des matériaux conservés. Il étudie à l'aide d'une puissante lentille la structure des lames vues à plat, mais il ne signale guère que des détails de surface, et ne nous révèle rien sur leur constitution interne. Il suppose dans l'épaisseur des lames, qu'il compare à des cornets falciformes, l'existence de fines ramifications vascu- li) Cuvier : Règne animal, t III (rédigé par Latkejli.e) (2) Tréviranus : Ueber anat. der Arachnid. 131 Meckel : Traité d'anatomie comparée. Traduct. franc, vol. Vil, Paris, i [4I Dugès : Observations sur les Aranéides; annales des Se. naturelles, zool , 2" série, t VI. i8!îtî. (5) Duvernoy : Traité, etc., Vol. VII. (61 Jean Mûller : Anat. des scorpions; Archives de Meckel. 1828. (7' Strauss Dûrckheim : Considérations générales sur l'Anat. comp des animaux articulés, Paris, 1828. (8) Léon Dufour : Étude anatomique et physiolog. des Scorpions; mémoire de l'académie des Sciences, Paris Savants étrangers, vol. XIV, 1 856 ) 256 L BERTEAUX laires, et combat l'opinion de Tréviranus et de Duvernoy, qui admettaient la présence de l'air autour des feuillets et celle du sang dans leur intérieur. En somme, nous avons constaté, dans la discussion à laquelle se livrent ces anciens observateurs, une certaine confusion dont nous n'avons pas bien saisi la clef. Leuckart(i), sans donner de la structure des lames une description plus complète que ses devanciers, les compare à des trachées. Leydig(2) se rallie à cette manière de voir. Mais il fournit aussi quelques nouveaux détails sur la constitution des lames; ainsi, pour lui, certaines productions appelées » Kôrnchen - par Leuckart ne sont autres que des piquants chitineux s'élevant de leur surface. Bertkau (3) est du même avis. Schimkewitsch(4), dans son anatomie de l'épeire, donne de la structure du poumon une description qui nous a paru peu compréhensible, et les figures qu'il y joint n'ont fait qu'augmenter notre perplexité. Nous n'avons pu comprendre, entre autres points, la signification des tubes dont il parle à la page 61 : » En faisant une coupe passant par les poumons, dit-il, on voit que » ceux-ci présentent une série de tubes fermés dont les cavités correspon- - dent aux intervalles compris entre les feuillets. « Nous espérions que l'étude de ses coupes du poumon lui permettrait de nous donner enfin une bonne idée de la structure des lames ; malheu- reusement, sa description prouve qu'il n'a pu avoir sous les yeux que des sections de poumon mal conservé, et nous devons considérer ses figures comme des schémas tout à fait inexacts. Ce n'était donc pas à Schimkewitsch, ni à son collègue Mitrophanof, dont il cite la manière de voir à l'appui de la sienne, qu'il était réservé de fournir à la science des données précises sur ces organes difficiles à dé- brouiller. En 1884, J. Mac Leod (5) de Gand, en fit une étude anatomique com- plète à l'aide de méthodes plus certaines que celles de ces devanciers. D'après lui, l'organe comprend un sac communiquant avec l'extérieur par (1) Leuckart : Ueber den Bau un i die B-deutung der sog. Lungen bei den Arachniden; Zeitschrifi fiir \vi5s. Zool., t. I, 1849. (2) Levdig : Bau der Arthropoden; Archives de Mùller, i855. (3) Ph Bertkau : Ueber die Respirationsorgane der Araneen; in Arch f Naturgesch. 38 e jahrg , 187a, (4) Schimkewitsch : Anat. de l'Epeire; Annales des Se. Naturelles, 1884. (5) J Mac Leod : Recherches sur la structure et la significat. de l'appar. respir. des Arachnides; Archives de biologie, 1884. LE POUMON DES ARACHNIDES 257 le stigmate. Dans le sac sont logées des lames minces disposées sur le fond comme les feuillets d'un livre, avec cette différence qu'elles adhèrent aussi aux parois latérales par leur bord interne et par une portion plus ou moins longue de leur bord externe. Il y a un sac semblable de chaque côté de la ligne médiane, et leur cavité est en communication par un canal transversal voisin de la chambre sousstigmatique, appelée aussi vestibule. Cette description morphologique est généralement admise aujourd'hui; c'est ainsi que Carl Vogt et Yung la confirment dans leur description de l'épeire (i). Mac Leod a aussi étudié la structure des lames elles-mêmes : chaque lame se compose, d'après lui, de deux lamelles chitineuses très minces, dont l'une est nue, et l'autre couverte d'un treillis formé de piquants chiti- neux, anastomosés par des branches horizontales qui relient leurs sommets. Ces deux lames sont réunies par un grand nombre de piliers protoplasma- tiques contenant deux noyaux, et dans lesquels on distingue une portion latérale anhiste. Il appelle cette dernière : colonnettc musculaire, et la con- sidère comme une partie contractile, dont la fonction serait de produire le rapprochement des lamelles chitineuses. Entre tous ces piliers circule le sang; il a vu parfois une membrane divisant les piliers en deux moitiés qui possèdent chacune un noyau; en s'appuyant sur ce fait, il les considère comme le résultat de la fusion de deux cellules. Carl Vogt et Yung (2) admettent, chez l'épeire, une structure analogue; toutefois, pour ces zoologistes, les piquants chitineux qui recouvrent l'une des lamelles, sont des poils ramifiés, des bouquets de filaments, dont toutes les branches se touchent d'arbre à arbre en s'enchevètrant. La paroi du sac porterait des ornements semblables, mais plus volumineux. Quant à la structure interne, ils se bornent à dire que les deux lamelles sont réunies par de petits ponts transversaux. Ray-Lankester (3) décrit certains détails cuticulaires de la surface des lames chez YAndroctomis occitan us. Il représente une coupe de ces lames; dans ces figures, les cellules interlamellaires sont souvent cloisonnées trans- versalement, et dans chaque moitié se trouve un noyau. (i) Carl Vogt et E. Yung : Traité d'Anatotnie comparée pratique, p. 22g, etc. (2) Carl Vogt et E. Yung : Op. cit. (3) Ray-Lankester : Notes on certain points in the Anatomy and generic characters of Scorpions; Trans. zool. soc. of London, vol. XI, part. 10, London, i885. 258 L. BERTEAUX William Locy (i), dans son étude sur le développement de YAgelena, figure des stades embryonnaires du poumon, mais sans fournir de données bien précises au sujet de la formation des lames. Les deux lamelles con- stituant une lame sont très minces, et dépourvues l'une et l'autre de tout piquant ou treillis chitineùx. L'auteur pense que les colonnes cellulaires de 1 adulte doivent être le résultat de la fusion de deux des cellules qu'on trouve d'abord logées entre les lamelles; mais cela ne ressort nullement de ses figures. C'est du reste, d'après Mac Leod, qu'il considère les colonnes comme bicellulaires. On peut résumer de la manière suivante l'état actuel de nos connais- sances au sujet du poumon des arachnides. Ces organes comprennent un sac s'ouvrant à l'extérieur par une fente stigmatique ; sur le fond (l'extrémité antérieure) et sur une partie des parois latérales sont insérées des lames(2). Dans ces lames circule le sang, comme le pensait Duvernoy. Elles sont composées de deux lamelles chitineuses, se continuant l'une avec l'autre au bord libre des lames ; la supérieure porte un treillis de pointes chitineuses anastomosées; l'inférieure est nue. Les deux lamelles de chaque lame sont réunies par des colonnes, piliers ou ponts dont Carl Vogt et Yung n'indiquent pas la nature cellulaire, mais que Mac Leod considère comme formés de deux cellules, par la raison qu'ils contiennent deux noyaux. Mac Leod distingue aussi dans chaque pont une partie longitudinale protoplasmatique et une partie musculaire. Locy a remarqué qu'il n'y a pas de pointes chitineuses sur les lames récemment formées de l'embryon, et que les colonnes cellulaires n'y pré- sentent aucune différentiation musculaire. Ces données sont suceptibles d'être complétées. La partie cytologique de l'histoire des lames nous parait même complètement à refaire ; du reste, l'absence de figures exactes et détaillées, dans les divers ouvrages que nous avons signalés, rendait désirable la publication d'un mémoire descriptif accompagné de nombreux dessins. Nous avons entrepris cette tâche sur le conseil de M. le professeur Gilson ; grâce à son dévouement constant, nous sommes arrivé au but (i) W Locy : Observation on the devclopm of Agelena nœvia; Bulletin of the Muséum of comparative zoo